III. — EXAMEN DE L’OREILLE INTERNE
Après s’être renseigné sur l’état des deux premières parties de l’appareil auditif, on doit examiner l’oreille interne. Le problème du diagnostic y est surtout difficile et important. C’est l’examen de l’ouïe dans ses diverses modalités et sa mensuration (acoumëtrie).
Pour faire un examen complet de l’ouïe, il faut chercher successivement :
La portée, c’est-à-dire la distance à laquelle une oreille entend la voie haute et la voix chuchotée.
CiSTEx. — Mai. du Larvni. 2® éd. 34.
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2” La durée de l’impression sonore. Quand une oreille est normale, elle doit étouffer les sons dès qu’ils ont été
Serçus, afin de percevoir ceux qui se produisent après.Or, ans quelques cas pathologiques, la sensation se prolonge désagréablement en survivant au son. Je parlerai plus loin de l’épreuve de Schwabach qui sert à reconnaître ces cas particuliei’s.
3“ L’étendue, que l’on mesure avec une série de diapasons allant du gi'ave à l’aigu.
4® La continuité, car il y a des surdités partielles pour certains sons seulement. C’est avec la série continue des diapasons de Bezold qu’on arrive à découvrir ces lacunes diatoniques.
5° L’acuité. Cette puissance de l’audition se mesure avec un dispositif qu’a proposé E. Gellé. Un diapasonLa®, monté verticalement sur une tige qui oscille horizontalement, est mis en vibration. A côté est placé un écran percé d’un trou au niveau duquel se met l’oreille à examiner.
On écarte la tige de sa position de repos. Plus l’écartement est grand et plus le diapason passera vite devant l’oreille. On pourra voir, sur un arc gradué placé au-dessous de l’ensemble de l’appareil, l’écartement qui correspond à la vitesse à laquelle l’oreille ne perçoit plus.
Ainsi se chiffrera le degré de l’acuité.
Divers procédés, d’inégale valeur, existent pour l’examen de la fonction auditive.
La montre, si elle est à la portée de tout examen, n’est pourtantqu’un moyen médiocre car l’intensité du tic-tac est variable et parce qu’il est Fig. 200. — Sifflet d’observation que, chez les gens de Galton. âgés, il est, toutes choses égales
d’ailleurs, très faiblement entendu.
En tout cas, c’est en l’approchant peu à peu du malade que la montre doit être employée.
EXAMEN DE l’oREILLE INTERNE
Prout et Knapp ont proposé d’indiquer l’acuité auditive par une fraction. Le dénominateur y indique la distance àlaquellela montre estentendue par une oreille normale et le numérateur celle à laquelle entend l’oreille qu’on examine.
Le sifflet de Galion (fig. 200) permet d’essayer l’ouïe avec des sons de hauteur un peu variable.
Les diapasons sont un bien meilleur moyen d’investigation (fîg. 201, 203, 204). On utilise d’abord le diapason ordinaire (la^), puis on peut recourir à des diapasons graves (lai) ou à des diapasons aigus (la^) pour savoir si l’oreille examinée n’aurait pas perdu l’audition pour telle ou telle autre partie de l’échelle des sons.
Un bon diapason est celui dont le son se prolonge longtemps. On doit Tattaquer avec un petit marteau garni de caoutchouc, pour éviter de produire les harmoniques du son.
Le diapason de Lucæ (fig. 2011 porte sur lui-même un marteau qui le frappe avec une force toujours la même.
Fig. 201. — Diapason de Lucæ.
J’ai vu, àla clinique de Lucæ, à Berlin, un harmonium que le maître utilise à ce genre de recherches. Moos a démontré que les sons graves sont moins utiles pour l’audition que les sons aigus.
Pour les examens qui nécessiteraient une exploration plus approfondie, il y a divei's acoumètres [de Politzer, deD. Levi, de Hartmann, de Boudet (de Paris)], les audiphones les phonographes, la réaction aux courants électriques. L’acoumètre de Politzer (fig. 202) s’utilise en faisant frapper le cylindre par le battant et en approchant peu à peu du sujet jusqu’à ce qu’il perçoive lé bruit ainsi produit.
