IL — AFFECTIONS CUTANÉES
Il y a lieu de signaler : 4© Les éryihèmes, fréquenta l'hiver chez les sujets scrofuleux. Gellé les signale chez les enfants qui font leurs premières dents.
2o Les engeluresy qui se développent dans les mêmes circonstances. Elles peuvent prendre le caractère phagédénique (Triquet, Larrey).
3<* VérysipèlCy qui complique les lésions consécutives. La tuméfaction envahit surtout la face profonde, qui est d'un tissu moins serré.
40 Les ulcérations d'origines dive^ses : quelques-unes suc-
(i) Helot, de Roueo.
MALADIES DU PAVILLONS gi9'
cèdent à des phljctènes et entament jusqu'au Cftrttlâge qm* est ou n*est pas sphacélé. On les a ég'alement obsei^ées tht^2S> Jes vieillards. On a considéré la fente du lobule paV les boucles d'oreille comme un stig'mate de scrofulose.-^ '>
5* La gangrènCy qui s'observe chez les alcooliques, • dia* bétiques, aliénés, dans le choléra. Si elle se limite, par exemple à la suite d'une cong-éis^tion, on peut, & la chute de l'escarre, révinir les parties restantes. Nélaton pratiqua, dans un de ces cas, une opération qui dissimulait à merveille la perte de substance. Biaise et Sarda ont vu un cas d-e g^anliCrène palusti^e atteignant les pavillons et le bout du nez (1).
6<^ Les phlegmons et les abcès, qui siègent ordinairement sur le lobule, provoqués par les boucles d'oreille.
7<> La syphilis, qui s'y rencontre sous ses divers types : chancres simulant des épithéliomes, des gommes, e^tci Jullien a décrit un syphilome lympho-chondriqiiedu pavillon, venu trois mois après le chancre et envahissant lymphatiques et cartilages.
8® Veczéma, qui est aigu ou chronique, isolé quelquefois, mais le plus souvent associé à Teczéma du conduit auditif, du cuir chevelu, etc. Sec ou humide, il est des plus tenaces.
Le pavillon, couvert de gerçures ou de rhagades, rend le décubitusdouloureux et détermine ainsi l'insomnie. Cet eczéma s'observe surtout chez les femmes à l'époque de la puberté ou de la ménopause. Il peut laisser des oedèmes tenaces et des hypertrophies éléphantiasiques qui portent sur tout le lobule, au point de grandir vingt fois ses dimensions normales (Gellé). Le pavillon semble, dans certains cas, soulevé et détaché de la tète.
Les lotions à l'eau bouillie chaude, l'application d'une lame de caoutchouc sont, avec le traitement général arsé-nical, les moyens les plus recommandables. Comme topiques, on utilise au début l'huile d'olive stérilisée et salicylée (à 1 p. 100), plus tard le glycérolé d'amidon à l'oxyde de zinc {k ï p. 30).
• On signale quelques cas de zona sur le pavillon en même
(i) Blaisb et S-iaDA, Montpelliev viid,, 1«' septembre 1888.
830 mALADIES DES OREILLES
temps que sur la membrane tympanique. Ils accompagnent des névrites du trijumeau ou du facial.
90 VimpétigOf sec ou humide, qui peut creuser le pli auriculo-temporal qui suppure et sent mauvais, le pavillon se détache presque.
Le traitement de la scrofule et des soins de propreté antiseptiques suffiront en général.
lOo Citons le lupus, la tuberculose et la lèpre du pavillon.
. 11*> Les auteurs allemands, Hartmann par exemple, mentionnent le phlegmon du pavillon^ qui est le plus souvent une périchondrite. Le pus s'accumule sous le pérîchondre et le pavillon se déforme à la suite. Hartmann dit avoir vu ces périchondrites s'étendre à tout le pavillon. On incise la collection purulente et on curette au besoin. Hessler a même dil réséquer une portion du cartilage nécrosé.
Parmi les accidents consécutifs à la coutume de percer les oreilles des enfants, il faut citer en première ligne Timpétigo. Le point de départ de cet impétigo est toujours au point de la perforation du lobule et il est caractérisé par des pustules qui, en se rompant, forment des croûtes plus ou moins épaisses. Ces croûtes s'étendent à toute la région auriculaire, au cuir chevelu, au cou et à la face si un traitement rationnel ne les arrête pas dans leur évolution.
On constate encore, à la suite du percement des oreilles^ des eczémas le plus souvent impétiginisés et des chéloTdes du lobule de l'oreille, mais cette dernière complication est beaucoup moins fréquente.
