‹ Maladies du larynx, du nez, et des oreilles (volume 2)Chapitre 223 sur 282 · CHAPITRE XIX SURDI- MUTITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX SURDI- MUTITÉ

Quand un enfant est complètement sourd, de naissance ou de maladie, il ne peut apprendre à parler, ou il oublie le peu qu'il avait appris et devient un sourd-miict. On est muet» parce qu'on est sourd (Bonnafont).

Statistiques. — Il résulte de celles qu'a dressées Hartmann qu'il existe environ 119.000 sourds-muets, soit près de 8 p. 10.000 hommes. On pourrait direl sourdr-muetsur 1.250 hommes ou femmes. La Hollande et la Belgique, la France* TEspag'ne et l'Italie offrent un chifiFre au-dessus de la moyenne g-énérale. En France, il est de 6,26 sur 10.000 habitants. On en compte au total 30.000. Au contraire, il est au-dessous de la moyenne pour l'Allemagne, l'Autriche-Hon-* g-ric. La plus forte proportion pour l'Europe est en Suisse. C'est du reste, en général, dans les pays montagneux qu'on rencontre surtout le sourd-muet, dans les Alpes, Jes Pyrénées, les Cévennes.

Dans tous les pays, la surdi-mutité, qu'elle soit congéni« taie ou acquise, se montre plus fréquente dans le sexe masculin que chez les femmes.

Un premier classement s'impose qui répartit l'ensemble des cas en surdi-mutités congénitales et acquises.

Or la question n'est pas encore tranchée de savoir dans quelle proportion se présentent les unes et les autres.

Dans une communication que j'ai faite à la Société frari' çaise d*otologie(i3 mai 1900), j'avais relevé dans le dossier de 323 sourds-muets les circonstances qui pouvaient rensei-

g'ner à ce sujet, et ces recherches m'avaient donné la propor* tion suivante:

Surdi -mutités congénitales 143

Surdi-mutités acquises 178

Total . . 323

Maisj'ajoutais :

< L'étude des faits me donne à penser que le chiffre des cas acquis est majoré par une erreur d'interprétation qui se reproduit souvent. De bonne foi ou non, les père et mère d'un sourd-muet, à qui répugne l'idée que leur enfant n est pas venu au monde dans les conditions normales, écrivent qu'il est devenu sourd à deux ou trois mois ou quand il était en nourrice. N'est-il pas plus naturel d'admettre alors que l'enfant n'a jamais entendu.

L'enquête sur cette origine doit être très attentive, sinon l'erreur se glissé. J'ai vu par exemple de jeunes sourdsmuets otorrhéiques dont l'entourage expliquait rînfirmité par ces écoulements et pourtant il est bien avéré qu*il s'agissait de sourds-nés. On ne doit classer parmi les surdités ac* quises que les surdités des enfants ayant positivement parlé. • Je connais le cas d*un enfant sourd-né et qui a eu ensuite les principales maladies acquises qui figurent dans Tétiologie de la surdi-mutité acquise. L'erreur n'est-elle pas toute naturelle?

La congénitalitédoitexister chez tous ceux qui n'ont jamais parlé, et seule la perte de la parole, eût-elle été rudimentaire, permet d'affirmer que l'infirmité est acquise par des causes pathologiques. Je crois donc qu'on peut considérer comme à peu près égal le nombre des deux catégories de sourds-muets nés ou devenus tels. »

Or voici que dans un nouveau recueil d'observations personnelles, comprenant un en.semble de 95 cas, je relève 70 fois la surdité congénitale et 25 fois seulement la surdité acquise. Les faits de cette dernière catégorie sont en général très nets et faciles à reconnaître, si bien que les faits douteux oivent être rangés dans ceux de la première catégorie. - Il résulte donc de mes chiffres que V origine congénitale

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semble Vemporter en nombre, puisqu'en additionnant l'en* semble de mes observations personnelles, je trouve :

Surdi-mutités congénitales . . 145 -|-70=: 215 Surdi-mutilés acquises .... 178-|-25==203

Consanguinité des parents. — Voici les chiffres que j'ai trouvés pour 318 enfants:

Parents, cousins-germains 11

Grands-parents, cousins-germains .... 4

ParenI s, issus do germains 12

ToTJiL . . 27

Le pourcentage donne 8,49 pour 100. C*cst à très peu de chose près la proportion qu*ont donnée à Ladreit de La* chàrrière ses relevés antérieurs. En simplifiant, on peut dire que sur un ensemble de 10 sourds-muets, Tun d*eux est issu de parents consanguins.

Hérédité. — Elle apparaît comme un facteur moins im* portant que la consanguinité.

