I. — Exposé clinique
La tachycardie paroxystique a été signalée pour la première lois par Payne Cotton en 18(17 et presque en même temps par Broadbent ci Bowles (1).
(1) Broadbent, Bowles, Brit. med., 1867.
Huchard. — Consultations médicales, t. II. 1'
TACHYCARDIE PAROXYSTIQUE. TRAITEMENT.
Mlle est caractérisée par des accès de tachycardie <pii surviennent de temps en temps d une façon paroxystique, et qui sont marqués par une accélération parfois extrême des battements cardiaques pouvant atteindre 150, 200 et meme 300 par minute. Celle affection est « essentielle », en ce sens qu elle n’est pas sous la dépendance d'une affection organique des valvules ou du muscle cardiaque, ou encore de la maladie d un organe plus ou moins éloigné, et qu elle doit être attribuée à une perturbation fonctionnelle de l’innervation motrice du cœur; elle est « paroxystique » et se distingue ainsi des tachycardies permanentes que l’on observe dans différentes affections.
l/accès survient tout à coup, le plus souvent sans cause, et disparaît avec la même rapidité. Cette soudaineté dans le début et la disparition des crises est un signe caractéristique de haute valeur. Cependant, une malade pouvait annoncer l’imminence des accès par les symptômes prémonitoires suivants : légère oppression et sensation vague d'angoisse précordiale, de constriction épigastrique, aphonie incomplète, pâleur du visage, abattement et prostration des forces, difficulté de se tenir debout (1). Souvent, la violence des battements cardiaques contraste avec la faiblesse des pulsations artérielles. Dans le même accès, il peut y avoir de grandes variations dans le degré de la tachycardie, le cœur battant 120 à 150 fois par exemple pendant quelques minutes, pour battre ensuite 180 à 200 fois les minutes suivantes. C’est là le phénomène du pouls instable à son maximum, indiquant une hypotension artérielle très accusée et souvent prémonitoire du rythme embryocardique que l’on observe fréquemment au cours des accès. Cette instabilité dans les fonctions circulatoires se manifeste spontanément, ou encore sous l’influence d’une cause presque inappréciable, d’un mouvement, d’un changement de position, d’une légère émotion. On sait qu’à l’état normal le nombre des battements cardiaques diminué
(1) II. Huchakd, Traité clinique des maladies du cœur et de l’aorte, l. III. Paris, 1905.
EXPOSÉ CLINIQUE
de sept a huit pulsations dans la station horizontale, en même temps que la tension artérielle s'élève légèrement. Ce phénomène s’accuse chez ces tachycardiques, qui souvent restent instinctivement couchés pendant leurs crises, et qui voient celles-ci se reproduire dans toute leur intensité des qu’ils reprennent trop tôt et trop vite la position verticale. Il s'agit là d'une sorte de tachycardie orthostatir/ue, parfois prémonitoire de la tachycardie paroxystique. Je l'ai signalée depuis longtemps, et Thomayer (de Prague) en a fourni aussi quelques exemples (1).
Pendant le cours ou vers la lin de l’accès, certains malades éprouvent une sensation de tension ou de constriction précordiale, pouvant s'étendre jusqu'à l’épigastre avec engourdissement, douloureux et lourdeur du bras gauche, qu'ils soulèvent parfois avec une certaine difficulté. Il ne s’agit là que d’une /'ausse angine de poitrine déterminée par la distension du cœur, et non d’une angine coronarienne, à moins cependant (pie la tachycardie paroxystique évolue sur un sujet atteint d’aortite chronique, comme j’en ai observé quatre cas.
Des crises de tachycardie paroxystique peuvent précéder pendant plusieurs mois tous les symptômes du goitre exophtalmique, comme j’en ai vu plusieurs exemples; mais elles se montrent plus souvent dans le cours de cette maladie. Je l'ai vue encore une vingtaine de fois coïncider avec des affections valvulaires, sans qu'il paraisse y avoir entre ces deux états morbides une relation de cause à effet, et des cas semblables ont été signalés par West et Fraenkcl (2).
11 existe une forme de tachycardie paroxystique à laquelle on peut donner le nom de continue , qui n’a pas été encore bien décrite. J'en ai observé cinq faits des plus nets, dont quatre terminés par la guérison. Dans ce cas, le plus souvent sans cause appréciable, brusquement survient un accès de
(1) Thomayer, Sbornik klinicky, 1903.
(2) West, Soc.de méd. de Londres, 1890. — Fraenkel, Deutsche med. Woch., 1891.
TACHYCARDIE PAROXYSTIQUE. TRAITEMENT.
tachycardie d’une durée de quelques heures ou même de quelques jours, accès suivis d’autres a intervalles inégaux pendant quelques semaines ou quelques mois. Puis, un jour, la tachycardie s’installe pendant plusieurs semaines, même pendant cinq ou six mois consécutifs, tachycardie interrompue brusquement de temps en temps (après quinze, vingt ou trente jours, ou même un ou deux mois) par une période d’accalmie très brève, d’une durée de quelques heures à quelques jours, les pulsations pouvant rapidement tomber de 150 à 60. En un mot, d’ordinaire les crises de tachycardie sont de courte durée (quelques heures à quelques jours), et les périodes d’accalmie sont de plus longue durée (quelques semaines ou plusieurs mois). Dans la forme à laquelle je fais allusion, c'est tout à fait le contraire: périodes très courtes d'accalmie (quelques heures à quelques jours) et longue durée de la crise tachycardique (plusieurs semaines ou mois).
