CHAPITRE VIII MALADIES DE L'AM T6DALE LINGUALE
Lamj-gdalc linguale (quatrième amygdale) est située sur la portion verticale du dos de la langue eutre le Vdes papilles ealiciforniesetlcs fossettes glosso-épiglottiques. Avec les deux amygdales palatines et Tamygdalc pharyngienne (troisième amygdale)^ elle complète Tanneau lymphoîde de Waldcyer. Elle est surtout développée chez Tenfant. La base de la laniçucest pavée de follicules dont le nombre, d'après Ostmann, s'élève, en moyenne, à une soixantaine. A la puberté, sou atrophie commence, principalement sur la ligne médiane^ de sorte qu'elle paraît divisée en deux moitiés symétriques. Chez Tadulte, elle se trouve réduite à deux petits amas de follicules clos relégués dans les deux angles postéro-extcrnes de la base de la langue.
La pathologie de la quatrième amygdale ressemble à celle des amygdales palatines, sans qu'il y ait identité. Elle a été bien étudiée par Escat (de Toulouse). C'est une règle d'examiner toujours cette amygdale lorsque les autres sont anormales.
l- Amygdalites linguBles- — Elles se présentent sous deux types :
i* Amygdalite cataarhale. — Elle peut exister dans les diverses angines secondaires de la grippe, de la rougeole, de la scarlatine, etc., mais qui prend plus d'importance lorsqu'elle est primitive. Elle s'observe surtout chez l'adulte.
Symptdmes. — Ses principaux symptômes sont : une douleur à l 'arrière-bouche, répondant extérieurement à l'os hyoïde et s'irradiant dans une oreille ou dans les deux; une sensation de corps étranger avec besoins de déglutir et ody^ Dophagie.
Au miroir, Tamygdale apparatt sous forme d'une ma^s rousre, tomenteuse.
L^affecUon peut être unilatérale (Ruault). Elle se termine en général par résolution au bout de 7 o 8 jours, mais les récidives sont fréquentes et déterminer rhjpertrophie de ramygtiale. On la combat par des pulvéri sations antiseptiques (acide phénique, résorcine, thymol phénosalyl, etc.\ ou anesthésiques (cocaïne, holocaïne 1 p. iOO). La poudre d'orthoforme agit de même.
2* Amygoauts phlegmoneuse. — Elle détermine la suppu ration de Tamygdale seule ou encore celle du fascîa ling-ual décrit par Zaglas, sur lequel repose l'amygdale {pérUamyg dalite). La présence du ligament glosso-épiglottique médiai explique que Tabcès reste latéral ; même quand les deu: côtés sont atteints, les deux abcès évoluent et s'ouvrent sépa rément.
Causes. — - Dans leur étiologie, on signale des galvano cautérisations (Cartaz, Marion), des plaies septiques pa corps étrangers tels qu'un fragment d'os (Hélary).
Le malade éprouve une vive douleur exaspérée par le pressions sur les grandes cornes de l'os hyoïde et par le mouvements de déglutition. Celte douleur s'irradie à l'oreille Apparaissent en même temps des phénomènes généraux Température de 39<> à 40* avec courbature, céphalalgie, petit frissons. La sensation de corps étranger est très accentuée Une gêne respiratoire se déclare, de degré variable. Elle s'ex plique, suivant les cas, par le gonflement de la base de h lanc^ue, ou même par l'infiltration œdémateuse des repli aryténo-épigloltiques.
Parfois la voix est sourde, nasillarde (rhinolalie). L'arti culation des mois est compromise, parce que le malade n peut remuer la partie postérieure de sa langue (anarthrie), 1 tissu adénoïde lingual étant en connexion intime avec le muscles de la langue (Lcnnox Browne). Au laryngoscope, oi voit une tuméfaction rouge et tendue, cachant parliellemen 1 epiglolle. Les fossettes glosso-épigloltiques ou valecuL sont effacées par le gonflement et, quand l'abcès est formé une coloration jaunâtre indique sa présence. Par le toucher
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qui est très douloureux, on sent bien'Ja tuméfaction, mais la fluctuation se perçoit malaisément» Il j a quelquefois de Ta** dénopathie (Hélarj, Escat). Elle peut atteindre les gang'lions sous-mentaux ou ceux qui sont devant la jugulaire interne, sur les côtés du cartilage cricolde. Exceptionnellement on a noté un peu d*œdème de la région sus-hiyoVdienne,
La suppuration se déclare dans la deuxième semaine. Elle peut laisser des trajets fistuleux (Colin).
