CHAPITRE VIII
TROUBLES DE SÉCRÉTION DU CORPS THYROÏDE MTXŒDËME — GOITRE EXOPHTALMIQUE
Le myxœdème et le goîive exophtalmique occupent, d'après les idées qui ont actuellement cours sur la pathoj^énie de ces affections, les deux anneaux extrêmes d'une chaîne, le long' de laquelle se rangent les syndromes cliniques, engendrés par les troubles de sécrétion de la glande thyroïde. Le syndrome myxœdème reconnaît pour cause suffisante, la suppression absolue ou partielle de la fonction glandulaire ; il reflète Tétat d*athyroïdie,d'hypôthyroïdie de l'organisme. La maladie de Basedow trad.uit, au contraire, Thyperactivité sécrétoire des vésicules thyroïdiennes ; sa pathogénie se résume en un seul mot, Thyperthyroïdation de Torganismc. Nous allons esquisser l'histoire de ces deux affections.
• L — MYXŒDÈME
Sir William GuU fit, pour la première fois, en 1873, mention de ce syndrome, queOrd décrivait, en 1877, sous lô nom de myxœdème, mot qui fit fortune. Gharcot, en 1831; créait le terme de cachexie pachy dermique. Bourneville montrait l'analogie qui existait entre le myxœdème congé* nital et l'idiotie crétinotde. Reverdin, en 1882, signale à la Société médicale de Genève les accidents observés à la suite de l'extirpation totale du corps thyroïde, chez les goîtreux, et les compare à ceux du myxœdème, type GuU-Ord-Charcot. Le myxœdème opératoire était décrit.
Depuis 1888, Thistoire du mjxœdème s'est enrichie d*un nouveau type clinique, le myxœdème endémique ou crétinisme goitreux.
Le consciencieux mémoire de Combe (de Lausanne) doit être cité comme l'un des meilleurs travaux contemporains sur cette question (1).
Nous décrirons séparément ces divers types de myxœdème.
Myxœdème spontané des adultes. — II apparaît, en général, entre 35 et 50 ans, plus souvent, chez la femme, et surtout, chez la femme qui a subi plusieurs grossesses. La syphilis exerce une influence causale, vérifiée par de nombreuses observations. Kœhler a cité un cas de myxœdème développé chez un sujet syphilitique, et guéri par le traitement antisyphilitique. On a vu succéder le myxœdème au rhumatisme articulaire aigu, à un érysipèle delà tète. Du reste, toutes les maladies infectieuses (Roger et Garnier) provoquent des lésions histologiques du parenchyme thyroïdien et peuvent entrât ner la sclérose atrophique de la glande. Infection thyroïdienne sclérogène, telle est résumée en trois mots Tétiologie du myxœdème.
Les signes les plus caractéristiques du myxœdème spontané de l'adulte sont :
1^ Un œdème dur, généralisé à tout le corps, et donnant à la face un aspect ridé spécial.
Les paupières infiltrées, bouffies, couvrent les yeux, ainsi rapetisses ; le nez est élargi, le front, les oreilles, les joues sont plissés. La peau prend un teint cireux.
Les mains sont épaissies, violacées, larges, en bêche (W. Guli) et surtout maladroites. Les pieds sont œdémateux, larges, terminés par des orteils gonflés, ils terminent euxmêmes des jambes trop grosses, et rappellent les membres des grands pachydermes (Charcot). La démarche est lente, hésitante.
Les sécrétions sudorale et sébacée sont diminuées ou nulles; la peau se montre sèche, rugueuse, desquame en grandes
. (i) Combe, lievue médicale de la Suisse liomande, nw du 20 fcfévrier 1897, et suivants.
écailles, aux pieds et aux mains. Les cheveux sont rares, secs et cassants ; les poils des aisselles, du pubis, les cils et les sourcils sont tombés en grande partie.
Les muqueuses nasale, buccale, sont œdématiées ; le g'onflement de la muqueuse aérienne explique la raucité et le timbre spécial de la voix, Toppression facile.
Les pertes blanches, le gonflement de la vulve ont leur cause dans rœdème de la muqueuse du vagîn.
