‹ Maladies du larynx, du nez et des oreillesChapitre 12 sur 229 · I. — PHARYNGITES AIGUES · texte numérisé non relu

I. — PHARYNGITES AIGUES

On peut distinguer, en se plaçant uniquement au point de vue clinique, les formes primitives et les formes secondaires.

Parmi les primitives, nous verrons séparément les pharyngites simple et septique.

I. PHARYNGITE PRIMITIVE SIMPLE (CATARRHALE). — Causes. — Elle reconnaît pour causes : surtout les transitions brusques de température, la propagation d’un coryza ou d’une broncho-lai’yngite, les abus de fonctionnement par la parole ou les excès de tabac. L’intervention de ces causes occasionnelles est favorisée par l’obstruction nasale habituelle et. par le tempérament arthritique.

Symptômes. — Les symptômes locaux sont bien connus : sensation de corps étrangers ou d’ardeur dans la gorge, odynophagie et otalgies, toussotement, voix sourde et cotonneuse. Si on examine avec l’abaisselangue, on voit un pharynx plus ou moins rouge, un voile du palais œdématié. La cavité, assez desséchée d’abord, sécrète bientôt des mucosités visqueuses.

Les symptômes généraux sont rares. C’est seulement chez l’enfant qu’on peut observer de la fièvre en disproportion avec l’état guttural. ‘

Diagnostic. — Le diagnostic est facile. L’erreur pourrait être commise cependant avec les congestions transitoires que l’on observe chez les arthritiques et surtout avec V angine rhumatisînale aiguë. Cette pharyngite, bien étudiée par Lasègue et par M. Fernet, précède généralement de deux ou trois jours les fluxions articulaires. C’est une rougeur diffuse, s’accompagnant d’élévation de la température générale (de 38° à 39°) et disparaissant peu à peu quand les articulations sont envahies.

Il faut aussi ne pas méconnaître la pharyngite diabétique. On dirait un érysipèle du pharynx, mais il n’y a

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ni tuméfaction, ni fièvre. En présence de ces conditions, on examinera les urines.

Pronostic. — Le pronostic est sans gravité. Tout au plus peut-on craindre l’apparition d’une laryngo-bronchite. Les pharyngites hémorragiques signalées par Natier sont sans conséquences sévères.

Traitement. — Le traitement se composera de moyens locaux et généraux.

Parmi les premiers, se recommandent : les inhalations, pratiquées au moyen du bocal Rhin (fig. 4] de Moura, les pulvérisations antiseptiques chaudes (boriquées, phéniquées, mentholées) ou les irrigations pharyngées antiseptiques

Comme moyens généraux abortifs, les plus usités sont : les purgatifs, bains de vapeur, sulfate de quinine (Fraenkel), pastilles de gaïac [un gramme dans les

vingt-quatre heures (Mac- 4. B^eal Rhin.de Moura kenzie)], enfin 1 antipyrine : pour inhalations.

Antipyrine .

Sirop de punch ....

Eau distillée .....

En trois fois dans la journée.

ou l’aconit :

3 grammes.

Alcoolature de feuilles d’aconit. XXX gouttes.

Sirop de codéine. . 20 grammes.

Sirop de tolu . 20 —

Infusion pectorale . 120 —

)ar grandes cuillerées, de quart d’heure en quart d’heure l’abord, puis de demi-heure en demi-heure.

IL PHARYNGITE SEPTIQUE, PHLEGMONEUSE , SUP- Castex. — Mal. du Larynx. 2e éd. 1.

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PURÉE, INFECTIEUSE. — Causes. — Cette forme survient chez les surmenés, les affaiblis, chez les mineurs, par exemple. La blennorrhée pharyng’ienne signalée par Stôrk en 1880 (phlegmon, puis ulcérations superficielles) rentre dans cette catégorie.

Symptômes. — CAiniquement, c’est un phlegmon pharyngien avec état général septique. C’est surtout par les complications possibles qu’il a de l’importance.

Complications. — Comme complications locales, on a signalé : les abcès péripharyngiens, les fusées purulentes dans le médiastin, l’angine de Lud-wig (phlegmon sus-hyoïdien), l’ouverture des gros vaisseaux du cou, l’œdème du larynx, les paralysies du nerf phrénique et du nerf vague (1). En fait de complications générales : des éruptions, comme le rash (Holsti), des endocardites, pleurésies, néphrites (Bouchard), arthrites, orchites et ovarites (Joal).

Traitement. — Irrigations antiseptiques chaudes, toutes les heures, dans l’arrière-bouche (acides phénique ou salicylique à 1 : 500. Les attouchements au bleu de méthylène figurent parmi les moyens à recommander. A l’intérieur, les toniques (grogs) et l’antisepsie intestinale. L’incision sera précoce quand elle est indiquée et on la pratiquera avec des bistouris engainés de gaze aseptique ou avec un pharyngotome spécial qui laisse saillir la lame au point désigné. Parfois l’incision devra se faire par l’extérieur à travers la peau. Les injections du sérum de Marmoreck ont pu juguler ces suppurations (2).

