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On fait une injeclion de morphine, des inhalations d'oxygène, et au bout d'un certain temps, un peu de calme revient, quand subitement, le malade est pris d'hallucinations : il croit voir des personnes qui veulent lui faire du mal ; il s'insurge contre l'interne qui le gardait depuis le matin, lui reproche amèrement de le laisser mourir de faim, se lève et veut s'habiller. Go délire se modère peu à peu et fait place à un sommeil extrêmement agité, entrecoupé à chaque instant par des réveils subis où l'effroi, la terreur, se peignent sur son visage. Aux poumons, les râles persistent; ils ont envahi maintenant les deux côtés et se montrent vers les sommets. La dilatation de l'estomac est encore considérable, etle bruit de glouglou se fait toujours entendre avec la même intensité au moment de l'introduction ou plutôt de la chute des aliments dans la cavité stomacale.
Prescriplion du 11 mars et des jours précédents : ventouses lèches sur la poitrine, sinapismes aux membres inférieurs, deuxième vésicaloire; inhalations d'oxygène; quelques inspirations d'iodure d'é- Ihyle qui n'ont produit aucun résultat; éther en potion, et teinture de digitale avec musc en lavements.
'H, 13 et '14 mars. Même état. On prescrit du café et un peu d'eaude-vie, puis une potion au bromhydrate de caféine à 0,30 cent., huit ventouses scarifiées dans la région du mamelon et un troisième vési-
catoirc.
Le 14 au soir, l'oppression est extrême, le pou^s a 144 sans fièvre, l'estomac extrêmement dilaté, tous symptômes indiquant, en conséquence, un état parétique du nerf vague. A l'auscultation du cœur, on entend toujours un bruit d - galop; le son de percussion des poumons est normal ; mais on constate, à l'auscultation, des râles excessivement fins, nombreux, secs et sei'rés, s'entendant à l'inspiration, surtout en arrière, aux deux bases, aux deux sommets, avec cette particularité que ceux du sommet gauche sont plus gros, plus éclatants et qu'il existe à la partie moyenne une zone où ils sont absents. Cette congColion intense, extrêmement élendue des deux poumons, confirme encore le diagnostic précédent, et il est décidé que l'on pratiquera l'électrisation du nerf vague.
Le lendemain, io mars, on accourt me chercher à cinq heures et demie du matin. La nuit a été très mauvaise; le malade étoufi'e, il est presque agonisant. M. le docteur Onimus veut bien me prêter son concours pour l'électrisation, et, à notre arrivée, nous trouvons le malade en proie à une ortiiopnée extrême : la respiration est extrêmement fréquente, la voix entrecoupée, et il existe à cha(|ue instant une toux sèche, courte, très fatigante ; les extrémités sont refroidies, converl,es de sueurs, les sclérotiques sillonnées de grosses veines, signe dune gi-ande difficulté respiratoire; le malade se plaint de douleurs rétro-sternales, de sensation de brûlure, de déchiru:e dans apoitrmc; le pouls, toujours régulier, est très i)etit, à peine perceptible, extrêmement fréquent. La mort semble imminente, à ce point que nous hésitons un instant à pratiquer l'électrisation du nerf vague,
doal rindication, posée quelques jours auparavant, avait été définitivement résolue à la dernière consul talion.
M. Onimus, cependant, se décide à employer les courants induits : un pôle eèt [ilacé sur le nerf vague, un autre sur la paroi thoracique, puis les deux sur le nerf vague. Immédiatement, de 148 le pouls descend à 110. Puis les courants continus sont employés sans résultat. Avant l'électrisation, l'auscultation de la poitrine avait permis d'entendre dans les deux poumons une pluie fine et serrée de râles crépitants, beaucoup plus secs et plus superficiels que les râles de la pneumonie, de la congestion ou de l'œdème pulmonaire ; il est permis de penser que ces râles ont leur siège, non dans le parenchyme pulmonaire, mais dans les bronches capillaires.