Biagnostic. — Il doit être établi : i^ avec les angines épi« rlottiqnes qui peuvent être antérieures ou postérieures, selon le siège de Tinfiltration ; 2^ avec les phlegmons de la région sus-hyoîdîenne (angine de Ludwig) caractérisés par un gonflement ligneux de tout le plancher de la bouchCé
Le miroir permet de localiser le phlegmon sur la région de l'amjgdale.
Traitement* — Quand les pulvérisations antiseptiques n'auront pas suffi» il faudra pratiquer Tincision, en s'aidant du miroir.
II. Hypertrophie. *— C*est Lennox Browue qui, en i880y a appelé Tattention sur cette affection. Ultérieurement Swain et Schoede ont constaté que les lésions histologiques étaient analogues à celles des amygdales palatines hypertrophiées.
Causes. — Cette hyperplasie a pour causes : les infections* diverses de la région, angines grippale, scarlatineuse, etc., la syphilis secondaire, Tabus du tabac et de l'alcool, les con-^ gestions de la grossesse et de la ménopause.
Symptômes. — Les symptômes sont peu accusés chez l'enfant. Néanmoins quelques laryngites, certaines tou^^ re*bclles ne trouvent pas d'autre explication.
Chez l'adulte, on constate deux types principaux (fig« 16) :
1* Une forme massive (Sallard), caractérisée par deux petites tumeurs latérales séparées par les veines médianes delà langue.
2* Une forme en nappe, étalée devant Tépiglotte dont elle peut dépasser le bord libre ; c'est l'enchâtonnement de l'épiglotte (Escat).
Chez quelques sujets, cette hypectrophic peut n'avoir pas Caste\« — Mah du Larynx. 3« édit. g
8S HALilOICt DU PHARVRX
désignes fonctioDneU ; on la découvre par ba^tard dans Ui exameo larjTDgoscopique, Mais le plus ordinaircmenl c'es d'abord une sensation de corps étranger que. le malade loca Use en désif^nant avec son index la grande corne de l'o! bjolde. Il lui semble qu'une boule, une bouchée de paii réside danq sou arriére-bouche, et il en résulte un besoii fréquent d'avaler à vide. C'est le téCesme pharyngé, suivan l'expression de LcnnoX firowne. Cette sensation disparal pbr les déglutitions réitérées dans les repas. Klle peut s'expliquer par l'irritation des filets du nerf glosso-pharjngiei qui préside aux mouvements de déglutition.
Parfois elle est remplacée pai un état nauséeux. Chez quelques malades, existe une douleur constante, une toux pharyngienne sèche, quinteuse ei opiniâtre, explicable par l'irritation du nerf laryngé supérieur. Le besoin d'expulser de^ mucosités détermine un bemmage d'une tonalité grave ei . linet;. ressemblant k une éructation.
Il y a encore des troubles de la phonation. Chez les orateurs, c'est l'enrouement facile ; chez les chanteurs, c'est l'afTaiblissemeDl du registre aigu qui demande le soulèvement de l'épiglotte; les ténors et tef eoprani sont tout particulièrement gênés.
Enfin il est des troubles réflexes constituant des formes frustes de raffeclion : ce sont des névralgies diverses (slernales, épigaslriques), de l'asthme (Heymann et Seiferl), de l'icttîs laryngé (Cartaz), de l'œsophagisme (Joal), des syncopes (Chauveau), des convulsions rappelant des accès jacksonniens. Dans une observation de Sapelier et Villecourl, il y avait paréïjic du membre supérieur droit ; de même dans une autre observation de Sapelier.
Le miroir a pu parfois montrer la cause de ces divers troubles que rien n'e-spliquait, mais ils ne font pas toujours partie du tableau sympto ma tique. Leur existence se lie
Fie. 16. — Hypertrophie raraygdale linguale
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platdt à la nature hystérique ou neurasthâDique du malade. Traitemeot. — Pour traiter l'hypertrophie de cette quatrième ainjçdale, on peut employer des badi^onnages avec
Fig. ". -
;e d'Escat pour rëséqui byperfropbiée.
r ramygdale'lioguale
on mélange de leioture d'iode et de ^Ijcérioe à 1/2, mais les meilleurs moyens consisteut dans les galvanocaul^risatioQS ou l'ablation.
