‹ Maladies du larynx, du nez et des oreillesChapitre 116 sur 229 · TROUBLES DE L ODORAT · texte numérisé non relu

TROUBLES DE L ODORAT

corps odorants contenus dans de petits flacons et constituant une série telle que le dernier seul peut impressionner une muqueuse presque complètement insensible. On les présente successivement sous les narines du sujet, en lui cachant la désig-nation du produit et dans l’ordre où je les énumère :

1° Ether sulfurique.

2® Térébenthine.

3° Camphre.

4» Musc,

3" Vanille.

11 est mieux encore d’employer une solution de vanilline (Passy). Quand un sujet ne reconnaît même plus l’odeur de la vanille, on peut considérer son olfaction comme tout à fait éteinte. Il ne faut pas du reste confondre dans cet examen les deux sensinilités commune et sensorielle. C’est ainsi qu’un malade que j’ai examiné ne sentait pas l’odeur de l’ammoniaque, mais éprouvait des picotements par les émanations du liquide. Cependant, quand l’anosmie est très prononcée, le malade ne sent pas non plus l’exploration tactile faite avec le stylet coudé.

Pour faire des évaluations plus précises de l’odorat, on A Teconrs kV olfactomètre de Zwaardemaker. Il se compose de deux cylindres glissant l'un dans l’autre, le premier étant en porcelaine poreuse et trempé dans une solution odorante titrée ou composé d’une matière odorante (caoutchouc, réglisse, cèdre, cuir de russie, etc.). Il est des anosmies passagères résultant de l’épuisement temporaire de la fonction, chez des gens qui ont naturellement peu d’odorat et qui ont respiré longtemps une même odeur. Qu’ils s’éloignent quelque temps de ces émanations et l’odorat reparaîtra. Cet épuisement momentané est désigné sous le nom de rhinocopose.

Etiologie. — L’étiologie de l’anosmie constitue la partie importante de son Histoire. Les causes principales sont:

i° La. destruction des narines par les traumatismes, le lupus, la syphilis, etc. Le courant d’air n’étant plus dirigé vers la fente olfactive, la perception des odeurs ne se produit plus.

MALADIES DU NEZ

2® Tout obstacle au courant d’air intfanasal: aS^aissement des ailes du nez, rhinites hypertrophiques, déviations de la cloison, tumeurs diverses, corps étrangers dans les fosses nasales, oblitération des choanes.

3^* Les altérations de la muqueuse : celles de l’ozène par exemple, qui atrophie les cellules olfactives de Schultze; celles des l’hinites chroniques, surtout si elles sont entretenues par l’habitude de pi'iser du tabac; celles qui résultent de l’abus de la cocaïne en applications locales.

4° Parmi les altérations du système nerveux la. déchirure des rameaux olfactifs dans les fractures qui atteignent la lame criblée ; les diverses névrites. Comme celles qui sont consécutives à l’influenza ou celles qui résultent d’intoxications '(morphine, éther, tabac, plomb) ; les lésions variées des bulbes olfactifs (paralysie générale, tabès, atrophie sénile, absence congénitale) ; celles des centres (corne d’Ammon, hippocampe, insula de Reil). J’ai soigné une malade qui avait de l’anosmie, ainsi que des bourdonnements d’oreille, à la suite d’uné contusion cérébrale.

Dans ce groupe rentre encore Vhémianosmie des hystériques, l’anosmie consécutive à des inhibitions ou à des réflexes (opérations nasales, ablation des ovaires).

■ On a constaté l’byposmie chez les albinos dont les cellules olfactives sont dépourvues de pigment.

• Il existe des cas autbentiqiïes d’absence du nerf olfactif avec conservation de l’odorat (Cl. Bernard, Lebec, Testât), mais les cellules olfactives ne manquaient pas dans la muqueuse et on suppose que l’impression suivait une voie d’emprunt, par exemple celle du nerf trijumeau.

Pârfois poui’tant, malgré un examen minutieux, on ri’arrive pas à déterminer la cause.