2* Un affaiblissement marqué des facultés intellectuelles (lenteur de Tidéation, apathie psychique, perte de mémoire, lenteur dans l'articulation des mots, tendance à la somnolence, au sommeil, diminution de la sensibilité).
30 Une sensation de froid continuelle, avec abaissement réel de la température.
40 L'absence complète de corps thjroïde ; ou bien la glande est représentée par quelques noyaux sclérosés.
La marche de la maladie est lente et progressive ; les ré« missions ne sont que temporaires, et la maladie, avant l'opothérapie thyroïdienne, évoluait vers la cachexie, si une complication pulmonaire (tuberculose), rénale (albuminurie), ou cérébrale, D*enlevait auparavant le malade.
MyxCBdème infantile. — H reconnaît des causes multiples : agénésie, absence du corps thyroïde, ou bien lésion atrophique de la glande ; il succède encore à Tablation chirurgicale de la thyroïde.
Bourneville attribue un rôle à l'alcoolisme et à la tuberculose pulmonaire des générateurs, Thérédo-syphilis doit être iDcriminée.
La caractéristique du myxœdème infantile, c'est la suspension ou le ralentissement, dans l'accroissement du squelette. Le développement physique est entravé, et même, dans un ége avancé, le myxœdémateux conserve une petite taille.
Le Pacha de Bicêtre, remarquable spécimen d'idiotie mvxœdémateuse, mesurait à 19 ans, 90 cm. de hauteur.
Les mêmes altérations que dans le myxœdème de l'adulte
s'observent du côté de l'appareil tégumcntaire, du système
nerveux. Les facultés intellectuelles restent ii;j;'écs, dans l'état
où elles ont été surprises par Tatrophic thyroïdienne. Le psy-
CA»tEi. — Mal. du Larynx. 3* édit. 2i
chisme de ces malades est très borné; la plupart sont g-àteux'» et ne savent proférer que quelques g-rog'nements.' Leur faciès exprime Thébétude; les idiots myxœdémateux se confinent dans l'immobilité complète; la puberté ne se montre jamais. Malg'ré cette déchéance physique et morale, les infantiles myxœdémateux peuvent vivre jusqu'à 30 ou 40 ans ; ils succombent, en général, à des lésions pulmonaires (phtisie galopante, ou congestion aiguë).
Myxœdème opératoire. — C'est deux ou trois mois
après la thyroïdectomie, rarement après 8 à 10 mois, quo l'opéré, jusque-là de convalescence normale, ressent de la lassitude, de la faiblesse, de la pesanteur dans les membres ; bientôt s'y adjoint une sensation de froid aux extrémités.
Les accidents s'accusent, puis le visage prend une teinto pâle, cireuse, un aspect de bouffissure ; le masque facial devient immobile. L'intelligence s'engourdit ; le malade devient apathique. Bref, peu à peu se constitue le tableau clinique du myxœdème spontané de l'adulte. Le début seul est particulier.
Chez l'enfant, le myxœdème opératoire est plus grave que chez l'adulte. Kocher l'a expressément signalé : Arrêt de développement en longueur du corps, troubles intellectuels^ pouvant aller jusqu'à l'idiotie, décrépitude physique, tels sont les principaux éléments du syndrome.
Un sujet, observé par Lancereaux, avait été opéré à onze ans ; à quinze ans, il ne savait plus ni lire, ni écrire, et pouvait à peine reconnaître ses parents.
La terminaison est variable. Parfois, les symptômes s'aggravent ; il survient des troubles cérébraux et des convulsions mortelles. D'autres fois, la mort survient, du fait de lésions pulmonaires intercurrentes.
Myxœdème endémique ou crétinisme. — La question
n'est plus discutée aujourd'hui ; le crétinisme goitreux doit rentrer dans le cadre du myxœdème, par insuffisance thyroïdienne, sous le nom de myxœdème endémique, demyxœdème avec goîlre. Le tableau clinique est le môme, plus ou moins complet, suivant la gravité des lésions parenchymateuses de la thyroïde. La fonclion glandulaire peutétre atteinte, à égal
TROUBLES DE SECRETION
CORPS THVROIDE
;f;io
deç-nj, chez les injswdi^matcux avec goîlrc volumineux, et chez le iDvstedtîinatcux, avec thyroïde sok'iosëe el atropiiiée.