Le f^lvanocautëre est indiqué dans les hypertrophies de
- Toosillotome de Lennox Brnwoe pour l'hypertrophie de l'amy^ale linguale.
dimensions moyennes. Après quelques attouchements avec
nne solution aqueuse de cocaTne à t/10, on applique à plu*
■ienr!! reprises le galvanocautérc plat sur la partie saillantei
Si l'hyperplaiic est censidérable, il vaut mieux recourir &
la pince coupante, toujours aprèâ cocaïnisation. Escat (d Toulouse) a imaginé une pince spéciale, qui sert à cette abh tion (fig*. i7). Pour appliquer exactement les mors de I pince sur la base de la langue, Escat conseille de la tenir av< la main droite placée en supination. On peut encore emplov< le tonsillotome de Lennox Browne (fig. 18).
III. Varices- — Fréquentes chez les arthritiques et tn développées sur la base de la langue ou la face antérieure c répiglotte, elles peuvent donner lieu à divers troubles r flexes (ténesme, œsophagisme, toux) et surtout à des hémo ragies qui font croire à des hémoptysies tuberculeuses. Leu: efiFets se font sentir surtout k Tépoque de la ménopause. Si un malade de ma clinique, ces fausses hémoptysies étaiei produites par des varices de la face antérieure de l'épiglott
Le traitement consiste dans les galvano-cautérisation mais il est parfois difficile de trouver le point qui saigi (Garel). On voit mieux les varices à toucher si on s'abstiei de cocaïniser.
IV. Névroses. — Ce sont des erreurs de sensation : corj étrangers, boule qui semble monter de Testomac, stranguL tion, sensation de fil arrêté au fond de la bouche, ou d< glossodynies pouvant conduire le malade à l'hypocondri*
Ces perversions sensorielles se manifestent par crises ( cessent en général au moment des repas.
Causes. — Les causes principales sont : l'existence de v< gétations adénoïdes, la ménopause, la neurasthénie générale les névrites du lingual qui se rencontrent dans le tabès, Ta coolisme, les varicosités des veines satellites du nerf, enfi les psychoses diverses. Il faut dire qu'une névralgie de cet région peut être le prodrome d'une tumeur maligne encoi latente, d'une paralysie générale ou du tabès.
Traitement. — Il consistera d'abord dans la destructio des lésions locales, puis dans une médication appropriée l'étal général du sujet.
V. SyphiliSy tuberculose. — Un chancre bien visible a laryngoscope a été signalé par SchiflFers. Le malade éprouva de vives douleurs dans la déglutition. Un gros ganglion exu tait sous le sterno-cléîdo-mastoïdien.
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A la période secondaire se montrentdes plaques muqueuses (Zeiss], i877, Jullien, i886) ou des rhagades, ou encore de l'hypertrophie spécifique rappelant celle des amygdales pala-t lines. Dans un cas de xMîchael (de Ha m bourg), cette hypertrophie était développée au point de refouler l'épiglotte et de déterminer du corn âge.
A la période tertiaire, ce sont des gommes, le plus souvent superficielles. J'en ai obçervé un cas où Tulcération peu pro* fonde, très douloureuse, affectait une figure réniforme et mesurait 2 centimètres de haut en bas, dans son plus grand diamètre.
La tuberculose y est surtout consécutive à la phtisie la» rvngée.
La tnycoêe leptothrixique complique presque toujours celle du pharynx et des amygdales palatines.
Le muguet y a été signalé par Otto Seifert.
VI. Tumeurs» — Les tumeurs bénignes sont surtout des papillomes rares, des fibromes assez fréquents, sessiles ou pédicules selon leur période, des lipomes très rares, des angiomes très communs, des kystes par rétention glandulaire ou congénitaux, formés aux dépens du canal thyréo-glosse de Dochdaleck. A signaler encore les goitres de la base de la langue étudiés par de Boncourt, développés dans une glande th\roTde accessoire et pouvant atteindre les dimensions d'un œuf de poule. Teweles a vu un gof tre aberrant de la base de la langue.
Comme tumeurs malignes, des sarcomes rares et des épithéliomes fréquents qui restent longtemps latents. J'ai donné des soins à un malade atteint d*un lymphôme de l'amygdale linguale avec adénopathie dans la région carotidienne.
Traitement. — Quand il n'est pas possible de les enlever par la voie naturelle, on pratique la phar^-ngotomie soushyoldienne de Malgaigne ou mieux la pharyngotomie transb^oldienne de Vallas, qui consiste dans une incision médiane et vortjcale, à travers l'os hyoïde sectionné. Elle est simple et permet de mener à bien des opérations difficiles. Au besoin on peut enlever complètement le corps de l'os.
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