Deux fois j’ai observé pendant ces paroxysmes continus de tachycardie et à leur suite, une dilatation considérable du cœur droit avec battements veineux très accusés de la région cervicale que l’on pouvait confondre, à un examen superficiel, avec des battements artériels. Malgré la prolongation de ces accès, il n’y a pas d’albumine dans les urines, peu de stase sanguine dans les organes, peu ou pas d’œdème périphérique, pas de pouls hépatique, et la dilatation du cœur droit, quoique très accusée, ne s'est pas terminée par la mort, au moins dans les cas que j’ai observés.
En 1897, j’ai vu avec Mascaret (de Chàtellerault) un homme de cinquante-quatre ans, toujours bien portant, sans antécédent pathologique, qui brusquement fut atteint de tachycardie (150 à 170 pulsations) avec arythmie de temps à autre, sans pouls veineux des jugulaires. Cet état dura plusieurs mois sans aucune rémission, et on eut recours à un grand nombre de médications, qui toutes n’eurent aucun résultat (bromures, iodures, digitale, valérianate d’ammoniaque, ventouses sèches, applications révulsives répétées). Pendant plusieurs mois le traitement suivant par l’hydrothérapie fut continué : Tous les
EXPOSÉ CLINIQUE
matins, une grosse éponge était appliquée sur toute la surface du corps en appuyant fortement sur la colonne vertébrale ; le malade était essuyé vivement avec du linge chaud, puis couché dans son lit, ou il restait deux heures, avec une sudation provoquée par l’enveloppement de couvertures de laine. Progressivement, la température de l’eau était abaissée jusqu'à 13°. Après trois mois, la tachycardie (d une durée de six mois) avait disparu sans retour, et depuis cette époque la guérison s’est maintenue, le malade n'a plus présenté aucun trouble fonctionnel du côté du cœur.
J’ai encore vu quatre autres faits semblables d’une durée de deux, six et huit mois, avec des périodes d’accalmie de quelques heures ou quelques jours et terminaison favorable. — Le dernier s'est terminé par la mort après deux ans de maladie. La tachycardie, d'abord paroxystique, est devenue continue avec quelques intermittences cardiaques, dilatation du cœur droit, battements veineux très accusés des veines jugulaires. De temps à autre, la continuité de la tachycardie (durant pendant quatre à six mois) était interrompue brusquement pendant un jour oudeux parle retour à l’état normal, avec persistance des battements veineux du cou.
En cherchant dans la littérature médicale, je n’ai trouvé qu'un cas semblable : il appartient à C. Janicot, qui le désigne même sous le nom de « tachycardie essentielle continue ». Elle est survenue chez une femme de cinquante-sept ans après un traumatisme (passage d'une voiture sur la cuisse gauche, d'où hématome). Pendant cinq mois, les pulsations ont varié de 120 à ISO avec légère arythmie, sans aucun signe anormal d'auscultation cardiaque, sans hypertrophie ni dilatation du cœur. Puis elle a fini par succomber à l'asystolie. L’autopsie n'a malheureusement pas été pratiquée.
Sollier a publié l’observation d'un accès de tachycardie d'une durée de cinq semaines, et il est juste de rappeler que Caccianiga admet trois formes de la maladie : paroxystique, rémittente, continue (1).
1 1 ) J.-C. Janicot, Tachycardie essentielle ; modalités cliniques, Thèse
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Cette maladie n’est pas sans gravité, puisque Bouveret, qui cite deux observations personnelles, a noté la mort subite parmi ses terminaisons (1). Cependant la guérison est souvent constatée, comme j'ai pu m'en convaincre par l’observation de plus de deux cents cas. La maladie peut persister pendant de longues années, et l’on cite le fait d’un vieillard de quatrevingt-sept ans dont les premiers accès s'étaient produits cinquante ans auparavant. Elle peut disparaître pendant plusieurs années pour reparaître ensuite, sans qu’il soit possible de connaître la cause de la récidive.
11 ne faut pas oublier que ce qui menace le plus les malades, c’est la dilatation du cœur avec thrombose cardiaque et embolie cérébrale, comme j’en ai mi un cas avec Merklcn chez une jeune tille de quinze ans atteinte, depuis vingt jours, d’une longue crise tachycardique. L’hémiplégie droite et l'aphasie disparurent après quelques mois. Un accident du meme genre a été signalé par Rosenstein chez un jeune homme atteint de tachycardie paroxystique et (pii fut brusquement frappé d’hémiplégie avec perte de connaissance. C’est sans doute à une embolie et non à une thrombose qu’est due la complication de gangrène de la main et de l’avant-bras dans un cas de tachycardie paroxystique observé par ITayem (2).
La tachycardie paroxystique, survenant au cours des cardiopathies valvulaires, aggrave souvent leur pronostic en favorisant et bâtant l’apparition de Yasystolie. Celle-ci peut être ainsi une terminaison de la névrose tachycardique.
La succession rapide des systoles cardiaques entrave la réplétion complète des ventricules, d'où les signes d 'ischémie artérielle se traduisant par la pâleur du visage et des téguments, le refroidissement des extrémités, parfois même par l'aspect cyanique de la face.
de Paris, -1891. — P. Soulier, France méd., 1889. — Caccianiga, Rivista Venel. di Sc. med., 1898.
(1) Bouveret, Revue de médecine, 1889.
(2) H. Hit.h a un, Traité des maladies du cœur et de l'aorte, t. III, 1905. — Rosenstein, Congrès de médecine interne de Wiesbadèn, 1900. —
II ayem, Tresse médicale, 1898.