‹ Maladies du larynx, du nez, et des oreilles (volume 2)Chapitre 199 sur 282 · IV. — PARACOUSIE DE WILLIS · texte numérisé non relu

IV. — PARACOUSIE DE WILLIS

La paracotisie de Willis, ou surdité paradoxale j consiste dans ce fait singulier que des malades entendent mieux dans le bruit que dans le silence. Elle a été signalée pour la première fois par Willis ; il avait remarqué qu'un homme ne pouvait se faire entendre de sa femme sourde que lorsqu'un roulement de tambour se produisait à côté d'elle. Le phénomène se montre dans des conditions diverses, ainsi les paracousiques entendront mieux dans un omnibus ou en chemin dj fer, dans la rue, dans un appartement après qu'on aura ouvert les fenêtres, quand un vent violent souffle autour d'eux. On peut provoquer le phénomène en faisant vibrer, comme le recommande le professeur Politzer, un diapason sur le vertex du malade ; à ce moment, il entend plus distinctement.

Je donne des soins à une malade atteinte de sclérose tympanique qui présente très nettement de la paracousie. Elle habite les environs de Paris et a remarqué qu'elle entend beaucoup mieux dans le train qui la conduit à la Capitale, mais ensuite elle constate que son audition est très affaissée.

Cette surdité paradoxale se rencontre dans toutes les affections gravpsde l'oreille: otorrhées destructives, scléroses tympaniques avec ankyiose de l'étrier et scléroses labyrinthiques.

Les notes aîg'uSs la produisent plus sûrement que les notes graves. On peut s'en assurer avec des diapasons de diverses hauteurs. L'amélioration qui en résulte pour l'ouïe peut se prolongper pendant un ou deux jours à la suite d'un long voyag-e en chemin de fer.

Comment expliquer ce paradoxe acoustique?

Je ne pense pas qu'il faille accepter l'explication que me donnait un de mes malades : c J'entends mieux dans le bruit, parce qu'on est obligé de me parler plus fort, x>ou cette autre : <( J'entends mieux dans le bruit, parce que ce bruit couvre mes bourdonnements qui généralement m'empêchent d'entendre. »

Politzer pense que les bruits extérieurs favorisent l'audition en ébranlant la chaîne des osselets devenue rigide.

La majorité des auristes se rallie à l'opinion formulée par Johannès Mûller que, dans les affections de l'oreille, il y a torpeur du nerf auditif et que seules de vives excitations sonores peuvent secouer cette torpeur.

Mais voici une toute autre explication : Breintung* (de Cobourg) émet l'hypothèse que des excitations fortes favorisent le contact des unités cellulaires entre elles ; par unités cellulaires, il faut entendre les neurones.

On peut bien admettre aussi que le nervosisme joue son rôle ici comme ailleurs ; je n'en veux pour preuve que l'observation publiée par Arteaga. Il a vu une jeune femme de 28 ans, hystérique, frappée brusquement de surdité sans bourdonnements; elle entendait mieux dans le bruit que dans le silence, bien que ses oreilles moyennes fussent indemnes. Du reste, nous savons, grâce surtout aux travaux d'Urbantschitsch, que même pour des oreilles normales, une influence sonore aujgmente l'audition. Le fait n'est pas moins certain chez les sourds ; c'est pourquoi ces malades ne doivent pas laisser s'endormir leurs nerfs auditifs, ils doivent, au contraire, dans une certaine mesure, fréquenter les concerts qui entretiennent ce qui reste de leur pouvoir auditif.

Quand l'amélioration ne se produit qu'au début des bruits, puis s'affaisse, on peut penser que c'est .surtout le nerf acoustique qui est en cause, car il est d'observation que

le labyrinthe résiste mieux que lui aux faUlilcues acoustiques.

Pronostic. — Il est grave, La paracousie indique que Ta* mélioration ne se produira guère et elle constitue une des contre*indications les plus certaines dans les tentatives chirurg-icales dirigées contre la surdité.

Variétés. — On donne le nom de paracousie simple k l'audition fausse lorsque l'impression sonore ne répond pas aux sons produits.

Il y a encore la paracousie de lieu. Une oreille étant sourde, le sujet fait erreur sur la direction d*oà vient le son. A la chasse, par exemple, il croira que les chiens sont à droite quand ils sont à gauche, parce que son oreille droite entend mieux que la gauche.

La contre-audition est encore une espèce de paracousie, elle consiste en ce que, lorsque vous appliquez le diapason sur la mastoTde d'un malade, il le perçoit mieux par l'oreille du côté opposé, parce que la caisse y est plus scléreuse.

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