I. — SYPHILIS ACQUISE
La syphilis ne se porte pas souvent à l'oreille, mais quand elle sy jelte, elle s'y montre généralement fçrave.
Envisag"Cons successivement Toreille externe, l'oreille moyenne et l'oreille interne, où comme ailleurs, plus la syphilis est récente et plus elle sièg-e superficiellement.
io Syphilis de l'oreille externe. — Un travail de Rupp la donne pour assez rare. Sur 28,000 malades, il n'a noté que 21 cas. Mais les chiffres sont minorés dans cette statistique dressée par un auriste, car ce n'est pas à nos consultations, mais plutôt à celles des syphiligraphes, que se présentent les malades atteints de lésions du pavillon, en même temps qu'e» d'autres régions du corps.
Le chancre y est signalé douze fois. Il provient de baisers^ de morsures, de serviettes contaminées. Hermet consigne l'observation de deux malades qu'il a pu examiner dans le service du P*^ Fournier à l'hôpital Saint-Louis.
Le premier avait été mordu au pavillon dans une rixe avec un lutteur. Son adversaire avait détaché le lobule et, dans le délai habituel, était apparu sur la plaie un chancre phagédénique avec ganglions énormes sous-maxillaires et parotidiens.
Le deuxième cas est celui d'une femme de la halle que soi> mari, syphilitique, avait embrassée derrière le pavillon. Un chancre manifeste avec ganglions cervicaux existait dans le sillon rétro-auriculaire.
On observe encore sur les pavillons : Des syphilides ulcérO'CroûteuseSy simulant reczémaimpétigineux;
Des excroissances venmqueuses du conduit auditif, très analogues à celles de Tan us, avec écoulements séreux fendes. Elles peuvent être douloureuses, saignantes et ressembler à des polypes quand elles sont papulo-hypertrophiques;
Des condylomes qui sont la lésion la plus commune du conduit. Desprès a depuis longtemps signalé qu'ils s'observent surtout chez les sujets qui antérieurement avaient de Totorrhée. Ces condylomes peuvent déterminer des rétrécissements consécutifs.
Des plaques muqueuses très étendues réalisent Voiite externe diffuse, décrite par Ladreit de Lacharrière.
Les gommes du conduit sont rares. Didsbury en a exposé un cas où il avait noté un gonflement considérable des parois du conduit avec écoulement abondant.
Enfin on peut rencontrer des exostoses à évolution lente, indolores, et siégeant dans la profondeur, non loin de la membrane tympanique.
2» Syphilis de Foreille moyenne. — Ordinairement il
s'agit ici des symptômes d'un catarrhe tubo-tympanique, imputable à des ulcérations secondaires qui siègent dans le cavum, aux environs du pavillon tubaire. Le danger spécial de cet accident réside dans un rétrécissement de la trompe qui peut survenir à la suite.
Des papules perforantes siégeant sur la membrane tympanique ont été signalées par Gruber. Baratoux y a vu évoluer des gommes en miniature.
Garzia (deNaples) a communiqué au 5« Congrès d'otologie tenu à Florence, en 1895, une observation d* otite moyenne suppurée.
Rupp a observé de la tympano-mastoïdite aiguë, mais le malade était porteur d'ulcérations syphilitiques dans le pharynx et les fosses nasales, de sorte qu'il pouvait bien s'agir d'infections mixtes.
Enfin des périostites et des ostéites ont été signalées à Tapophysc mastoïde, entraînant : les premières, la formation de
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3" Syphilis de l'oreille interne. — C'est ici que n-niavons le plus souvent oieasion d'observer les maai (Staline' graves de la svphilis, mais dous âoromes peu rensci^êt^ui 1rs lésions annlonto-patholof^iqucs, car les aulopsirs tom rnrcs.
Honncbert i de Bruxelles) a raa;ifé sous deux chefs principiui el bien distincls l'ensemble des accidents, suivant qu'il' évaluent lentement ou brusquement.
a) Labijrinlhite syphilitique lenta. — C'est d'ordinaire un accident de lerliarisme, difficile à diffêi-encier des scierai" tjmpaniques vulgaires, mais qui s'en distinirue pourlflnl \-'une évolution plus rapide et par une surdité plus complrii Ccllc-ci se réalise profiçressivemenl, sans iuterruplion. I' malade peut éprouver quelques vertiffes légers. Le sii{ïir J Rombcr^ est habituel.
b) Labyrintliite eyphililique brusque. — Celte fornip pein <>lre apoplectiforme, foudroyante. Elle accorapag^ne gcnértlenienl les aci:idenls seirocdaires, ranis elle a pu se montrer p'n' précoce encore, comme dans deux cas mentioaDés par I P' Politzer et Charazac, où elle apparut quelques jours ai«''^ if. chancre cl avant les accidents secondaires. Le malade fin' n'éprouver tout d'abord que quelques troubles cérébtnin values. Un syphilitique observé par Hermel avait de la ppi" à trouver des mots, se plaignuit de quelques < lacunes il i^itelligGQce u; mais en grénéral les manifestations sont plu tapB§;euses. Brusquement se montrent des nausées, des vomi semenls; des vertiges avec chutes, sans perte de connaissauoi. La surdité évolue en bàle, sur une oreille d'aburd. puissMM l'autre. En quelques jours, la cophose compliMc est rr'nli-jftB Cependant les vcrtig'es graves du début s'allénueni et ltnîss<>nl presque par disparaître. A signaler aussi In paralysie faci^/ syphilitique qui souvent accompagae les manifesitations de l ' svphilis olique. Ces divers accidents ne sonl point rares daii^ la phase préatnxiqitc du labcs.
