COUPS DE FEU DE LA VOUTE CRANIENNE
le frappe d'aplomb, il agit à la façon d'un coin qui perfore l'os en créant un trou de calibre inférieur au sien, l'os en vertu de son élasticité revenant sur lui-même après que le projectile l'a traversé ; la perforation est nettement circulaire lorsque le projectile a frappé l'os perpendiculairement, ovalaire lorsqu'il l'a frappé un peu obliquement. L'orifice d'entrée de la balle est constitué dans son ensemble par un orifice externe répondant à la surface externe du crâne, un orifice interne qui répond à la surface interne du crâne et un trajet intermédiaire. Ce trajet osseux est co/j/çije ; son sommet répond à l'orifice externe, qui est net et régulier (autour duquel peuvent rayonner cependant des fissures dans le cas de plaies par arme de guerre); sa base qui regarde la cavité crânienne répond à l'orifice interne, qui est plus grand et esquilleux. Cette disposition anatomique tient à ce que « la balle a creusé par friction et broiement le pertuis de la table externe soutenue par le plan osseux sous-jacent, tandis que celui-ci, frappé à son tour, s'est trouvé sans soutien, s'est déprimé en un cône, qui a éclaté en esquilles >> (Nimier).
Telle est la disposition des lésions observées au niveau du trou d'entrée de la balle. Lorsque celle-ci a pénétré dans le crâne, le chemin qu'elle suit est très variable selon les cas, et c'est alors qu'il est indispensable de distinguer entre les plaies par armes à feu produites par les balles de revolver civil et celles que peuvent déterminer les projectiles des fusils de guerre modernes.
Dans le premier cas, la force de pénétration du projectile n'est pas grande ; celui-ci peut rester engagé dans l'orifice d'entrée, ainsi que je l'ai observé dans le cas personnel que j'ai cité précédemment ; ou bien la balle peut s'arrêter entre l'os et la dure-mère sans perforer celle-ci, parfois même suivre la courbure de la face interne du crâne sous la dure-mère décollée ; mais plus souvent la balle perfore la dure-mère, et alors elle peut s'arrêter entre la dure-mère et la substance cérébrale ou se perdre dans l'épaisseur du cerveau, arrêtée parfois par la faux du cerveau ou la tente du cervelet ; il peut arriver enfin que la balle vienne buter contre la paroi crânienne du côté opposé, n'ayant pas assez de force pour la perforer. On observe parfois, dans les cas qui nous occupent, un phénomène intéressant, celui de la réflexion ou ricochet du projectile au contact de cette paroi osseuse ou des lames fibreuses (faux du cerveau, tente du cervelet) ; on voit alors se greffer sur le trajet direct du projectile un trajet récurrent « dont la direction dépend de l'angle formé par la trajectoire de la balle et le plan frappé, dont la longueur est en rapport avec la force vive du projectile et la résistance qu'il éprouve » (iNimier).
Ces trajets récurrents des balles ont été bien étudiés dans les Bulletins de la Société anatomique par Pierre Delbet et Dagron, en 1891 ; ces auteurs ont montré expérimentalement que la longueur du trajet récurrent variait généralement de 1 à 8 centimètres et que. dans
les cas où la balle avait été tirée dans la région de la tempe (ce qui est la règle dans les tentatives de suicide), le trajet récurrent s'était fait d'avant en arrière, mais plus ou moins obliquement.
Ces ricochets intracrâniens peuvent être observés avec les projectiles des fusils de guerre, lorsque ces projectiles ont leur force vive épuisée; mais c'est là un fait rare, et le plus souvent les projectiles des armes de guerre, une fois entrés dans le crâne, traversent les hémisphères pour venir léser plus ou moins gravement et le plus souvent perforer la paroi crânienne opposée à l'orifice d'entrée.
Les lésions de la paroi qui s'oppose à la sortie du projectile s'observent surtout dans les fractures par armes de guerre: elles sont variables suivant les cas : « Contusion de la table interne et fissures de l'externe, fissures des deux tables, fracture de toute l'épaisseur de la paroi, dont les esquilles, limitées par des fissures rayonnantes el circulaires, sont plus ou moins soulevées en cône ; enfin un degré de plus, la balle est sortie par un trou dont les caractères sont superposables à ceux constatés sur la paroi d'entrée ; les lésions de la table interne répondent ici à celles de la table externe là-bas, et vice versa (Nimier). » La perforation osseuse de sortie a donc la même forme conique que la perforation d'entrée, mais la base regarde au dehors. Nimier ajoute : « Si l'on peut comparer les lésions produites par le projectile sur les deux parois crâniennes qu'il a heurtées et perforées, il convient de tenir compte des régions frappées.
Dans les coups de feu antéro-postérieurs et postéro-antérieurs, la balle à l'entrée frappe une surface plus ou moins convexe, à la sortie une surface plus ou moins concave ; la résistance qu'elle en éprouve est différente. Ainsi, à l'entrée, heurtant d'aplomb au front un plan qui se laisse difficilement déprimer, elle creuse un trou comme à l'emporte-pièce, tandis qu'à sa sortie à l'occiput, par suite de la facilité d'enfoncement de la surface concave rencontrée, on constate autour du trou des fissures radiées, une fracture en roue plus ou moins parfaite (fig. 50 et 51).
Dans les coups de feu transversaux à hauteur des tempes, les conditions offertes par la paroi crânienne sont peu différentes d'un côté à l'autre pour le projectile qui les aborde par leur face externe ou interne ; les orifices d'entrée ou de sortie, par suite, offrent des aspects moins difl'érents. C'est un trou parfois avec esquilles périphériques, plus ou moins triangulaires, déprimées dans le sens de direction du projectile » (Nimier).
Les fissures (circulaires, radiées ou linéaires) dont nous venons de constater l'existence autour des orifices de perforation s'observent surtout dans les tirs exécutés à des distances moyennes: elles peuvent manquer dans les tirs à grande distance, ou au contraire se multiplier à l'infini jusqu'à l'éclatement du crâne dans les tirs à courte distance, dont nous allons bientôt nous occuper : il y a là des