A citer encore des cas de gangrène, de tuberculose, voire même de chancre syphilitique résultant de l'emploi par le bijoutier d'instruments malpropres.
m. — TUMEURS DU PA VILLON
i"" Hématome du pavillon. — Cet hématome consiste en un épanchement de sang entre les cartilages et leur périchondre. Son élude n'a été faite que récemment. On la doit surtout à A. Fovillc, Kûhn, Claverie, Gudden et Wilde.
Etiologie. — On Tobserve comme conséquence de traiimatismes répétés (lutteurs, boxeurs). Son apparition est préparée chez eux par Tétat congestif de la tète qu'amènent les eflForts de la profession. Gudden a fait cette remarque que, sur les statues antiques d^Hercule, de Castor et PoUux, d'Hermès, etc. , , le pavillon est déformé, recroquevillé comme chez nos lutteurs. Virchow a constaté, sur un lutteur japonais de trentequatre ans, que les oreilles étaient épaissies par places, amincies en d'autres ; le lutteur japonais heurte son adversaire avec la face latérale de sa tète.
On rencontre aussi Thématome chez les aliénés, principalement chez les déments paralytiques. Chez eux, Gudden l'attribue aux poing's rudes des infirmiers.
Jarjavay, Schwartze et Wendt l'ont observé chez des individus sans aucune tare cérébrale.
Il est surtout fréquent chez les hommes (52 hommes, 10 femmes) (Kûhn). Il sièg-c à la face externe du pavillon, de préférence vers le haut, au niveau de la fosse naviculaire et à gauche. Il s'en rencontre de bilatéraux.
Pathogénie. — II n'est pas aisé de s'expliquer l'apparition souvent spontanée de ces extravasats sanguins.
A leur niveau même, diverses altérations ont pu être constatées. A. Fovillea publié, en 1877, l'examen histologique de l'hématome d'un aliéné. Il y avait constaté le ramollissement très accentué du cartilage, la dégénérescence embryonnaire des capillaires et des vaisseaux sanguins, avec leur rupture au niveau de l'épanchement. Hartmann y a vu des cavités kystiques résultant du ramollissement du cartilage et prêtes k recevoir le sang pour former l'hématome. Se fondant sur ces lésions locaIestrophiques,divers physiologistes en ont cherche l'explication dans des altérations centrales du système nerveux; on ne pouvait pas oublier la célèbre expérience do Claude Bernard qui, sectionnant sur un lapin les filets cervicaux du grand sympathique, a vu toute la moitié de la tèlcet surtout l'oreille se congestionner et s'échauffer. Schiff (1855) n'avait-il pas aussi amené des congestions du pavillon en pratiquant sur des animaux rhumisection du bulbe? Brown- Séquard (1870), de son côté, a déterminé des hémorragies
SZi MALADIES DES OREILLES
SOUS la peau du payillon,en lésant les corps restiformes ou^la moelle cervico-dorsaje.
Màthias Duval, Laborde, Gellé ont publié les derniers documents relatifs à cette question. Sectionnaivt, sur Hn çhien^ la partie la plus inférieure du plancher du quatrième ventricule, ils constatent tous les troubles circulatoires thermiques que Claude Bernard avait signalés dans la section du g-randsympathique au cou. Gellé a étudié ce qui se pas^eplus par* ticulièrement dans les cavités otiques de ces animaux : muqueuse tympanique écarlate, ecchymotique, caillots encombrant les rampes du limaçon. Ainsi les hémorrag'ies se produisent dans les profondeurs de l'oreille, tout comme dans le pavillon.
' Par ces considérations, l'othématome résulterait de lésions nerveuses centrales (bulbe, g'rand sympathique, trijumeau). Ainsi s'explique son apparition spontanée, de préférence chez les aliénés et les déments.
En somme, il est des othématomes traumatiques (lutteurs), dcsothématomesspontanés(aIiénés)etdesothématomes mixtes où traumatismes et prédispositions combinent leur influence.
Symptômes. — Au début, c'est un {(gonflement de tout le pavillon, qui est roui^jce, luisant, douloureux, comme s'il allait être le siè|;»fe d'un érysipèle. Puis une tuméfaction se montre, occupant ou débordant la fossette scaphoïde (Rg, 272). Fluctuante au centre, elle donne à sa périphérie la sensation de caillots écrasés. Les parois sont formées en dehors par le périchondreetlapeau,en dedans par le cartilage plus ou moins altéré, ramolli, présentant de petits séquestres chondraux. L'épanchement siège parfois dans répais.seur du cartilage (Gellé). La cavité contient un mélange de sérosité .sanguinolente et de caillots noirâtres.