Anatomie pathologique. — (Juesepasse-t-il alors dan&lç cavités ilu labvriullie ■' Nous ne sommes renscigaés 11 i
ég'ard que grAce à des documents communiqués par Moos (d*HeideIber§p). Un de ses malades, en période secondaire de syphilis, présentait des bourdonnements et des vertig'es avec une surdité évoluant rapidement. Survint une maladie intercurrente à laquelle le malade succomba. L'autopsie montra -i que les oreilles externe et moyenne étaient intactes, mais, dans
Toreille interne, le périoste vestibulairc était épaissi ; il y avait hyperplasie du tissu cellulaire sous-muqueux, infiltration cellulaire dans le périoste de la lame spirale osseuse et dans la lame spirale membraneuse, mais surtout dans Torg'ane de Corti, au point de le rendre méconnaissable. Rien au tronc du nerf auditif.
Diagnostic. — Il doit différencier de la surdité syphilitique les scléroses otiques et les surdités nerveuses. Les premières marchent plus lentement et n'ont pas ces manifestations g^raves. Les surdités nerveuses, bien qu'apparues brusquement, se laissent soupçonner. Elles sont souvent sans bourdonnements ; mais il y a Thystéro-syphilis dont Barthélémy nous a fait connaître un cas. C'était un syphilitique qui devint brusquement sourd, au moment où il lui révélait sa maladie vénérienne. La surdité se prolong^ea pendant un an et cessa brusquement.
Il est des circonstances qui permettent de penser que la lésion est encore au delà du labyrinthe et siè^e dans les centres auditifs. C'est le cas d'une observation due à Hérard. Une g-omme de la protubérance et d'un pédoncule cérébelleux moyen avait détruit par compression les nerfs auditif, pathétique, moteur oculaire commun et trijumeau du côté gauche. Ces paralysies sensorielles associées indiquent le siège cérébral des altérations.
Pronostic. — Il est des plus mauvais. Et les facteurs de gravité ne manquent pas : alcoolisme, scrofule, paludisme. Mais, même chez les sujets sans circonstances aggravantes, la cophose peut en arriver à ce point que le malade ne peut plus comprendre qu'en lisant l'écriture de son interlocuteur.
Si le traitement intervient dès le début, la guérison n'est pas impossible. Le P' Fournier m'a dît en avoir observé un exemple certain. Felici, Botey ont vu de môme un cas
Castex. — Mal. du Larynx. 3« édii. 64
lOiO MALADIES DES OREILLES
heureux. Au XI* congères international de Rome, Poli, sur un ensemble de cinq labyrinthites, enregistrai! un cas de grande amélioration, deux d'amélioration restreinte, deux d'échecs complets. Pour ma part, j'ai vu le traitement agir sur la syphilis de l'oreille interne, nettement dans deux cas où Taudition, en particulier, a été améliorée.
En tous cas, la syphilis acquise se montre moins grave que l'héréditaire.
Traitement. — Contre les accidents secondaires du conduit auditif, il faut employer les injections antiseptiques et les cautérisations au nitrate d'argent ou à la teinture d'iode, voire à l'acide chromique si elles se montrent tenaces. Des instillations de cocaïne à i/iO rendent les cautérisations moins douloureuses.
La trompe est-elle en cause, il faut, sans di£Pérer, y introduire des bougies afin de prévenir le rétrécissement.
Pour les accidents labyrinthiques, les injections intra-musculaires de calomel et Tiodure de potassium à haute dose sont indiqués. Politzer insiste sur l'utilité des injections souscutanécs de chlorhydrate de pilocarpine (cinq gouttes par jour d'une solution aqueuse à 7 pour 100).
Le traitement mécanique, sonde d'Itard, masseurs du tympan, etc., a parfois aussi ses indications contre les lésions de la caisse.
En résumé :
i^' La syphilis acquise de l'oreille atteint sui*tout les hommes, à la différence de la syphilis héréditaire ;
2'> Les propathies ont une influence marquée sur son apparition ;
30 Elle se montre à des distances variables du chancre, d'autant plus grave qu'elle est plus précoce ;
A^ La syphilis est grave surtout pour l'oreille interne où elle revôt l'allure lente et foudroyante ;
5<* Pronostic très grave ; quelques améliorations possibles par un traitement hâtif.
BIBLIOGRAPHIE. — Ripp, Syphilis de roreille oxlemc {Journal of cutaneous and gentio-ttrinary Diseases, oct. i891).— Botet, Gaceta medica caialana, 4 5 mars 1892. — Hermet, Leçons sur les maladies
(le Toreille, 1892. — Millon, Med. record, 19 août 1893. — Barthr^ LRMY, Soc. de derrn, et de syphil., 13 nov. J894. — Â. Bruck, Berlin, klin, Woch., p. 160, n*8. 24 fév. 1896. — Hennebert, Rapporta la Société belge d'otologie, 18 avril 1897. — Didsbury, France médicale , 9déc. 1898.