MALADIES DES OREILLES
De tous les moyens, le plus approprié, c’est la parole, puisqu’elle est l’agent usuel du fonctionnement auricu-
Fig. 202. — Acoumètre du P'’ Politzer.
laire. On peut employer d’abord la voix haute en s’approchant du malade jusqu’à ce qu’il perçoive distinctement le mot ou la phrase prononcés. On note alors la distance qui sépare du sujet. Puis, approchant de plus en
Fig. 203. — Diapason et son archet du P' Duplay.
plus, on prend la voix chuchotée et on note à quelle distance l’oreille soumise à l’examen a entendu distincte-
EXAMEN BE l’oREILLE INTERNE
*ent. La perception de la voix chuchotée s’affaiblit Botablement plus que celle de la voix haute, par exemple dans les cas de sclérose tympanique. En moyenne, une oreille saine doit entendre la voix basse à 20 mètres. Les voyelles, les S et les R sont particulièrement mieux entendus.
On peut employer des nombres pour cet examen, une oreille qui perçoit le chiffre un à la distance de 10 mètres, en voix chuchotée, peut être considérée comme excellente.
Épreuve de Dennert. — Quand on examine une oreille avec la voix, pour bien s’assurer que ce n’est pas l’autre qui entend, quoiquecouverte,parla main dusujet, on fait convrir et découvrir alternativement l’oreille examinée. Si de la sorte des différences d’audition ne SC produisaient pas, ce serait bien l’autre oreille qui percevrait la voix.
L’examen par la parole une fois terminé, il faut inscrire les chiffres de la fonction auditive à la date du jour, pour les comparer avec ceux qu’on relèvera après un ou deux mois de traitement.
Mais c’est le diapason qui est le mode d’examen le plus commode. Je rappelle que les vibrations sonores arrivent à l’oreille interne par les fenêtres ovale et ronde et par les parois osseuses qui l’enveloppent. La fonction auditive doit être examinée par deux voies différentes : voie aérienne et voie osseuse.
Fig. 204. — Diapason avec curseur.
1* Pour V examen par la voie aérienne, le diapason est présenté à l’entrée du conduit auditif. On voit ainsi quelle est la durée de la pereeption.
2“ Pour l'examen de la voie osseuse (ou solidienne), on le fait vibrer sur l’apophyse mastoïde, ou sur le vertex, ou sur les dents incisives supérieures. Par la comparai-
son de ces deux perceptions, on obtient divers renseipements que nous allons exposer.
Les diverses manières d utiliser le diapason constituent autant d’épreuves différentes désignées d’après le nom de leur inventeur. Nous signalons d’abord celles qui ont conquis le plus de crédit auprès des auristes.
1“ Epreuve de Weber. — Elle est fondée sur ce fait souvent constaté que lorsqu’on fait vibrer un diapason sur le sommet du crâne {diapason-vertex), si l’une des oreilles est fermée par l’application de la main sur le
f)avillon ou par l’introduction d’un tampon de ouate dans e méat auditif, c’est précisément cette oreille qui entendra résonner le son plus fortement. On peut admettre, pour expliquer ce fait, que les vibrations émanant de la source sonore rencontrent un obstacle pour s’écouler au dehors et, retenues dans les cavités otiques, y ébranlent plus fortement l’appareil récepteur des sons. Par suite, l’épreuve deWeber consiste à faire vibrer un diapason sur le vertexetsur la ligne médiane. Si le sujet entend mieux le son à droite, on aura Heu de penser que la caisse, se trouvant épaissie par une sclérose tympanlque ou toute autre lésion, empêche l’issue des vibrations sonores au dehors. On dit alors que le Wehçr estlatéralisé àdroite. L’épreuve peut être faite en mettant le diapason sur le
frontal, les dents incisives, l’occipital.
Si on descend le diapason, au contact de la paroi crânienne, du vertex vers l’oreille qui entend le moins, on arrive à un point neutre où\e son est également perçu des deux oreilles. Or plus l’oreille moyenne est scléreuse et plus ce point est voisin de l’autre oreille ; plus un labyrinthe est scléreux et plus ce point est proche de lui.
Si on place le diapason sur le côté du maxillaire inférieur, c’est l’oreille opposée qui entend le mieux, parce qu’un contact plus intime s’établit entre la base du crâne et le condyle du côté opposé (4).
Gellé propose l’attdiphone pour apprécier la valeur de l’oreille interne. Il considère ce moyen comme très supé-
(1) CouETOux (de Nantes), Ann. des mal. de l’or, etdular..^ 1891, p. 391.