La transmission cftrecte de lasurdi-mutité des père et mère à leurs enfants peut être étudiée à Taide de diverses statistiques de Mygge; Hédinger, Wilde, Gilett, Hartmann, Kerr Love, Fay, Saint-Hilaire. Non sans quelques divergences, elles indiquent les faits suivants :

i^ La surdi-mutité est sûrement héréditaire, mais cette transmission se produit assez rarement. Une statistique irlandaise établit que sur 123 enfants nés de 98 ménages de sourds-muets, on n*a compté qu'un seul enfant atteint de la même infirmité. D'après un relevé du bureau Volta (de Washington, 1898) le mariage des sourds-muets congénitaux donne plus d'enfants silencieux (12 pour 100), que le mariage entre sourds-muets acquis (4,2 pour 100).

2^ Certains chiffres, ceux de Fay en particulier, établissent que deux générateurs sourds engendrent moins de sourdsmuets que d'eux générateurs dont l'un n'est pas sourd. Ce fait paradoxal est contredit par d'autres relevés. • Après une enquête minutieuse dans les diverses statis-

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tiques publiées, Saint-Hilaire conclut que la transmission des parents aux enfants est rare et qu'elle est cinq fois plus rare desg'rands parents aux petits enfants. *

Chez quelques ascendants, j*ai noté tels détails pathololog'iques qu'il n'est pas inutile de mentionner.

L'aliénation mentale et l'épilepsie fournissent chacune un contini^ent de 5 pour 100. Les débilités mentales (idiotie, imbécillité, etc.], se rencontrent parfois chez les ascendants et collatéraux. Les méningites etconvulsionssont très fréquentes chez les ascendants des sourds-muets cong'énltaux. A sig-naler encore les hémorrafs^^ies cérébrales, l'hystérie, la chorée, les troubles de la parole (surtout le bégcaiement), affections frcquemment signalées dans les familles des sourds-muets congénitaux.

La tuberculose se trouve souvent chez les parents. La surdité sans mutité des parents a peu d'influence, car Nimier a démontré qu'il n'y avait pas parallélisme entre les départements pour le nombre de sourds et celui des sourds-muets. Ce qui prouve encore que la surdi-mutité est plutôt de siège cérébral qu'auriculaire.

Le père d'un de ces enfants était atteint de saturnisme grave et avait perdu quatre enfants eu bas âge.

Une mère était profondément alcoolique ; une autre avait une luxation congénitale des hanches ; une troisième portait un goitre volumineux ; une autre était épileptique; une autre enfin aliénée.

- Emotions au cours de la grossesse. — Voici une circonstance trop souvent mentionnée pour qu'on la considère comme négligeable.

C'étaient des accidents de voiture ayant produit une vive f rêveur.

Deux mères de sourds-muets, pendant leur grossesse, avaient vu la foudre tomber à côté d'elles.

Une autre, étant enceinte de deux mois, avait vu mourir subitement son mari sous ses veux.

Antécédents des enfants. — Dans les antécédents des enfants qui ont cessé d'entendre et de parler, nous trouvons, par ordre d'importance décroissante : méningites, conyul-

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sions, fièvre cérébrale, fièvre typhoïde, scrofulose, traumar lismes, rougeole, otorrhées, pneumonie, coqueluche, scar* latine, diphtérie, etc.

Syphilis DES parents. — Hutchinson, le premier, puis le P' Fournier, ont maintes fois insisté sur cette étiologie.

c J'imag-ine, dit Edmond Fournier (1), qu*un jour le chapitre concernant la surdi-mutité deviendra un des plus importants parmi tous ceux qui composent l'étude des dvstrophies d'origine hérédo-syphilitique. » Mais il fait remarquer que les documents manquent sur la question, parce que l'attention n'a pas été suffisamment appelée sur la possibilité de cette étiologie spécifique.

Personnellement, j'ai souvent noté la multi-léthalité dans les familles de ces enfants. J'ai vu une petite hérédo-syphilitique née à 8 mois et devenue sourde inopinément à 6 ans.

Ménière, Grossard et moi n'avons pas trouvé chez ces enfants une proportion d'adénoïdiens notablement plus g^randc que chez les entendants-parlants.

Le D^ Rivière a constaté de l'insuffisance thyroïdienne (myxœdème fruste) chez quelques sujets. Elle s'associait souvent à l'adénoïdisme.

Otites. -r- Parmi les causes de surdité entraînant la mutité, il faut citer les otites suppurées, mais ces affections n'entratnent généralement la mutité que lorsque l'oreille interne est atteinte.