A midi, je fais, pendant dix minutes, une nouvelle séance d'élec- Irisation avec les courants continus.
Le soir, nous trouvons le malade sensiblement mieux; il a voulu se lever, se promener même un peu dans l'appartement, et mangerà table avec sa famille. Il est évident néanmoins qu'il avait un peu de subdélirium. Le nombre des pulsations est très variable, de 96 à 120; mais après une électrisalion avec les courants induits et continus, les pulsations sont fixées à 112. La toux est incessante, les râles aussi nombreux.
Prescription : Continuer la caféine prescrite quelques jours auparavant, à la dose de 0,30 et 0,40 centigr.; éther intics et extra. Inhalations d'oxygène. Demain matin, un verre et demi d'eau d'Hunyadi- Janos. Ventouses sèches.
16 mars. La nuit a été excellente, l'oppression moindre, le sommeil plus calme. En arrivant près de lui, je suis immédiatement frappé d'une amélioration évidente. Sous l'influense de l'électrisation des pneumogastriques, le pouls s'est raffermi, il est devenu moins fréquent, et de 150, il est tombé à 108. Les respirations sont à 36. Le malade dort pendant l'électrisation, et après il sent un bien être respiratoire qu'il n'avait pas éprouvé depuis longtemps.
Le lendemain, pendant une séance d'électrisation, le pouls est tombé à 90 ; mais les râles font plus nombreux encore, le flot congestif a envahi toute la poitrine et la dyspnée ne cesse pas. Le bruit de galop du cœur a disparu depuis deux jours. Plusieurs séances d'électrisation sont encore pratiquées ; mais le malade meurt, le '19 mars, enq^orté par une crise dyspnéique violente, et après avoir présente, quelques jours avant sa mort, deux symptômes avant-coureurs de sa fin prochaine : la respiration de Ghcyne-Stokcs et plusieurs lipothymies.
Dans ce cas, l'électricité avait été employée de la manière suivante :
Avec des courants induits, mais des interruptions très espacées, 3 secousses en 2 secondes, soit 90 en une minute. Les pôles étaient appliqués, soit les deux ou un, au voisinage du pneumogastrique, soit l'un en cette région et l'autre sur la région précordiale.
La durée ne dépassait jamais deux minutes sans qu'on ne mît un
certain intervalle avant de recommencer rélcctrisation. Chaque fois, on cleclrisait en même temps, et spécialement vers la fin de la séance, avec des courants continus; après cela, le pôle positif était appliqué sur la nilque, aussi haut que possihle, et le pôle négatif était placé d'ahord sur le cou, puis, pendant un temps plus long, sur la région précordiale, progressivement du côté de la pointe et du côté de la base du cœur.
Celte intéressante observation peut-être ainsi résumée: Un homme encore jeune, vraisemblablement goutteux et atteint d'aortite subaiguë, qui avait souffert seulement, de temps à autre, d'accidents dyspeptiques assez promptement réprimés, est pris subitement, au milieu de la plus parfaite santé et dans le cours d'une conversation, d'une douleur violente, atroce, non pas seulement en arrière du sternum, mais dans toute la poitrine, avec quelques irradiations dans les deux bras et dans le cou. Il se fait transporter chez lui, en proie à une angoisse profonde, et telle qu'il ne peut même proférer une seule parole. Je le vois quelques heures après; sa figure exprimait l'anxiété la plus vive, la parole était entrecoupée ; le malade se plaignait « d'une barre qui l'étouffait, d'une sensation de main et de griffe de fer ». Depuis sept ans que je lui donnais des soins, je n'avais jamais rien trouvé du côté de son cœur et de son aorte ; deux jours auparavant, par une circonstance tout à fait fortuite, j'étais amené à l'ausculter et je ne constatais rien encore; le jour même oii je fus appelé, je pratiquai l'auscultation avec tout le- soin dont je puis être capable, et je ne trouvai toujours rien. (Mais les résultats négatifs de l'auscultation ne devaient pas m'autoriser à conclure à l'absence de lésions aortiques, comme je l'ai appris par la suite au sujet de ces cas le plus souvent latents d'aortite péri-coronaire. C'est seulement quelques jours après que je pus constater, avec M. Potain, les signes d'une dilatation cardiaque légère, sans lésion des valvules ni de l'aorte. Mais cette dilatation était de date récente et s'était développée pour ainsi dire sous notre oreille, et, lom d'être la cause des accidents angineux, elle en était plutôt l'effet' Quelques jours plus lard, les accidents douloureux firent place à une
mod , '.V^ congestmn bronchique, mobiles dans leur siège ou leui'
lem . s 'i ''r.'^^^ (P^-'^^ipi^ation extrême des bat-
m r?' d 7^"''' ''"^"^'"^ 'l^^^'l^^^^ lipothymies, fré-
quence du pouls san.s /«èore, etc.]. 1 j )
^1'^.^ u^^^^^^^^^ i' ''''^ pneumogastrique avait abouti
ne ? I al^solument comme l'aurait fait
une excitation électrique intense et prolongée.
