ÉPANCHEMENTS DE SÉROSITÉ INTRACRANIENS
d'un épanchement sanguin. On trouvera, dans l'État actuel de la chirurgie nerveuse de Chipault (t. I, p. 669) des cas de ce genre publiés par Winkler et Gohl, Winlder et Korteweg.
Je dois à l'obligeance de mon maître Pierre Delbet deux observations analogues inédites, que je vais résumer en quelques mots : le premier blessé, tombé d'une hauteur de 5 à 6 mètres sur la tête, est amené à l'hôpital dans le coma ; il y reste pendant trois jours ; au bout de ce temps, il reprend connaissance sous l'inllucnce des ponctions lombaires ; quatre jours après, il perd de nouveau connaissance, en même temps que son pouls se ralentit notablement : il y a de la dilatation de la pupille à droite, hémiplégie gauche, respiration stertoreuse ; on trépane une première l'ois au lieu d'élection pour la méningée moyenne ; on trouve un vieil hématome au-dessus de la duremère, et on l'enlève. Les accidents persistent; on se décide à une deuxième intervention dans laquelle on incise la dure-mère ; » il s'écoule alors une certaine quantité de liquide teinté en brun, mais transparent : le cerveau est déprimé en cupule ; il y a une sorte de kyste séreux entre la dure-mère et le cerveau ; il est limité par des adhérences et mesure environ 7 centimètres dans son diamètre transversal ». Le lendemain de l'opération, le malade a repris connaissance, son pouls s'est accéléré, la pupille droite est à peine plus dilatée que la gauche ; il subsiste de la parésie du côté gauche. Mais, le surlendemain, le malade retombe dans le coma ; on intervient une troisième fois: on trouve de nouveau le cerveau affaissé sous la dure-mère. Le malade ne tarde pas à succomber. L'autopsie ne peut être faite.
Le deuxième blessé présentait les signes d'une fracture de la voûte (pariétal gauche) irradiée à la base; la ponction lombaire donne issue à du liquide franchement héraatique. Cinq jours après son entrée à l'hôpital, le blessé est complètement inconscient et immobile; il présente une crise d'épilepsie jacksonienne à droite ; il y a de l'hémiplégie droite, du stertor, de la dilatation pupillaire ù gauche. On trépane au foyer de la méningée moyenne; on ne trouve pas d'hématome extradural ; la dure-mère bombe, est très tendue et ne présente pas de battements : on l'incise : un flot de liquide céphalo-rachidien s'échappe, très abondant; le cerveau apparaît très éloigné de la dure-mère. A ce moment, le malade respire mieux, et la mydriase cesse brusquement ainsi que le stertor. Le cerveau est presque immobile, ne se rapproche pas de la dure-mère, reste déprimé. Le blessé meurt le lendemain de l'opération. L'autopsie ne peut être faite.
En somme, dans les cas observés par Pierre Delbet, les symptômes de compression analogues à ceux que peutprovoquer un épanchement sanguin, comme nous allons le voir, sont apparus au bout de plusieurs jours, lorsque l'épanchement de sérosité a eu le temps de se constituer.
Mais sous quelle influence s'esl produit cet épanchement de liquide séreux ? On Tattribue à une exsudation de l'arachnoïde irritée par du sang tombé dans sa cavité. Ceci n'explique pas en tout cas pourquoi Tépanchement s'est localisé au pointde constituer un véritable kyste séreux limité par des adhérences. Les autopsies nous l'auraient peut-être révélé, mais elles ne purent être pratiquées. Les cas de traumatismes crâniens sont nombreux où du sang épanché au contact de l'arachno'ide peut l'irriter, et tout à fait exceptionnels sont les cas d'épanchements de sérosité enkystés sous la dure-mère, puisqu'il n'en existe que quelques rares observations publiées dans la science.
SYMPTOMES. — C'est surtout l'épanchement sanguin, dû à la rupture de l'artère méningée moyenne, qu'il faut envisager comme type clinique, parce qu'il est le plus fréquent.
Lorsque l'épanchement sanguin est constitué, les symptômes observés sont ceux de la compression cérébrale ; ils ont été décrits précédemment ; je ne ferai que les rappeler brièvement ici.
Ces symptômes sont de deux ordres : des symptômes de compression générale et des symptômes de compression localisée, dont la rapidité d'apparition et l'intensité varient avec l'abondance de l'hémorragie.
La compression cérébrale se manifeste : a. par des troubles intellectuels qui peuvent aboutir au comale plusprofond ; mais le plus souvent celui-ci est incomplet, et l'on peut, par des excitations un peu vives, faire sortir de sa torpeurleblessé, qui pousse quelques grognements;
b. Par des troubles moteurs, qui se traduisent rarement par des convulsions, plus souvent par des troubles paralytiques localisés (monoplégie, hémiplégie) en cas de compression localisée ou par une résolution musculaire plus ou moins profonde en cas de compression généralisée.
Mais il faut savoir que les troubles moteurs localisés sont parfois très peu marqués : qu'ils peuvent être temporaires, comme si le cerveau s'habituait à la compression (A. Broca) ; qu'on les voit dans certains cas disparaître pour réapparaître à nouveau, probablement parce qu'il se fait une seconde hémorragie (A. Broca) : qu'eîifin ils manquent parfois totalement. Il résulte d'une statistique de Jacobson que, sur 37 observations où les troubles de la motilité ont été consignés, il y a eu 19 hémiplégies.
L'hémiplégie siège généralement du côté opposé à celui qu'occupe l'hématome. Cependant il existe des hémiplégies homonymes, situées du côté sur lequel a porté le traumatisme etqu'on peut attribuer à la production d'un épanchement par contre-coup ou à l'absence de décussation des pyramides. On a observé aussi des diplégies dans des cas où la violence extérieure avait occasionné un hématome bilatéral.