MÉDECINE LÉGALE ET EXPERTISES
peut bien entendre avec une membrane scléreuse et mal avec une membrane normale, selon Tétat du labyrinthe et des centres auditifs.
' Avec le diapason La^, au moyen des épreuves de Weber el de Rinne, vous localiserez le sièg^e de la surdité et vous ap* préciercz si elle est due à Toreille moyenne, chose rare en Tespèce, ou à Toreille interne, cas habituel, puisque |e;^énéralement ces surdités traumatiques sont produites par des ruptures dans Toreille interne.
Le jugement du tribunal vous bharg'e de dire dans quelle proportion Taudition est diminuée. Pour répondre à cette question, vous mesurez la portée auditive pour les voix haute et chuchotée.
Diaprés une série d*expériences toutes récentes que nous venons de pratiquer, en plein air, au bois de Boulogne, avec le D^ Lajaunic et quelques autres élèves de la clinique, les distances maxima au delà desquelles la voix humaine cesse d'être perçue sont :
Voix chuchotée 20 mètres.
Voix haute 50 —
Voix criée 450 —
Ces chiffres vous permettront de dire si l'audition est diminuée, de moitié, du tiers, et ainsi de suite.
J'ai constaté, chez un petit nombre de blessés seulement, un retard dfi la perception auditive coïncidant avec une lenteur de la sensibilité g'énérale.au froid, à la piqûre. Cet effet est bien moins grave que la surdité, car il disparaît avec le temps.
Diagnostic. — Nous voici au moment du diagnostic, qu'il faut étudier sous ses divers points de vue.
Il y a lieu d'abord d'établir si les troubles accusés par le blessé sont dus réellement à une lésion auriculaire. Les vertiges qui tiennent si souvent à une' affection de l'oreille peuvent néanmoins, à la suite d'un accident, tenir exclusive* ment à la neurasthénie traumatique' qui en est la conséquence-
Admettons pourtant que l'examen objectif par le spéculum
et le diapason établisse une altération otique, il reste à dé" cidcr d'une part s'il n'existait pas une sclérose tympanique ou une otorrhée tarie antérieurement à l'accident, et d'autre part si celui-ci n'a pas ag-gravé un état propathique, et dans quelle proportion, en ajoutant par exemple à la sclérose préexistante une commotion labyrinthique. On sortira de ces difficultés grâce à un examen minutieux du malade. La membrane tjmpanique est-elle grisâtre, enfoncée, l'épreuve de Rinne anormale, on est en présence d'une sclérose de l'oreille moyenne. Une perforation à bords cicatrisés, une suppuration fétide révèlent une otopathie ancienne. Au contraire, si le tympan est indemne et l'épreuve de Rinne normale, il y a certitude pour le dia/^i-nostic : commotion labyrinthique.
Politzer (1) distingue les perforations traumatiques dos perforations pathologiques par ces deux caractères que, dans les premières, les bords sont infiltrés de sang* et Tair sort très aisément par le procédé de Valsalva, et que, dans les autres, au contraire, les bords de la solution de continuité ne sont pas rouges et l'air passe moins facilement, la trompe étant toujours plus ou moins altérée.
L'examen des cavité voisines donne parfois d'importants indices, en révélant des altérations non traumatiques et qui peuvent expliquer l'état actuel de l'oreille. Ainsi, dans «ne de nos dernières expertises, une rhinite atrophiquc avec pharyngite de môme nature rendait compte de la suppuration que le traumatisme n'expliquait pas. Donc, en cas d'accident, il importe de chercher dans le nez et la gorge des lésions qui peuventexpliquer l'otopathie que de prime abord on attribuait à l'accident. La constatation de végétations adénoïdes devrait par exemple rendre très réservé sur l'origine iraumatique d'une otite moyenne.
Dans ces expertises sur l'oreille, nous rencontrons l'hystém)-traumatisme, aussi souvent que dans d'autres. Deux cas se présentent : ou bien l'accident frappe l'oreille de surdité nerveuse, sans y déterminer de lésion constatable; ou bien pour une lésion minime préexistante, telle qu'une sclérose tympa-
(1) PoMTZEn, Ctnigri'n fVotnlngie de Flovenre, 24 septembre 1895.