Après quelque temps, ce contenu se résorbe, la cavité disparaît, mais le pavillon est déformé par ce mouvement de résorption. Il se ratatine dans sa longueur et dans sa largeur. Si l'hémorragie s'est produite, comme il arrive, sur les deux faces du pavillon, la résorption consécutive le déforme totalement. L'othématome peut s'ouvrir spontanément sans autres suites. Rarement il suppure.
, Diagnostic. — Le ilîagnostic de l'affectiou doit Aire établi avec celui de quelques kjsles. Ceux-ci OQt un dévcloppempnt graduel, tandis que le premier évgluc rapidement.
Traitement. — La compression ouatée suffit, si la tumeur est pou volumineuse. Dans le cas contraire, on y pratique des pondions évacualriccs. On est rarement oblig'é d'inciser et de cureter.
Fig. 272. - Olhém
c (d-après Mesnard).
2» TatneurB érectiles. — On les rencoiHre rarement. Elles sont artérielles ou veineuses.
Arlénellea, elles se compliquent souvent d'ectasios nrltSrielles dans le cuir chevelu. Il faut en ce cas recourir, suivant l'étendue deralFcction, à la ligature de telle ou telle arléro. Colles a Hé avec sucuès l'aitère ouriculaïre posiéricure. D'autres chirur^çtcns ont lié la carotide primitive. Dans un CitTBK. — Mal. du Larynx. 3e Otlit. b3
cas où celle dernière opération n'avait pas suffi, Mussey lia, quelques semaines après, la carotide du côté opposé et obtint lo g-uérison complète. En cas d'angiome limilé aune partie du pavillon, l'ablation est indiquée.
Veineuaee, elles sont peu saillantes et le meilleur traitement consiste dans la g'alvanopuncture.
3 ' Fibromes. — Les exemples en sont rares. Triquet en mentionne un cas, qui, occupant la face postérieure de l'oreille, la refoulait en avant (1).
Compaired (de Madrid) a opéré une de ces tumeurs qui avait le volume d'un gros reuf de pigeon el s'implantait sur toute la conque et dans une portion du conduit auditif en ar* rière. La tumeur s'était développée spontanément.
L'e X am e n histolagique, pratiqué par le D' Tapia, montra qu'il s'agissait d'un fibrome fasciculé{fig.i^3).
Une variété de ces tumeurs est connue sous la désignation de fihromts du lobule. Ce sont de petites tumeurs, dures el arrondies, qui siègent sur le Irajet des boucles d'oreilles.
Les unes sont de vrais fibromes, les autres des tumeurs chéloïdcs (Dolbcau). Elles sont fréquentes chez les négresses des tropiques qui portent de lourds pendants d'oreilles et sont plus exposées au\ chéloïdes. Elles sont symétriques de chaque côlé (Saint-Vcl), îniplanlées de préférence sur la face postérieure du lobule (Knapp). Leur ablation doit être pratiquée très largement pour éviter les récidives très fréquentes.
Fig. 273. — Fibrome fascicu du pavillon (Conipaired).
(1) TarcuET, Trailé des
laladiesde l'o
^iUe.
A l'occasion d*un Mémoire du D' Audain (de Haïti), la Société de chirurgie a fait une étude sur cette question des fibromes du lobule (3 juin et 10 juin 1896]. Il en résulte qu'il y a lieu de séparer la chéloîde du fibrome, si fréquent dans la race noire (Kirmisson). L'ablation des chéloïdes est souvent suivie de récidive. Richct a vu récidiver la tumeur après cinq ablations. Aussi il ne conseillait plus que la compression. L'électrolyse a bien réussi entre les mains de Quénu pour les chéloïdes, qui sont le plus souvent d*ordre trophique.
On a signalé encore quelques cas de chondromes et on peut en distinguer deux espèces : à) des tumeurs congénitales qui sont plutôt des oreilles supplémentaires, bien étudiées par Virchow, Lannelongue et Achard ;
h) Des chondromes acquis présentant plusieurs variétés : le fibro-chondrome, le chondromyxome et le chondrome secondaire à celui de ki parotide. C. Chauveau a publié Tob- .servation d'un de ces fibro-chondromes du lobule (1).
