TENDONS ABERRANTS DIAGNOSTIQUÉS PENDANT LA VIE
aberrant diagnostiqué pendant la \ie par Maurice Raynaud (1) :
En 1877, Maurice Raynaud reçut, dans son service de l'hôpital Lariboisière, un homme chez lequel l'auscultation du cœur révéla les signes très nets d’une insuffisance aortique. Toutefois le souffle cardiaque présentait un caractère particulier <pii frappa vivement l’attention; il s’accompagnait d’un bruit étrange, très fort, que l’oreille percevait à une certaine distance de la poitrine du malade, et qu’on ne pouvait mieux comparer, en raison de son intensité et de son timbre vibrant, qu'au bruit de guimbarde. Le caractère insolite de ce bruit le rapprochait de celui de la précédente observation où, en s’appuyant sur sa nature et son siège, on put l’attribuer il un tendon anormalement situé au niveau d’un orifice et mis en vibrat ion par le courant sanguin.
Le malade ne tarda pas à succomber, et l’autopsie fut faite. Le cœur hypertrophié présentait les lésions classiques de l'insuffisance aortique. L’examen du ventricule gauche révéla de plus l’existence d’un tendon tout à fait anormal. Ce tendon partait de la colonne charnue antérieure et allait s’insérer à la cloison interventriculaire, de telle manière qu'il se trouvait tendu à peu de distance de l’orifice aortique et dans le sens meme de son diamètre. Le bruit anormal observé pendant la vie avait été produit par la vibration de ce tendon aberrant.
Ainsi donc, dans ces trois cas, le diagnostic de tendon aberrant a pu être établi pendant la vie. Dans les deux premiers, il y avait coïncidence d’insuffisance mitrale, et dans le dernier il y avait une insuffisance aortique. Le diagnostic a pu être établi, grâce au timbre et à la nature du bruit morbide qui rappelle celui d’une corde vibrante, d’une crécelle, ou plus exactement d’une guimbarde. 11 s’entend quelquefois à distance, et dans les deux premières observations, il a eu un
(I) Surri.ed, Los tendons aberrants du cœur. Thèse de Paris, 1879.
TENDONS ABERRANTS DU CŒUR
siège tout à fait particulier, au niveau de la région de l'appendice xiphoïde, se dirigeant un peu à droite dans le sens du courant sanguin, c’est-à-dire de l’aorte, tandis que le soulfle de l’insuffisance mitrale se perçoit à la pointe, avec irradiations axillaire et dorsale, un timbre en jet de vapeur. On ne pourrait le confondre qu’avec ces bruits de piaulement que l’on entend parfois avec la même intensité dans toute la région précordiale et qui sont dus à des causes diverses, mais le plus souvent à la présence d’un corps étranger ou d’un dépôt athéromateux pédicule placé sur les bords d’une valvule. Enfin, dans mon observation etdanscelle de Potain, on constatait manifestement par la palpation l’existence d'un thrill particulier, d’un frémissement intense avec sensation nette d'une corde vibrante.
Telles sont les trois observations connues.