I..;f;.,ARD. - THRUAP. F/r CL. MlÎDICALES
290 LJiÇONS DIS TlIÉRAl-EUTIQUI-; KT DE CLINIQUE MÉDICALES
J'ai observé ce fait depuis plusieurs années, et comme un de mes collègues (M. Guyot) révoquait en doute cette assertion à la Société médicale des hôpitaux, j'ai commis, il y a quelques semaines, l'imprudence (que je regrette bien amèrement) d'administrer la digitale à une malade' atteinte d'aortite subaiguë avec accès d'angine de poitrine vraie. Or, pendant les trois jours que dura cette médication, les paroxysmes angineux devinrent beaucoup plus fréquents et intenses, alors qu'ils s'étaient considérablement amendés sous l'influence des iodures. Deux jours après, elle mourait subitement, et quoique cette terminaison rapide soit spéciale à l'angor pectoris, je suis convaincu que la digitale n'a pas été étrangère à ce triste et rapide dénouement, d'autant plus que j'ai observé plusieurs cas semblables.
Dans la néphrite interstitielle — qui n'est autre chose que la localisation de lartério-sclérose sur le rein — l'emploi de la digitale a pu provoquer des hémorrhagies cérébrales, comme Traube en a cité cinq exemples. Je lis aussi cette phrase dans la thèse d'agrégation de mon collègue Rendu ^ : « Dans un cas qui m'a été signalé, une attaque d'apoplexie survint trente-six heures après l'administration de 0,50 cent, d'ergot de seigle, et quoique le malade fût déjà depuis quelque temps sous le coup de phénomènes d'urémie lente, il y eut là peut-être plus qu'une simple coïncidence. »
Ce n'est pas tout encore, et j'ai vu des embolies cérébrales ^ survenir chez des cardiopathes artériels auxquels la médication digitalique avait été prescrite dans le but de combattre certains symptômes d'arythmie cardiaque. Cette année même, j'ai observé deux malades en ville, dont l'un* eut une embolie cérébrale, un jour après l'administration d'une solution alcoolique de deux milligrammes de digitaline, dont l'autre était atteint d'accès de dyspnée extrêmement violents, aussitôt qu'il avait pris une faible dose du médicament. Il y a quelques semaines, àlliopital, un cardiopathe artériel succombait à une embolie cérébrale —
' Oiis. LXXXIV.
^ llenchi. Elude companUivc des nép/irilex chruniqurs (Tlicsc d'agrégation, Paris, 1878).
» II. UiicUavd. fJan'/cr do l'emploi de la diijilale el des mcdicamciils c.vcUaicurs de i'ctrldrio-lension dans les cardiopalMics arlérielles. {Heinic gcncndc de clinique et do lliérapeuliqae. Journal des pralicieiis, 1887, p. 388.)
* Obs. LXXXV.
AIlTl'RlO-SGLÉllOSE DU CŒUIl
comme l'autopsie lu démontré — après avoir absorbé pendant deux jours 30 centigrammes de macération de digitale.
D'autres exemples semblables peuvent encore être cités dans la science. Ainsi, un de mes élèves, M. Fleurot, dans sa thèse inaugurale de -1884', rapporte l'observation d'une femme qui fut atteinte dans mon service d'une embolie cérébrale, vingt-quatre heures après avoir pris pendant deux jours 30 centigrammes d'infusion de digitale.
Enfin, je lis encore dans une thèse inaugurale faite sous l'inspiration de Bernheim (de Nancy), le passage suivant : « Quand l'affection cardiaque est accompagnée d'athérome artériel et de lésions scléreuses des valvules, il est prudent de n'user de la digitale qu'avec beaucoup de réserve. Deux phénomènes peuvent se produire : sous l'influence de l'augmentation de pression, il est possible que les vaisseaux artériels du cerveau se distendent et même se rompent par suite de leur perte d'élasticité. D'a,utre part, l'activité cardiaque étant accrue, les ondées sanguines possèdent une force d'impulsion plus grande ; or, il peut arriver qae quelques parcelles athéromateuses se détachent, soient entraînées dans le torrent circulatoire jusque dans les artères cérébrales, leur siège de prédilection, et donnent lieu à des embohes, puis à du ramollissement. Ces accidents s'annoncent par des étourdisseraents, de l'obscurcissement de la vue, des fourmillements -dans les membres, et si l'on prolonge l'administration de la digitale, on ne tarde pas à voir survenir le cortège alarmant des symptômes de l'embolie cérébrale, parmi lesquels prédominent l'aphasie et l'hémiplégie. »
A l'appui de cette assertion, M. A. Bloch, auteur de cette thèse % cite trois observations qui me semblent concluantes : Dans la première ^ il s'agit d'un homme de soixante-deux ans, athéroraateux , atteint d'hypertrophie cardiaque et de lésions scléreuses des valvules auriculo-ventriculaires, et qui mourut d'embolie cérébrale (constatée à l'autopsie), quarante-huit heures
dl ^'f^^P'^^'^me de la dù/llale dans les a/feclions on/aniques
f/w c//'i<;. (Ihcso (le Paris, 1884.) — Obs. LXXXVI.
^^mch.Sur les indications de la digitale dans les maladies du cœur. {Nancy ' Obs. LXXXVII.
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environ après avoir pris pendant trois jours une dose quotidienne de 75 centigrammes d'infusion de digitale. — Un autre malade de cinquante-huit ans', également athéromateux, atteint d'hypertrophie du cœur, « sans lésions valvulaires », a présente une hémiplégie gauche avec troubles de la parole, deux jours après avoir été soumis au même traitement, et l'autopsie a permis de constater l'e.Kistence d'une embolie dans l'artère cérébrale droite postérieure.— Enfin un troisième malade, soigné en ville par Bernheim et Spillmann, était atteint^ d'un athérome artériel très prononcé avec hypertrophie du cœur sans lésions valvulaires. Or, on put voir chez cet homme, sous l'influence de la digitale, la même scène morbide se dérouler à plusieurs reprises différentes. L'hémiplégie disparaissait au bout de quelques jours, alors qu'on supprimait ce médicament ou qu'on en suspendait l'emploi.
Tous ces faits malheureux, on ne peut les attribuer à l'intoxication digitalique à laquelle sont sans doute plus particuhèrement exposés les artério-scléreux, en raison des lésions fréquentes qu'ils présentent du côté de leurs reins et de l'imperméabilité rénale qui en est la conséquence. Dans les observations que j'ai rapportées, on n'a jamais en effet constaté aucun des accidents de digitalisme parmi lesquels figurent les nausées ou vomissements, la douleur épigas trique, la dilatation pupillaire, l'accélération et l'irrégularité du pouls, l'affaibhsseraent du cœur, et les hallucinations, etc. Mais dans les cardiopathies où la digitale a trouvé un système artériel en état de tension exagérée, elle a pu certainement contribuer à la production d'accidents divers, tels que : accès d'angor, attaques de palpitations violentes ou de dyspnée, embolies ou hémorrhagies cérébrales.
En terminant ces considérations sur quelques-unes des contreindications de la digitale et sur les dangers résultant de son emploi intempestif dans certaines cardiopathij3s, je tiens à faire cette déclaration importante : loin de moi la pensée de proscrire toujours ce médicament si précieux à toutes les périodes de l'artério-sclérose ou des cardiopathies artérielles. Adopter une telle conclusion, ce serait commettre l'une des erreurs thérapeutiques les plus graves et les plus préjudiciables au malade.