Traumatismks. —^ Les traumatismes tiennent une place importante dans les relevés étiologiques : ce sont en général des chutes sur la tète avant déterminé des fractures du crâne, des hémorragies labyrinthiques ou cérébrales, des méningites traumatiques, etc.

Lnfections. — Une cause qui n'a pas été sîg'nalée, je crois, et qu'il m'a été donné d'observer est l'infection des organes auditifs produite par de l'ostéomyélite.

Il s'agissait d'un jeune homme qui, au cours de la convalescence d'une ostéomvélitc du tibia droit avant duré trois

(1) Edmond FounNiEii, Les Stygmates dystrophiques de Thé' rédo-syphilîs. Thèse de Paris, 1898.

ans, fut atteint de surdité bilatérale. Il n'avait jamais eu d'autre maladie, ni d'écoulement d* oreille : la surdité ré* sultait donc d*une infection produite par des streptocoques et des staphylocoques. La voix, d'abord normale, avait pris à peu près le timbre spécial au sourd-muet (1).

Quand Tenfant perd TouTe par suite de maladie, il oublie peu à peu les mots qu'il avait appris et devient sourd-muet. S'il est devenu sourd seulement après l'âgée de sept ans, il ^nrdc plus ou moins le souvenir du lang'agc phonique. Un grand nombre de sourds-muets conserve encore un certain degré d'audition : 40 p. 100 environ sont dans ce cas. Les sourds de naissance le sont moins complètement que les sourds de maladie.

Variétés. — Trôlstch a distingué trois degrés de surdimutité :

i^ Surdi-mutité congénitale, UenfsLtii n'a jamais entendu, ni parlé.

2o S urdi'tnutlté précoce. L'enfant a entendu, mais n'a pas parlé à l'âge voulu.

30 Surdi-mutité tardive. L'enfant a parlé quelque temps, puis a perdu la parole après avoir perdu l'ouïe.

Caractères généraux des sourds-muets. — Indépendamment de la double infirmité qui sert à les désigner, les sourds-muets présentent certains caractères, révélateurs pour ceux qui les frt'qu entent.

Leurs yeux sont attentifs, avides de lire sur les lèvres la pensée de leur interlocuteur, mais l'attitude est souvent gauche et la démarche irrégulière. Dans le jeune âge, ils viennent vers vous en titubant, en traînant les pieds, en marchant de trois-quarts ; les troubles augmentent dans l'obscurité. Quand on mène en promenade pour la première fois dans Paris les petits élèves arrivés récemment de leur pays, c'est dans la rue une débandade bien embarrassante pour les surveiliantschargés de les conduire. Mais l'éducation vient vite à bout de cette incoordination originelle, et leur

(i) Castex, Causes de la surdi-mutité. Rapport au Congrès de Madrid, 1903.

SURDI-MUTITÉ iiOl

apprend la tèoue. Leur langage est monotone^ Tarticulation esl saccadée et ils roulent exagérément lés R.

Le sourd-muet n'est guère sensible au vertige. Bien des observations Tout noté et les expérien(5es de Kreild, Pollak, Brauer et autres Tônt confirmé. Nous avons sur cette particularité une intéressante étude de Dupont, professeur à rinstitution nationale de Paris.

On voit les sourds-muets se livrer à tous les sports avec une témérité qui semble ignorer le danger, par exemple, dans les exercices de gymnastique ou de cyclisme. S*ils sont charpentiers, couvreurs, ils courent sur le bord des toitures, indifférents au vertige. Leur audace leur vient peut-être de ce qu'ils n'entendent pas les bruits annonçant le danger. Ils se sont montrés impassibles, au milieu des balles, sur les champs de bataille où ils allaient relever les blessés.

Dupont a conduit do jeunes sourds-muets dans un voyage sur mer et il a pu noter qu'aucun d'eux n'avait subi le mal de mer.

Dans l'eau, ils n'ont pas la sensation du haut et du fond. Dès que leur tête est immergée, ils perdent l'équilibre et sont exposés bien plus que d'autres à se noyer.

D'où viennent ces particularités? Sont-elles le fait des otolithes ? ou des canaux demi-circulaires? Nous ne sommes pas encore fixés.

On sait d'ailleurs que la généralité des sourds-muets entend un peu.

Le sourd-muet a une aptitude spéciale pour percevoir les trépidations du sol. C'est ce qui lui permet d'échapper, dans les rues, à des accidents que les entendants ne savent pas toujours éviter.

Au moral: le sourd-muet ne diffère guère des autres hommes. S'il en est d'aigris, beaucoup par contre montrent les plus précieuses qualités d'esprit et de cœur.