III. PHARYNGITES SECONDAIRES. — Ce sont les pharyngites qui apparaissent comme détermination locale d’un état général. Nous signalerons dans l’ordre de gravité croissante ;

Pharyngites : aphteuse, du muguet, mercurielle, salolée (3), pemphigoïde — qui simulerait la diphtérie, n’était sa chronicité, — ortiée, de la varicelle, de la ru-

(1) Rendu, Soc. méd. des hôp., 28 mai 1891.

(2) Landouzy, Leçons sur les sérothérapies, 1898.

(3) Morel - Lavallée, Archives intern. de laryngoloqie, juin 1891.

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béole (Chantemesse, Talamon), herpétique, goutteuse, de l’influenza, de la rougeole, de la scarlatine (1), de la variole, de l’érysipèle, — la plus fréquente, — gangreneuse, typhique, — avec des uTcérations ovalaires et de mauvais iironostic, — scorbutique (Schech), cholérique (Coste), ûiphtérique.

Cette énumération pourra servir pour le diagnostic.

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Causes. — Il est des causes générales ét locales.

Parmi les causes générales figure d’abord l’herpétoarthritisme, si bien qu’il n’est pas rare de voir des fluxions pharyngiennes alterner avec des manifestations arthritiques en d’autres points du corps. Guéneau de Mussy et Isambert allaient jusqu’à considérer les granulations comme l’acné du pharynx. Cette théorie n’est pas admise par Mandl, non plus que par l’Ecole allemande. Toujours est-il que, sans cette notion, on se trouverait parfois embarrassé pour porter un diagnostic fondé, alors que des signes non discutables établissent positivement l’existence d'une pharyngopathie. Les néphrites, le diabète, peuvent déterminer des pharyngites chroniques sèches. La ménopause intervient aussi comme condition prédisposante.

Les causes locales sont : l’abus du tabac qui marque . le pharynx d’une rougeur diffuse, l’abus des alcools qui semble produire plus particulièrement des granulations et des varicosités, le séjour au milieu de poussières irritantes (grands magasins, usines), les diverses rhinites hypertrophiques ou atrophiques dont les altérations gagnent les parois pharyngiennes ; enfin le surmenage ou le malmenage de la voix que l’on rencontre particulièrement chez les prédicateurs, les militaires, les gens d’affaires qui fréquentent la bourse.

Symptômes. — Le malade se plaint d’une sensation de sécheresse, de chaleur ou de corps étranger dans la gorge. 11 fait souvent entendre le « Hem ! » caractéris-

(1) Bourges, Paris, 1891.

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tique, ou renâcle, selon l’expression d’Isambert, en un mouvement d’expuition sècne. S’il vient à prendre la

Sarole, il éprouve promjDtement une fatigue gutturale ouloureuse. Qu’il continue, et bientôt le ténesme pharyngien ou crampe des orateurs se montrera avec sensation de corps étranger ou de constriction au fond de la bouche. Ce trouble peut aller jusqu’aux régurgitations. En tous cas, la déglutition est douloureuse [oàyno'phagie).

Les signes physiques diffèrent selon les variétés que nous analyserons au diagnostic. Tantôt c’est de la congestion, avec ou sans varicosités, tantôt de l’hypertrophie des glandes acineuses (granulations), isolées ou réunies en plaques et pouvant former par leurs traînées les troisièmes piliers ou faux piliers dont il a été que.stlon déjà, tantôt enfin la paroi postérieure du pharynx apparaît parcheminée, vernissée et couverte de croûtes verdâtres.

La marche se caractérise par des exacerbations fréquentes.

Diagnostic. — Le diagnostic est complexe. Il doit d’abord être différentiel. Qu’on évite de dire à la légère : pharyngite granuleuse, sans avoir constaté positivement des granulations, et qu’on ne se laisse pas induire en erreur par la congestion transitoire que le malade fait apparaître inconsciemment en réagissant contre les premières ■ applications de l’abaisse-langue. On pourrait prendre pour des granulations les folliculites lymphoïdes des enfants, petites saillies hémisphériques formées de tissu adénoïde et annonçant généralement la présence de végétations adénoïdes dans le cavum. On a mentionné des cas de pustules vraies (Audubert) et de nodosités lupiques (Wright) qui simulaient des granulations.

Le diagnostic de la variété importe spécialement et doit distinguer :

a. La pharyngite congestive, rougeur sans granulations, observée chez les fumeurs principalement.

h. La pharyngite granuleuse ou glanduleuse (des orateurs) (fig. 5). Sur le fond du pharynx, se montrent de petites élevures coniques d’un rouge sombre et autour d’elles d’autres plus petites, en voie de développement.