4» Topbus {tumeurs crétacées). — Ils se montrent, chez les goutteux, sur le bord supérieur de l'hélix et dans la fosse naviculaire (Garrod, Charcot). Gros comme un pois, en moyenne, entourés de petits vaisseaux, ils ne sont douloureux que durant la crise de goutte. Ils sont constitués par un dépôt d'urate de chaux et représentent un des signes caractéristiques de cette dyscrasie. Ils coïncident généralement avec les dépôts calcaires sur la membrane tympanique.
On ne les confondra pas avec les kystes sébacés signalés par Moos, Toynbee.
On les excise quand ils deviennent gênants.
On trouve mentionnées des observations de pavillons ossifiés chez les arthritiques ou à la suite de périchondritcs (Bochdalck, Gudden).
5' Tumeurs malignes. — Les observations n'en sont pas nombreuses. Trcillct en a réuni onze cas (2).
(1) CuAUVEAu, Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1901, page 150.
(2| TnEiLLET,Du cancer du pavillon de roreilIe^Thèse de Paris,
Haltituelleinenl il s'agit dVpithéliome. Sur 5.000 malades (l'otiatrie, Fcrrcri n'en a complé que 8 cas, Il y est piimilif ou secondaire, émanant des tég'umeDts environnants. Quand il est primilif, il débute par une sorte de verrue, que le malade écorchc, el qui se transforme en ulcère envahissant. Bouisson a montré que l'eczéma du pavillon peut dégénérer
en cancroïde, dé méine
que l'impétigo et les psoriasis (Orne Green). 1-a marche peut être rapidement envahissante. Duplay a vu un malade chez lequel un cancroïde débutant par le lobule avait en quelques mois détruit lout le pavillon, mis à nu le crâne et ouvert l'arliculatîon de la mâchoire. Velpcau a signalé un cancer encéphaloTde. Campbell a observé une variété de tumeur qui se rencontre chez les habitants de la vallée du Népal et qui, siégeant sur le haut du pavillon, le réclinail et obstruait la conque ; il a opéré deux ui oui paru être des sarcomes, l'observation du tymphadénome dont
dec
Témoin a l'examen histologique fut fait par Malasscz. Gros fi'ufde |>i^eon, il siégeait au-dessus du lobule. La tumeur élail demi-mollo et d'un rouge violacé.
Le diagnostic macroscopique des différentes tumeurs du pavillon de l'oreille (sarcome, épiihéliome, carcinome, endothéliome) est très difficile car elles ont des caractères communs qui les rapprochent beaucoup les unes des autres. Ainsi Broockaert rapporte un cas de tumeur (fig. 274) qu'il a opérée et dont le diagnostic exact ne put être fait qu'après
l'examen histologique : il s'ag'issait d'un endothélîome développé aux dépens deTendothèle des fentes lymphatiques (i). Quel que soit le g'enre de ces tumeurs malignes, il faut leur opposer l'excision du pavillon, partielle en V, ou totale, suivant le cas.
BIBLIOGRAPHIE. — Fovillb (â.), Rcch. sur les tumeurs sanguines du pavillon de l'or, chez les aliénés (Gat. hebdom., 1859). — KûHN, Hématocéle du pavilLou de roreille. Thèse de Str^bourg, 1864. — DoLBBAU, Soc. de chir,^ 6 janvier et 24 février 1869. — Clavehie, De l'hématome du pavillon de l'oreille. Thèse de Paris, 1870. — FoviLLE, Union méd, delà Seine-Inf., 1877. — Témoin, in Ladreit deLaeu ARRIÈRE, Dict. des se. méd.^ Paris, 1882>2e série, t. XVI), p. 172, art. Oreilles. — Gellé. Précis des mal. de l'oreille, 1885, p. 11 et suivantes. — JuLLiEN (L.), lyôn méd,, 26 mai 1887. — Hamon du Fou- GBRAY, Ann. des mal. du lar. et de Vor,, 1890, p. 236. — Audain (de Ilaiti), Bull, de la Soc, de chir.y 3 juin 1896. — Rohrer, Halpmann, Sur l'olhématome (1V« Mémoire des aurisies allemands. Cologne, t899). — Mesnard, Hématome du pavillon {Bull, de laryngologie, 1900, p. 375). — Broeckaert, Presse 0. R. L. belge, août 1902. — ■ CoMPAiREH, llevue hebd. de laryngologie, 28 février 1903.
(1) D('*BnoECKÀERT, Presse oto-laryngologique belge ^ août 1902.