Assez souvent, j'ai noté chez eux que le crAne e$t oblique ovalaire» comme le montrent les chiffres que j'ai pris compa« rativement sur des sourds-muets et sur des entendants-parlanls.

. J'ai trouvé aussi le frontal bombé, la suture fronto-parié*

iiOS MALADIES DES OREILLES

taie saillante, la voûte palatine très og'ivale présentant une saillie osseuse médiane an téro-postérieure (Sortis pafaf in us), les fosses nasales serrées dans le sens transversal, le sternum enfoncé. Leur force d'expiration est souvent amoindrie. J'ai remarqué chez un g'rand nombre la procidence de la luette»

Une intéressante question est celle de Texamen acoustique des sourds-muets. Elle a été amplement étudiée au XllI^ Con* g-rès international dans les communications du D** Schwcndt (de BAle). 11 ressort des divers essais faits jusqu'à préseutsur le pouvoir auditif des sourds-muets que le meilleur moyen à employer pour cette recherche consiste dans la série continue des diapasons de Bczold ou celle de Kœnig. Avec ces instru» ments on peut déceler les lacunes interposées ^ux îlots audi-" tifs sur toute l'échelle diatonique des sons perçus par l'oreille humaine. On sait qu'à l'état physiolo^j^iqueTétcndue de cette échelle va de 16 à 50.000 vibrations cfoubles (1).

Avec les instruments de musique, on ne peut pas décou* vrir les lacunes, parce qu'ils font entendre les harmoniques supérieures.

Bczold a montré que le sourd-muet dont le champ auditif a des lacunes n'entend pas certaines voyelles ou consonnes et réciproquement. Il y a là comme une sorte de correspondance, ou même des destinations spéciales dans l'échelle auditive, au point que Schwendt a rencontré des sourds-muets qui n'entendaient pas l'S et qui avaient une lacune dans la 5« et 6^ octave, comme aussi il en a vu qui percevaient TR lingual et entendaient également les sons des octaves 2 et i.

Pour qu*un sourd-muet soit à même d'entendre la parole, il faut, d*après Bezold, que son champ auditif s'étende à moins de la^ à la^ et qu'il ait une durée de perception pour cette octave qui est dès lors la plus importante* Cet auteur a vu d'autre part que les cas de surdité totale étaient au plus de 20 p. 100.

Anatomie pathologique. — Les 152 examens nécroscopiques publiés nous permettent déjà de nous éclairer un peu

(1) Oa entend par vibration double celle qui comprend l'oscillation de la tige vibrante de part et d'autre de sa position du repos.

SURDI-MUTITÉ ilO^

sur le suhstratum anatomo-patholog^lque de cette infirmité.

Les lésions de Toreille moyenne existent surtout dans les surdités acquises, mais elles semblent ne compromettre qu'en partie Taudition. C*est ce qu*a remarqué mon collègue Grossard, dans nos examens sur les sourds-muets de l'Institution nationale ; les enfants qui présentaient une lésion de la caisse étaient moins sourds que les autres, d'où on peut inférer déjà que les altérations des parties profondes, labyrinthe ou circonvolutions temporales, sont un facteur bien plus important de surdi-mutité.

L'oreille interne présente souvent dans les nécropsies des modifications marquées. Elles peuvent manquer en apparence, mais, si on pratique l'examen microscopique, on constate, ainsi que Ta vu Scheibe dans deux autopsies, une atrophie des filets nerveux du saccule, de l'utricule, du limaçon et diverses autres modifications morpholog-iques de grand intérêt.

Ces deux examens de Scheibe montrent que la surdimutité peut dépendre d'un arrêt de développement congénital et dégénératif. Ils font voir encore l'importance delà congénitalité dans l'étiologie de cûtte infirmité spéciale. Au moyen de coupes portant sur le labyrinthe, Steinbrûgge et Habermann ont constaté dans le limaçon, les canaux demicirculaires et le vestibule des destructions étendues ou des nécroses complètes qui peuvent s'expliquer par la thrombose des vaisseaux.

Très souvent il s'agit d'une atrophie du nerf auditif.

Enfin on a observé Tatrophie, l'aplatissement sans lésions microscopiques de la circonvolution de Broca et de la zone corticale auditive (circonvolution temporale supérieure) coïncidant avec des altérations du labyrinthe. Impossible dédire alors si la surdité a été d*abord cérébrale ou labyrinthique. Qu'importe ; nous pouvons bien dire en ce cas qu'elle est centralej puisque zone cérébrale auditive et labyrinthe se développent en même temps. Elle l'est incontestablement lorsque le bulbe et la protubérance sont touchés.