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c. ha pharyngite hypertrophique, rare, à muqueuse épaissie.

d. La pharyngite atrophique ou sèche, avec croûtes verdâtres et haleine

fétide. Beverley-Robinson a expliqué la ténacité de l’affection en découvrant les névrites périphériques ascendantes qui l’accompagnent (1). Je viens d’en observer un cas chez un jeune homme qui deux mois avcint avait eu la scarlatine.

Fig. 3.-

Z.fcMï.Àl '' - Pharyngite granuleuse.

e. La pharyngite latérale (de Schmidt) qui, respectant la paroi postérieure, s’installe sur les parois latérales et menace les trompes d’Eustache.

f. A titre exceptionnel, je signalerai la pharyngite chronique fibrineuse non diphtérique (Onodi, 1890).

Le diagnostic doit encore mettre en évidence les complications ; rhinites, salpingites, otites moyennes, laryngites, dyspepsies (2).

Pronostic. — Il s’agit d’une affection tenace, qui menace les oreilles et le larynx. Elle est surtout gênante pour les hypocondriaques.

Traitement. — Dans le traitement local, les petits moyens ne sont pas à dédaigner. L’emploi de pastilles sialagogues faciliterait le fonctionnement des pharynx altérés. Morell-Mackenzie recommandait :

Chlorate de potasse . 0?f,13

Extrait d’eucalyptus .

Poudre de cubèbe . 0ffr,01o

Pâte de fruits . Q. S.

pour une pilule. En prendre deux ou trois avant de parler

(1) Beverley-Robinsok, American Journ., 1876.

(2) Fischer, Med. Record, 1891.

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OU chanter, en les laissant fondre lentement dans la bouche.

Contre la forme congestive, les gargarismes ou pulvérisations antiseptiques chauds réussissent bien.

Le massage vibratoire (Braun, Laker) peut être utilisé contre les formes atrophiques.

Shurly (1), estimant que les altérations du pharynx tiennent à un trouble fonctionnel des nerfs hypoglosse, vague et grand sympathique, a conseillé les courants continus, en appliquant un pôle dans le nez et l’autre sur le pharynx.

Pour les formes diffuses, on a recours aux attouchements avec la solution iodo-iodurée :

Iode . . 1 gramme.

lodure de potassium . 3 grammes.

Eau distillée . . 40 —

Mais le moyen de choix contre les granulations consiste dans la galvano-cautérisation. On peut dire que, depuis la vulgarisation de ce procédé, la laryngite granuleuse est devenue guérissable. Avec une pointe fine on touche de quatre à cinq granulations, à chaque séance, en commençant par les plus apparentes.

. C’est seulement aux formes hypertrophiques rebelles qu’il faut appliquer le curetage.

Le traitement général comprend l’administration des bromures et l’hydrothérapie pour atténuer le nervosisme du sujet. Les cures hydro-minérales sont très indiquées ici, et, selon l’importance des cas, on enverra le malade à Challes, au Mont-Dore, àCauterets, etc., mais toujours en dehors des périodes congestives et non sans avoir d’abord détruit les granulations au galvanocautère.

Il y a enfin un ti'aitement d’hygiène qui consiste à se soustraire aux causes de l’affection et à s’assurer une bonne technique pour la parole et le chant.

BIBLIOGRAPHIE. — Gdéneau de Mdssy, Traité de l’angine glanduleuse. Paris, 1857. — Bertholle, De l’herpès guttural {Union médicale, 1866). — Lasègue, Traité des angines. Paris,

(1) Shurly, Laryng. améric. assoc., 7e Congrès,

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1868). — Héryng, De la pharyngite chronique {Retue de laryng., 1882). — Ruaült, Amygdalites et angines infectieuses consécutives aux opérations intranasales (Arch. de laryng.^ 1889). — Masséi, Schech, Fraenkel, Semos, Inflammations aiguës infectieuses du pharynx et du larynx {Congrès de Berlin, 1890). — Sendtner, Étiol. de l’angine folliculaire {Munch. med. Woch., n° 26, 30 juin 1891). — Bobone, Angine de Ludwig d’origine blennorragique {Boll. dell malad. del orech., août 1896. — Plic- QüE, Tuberculose du pharynx chez l’enfant {Ann. des mal. de l’oreille et du larynx, mars 1898. — Castex, Arthritisme des premières voies respiratoires {Bulletin de laryngologie, 1898, p. 263). — Chapin, Pharyngite chez les enfants {Académie de médecine de New-York, 25 janvier 1899). — Freudenthal, Ulcérations diabétiques de la gorge {Académie de New-York, 23 novembre 1899. — Sojo et Verdos, Pharyngites diabétiques, //e Congrès espagnol, 4 septembre 1 899). — Rickmann, Vaste diverticule du pharynx. Ablation {Lancet, 18 mai 1901). — Jalagdier, Fistule branchiale ouverte sur un pilier du voile {Soc. de chirurgie, 16 avril 1902). — Siredey, Note sur l’emploi du bleu de méthylène [Annales des mal. de l’oreille et du larynx, mars 1902).

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