Pronostic. — Il est en rapport avec l’ancienneté de l’affection et le genre de la cause. L’anosmie tire en partie sa gravité de là diminution du goût èt de l’anorexie qui en résulte.

Traitement. — Le traitement s’adressera d’abord à la cause. Si elle reste latente, on fera la thérapeuti-

TROUBLES DE l’oDORAT

quedu symptôme. Chez les névropathes, on emploiera la suffsestion. L’électrisation a donné des résultats sous forme galvanique ou faradique. On emploie le courant continu au moyen de deux plaques mises l’une sur le nez et l’autre à la nuque. Un ne doit pas dépasser 6 milliampères (Zarniko). Pour le courant faradique, en dispose un des électrodes sur la racine du nez et l’autre sur la muqueuse,, dans l’intérieur de la fosse nasale. Laker a recommandé le massage vibratoire pour les anosmies.

Il J a enfin un traitement -médicamenteux. A l’intérieur, on prescrit la strychnine, la quinine, l’iodure de potassium. On fera priser au malade la poudre:

Sulfate de strychnine . . . . .

Sous-nitrate de bismuth . . . .10 grammes.

Joal a rapporté l’observation de deux cas .guéris par des douches d’acide carbonique.

III. PAROSMIE. — La 'parosmie est l’aberration de l’odorat. Presque toujours elle consiste en cacosmie. Les malades se plaignent de sentir constamment de mauvaises odeurs: fumier, matières fécales, corne brûlée. Certains de mes malades accusaient des odeurs de chlore, de soufre, d’iode, de relent de cuisine, d’oignon. Il arrive même que s’ils respirent une odeur, elle leur paraît désagréable et uice-uersa. Une de mes clientes me disait : « Une bonne odeur, comme celle des fleurs, me donne l’impression de l’oignon, et une mauvaise odeur l’impression de vanille. »

Il y a plus : quelques malades accusent une douleur quand on leur fait sentir des odeurs (pdynosmie).

Diagnostic. — Le diagnostic doit d’abord chercher si la mauvaise odeur est réelle, objective ou subjective. C’est en questionnant l’entourage qu’on s’en rend compte. En se plaçant alternativement devant le nez et la bouche, on constate si la mauvaise odeur vient des fosses nasales ou de la trachée.

Si l’odeur est objective, on en cherchera la cause dans del’ozène, de la syphilis tertiaire, des empyèmes maxillaires ou frontaux, des végétations adénoïdes.

Si le trouble est subjectif, on s’enquerra de quelque

disTEX. — Mal. du Larynx. 2® éd. 26.

MALADIES DU NEZ

névrose. C’est ainsi qu’il y a des épilepsies à aura olfactive.

Traitement. — Le traitement n’est embarrassant que pour les cacosmies subjectives. On donnera les antinerveux à l’intérieur, tout en prescrivant des douches intranasales au thymol ou à l’eucalyptol (d p. 10.000), à l’eau chloralée (1 p. 100) et des applications de vaseline mentholée sur la muqueuse nasale.

BIBLIOGRAPHIE. — D’Aguanno, Guérison d’une anosmie remontant à quarante ans (Bolletino delle mal. delV orecchia, l®!' sept. 1890). — Gottschalk, Anosmie après l’ablation des deux ovaires {Deutsche med. Woch., 1891, n® 16).— Gbadk- NiGo, Importance de l’examen du sens olfactif comme moyen de diagnostic [Acad. roy. de méd., 5 mai 1894). — Joal, Anosmies guéries par des douches d’acide carbonique {Soc. franç. de laryng., 1 89S). — Lermoyez, Thérapeutique des maladies des fosses nasales, t. II, 1896, p. 51. — Bibard, Contribution à l’étude des troubles de l’odorat {Thèse de Paris, 1897). — Onodi, L’anosmie, rapport au XIII® Congrès international, Paris, 1900. — Collet (de Lyon), Rapport sur l’anosmie {Société française de laryngologie, 1899).

Page 1