Il peut y avoir croisement entre la lésion cérébrale et la lésion labyrinthique. Ainsi, dans un cas, l'atrophie du cerveau gauche correspondait à la destruction du labyrinthe

droit (autopsie par Uchermann, n" 80. Tableaux de SaÎDt- Hilaire). Dans uoe autre de Meissaer (no 124), il y avait des graoulalions amylordes daDS le nerf auditif et dans le 4* ventricule. Dans uoe troisième de Me^er (n* 127), le uerF auditif élaît normal, mais il y avait épaississent en t de l'épend^me dans le cerveau et le cervelet; les stries acoustiques manquaient. Dans celle de Scheibe (n° 147), atrophie du nerf co-

5 du c<)Ié droit.

cliléaire et du rameau de Retzius. kystes dans le cerveau an niveau de la 3° rronlalc et à la base des deux lobes frontaux, nplalissi^mcnt des circonvolutions temporales. Ëufin, dans celle de Scppilli (n' 150), l'hémisphère cérébral i^auche pesait un quart de moins que le droit ; les l'*et2' temporales, (li'iruitcs, étaient remplacées par un tissu cicatriciel ; la S' ri-ontalc cl le g-yrus étaient atrophiésct sclérosés ; l'insula <ic f\ci|. lai-gomcnt détruit à g'auche.

SURDI-RUTITÉ

liop

D'un travail récent (1) que j'ai failavcc le D' Marchand (dp Blois), d'après l'autopsie de 3 sourds-muets, il résullc, comme le montrent les figures 34S et 3i9, que l'autopsie portail sur les circonvolutions temporales et sur la branche cochléaire du ncrF auditif.

V'i!^. H'J. — Conduit auditif inlerue g-auche h sa partie moyenDe

1 , ni^rr facial ; â, ni-i'f inlcJmt'iliaîro du Wrisbc-rt; ; 3, nirrr ouilitif formant loule lo uioilié inférieure Je la (Iguro; i, libres (lÈgiîniîriîes i)ti la liranrlii! coi.'liléaire.

En

somme, les autopsies comme les examens cliniques nontrent l'importance dominante des lésions InbvHn-

(!) Casiex et Marcuand, Elude anatomo-hislulogiquc su surdi-mutité, Bulletin de Lai'ijngoloQie, llkiiiologie, Ototo'jie, i" 190C.

Castex. — Mal. (lu Lttrjnx, 3« ^Jit, '

Ii06 MALADIES DES OREILLES

thiqucs, et cérébrales et bulbaires, coogpénitales plutdt qu^acqulscs;.

Diagnostic. — Le diagnostic de la surdi-mutité a, comme les autres différenciations, ses difficultés et ses occasions d'erreur.

On peut (Vahord ne pas la reconnaîtrey si surtout on accorde trop d'importance au dire des parents. De ce qu'un bébé sourit quand on lui parle en le câlinant, il ne s'ensuit pas nécessairement, comme le veut sa mère, qu'il entende ces cajoleries. Placez-vous derrière lui et soufflez fortement dans un sifflet ù roulette ; si l'enfant ne tourne pas la tête ou n'exprime aucune surprise sur sa physionomie, vous pouvez bien admettre que son audition est sinon nulle, du moins très rudimentaire.

Inversement les parents peuvent s'attrister sur une apparente surdité, qui n'est qu'un simple retard dans Vappa^ vition du langage. J'ai observé une fillette de 4 ans qui était dans ce cas. Après un an de traitement fortifiant (phosphates, bains de mer, etc.) et d'instruction obstinée poursuivie par la mère, l'arriérisme disparut et l'enfant devint comme luutcs celles de son âg^e.

On nous a présenté, à Tlnstitution nationale des sourdsmuets, un petit g'arçon de 4 ans et demi qui avait d'ii papa et viaman dès l'âge de un an, puis s'était arrêté à ces deux mots. Il était d'ailleurs normal à tous és^ards. Ce n'était qu'un retardant à envovcr à l'école.

Une autre variété d'arriéré, assez rare d'ailleurs, esta distinguer des véritables sourds-muets, c*est Ventendant-muet, L'enfant, quoique doué d'une ouïe normale, est atteint de mutisme temporaire ou persistant. Ladreit de Lacharrière (1) a bien étudié ces cas, à propos de deux enfants chez lesquels la parole ne se développa point. Il explique ce retard dans le développement du lan^ag'e articulé par : la faiblesse pbvsique ou intellectuelle de la mémoire surtout, ou par un trouble nerveux, ou par l'hérédité ou même par des déformations des organes de la parole.

