CHAPITRE prélimi.xairf
parce que l'artério-sclérose est héréditaire; c'est elle la coupable des morts subites qui ont frappé trois générations successives ; c'est elle qui atteint le cœur d'une façon organique chez l'un, et fonctionnelle chez l'autre, tant il est vrai qu'à côté de l'hérédité dans les lésions il faut placer l'hérédité dans les organes.
Je vois l'artério-sclérose dansces asystolies rapides et inopinées qui surviennent souvent à l'occasion de la cause la plus légère ; chez ces dyspnéiques dont l'oppression est due à un état d'insuffisance ou d'imperméabilité rénales, et qui est si merveilleusement combattue par le régime lacté exclusif.
Je la vois encore et toujours dans ces arythmies que l'on attribue trop souvent à des afîections mitrales sans souffle et qui sont dues à une insuffisance partielle du muscle cardiaque : véritables boiteries du cœur, elles constituent presque une infirmité contre laquelle la digitale et les médicaments cardiosthéniques sont parfois impuissants, comme serait impuissante l'électricité sur un muscle ou sur une partie d'un muscle définitivement dégénéré.
Je la reconnais chez, ces faux emphysémateux qui sont avant tout des artério-scléreux, chez lesquels on peut, à l'aide de la description symptomatique que j'en ai donnée, diagnostiquer une cardiopathie artérielle de forme cardiopulmonaire, et qui succombent un jour subitement ou rapidement aux progrès de la coronarite.
Je la reconnais encore dans ces fausses myélites des diabétiques, des goutteux et des tabétiques, se manifestant le plus souvent par les phénomènes de paralysie variable et « d'effondrement des jambes», dont Gharcot a donné le signalement clinique dans le goitre exophtalmique ; elles trahissent des troubles de nuti-ition consécutifs à des endartéritcs médullaires. De sorte que le temps n'est pas éloigné oîi le mot « myélite » n'aura pas plus de raison d'être que ceux de myocardite ou d'encéphalite.
Je la reconnais toujours à travers cette succession d'accidents multiples, distincts par le siège des organes atteints.
CONSlUliUATlO.NS Glî.MÏHALES SUR LtlS CAllDlOl'ATIllES AllTKRIliLLES xiii
semblables par le processus anatomique; et, lorsqu'une famille à travers plusieurs générations a présenté des accidents cérébraux, cardiaques ou rénaux, ou encore lorsqu'un individu, dans le cours de son existence, après avoir été frappé d'hémorrhagie cérébrale, contracte une néphrite interstitielle et meurt angineux, je vois dans toute cette histoire pathologique si accidentée les locahsations diverses et multiples d'un môme processus anatomique, de l'artério-sclérose. Lorsque j'affirme Vwiité de la maladie chez cet individu atteint hier d'hémorrhagie cérébrale, aujourd'hui malade de néphrite interstitielle, et pouvant succomber demain à des accidents cardiaques ou à une angine de poitrine, j'ai proclamé aussi Xiinllé de la thérapeutique. J'ai dit que ce cérébral, devenu rénal et mort cardiaque ou angineux, n'a fait qu'une seule et même maladie, l'artério-sclérose, et qu'il doit cire traité par une seule et môme médication.
Enfin, lorsque j'ai mis en parallèle les cardiopathies valviilalres et artérielles^ les premières avec leur tendance à l'hypotension artérielle, les secondes'caractériséesau contraire dès leur début par l'hypertension, j'ai reconnu tout un groupe de maladies par modifications de la pression artérielle. C'est montrer par là le but de la thérapeutique cardio-vasculaire et son indication principale. Il ne s'agit pas seulement d'énumérer et de connaître les propriétés des médicaments, il faut encore savoir les appliquer ; il ne suffit pas de passer en revue tous les toniques du cœur dont le nombre s'accroît chaque jour, mais il faut savoir comment on peut tonifier le cœur par l'hygiène, ou encore avec un seul et même médicament. C'est pourquoi j'ai terminé ces leçons par l'étude de la médication CAUDiosTiiÉNiQUE et par la réponse à cette question : Quand et comment doit-on prescrire la digitale ' ?
J'ai voulu dire comment on doit traiter une allection du cœur.
' Quand et comment doil-on prescrire la di-jilale? (Ucvue générale de clinit|ue el de UiérapeiiUque, 1887 et \m.) — Quand et comment doit-on prescrire la calcine ? l.ov. cit., 1887.)
CIIAI'ITUE l'KiaiMINAIUE
J'ai voulu démontrer, pour ma part, l'exactitude de la proposition suivante : L'endocardite n'est pas — comme le disait Bouillaud — u le point culminant du cœur » ; le siège de la lésion valvulaire n'a qu'une importance secondaire, et le pronostic comme la thérapie des affections cardiaques sont sous la dépendance absolue de l'état du myocarde, à ce point que la cardio-pathologie n'est autre que la pathologie du muscle cardiaque.
