TUMEURS DE LA PAROI OSSEUSE. — SARCOMES
• Il est de ces tumeurs qui provoqu(^nt des troubles roncLionnels très peu marqués pendant toute la durée de leur évolution; il en est d'autres qui s'accompagnent de phénomènes douloureux plus ou moins intenses et de troubles cérébraux dus à la compression de l'encéphale par les prolongements intracrauiens de la tumeur. Loi'sque ces troubles de compression existaient comme phénomènes pi'imitifs, il n'est pas rare de les voir disparaître ou s'atténuer au moment où la tumeur apparaît au dehors à travers une perforation de l'os, parce qu'il y a alors diminution de la pression intracranieune.
Les sarcomes de la base peuvent, par l'envahissement des nerfs crâniens voisins, provoquer des symptômes névralgiques (névralgie du trijumeau) ou des troubles paralytiques (paralysies des nerfs oculo-moteurs).
DIAGNOSTIC. — Le diagnostic du sarcome à son début, c'est-àdire à une époque où il serait opérable, est souvent difficile. On peut le confondre alors avec une exostose ; mais la marche des accidents, l'évolution de la tumeur ne tardent pas à éclairer le diagnostic.
Les gommes SYPHiLiTiQUEspeuventdonnernaissanceà une tumeur analogue, comme consistance et comme forme, au sarcome.' Le traitement spécifique en pareil cas renseignera souvent sur la nature du mal ; si le traitement échoue, on sera autorisé à faire une incision exploratrice.
Lorsque le sarcome est vasculaire et animé de battements, on peut, à première vue, songer à un anévrysme ; mais un examen soigneux permettra généralement de rattacher les lésions à leur véritable cause. J'ai déjà parlé des éléments du diagnostic à propos des anévrysmes du cuir chevelu.
Les sarcomes nés primitivement au niveau de la base et qui envoient des prolongements dans les cavités voisines de la face peuvent être confondus avec des polypes ou avec des tumeurs développées primitivement aux dépens de ces cavités.
La distinction entre un sarcome de la dure-mère ayant envahi secondairement la paroi crânienne et un sarcome primitif des os du crâne est à peu près impossible. Nous savons qu'il ne faut pas accorder à ce point de vue aux symptômes de compression encéphalique une valeur bien grande, car une tumeur née de la paroi osseuse et développée en profondeur peut provoquer, avant d'apparaître à l'extérieur, les mêmes symptômes de compression qu'une tumeur née primitivement des méninges. Il est cependant un mode d'exploration qui pourrait nous fournir un renseignement précis, c'est le suivant : si on introduit une aiguille stérilisée dans la masse néoplasique et qu'au-dessous d'elle on constate l'existence d'une lame osseuse continue, on peut affirmer l'origine osseuse du néoplasme. Mais que de fois ce signe se montrera infidèle ; ne savonsnous pas, en effet, avec quelle rapidité le sarcome détruit la paroi
302 ylC/F/î^ y. — MALADIES DU CRANE ET DE L'ENCÉPHALE.
osseuse au niveau de son point d implantalion : il l aura le plus souvent détruite au moment de l exploration faite avec Taiguille.
La radiographie pourra peut-être fournir, dans certains cas, d'utiles renseignements sur Tétendue des lésions et devra toujours être pratiquée avant l'intervention.
PRONOSTIC. — Le pronostic du sarcome est très grave, et la mort est la terminaison habituelle dans un délai de une ou deux années. Elle peut ôtre provoquée par des métastases, par des hémorragies ou une infection, conséquences de l'ulcération de la tumeur, enfin par des phénomènes de compression du côté de l'encéphale ou par la gêne que provoquent du côté de la respiration ou de la déglutition les tumeurs de la base, dont les prolongements se font vers les cavités voisines du crâne. On ne saurait dépeindre combien est cruelle la mort des malheureux atteints de volumineux sarcomes du crâne, comme on en observe dans certains cas.
Il importe cependant, au point de vue du pronostic, de tenir compte de la nature histologiqae de la tumeur ; c'est ainsi que les sarcomes myélogènes font des métastases plus tardives et sont moins sujets à récidiver après l'extirpation locale que les sarcomes globo ou fusocellulaires. Les sarcomes périostiques ont également un pronostic moins sombre, parce que les complications cérébrales en pareil cas sont plus rares.
TRAITEMENT. — La seule thérapeutique qui convienne est Vextirpation de la tumeur. Celle-ci n'est malheureusement pas toujours possible.
Elle est contre-indiquée lorsqu'on est en présense d'un sujet dont l'état général est profondément altéré et lorsqu'il existe des métastases cancéreuses; il sera donc indispensable d'examiner à fond tous les viscères, avant de décider l'opération.
Elle est contre-indiquée également lorsque les lésions sont localement trop étendues ; une tumeur très volumineuse et qu'on suppose avoir envahi le squelette sur une surface trop considérable, surtout si l'envahissement s'est fait du côté de la base, commande l'abstention ; il faut se souvenir, en effet, que ces opérations sont toujours sanglantes et que, d'autre part, si l'on veut obtenir un résultat durable, il est de toute nécessité de faire une ablation complète en dépassant largement les limites du mal ; il faut enfin songer à la possibilité de fermer après l'opération sinon la brèche faite à la paroi osseuse, du moins celle des téguments.
Il faut encore s'abstenir lorqu'il existe des lésions de l'encéphale capables de faire suspecter un envahissement étendu en profondeur.
L'opération sera exécutée dans les conditions suivantes : on commencera par mettre largement à nu la tumeur en taillant un vaste