(1) An.ialci (1rs maladies de Voreille et du larynx, 1876.

Boyei\ professeur à rinstitution nationale de Paris, a publié Inobservation d'un de ces entendants-muets, d'intellig^ence faible, et qui, resté muet jusqu'à Tâge de 10 ans, put acquérir une parole suffisante par la méthode orale.

J*ai moi-même présenté à la Société française cTotologie en 1896, un entcndant-muet de 54 ans, qui a toujours entendu, mais n*a jamais pu parler. Il disait seulement, avec peine et mal, oui et non. Pas de maladies antérieures. 11 a eu deux frères plus âgés tout à fait normaux, mais lui-mfimc est né après que son père était devenu hémiplég'ique gauche et ne pouvait plus parler. Il manquait surtout de mémoire. Quand on lui demandait les métiers qu'il avait exercés, il étaitobligé de faire lire ses certificats. Il m'a paru s'agir d'une lésion congénitale des centres phonatoires.

Nous pouvons être encore induits en erreur par les surdités psychiques et par la surdi-mutité hystérique. Cette forme de surdi-mutité a été bien étudiée par Mingazzini (1). Il a vu qu'elle était fréquente surtout chez les hommes. Elle apparaît entre 15 et 35 ans. Le début on est brusque et provoqué par des circonstances diverses : une émotion vive, une céphalalgie, la présence de vers, dans l'intestin, un traumatisme. Courlade a relaté un cas de surdi-mutité hystérique chez une fillette de 3 ans et demi, survenu après un accident (blessure au poignet). La surdité est complète, mais le pronostic favorable, car le traitement et surtout l'électricité eu viennent facilement à bout. Le diagnostic repose sur la constatation des autres stigmates hystériques (hémi-anesthésie, anosmie, amblyopic, etc.).

Antony (du Val-de-CirAce) (2) a publié deux cas intéressants de surdi-mutité hystéri(jue chez deux jeunes soldats.

Sont à séparer aussi des sourds-muets, normaux à tous autres égards, tous les dégénérés goitreux, crétins, aphasi(jues, etc., chez lescjucls la surdi-mutité passe au dernier l)lan, n'étant que la moindre de leurs infirmités multiples.

Un examen médical fait par l'aurisle est donc nécessaire

(1) Archivio italiano» février 1897.

[t) Soc if té mé'licuie des hùpitaujc, 28 avril 1899.

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pour qu*on ne laisse pas dans les institutions spéciales de faux sourds-muets.

Le diag'nostic doit établir encore s'il s*ag^it de sourds coni« plets ou incomplets et si la surdité est périphérique ou cen« traie.

Pronostic. — 11 est bien prouvé aujourd'hui que l'instruction et réducation peuvent faire du sourd-muet un sujet nullement inférieur aux autres hommes, à son infirmité près. Nous en viendrons sans doute en France au système d'instruction obligatoire que la Norvègpe a adopté pour les enfants sourds-muets par une loi qui date du 8 juin 1881 et dont la sanction est une amende contre les parents ou tuteurs qui la transgressent.

Traitement et éducation. — Il est bien rare que l'on puisse améliorer l'ouïe d'un sourd-muet par un traitement direct, mais il y a néanmoins lieu de le tenter.

On cite des cas de restauration de Touïe à la suite d'opéra* tions portant sur des oblitérations congénitales de l'oreille externe, de même que par le tarissement d*otorrhées.

Mais quand la thérapeutique se montre impuissante, restent les ressources d'une instruction spéciale.

C'est en 865 qu'un archevêque d'York apprit pour la première fois à parler k un sourd-muet.

Dom Pedro Ponce, bénédictin espagnol, le premier, au xvi"^ siècle, inaugura l'enseignement des sourds-muets.

Dans les archives du couvent où il vécut on a retrouvé l'acte où il est consigné que les élèves sourds-muets du frère Pedro « parlaient, écrivaient, calculaient, priaient à haute voix, parlaient le grec, le latin, l'italien, et raisonnaient très bien sur la physique et l'astronomie..., quelques-uns se sont tellement distingués dans les sciences qu'ils eussent passé pour des gens de talent atio; yeux(VAri$iote ».

11 leur apprenait d'abord à écrire en leur montrant du doigt des objets qui étaient exprimés par des caractères écrits, puis, il les exerçait à répéter avec leur voix les mots correspondant à ces caractères.

11 instruisit ainsi deux frères et une sœur du connétable, le fils du gouverneur d'Aragon.

