‹ Maladies du crane et de l'encéphaleChapitre 3 sur 123 · COUTUMES DE CHIRURGIE CRANIENNE · texte numérisé non relu

COUTUMES DE CHIRURGIE CRANIENNE

ostéocopes, etc. ». Et plus loin il ajoute : « Quant à la trépanation, ils l'emploient si fréquemment que, dans tout groupe d'individus réunis dans leurs montagnes, on est sûr d'en trouver un ou plusieurs exemples, au point qu'à l'époque de mon excursion il me semblait qu'il y avait plus de trépanés dans le massif de l'Aurès que dans l'Europe entière. »

Il est encore une autre pratique de chirurgie crânienne dont Chipault signale l'existence dans l'oasis d'Ouargla; elle consiste dans l'emploi fréquent de ventouses crâniennes appliquées derrière les oreilles à la façon des sangsues pour lutter contre les convulsions, les vertiges, la céphalée. « L'opérateur n'est autre, bien entendu, que le barbier : le thoubib, comme le médecin jadis chez nous, considérant comme au-dessous de son caractère sacré la plupart des opérations sanglantes. Quoi qu'il en soit, l'opérateur que nous vîmes se servit, pour scarificateur, d'un couteau ébréché et, pour ventouse, d'un tube de cuivre ouvert par un bout et près de l'ouverture duquel s'embranchait un autre tube, beaucoup plus étroit et un peu plus long. Après avoir savonné la région et bien essuyé, il fit rapidement cinq ou six entailles assez profondes avec son couteau, au niveau de la protubérance occipitale, et appliquant l'orifice de son instrument aspira par le tube étroit : il faut croire qu'il avait la poitrine puissante, car il produisit du premier coup une hémorragie abondante et une boule d'œdème dont aurait été jaloux le ventouseur le plus perfectionné et le plus impeccable. »

En Asie, les coutumes de chirurgie crânienne sont assez rares. Cependant Avicenne, qui exerçait en Perse à l'époque arabe, préconisait pour la cure de la mélancolie et de l'épilepsie les cautérisations cruciales de la tète et les applications de ventouses. Capitan rapporte que, dansl'Hindou-Kousch, on pratique l'us/Zo/i ou cautérisation faite à l'aide d'un fer rouge appliqué soit sur le vertex, soit au-dessus des oreilles. On attribue à ces brûlures un effet préservatif contre les maladies de la tête chez les enfants.

Le passage suivant extrait du journal la La/îce/ montre aussi que, chez les montagnards du Daghestan, la trépanation est assez fréquemment employée : « Les montagnardsdu Daghestan ont pour coutume de trépaner dans toutes sortes de circonstances, bien souvent même lorsque cela semble le moins nécessaire. L'opération est pratiquée non seulement pour les traumatismes du crâne et les céphalées, mais encore parfois en vertu du principe d'œil pour œil, dent pour dent. Souvent l'opération est faite sur une personne qui a reçu un coup, principalement pour que le meurtrier ait à payer l'opérateur, ce que, suivant la coutume locale, il est obligé de faire. On peut en conclure que ni l'opérateur ni le patient ne craignent cette opération et que chez eux elle est absolument sans danger. Pour la pratiquer, ils ne se servent point du trépan, mais d'une gouge étroite à angles

émoussés. Une incision est faite aux téguments, puis Tos ruginé est gougé avec l'instrument, et les bords de l'incision sont rapprochés pardessus. Le D'' Krivyakin, qui a signalé cette étrange coutume .dans un journal de médecine militaire russe, dit que le patient reste tout à fait tranquille pendant l'opération et qu'il ne manifeste pas la moindre douleur pendant que l'opérateur attaque les os. » Il est à remarquer que c'est ici pour la première fois que nous voyons la gouge utilisée pour la trépanation du crâne, méthode qui a été très répandue dans la technique opératoire de la trépanation il y a quelques années.

Au Japon, le professeur Ito rapporte que, dans l'ancienne littérature chino-japonaise, la thérapeutique des affections connues de la tète relevait surtout de la petite chirurgie et était de nature empirique. « On appliquait indistinctement les moxas, l'acupuncture, la ponction avec un drain en mèche, les ventouses contre les clous. Contre la céphalalgie, on essayait la pâte à la farine, la phlébotomie et les moxas. Dans, l'hémicrânie, on introduisait dans la narine du même côté le suc d'un radis râpé. On traitait l'alopécie en enduisant avec un emplâtre d'axongede porc et de cendre de crotte de chatbrûlée. Dans la saillie des fontanelles, on appliquait un Uniment de blanc d'œuf et de la poudre de crâne de chien brûlé. Dans l'épilepsie, on appliquait des moxas le long des vertèbres. »

En Océanie, le D' Montano décrit une pratique des plus curieuses, employée par les indigènes de certaines régions des Philippines pour guérir la migraine. « La migraine, dit-il, est, dans la ville d'Alby, d'une fréquence excessive chez les indigènes, mais la durée en est courte : quelques heures, une journée en général. Cette afl'ection légère donne lieu à une difformité provoquée assez curieuse. Le malade cherche d'abord du soulagement en comprimant son front au moyen d'un bandeau fortement serré. Si ce moyen est insuffisant, les hommes elles femmes, quandellesne sont plus jeunes, étirent la peau de la nuque entre les trois doigts du milieu de la main droite, de manière à former un double pli dont le sillon médian loge le doigt médius. Ils compriment ainsi la peau de la région et, la tirant fortement en arrière, arrivent à déterminer une ecchymose. Il paraît que cette ventouse d'un nouveau genre est fort efficace; aussi les indigènes y ont-ils fréquemment recours. Cette pratique détermine à la longue la production d'un kyste parfois énorme, dont la fréquence frappe toutes les personnes qui arrivent à Alby. »

La trépanation était souvent pratiquée, il y a quelques années encore, dans certaines parties de la Polynésie (à Taïti, auxPomolou, aux Loyalty) ; on trépanait contre les migraines, les névralgies, les vertiges et autres troubles cérébraux.

L'ouverture du crâne était faite par des moyens primitifs : on trépanait par raclage, en usant la paroi osseuse avec un silex, un

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