EXAJMEN DE l’oREILLE INTERNE
rieur à Temploi du diapason-vertex, auquel il reproche d'être vag^ue. Il a fait construire cet audiphone en celluloïd assez semblable à celui deDelstanche. L’instrument est placé entre les dents du malade. On parle devant lui et les vibrations sont transmises à l’oreille par voie osseuse j I).
Épreuve de Rinne. — Elle est fondée sur cette deuxième constatation empirique que, à l’état normal, le diapason présenté près du méat auditif y est plus fortement
Serçu que si on le fait vibrer sur l’apophyse. Si les conitions de l’expérience ne sont pas telles, on peut en tirer cette conclusion que l’oreille n’est pas normale. Exemple : un diapason est approché du méat auditif, on attend qu’il ne soit plus perçu. A ce moment précis, on l’applique par son pied sur l’apophyse mastoïde et le sujet entend encore un reste de tonalité. Nous pouvons alors conclure que la caisse (appareil de transmission) est en cause puisque le son envoyé directement à l’oreille interne par la voie osseuse rencontre moins d’obstacle. On dit que le Rinne est positif, ou mieux normal dans les conditions normales de l’expérience et qu’il est négatif, ou mieux anormal si la voie osseuse s’est montrée la meilleure. Dans la rédaction des observations, on note : Rinne -|-, ou Rinne — .
3° Épreuve de Schwàbach. — Elle repose sur la durée comparative de la perception sonore sous le diapasonvertex. Est-elle plus longue que sur une personne normale, on peut conclure à une affection de l’appai'eil de transmission (oreille moyenne) ; est-elle plus courte, l’oreille interne doit être en cause.
Pour s’assurer qu’un diapason a réellement fini de vibrer, il faut lui faire exécuter des oscillations brusques. L’image de l’instrument se montre striée, seulement s’il vibre encore.
¥ Épreuve de Ring. — Quand le diapason-vertex a cessé d’être perçu, on obture avec l’index iWeille à examminer. Si cette obturation faitentendre un reste de sonorité (perception tardive de Ring), on conclut que les oreilles
(1) Gellé, Ann. des mal. de l’or, et du lar., juillet 1892.
MALADIES DES OREILLES
moyenne et externe sont libres, sinon ce son retardé ne se fût pas produit.
5" Épreuve de Gellé (ou des pressions centripètes).— Ce procédé très ing’énieux a pour but de nous renseigner sur la mobilité de l’étrier dans la fenêtre ovale et par suite sur les chances de succès d’une intervention de mobilisation. Si, tandis qu’un diapason vibre surlevertex d’une façon continue, on exerce dans l’oreille externe, à l’aide du spéculum de Sicgle par exemple, des pressions successives, la compression se transmet à la membrane du tympan, puis aux osselets et finalement à la platine de l’étrier. Celle-ci s’enfonce à chaque coup dans la fenêtre ovale et le son se trouve Interrompu. Si donc, pendant que le diapason vibre, une série de pressions sur lamembi'ane laisse le son avec sa continuité, on peut en conclure que la platine ne s’enfonce pas et que l’étrier se trouve ankylosé dans le pelvis ovalis.
6° Épreuve de Corradi. — Corradi (de Vérone) (1) a remarqué que si un diapason vibrant sur l’apophyse mastoïde est enlevé dès que la sensation auditive a cessé, puis remis en place au bout de quelques secondes, l’audition reparaît encore. L’expérience peut être répétée deux ou trois fois (perceptions secondaires). Il semble donc que le nerf auditif ait besoin de repos. Or, d’après Corradi, l’absence des perceptions secondaires correspondrait àdes lésions profondes dans les éléments nerveux de l’oreille interne.
7" Épreuve d' Eitelherg . — Quand il se produit des variations dans la perception d’un son continu, c’est l’indice d’une lésion labyrinthique.
Dans toutes ces épreuves, il importe de faire la différence entre le son perçu ou le frémissement du diapason.
Quand le labyrinthe est détruit, le nerf auditif peut entendre sans participation de l’appareil percepteur (Lucæ, Bonnier, Masini). La perception se produit parles divers points du squelette.
D’après les recherches de Rohrer sur la « torpeur du nerf acoustique » quand on hésite sur la question de
(1) C. Corradi, jirch, fur Ohrenheilk., Bd XXX, Heft 3.