Ce fut ensuite Juan Pablo Bonnet qui s'occupa de cet art par le désir d'être utile au connétable de Castillc dont il était le secrétaire et qui avait un frère sourd-muet. Son idée fondamentale fut de mettre le sourd-muet en état dé distinguer et de reproduire les lettres de l'alphabet.

Et puis encore Ramirez de Carion, muet de naissance. Il eut pour élève Emmanuel Philibert, prince de Carignan, qui écrivait et parlait quatre langues. Le livre de Bonnet parut si important à notre abbé de l'Ëpée qu'il apprit l'espagnol tout exprès, afin de pouvoir le lire et sVn inspira pour imaginer sa méthode dactylologique qui consiste en attitudes de la main correspondant aux diverses lettres de l'alphabet.

En même temps, en 1788, Heinicke (de Leipzig) inaugurait la méthode orale qui fait lire le sourd-muet sur les attitudes que prennent les lèvres de son interlocuteur : il reproduit la parole grâce à l'imitation des mouvements des lèvres.

Une méthode mixte, phonomimiet combine les gestes delà main et les mouvements labiaux.

C'est la méthode orale qui compte les plus nombreux partisans. Elle a été proclamée comme seule rationnelle au Congrès international pour la surdi-mutité (Milan, 1880).

Qu'on ne la confonde pas avec la méthode «i/raic, qui exerce l'oreille. Urbantschilsch préconise dans ce but les expériences acoustiques. On fait entendre d'abord des sons, puis des vovelles, des syllabes, des mots.

L-n tiers environ des sourds-muets soumis à l'instruction spéciale arrivent à parler.

Enseignement (1). — L'enseignement est donné aux sourds-muets, garçons et filles, dans 70 écoles environ qui renferment une population approximative de 4000élèvcs. Les principales sont les institutions nationales de Paris, Bordeaux et Chambéry, l'institut départemental d'Asnières, les écoles privées de Lille, Saint-Étienne, Toulouse, Arras, Poitiers, Lyon, Saint-Brieuc, Nancy, Nantes, Marseille, Montpellier, Bourg, Angers, etc.

|1) Je dois cet exposé à l'obligeance de M. le professeur Mari chellc, de rinstitution nationale de Paris.

iliO MALADIES DES OREILLES

A rinstitution dé Paris, les élèves sont reçus à partir de 6 ans dans une section spéciale dénommée classe enfantine. A 9 ans, ils sont admis dans les cours d*eDsei|^ement proprement dit où leur instruction se poursuit pendant une période de 8 années.

On applique la méthode orale, dont le but, comme son nom rindique, est de restituer à ces enfants Tusage de la parole. Les premiers débuts de cette méthode remontent à une époque fort lointaine puisqu'on cite un instituteur spécial, Pierre Ponce de Léon comme pratiquant, dès le xvi^ siècle, Tart de faire parler les muets. £n 1620, Jean Paul Bonnet, d'Aragon, publie le plus ancien traité d'articulation qui soit parvenu jusqu'à nous (i). Viennent ensuite, pour ne mentionner que les plus importants ouvrages ayant trait à cette matière, le traité d'un savant professeur d'Oxford, Wallis (2)etle travail d'un médecin suisse établi à Amsterdam, Jean-Conrad Amman (3). Le xviii^ siècle voit apparaître les premières écoles publiques de sourds-muets: l'Institution de Paris, fondée en Ï760 par l'abbé de TEpée, et l'école de Leipzig où l'Allemand Heinicke donna l'exemple de l'enseignement régulier de la parole et de la lecture sur les lèvres.

L'abbé de l'Épée se servait pour instruire ses élèves des gestes naturels qu'il compléta et systématisa au point d'en faire une langue spéciale ayant son dictionnaire et sa grammaire propres : c'est ce qu'il appela les signes méthodiques. Au moyen de l'écriture, le jeune sourd-muet les traduisait ensuite dans notre langue à laquelle il s'initiait ainsi par un procédé indirect. C'est seulement en 1880, à la suite du Congrès de Milan, que la parole &i son entrée définitive à l'Institution de Paris d'où elle nie tarda pas à rayonner dans toutes les écoles françaises.

L'articulation est enseignée pendant la première année du

(1) Bonnet, Reduccion de las lettras y ar te para ensehar à kablar à los mudos, Madrid, 1620.

(2) Wallis, Grammatica linguœ Anglicanœ, eut prœfigitttr trac» tatwtde loquela, Hambourg, 1672.

(3) AuMAN, Surdus loquens, Harlem, 1692; Dissertatio de io» quela, Amsterdam, 1700.