J'ai voulu prouver enfin que la connaissance clinique des cardiopathies artérielles avec leur retentissement rapide et habituel sur le myocarde, doit servir d'introduction et de préparation à l'étude des cardiopathies valvulaires.
Je viens d'exposer l'œuvre de vingt années. Pour l'accomplir, j'ai été soutenu par l'attention et la confiance de tous mes élèves qui m'ont fait l'honneur d'écouter mes leçons et d'assister à mes recherches, par ceux d'entre eux qui ont poursuivi avec moi et sous ma direction les mêmes études de cardiopathologie, par tous ceux, en un mot, qui ont contribué à faire connaître et à propager mes idées après les avoir acceptées. Aussi, est-ce avec un bonheur mélangé d'un certain sentiment de fierté que je dédie ce livre à mes chers élèves, mes collaborateurs parfois, mes amis toujours :
Au D"" Gesbron (de Marines), auteur d'une thèse sur la Congestion et Vanémle cérébrale dans les maladies du cœur et de- l'aorte (Paris, 18T8); — au D'' Régis Sabatier [Quelques considérations sur les cardiopathies artérielles ^ 1886); — au ]>' Le Clerc [L'angine de poitrine hystérique, 1887); — au D'" Thierry [La saignée dans les maladies du. cœur et de l'aorte, 1887); — à mes chers internes, au D'" Weber, mon zélé collaborateur dont la thèse sur l'étude analomo-patholoqique du co'.ur [sclérose du myocarde, 1887) a été si justement remarquée; — au D'' Roland, professeur à l'Ecole de médecine de Besançon [Traitement de l'urémie, 1887) ; — au D*" Henri Gillet [De l'embryocardie ou rythme fœtal des liruitK du m'ur. 1888);
CU.NSlDKlUTlOiNS GÉINÉIULES SUR LLS CAIIUIOI'ATIUES ARTÉRIELLES xv
au D'" Denis Gourtade (Contribution à l'étude thérapeutique de la digitale dans les affections organiques du cœur, 1888); — au D'" Pennel qui a publié en collaboration avec moi notre première observation d'angine de poitrine due à la sténose des coronaires; —aux D'"^ P. Binet (de Genève), TissiER et Marciguey (de Paris), à mon interne d'aujourd'hui, M. Renon et à mes internes de demain, hier déjà mes élèves, à MM. Tourmer et Faure-Miller ;
A mon fidèle ami et cher collaborateur, le D'" Gh. ELOYqui a bien voulu rédiger quelques-unes de ces leçons et me prêter son précieux concours pour les expériences physiologiques et thérapeutiques \
En résumé, ce volume étudie seulement les maladies par hypertension artérielle (artério-sclérose , aortites, cardiopathies artérielles, angine de poitrine vraie, etc.). Ledirai-je? Je suis presque confiant dans faccueil qui kii est réservé. Gar, en France, malgré l'orientation étrangère qu'on imprime à notre science, malgré la faveur passagère dont jouit la médecine de laboratoire, malgré cet état d'instabilité thérapeutique où nous jettent des innovations hâtives, sans frein et sans contrôle, il y a encore de bons esprits qui n'ont pas renié la science d'observation, hier encore notre gloire, et notre force demain ; il y en a qui, tout en étant de leur temps, s'obstinent à rester de leur pays ; il en est qui tout en reconnaissant les services rendus à lachnique par la physiologie, la chimie et la bactériologie, ne veulent pas asservir la clinique à la bactériologie, à la chimie et à la physiologie ; il en est enfin qui répètent volontiers et mettent en pratique ces belles paroles de Glaude Bernard :
^ « Il ne faut pas subordonner la pathologie à la physiologie. C'est l'inverse qu'il faut faire. Il faut poser d'abord le problème médical tel qu'il est donné par l'observation de la ma-
m' /i^?^"'' '^"'ï''*'^ aclrcssci- mes plus sincères remorciemenls à l'excellci.l, cdileiir ouvrage'. " P'^'"^'"^' matérielle de cet
CIIAl'lTUK l'UlÎLIMl.NAIIlK
ladiu, puis chercher à fournir l'expUcalion physiologique. Agir autrement, ce serait s'exposer à perdre le malade de vue et à défigurer la maladie. »
Pour « ne pas perdre de vue le malade et ne pas défigurer la maladie », j'ai appuyé toutes les idées que je viens de résumer, toutes les interprétations physiologiques que j'ai admises, sur plus de 300 faits cliniques et sur près de 130 constatations anatomo-pathologiques. Leur nombre eût pu encore être plus grand, puisqu'une centaine d'observations personnelles restent inédites. Je ne les ai pas utilisées, pensant que la preuve était suffisamment faite.
Ces observations cliniques et anatomo-pathologiques resteront, parce que les théories passent et les faits restent, parce que c les systèmes sont périssables et l'art éternel », parce qu'enfin, suivant le précepte de Bagiivi :
In medtcina majorem vim facit experientla quam ralio.
Henri IIUCHARD.
Paris, ^27 juin 'J889.