I. — Syndrome et maladie
En 1890, dans une leçon clinique, j’ai justifié l'appellation de maladie de Stokes-Adams pour désigner le syndrome étudié par Charcot et son élève Blondeau (1879) sous ce nom: pouls lent permanent avec attaques syncopales et épileptiformes. Cette dernière désignation n’a pas seulement I inconvénient d’être longue, elle estsurtout inexacte. Sans doute, la désignation d’Adams-Stokes eût été préférable, puisque la première observation date d’Adams en 1827, et queStokes n’a étudié ce syndrome attribué par lui à la dégénérescence
MALADIE DE STOKES-ADAMS
graisseuse du cœur que plus tard, eu 184(3 (4). Mais le mot Stokes-Adams est plus euphonique. Telle est la seule raison (et j’avoue qu’elle n’a pas une grande importance) pour laquelle j’ai fait précéder le nom de Stokes de celui d’Adams. On peul donc appeler celte maladie tout aussi bien : Adams- Stokes. Et nous verrons bientôt que, s'il y a une maladie de ce nom, il existe également un syndrome reproduisant la plupart de ses caractères cliniques. Voici encore les raisons qui m’ont déterminé à proposer cette désignation nouvelle, maintenant acceptée par presque tous les auteurs.
D’abord, le pouls n’est pas lent d’une façon permanente, puisque la bradycardie est souvent paroxystique. Ensuite, le pouls n’a souvent de la lenteur que l’apparence, puisque les battements du cœur peuvent cire en nombre double de celui des pulsations radiales, une systole cardiaque forte étant suivie d’une systole faible, non transmissible au pouls (rythme couplé du cœur). Enfin, la lenteur du pouls peut être permanente à l’état normal chez certains sujets : il s’agit alors d’une anomalie presque physiologique, non d’une maladie, et le pouls lent permanent n’ayant dans ce cas aucune valeur pronostique, ne s’accompagne jamais d’attaques syncopales ou épileptiformes.
Les faits observés par la suite confirmèrent la nécessité d’accepter cette désignation de maladie de Stokes-Adams, et j’ai encore insisté sur les raisons suivantes :
1° Dans cette maladie, le pouls est caractérisé à la fois par Xk rareté zï le ralentissement , deux termes qui ne sont pas absolument synonymes. Le pouls rare , qui devrait même remplacer la désignation de pouls lent dans cette affection, signifie qu’il existe entre chaque pulsation un intervalle assez prolongé; le pouls lent est surtout caractérisé par la longueur
(I) Adams, Dublin kosp. Reports, 1827. — Stokes, Dublin Quai, med., Journ., 184G. — Voir d’autres observations dues : à Burnet, Med. chir. trans., 1823-1827 ; à Andhal, Clinique médicale, 1834 ; à Caïn, Charleston medical Journal and Jleview, 1849.