SURDI-MUTITÉ liii

cours d'éfudcs. Comme Toreille est riaittatrice naturelle de Tactivité vocale, il est inévitable que la perte de Touïe dans le bas àfj^e ait pour conséquence Tincapacité d'apprendre a parler par les moyens ordinaires ; la méthode orale substitue à l'organe de Touïe, pour Tétude de la parole, les sens du toucher et de la vue.

Des exercices spéciaux, ceux de la période préparaloiref sont d'abord consacrés à la première éducation de Tappàreil phonateur et au perfectionnement des deux sens qui vont être appelés à traduire les phénomènes physiques de la parole. On procède ensuite à la. provocation de la voix et à Tétude des tfoyelles et des consonnes.

Une main placée sur la gorge du maître et l'autre sur son propre larynx, le jeune sourd perçoit les vibrations glottales qui constituent la voix^ et il s'exerce à les imiter. Le son la* ryngien ainsi obtenu se différencie en traversant la bouche qui affecte, pour chaque voyelle, une forme particulière : la vue renseigne Tenfant sur les positions et sur les mouvements de l'organe vocal qu*il cherche ensuite à reproduire par imitation. On enseigne les consonnes par des procédés analogues: ainsi, la distinction entre le b et le p est établie au moyen du toucher, la première de ces consonnes s*accompagnant d*une vibration laryngienne perceptible & la gorge, alors que l'explosive muette p laisse les cordes vocales immobiles et silencieuses (1).

La lecture proprement dite et Vécriture sont enseignées en même temps que Tarticulation, et Félève apprend aussi à reconnaître au fur et à mesure sur la bouche de son maître et sur celle de ses camarades les dessins fugitifs dont la connaissance forme l'objet de là lecture sur les lèvres.

Vers la fin de la première année, le jeune sourd est en état de prononcer presque tous les mots de la langue, mais il en ignore la signification et il est surtout incapable de les assembler suivant les lois dé la syntaxe pour en former des phrases. L'étude de la langue maternelle, qui succède à celle

(4) Pour déplus amples développements, consulter le livre de GoGciLLOT : Comment on fait parler les sourds-muets^ Paris, 4899.

dd l'articulation mécanique, absorbera désormais la plus grande parlic du temps consacré à renseignement.

Les élèves reçoivent en outre Tinstruction primaire d'après des programmes qui comportent, suivant le degré d'intelligence de rénfant, des notions plus ou moins étendues de calcul, de géographie, d'histoire de Francp, de droit usuel, de sciences physiques et naturelles et dé dessin. Ils sont enfin initiés à la pratique d*^un métier manuel.

Tout cet enseignement est donné par la parole et la lecture sur lès lèvres, celle-ci jouant, dans la mesure du possible^ ie rôle dévolu'à Taùdition dans les écoles d'entendants. Nous avons dit plus haut que la lecture labiale, facilement pratî* cable pour les personnes qui sont déjà en possession de la langue à interpréter, se montre inférieure à TouTe lorsqu'il «*âgit d'analyser les formes extérieures du langage. Les re* cherches poursuivies dans ces derniers temps au moyen de la chronophotographie, ainsi d'ailleurs que les nombreuses expériences faites directement sur les sourds de naissance semblent avoir démontré que ces deux modes de perception verbale, tout en atteignant au même but, sont très différents Tiin de l'autre quant aux procédés qu'ils mettent en œuvre : Torcille distingue dans tous leurs détails les éléments de la parole, tandis que l'œil réduit à ses seules forces ne les ■perçoit que par un mécanisme purement synthétique. La lecture sur les lèvres, qui fait un appel constant aux connaissances linguistiques antérieurement acquises, qui ne comble 4es lacunes de l'alphabet labio-visùel que par l'intervention prépondérante de la .suppléance mentale ne peut donc «'exercer avec sûreté que sur les mots et les phrases déjà connus de l'élève ; pour les acquisitions nouvelles, il convient de faire un emploi raisonnable de Pécriture (1) que l'on doit considérer comme un précieux auxiliaire de la parole et de 4a lecture labiale.

Telle est, très brièvement esquissée, la marche suivie dans les écoles spéciales pour démutiser les jeunes sourds. Les

(1) B. TiioLLON', La méthode orale poui^ rinstruction des sourds muets. Institution Nationale de Paris, 1905.

résultats qu'on obtient sont dignes d'éloges, quoique perfectibles encore. Capable de communiquer par la parole avec ceux qui l'entourent, pourvu d'une instruction élémentaire qu'il lui est loisible de développer par ses propres moyens, le sourd-muet est désormais affranchi de Tétat de cruel abandon et d'ignorance profonde auquel la nature semblait Tavoir définitivement condamné.

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