I. — Cœur uricémique
Au sujet de l’ arthritisme carrfiovasnilaire, il a été fait mention des grandes variations dans le pouls, de la bradycardie, de l'arythmie, de la tachycardie, de l’éréthisme cardiaque décrit à tort sous le nom d’hypertrophie cardiaque de croissance, des lipothymies, des syncopes, et on a encore écrit : « On ne peut pas dire cœur uricémique , caron n’a pas la preuve d’une altération humorale de l’organe, d’une dystrophie du myocarde, d’une intoxication parles urates » (1).
Le nom du coupable du « cœur uricémique » n’est pas pro-
(I)Comby, Arthritisme chez les enfants [Arc/t. de mécl. des enfants, 1902).
CŒUR URICÉM1QUK.
noncé. Quel est-il? Le coupable, c’est moi-même. J'ai parlé ainsi du cœur uricémiquc, en 1899, au Congrès de médecine de Lille; dans mon rapport sur les myocardites chroniques et au sujet du diagnostic des pseudo-myocardites :
« Il existe un cœur uricémiquc, lequel, sans lésions encore du myocarde, peu I faire croire à l’existence de celles-ci, parce «pie le syndrome myocardique (troubles rythmiques du cœur, tendance à la cardiectasie, dyspnée et troubles respiratoires) se trouve parfois réalisé. L’acide urique est un agent vasoconstricteur, comme Haig l’a démontré, cl comme je l'ai souvent constaté... I). Lorsqu’on voit survenir des troubles cardiaques caractérisés par des palpitations plus ou moins violentes avec quelques intermittences et une légère arythmie, par une angoisse précordiale, de la dyspnée, une tendance à la cardiectasie, — tous phénomènes consécutifs à une vasoconstriction généralisée que démontre la pâleur du visage et des tissus, — on ne devra pas admettre l'existence d'une cardiosclérose ou d’une myocardite, pas plus que des phénomènes réflexes (dont on a tant abusé) consécutifs à des troubles gastro-intestinaux généralement absents ou d’une importance secondaire. J’ai vu souvent commettre cette erreur, raison pour laquelle l'attention doit être portée sur ces faits dont l'importance thérapeutique est évidente. »
Je ne retranche rien à ce que j’ai écrit à cette époque, et m’appuyant sur un nombre considérable d’observations (je dis « considérable », puisque celles-ci prises régulièrement depuis nombre d'années sur diverses maladies, surtout sur celles du cœur et des vaisseaux, s’élèvent à plus de quinze mille), j’accentue encore les propositions qu’on vient de lire.
Il existe un cœur uricémiquc sans lésions, puisqu'il n’est pas question le moins du monde « d’altération humorale de l’organe », ni d’une « dystrophie du myocarde »; il s’agit de troubles cardiaques secondaires à l’angiospasme ; il s’agit d’une hypertension artérielle consécutive elle-même a cet
(1) A. Haig, Uric acid as a factor in flic causation of disoase. London, 1802. et Ge édition, 1903.
CŒUR URICÉM1QUE.
angiospasme, cl la question est importante au point de vue pratique. Car alors la médication vaso-dilatatrice par le régime alimentaire, par la trinitrinc, le tétranitrol ou le nitrite de soude, csl pleinement indiquée. Les uricémiques sont souvent des hypertendus, parce que l’acide urique provoque la contraction des artérioles, à ce point même que la migraine ne serait le plus souvent, d’après llaig, que le résultat d'une véritable « pléthore urique ». Cela est même si vrai < I u e certains médicaments, comme l’opium, le mercure et l’iodure, n'abaissent la tension qu’après avoir diminué la production d’acide urique (1).
IL — Pseudo-anémie uricémique.
Souvent l’anémie dite arthritique est une pseudo-anémie d’origine vaso-constrietive, et contre elle on abuse d’une médication irrationnelle par l'alimentation carnée intensive, par les ferrugineux et autres drogues, alors que la médication hypotensive produit de remarquables résultats. L'éréthisme cardiaque des jeunes gens cl des enfants, certaines arythmies et intermittences, le pouls instable, certaines tachycardies ou bradycardies n’ont pas d'autre origine. Si l'on méconnaît celte origine, si l’on se contente du mot « neuro-arthritisme » qui ne dit rien, qui n’explique rien, qui n’est qu'un mot composé avec un trait d'union, on méconnaît du même coup l'importance de la médication préventive d’un grand nombre de maladies du système cardiovasculaire.
.le sais bien qu'on nie « l'intoxication par les urates ». On la nie pour la raison suivante, que j'ai indiquée au même Congrès de médecine :
« Au sujet de l’acide urique, une remarque importante: On se borne trop souvent à faire une seule analyse d’urines, et lorsque celles-ci sont abondantes et limpides, on trouve une quantité d’acide urique inférieure à l’état normal, d’où l'on
(I) IIaig, Ut'ie acid a cause of high arterial tension (. Brilish vieil. Journal, 1891).