CouloD (1), dans 3 CHS, où il exislaîl desgorircs nodutaires, 1 constaté la prolift^-rulioD de la trame canjonclive, la pelitesso 3u la disparition des alvéoles glandulaires, l'absence de substance culloîde dans les alvéoles.
Myxœdème paratbyroîdien. — Ce syndrome de création rtVenle a pour parrain le professeur Brissaud (2). Ce dernier, se basant sur certains Taitâ cliniques, s'esl demandé le tissu paralliyroïdien, celui des glanduîes de Snndstram, ne peut pas être lésé indépendamment du parenchyme thyroïdien. Ses observations ont trait k des sujets, alleinisde myxtedème congénital ou acquis, chez lesquels le syndrome était dissocié, réduit aux troubles de la nutrition générale, au myxwdème dermobypodermique, au nanisme, sans phé- Doménes cérébraux et inlellecluels. Brissaud compare celle dissoeiation a celle que Moussa a constatée dans ses expériences, et il pense que ces myxœdèmes incomplets ressortissent k la lésion ihyroTdienne, avec inlé^nlé des parathyroliles; les myxcedémateux complets relèvent de la destruc- .ïon des vésicules thyroïdiennes et parathyrofdiennes.
Traitement. — La seule méthode de traitement rationnel Ju niyittdèmc est constituée aujourd'hui par l'ingestion, par foie stomacale, de préparations ibyroîdiennes ; la thérapeutique supplée ainsi à l'aclivilé défaillante ou détruite d'un organe glandulaire altéré. Seule, la préparationà ingérer varie.
Le Corps lliyroTde frais (surtout celui de mouton), serait, à bien des égards, la préparation de choix, s'il n'était difHcile il obtenir, et si, suivant les saisons et les races d'animaux, it ne présentait une composition et une activité variables. On doit le prescrire, à In dose de 3 à 4 gr. par jour, pendant -1 &
jours, puis, tous les 2 jours, pendant 2 k 3 semaines, et,
tuile, tous les 5 à G jours. La dose ultérieure sera subordonnée aux résultats obtenus (P. Mario).
(I) l'orwi», l'iirftoic'i Arvhii:.,
(S) Uaisbxud, M)-X(ctlémc Ihyc
dieu {Freur médicale, ("f jniivlc
BJ. CXLVII, ; 53.
Dïdien et myxœdème parathyrol-
■ iWW).
L'usage est plus courant des tablettes de thyroTdine de Baumann ou d*iodothjrine deBajer(deux tablettes par jour). Ces tablettes sont titrées à 0,25 centigr. d'iodothvrine.
La médication thyroïdienne doit être employée dans toutes les formes du myxœdème, et presque toujours elle donne de très beaux résultats. Toutes les fonctions, entravées par Tinsuffisance glandulaire subissent l'heureuse influence de ce traitement. Toutefois le myxœdème spontané ou opératoire de Tadulte bénéficie, plus amplement que le myxœdème infantile de la mise en œuvre dujtraitement ; et il ne faut espérer, de la thyroîdothérapie, dans Tidiotie myxœdémateuse de Bourneville, qu*un amendement.
Dès qu'une amélioration suffisante est obtenue, la médication ne doit plus être continuée avec la même sévérité ; une dose minime sera nécessaire pourrentretien de Tamélioration constatée : une fois par semaine ou par quinzaine, le malade s'astreindra à prendre la dose, qui, dès le début, avait réussi.
Contre-indications. — Toutefois, la thyroîdothérapie comporte des inconvénients et même des dangers. Des troubles variés peuvent apparaître chez le malade soumis à cette médication : céphalées, insomnies, douleurs dans les membres, vomissements, vertiges. Les accidents cardiaques sont encore plus à redouter : tachycardie, crises d'angine de poitrine, syncope mortelle (Murray et Vermahren). Règle générale, c'est surtout chez les myxœdémateux jeunes, ou chez les myxœdémateux adultes, avec infiltration considérable, que ces graves éventualités sont à craindre.
Il est indiqué de soumettre à une surveillance sévère les myxœdémateux, soumis à la médication thyroïdienne, et de diminuer les doses ou de suspendre le traitement dès l'apparition d'un symptôme alarmant (insomnie, palpitations, t«ichvcardie).