LEÇONS DE THERAPEUTIQUE ET DE CI-l.MOUE MÉDICALES
Ainsi, deux phases bien dislincles dans celle maladie : 1" Une phase d'exeilalion douloureuse du nerf vague, marquée par des souffrances atroces rappelanl absolument celles de l'angine de poitrine; par une sensation de dyspnée, sans augmentation et même plutôt avec diminution du nombre des mouvements respiratoires, etc. ;
S"^ Phase consécutive à la première, d'une durée plus longue et marquée par tous les signes de la paralysie du nerf vague.
Les symptômes de celle seconde période reproduisaient pour la plupart les accidents qui surviennent habituellement chez les animaux en expérience dont on a coupé un nerf pneumogastrique. Gela est si vrai, que l'éleclrisation du nerf a pu certainement contribuer à ranimer le patient pour quelques jours et l'on peut même se demander si, employée dès le début de la maladie, elle n'en aurait pas complètement triomphé.
La première fois que M. Onimus a pratiqué cette électrisation, il osait à peine la faire, dans la crainte que la mort ne survînt pendant l'opération. Du reste, je laisse de côté la question thérapeutique, qui n'est pas absolument neuve. Car il est démontré que, dans certains symptômes de paralysie bulbaire due à la diphtérie ou à d'autres causes, que dans ïang or pectoris même, l'excitation électro-cutanée du thorax, entre les mains de Duchenne (de Boulogne), a pu triompher d'accidents extrêmement graves qui, sans elles seraient devenus promplement mortels. Duchenne, dans unmémoiie intéressant paru au Bulletin général de thérapeutique eu i8o3 (tome XLV, p. 246), était arrivé même à cette conclusion, que l'emploi de l'électricité, dans certains cas, pouvait non seulement faire cesser complètement et à l'instant une angine de poitrine, mais aussi <i enrayer la marche de la maladie et peut-être la guérir définitivement». Depuis, d'autres essais de ce genre ont été faits, et M. Armaiugaud*, dans un travail intéressant sur la mort subite des femmes en couches par l'angine de poitrine (1877), a relaté un cas où l'éleclrisation cutanée du thorax avait produit de très bons effets. Bien auparavant, Laënnec avait employé des plaques d'aimant, ce qui prouve, pour le dire en passant, que la métallolhérapie ou plutôt la médication par les aimants n'est pas née d'hier.
Je ne retiens du résultat thérapeutique que cette conclusion : c'est qu'il a pu affirmer, comme l'aurait fait une expérience physiologique, l'exactitude absolue du diagnostic : Naturam morborum oslenthint curalioncs.
'Arniainm'aiitL Noie sur l'aïujine de poitrine comme cause do la »wrl subite che: les nourclles accowhècs. (Paris, eliez Dclaliayo, 1877.)