I. MALFORMATIONS DU PAVILLON
Le pavillon peut affecter des proportions exagérées, le plus souvent d’origine congénitale. Ce sera, par exemple, l’hypertrophie du lobule qui arrive à pendre jusque sur la joue, comme dans un cas observé par Boyer; l’excision est alors facile. Ou bien ce sera la partie haute du pavillon qui présentera des proportions exagérées. On a, dans ces cas, réséqué un segment triangulaire à sommet antérieur et rapproché les deux portions conservées de l’hélix (Martino, cité par Triquet).
Les cas de pavillons suimuméraires (polyotié) sontrares et discutables, car U s’agit ordinairement de masses chondrales atypiques, révélant un trouble de développement.
Plus fréquente est la difformité par amoindrissement des dimensions. Des enfants sont venus au monde sans trace de pavillon, d’autres ne présentent qu’un rudiment d’hélix, sous forme d’un bourrelet qui descend obliquement en avant sur la région auriculaire (fig. 205 et 206) (Birkett, Nélaton, Toynbee). Chez des sourds-muets, Gellé a vu le pavillon réduit à un simple appendice plus ou moins régulier. Hartmann a vu, à la place du pavillon, un simple lambeau de peau sortant d’un conduit auditif normalement développé.
Entre autres particularités, on peut distinguer les cas suivants :
1“ Elargissement de l’hélix, sans excavation (oreille de macaque) .
2“ Pavillon très enroulé en avant (oreille de faune, etc.).
Bien souvent, a-vec les malformations du pavillon,
MALFORMATIONS DE l’oREILLE
coexistent diverses anomalies indiquant le trouble profond qu’a subi la première brancnie (asymétrie de la face, déjettement du maxillaire inférieur, kystes der-
Fi". 203. — Malformation de l’oreille. Fillette de trois ans : absence de conduit auditif.
moïdes de voisinag-e). Une autre anomalie des pavillons consiste dans leur insertion à des niveaux différents, Gradenig-o a noté cette particularité chez des aliénés. L’hétérotopie peut être plus accentuée, puisqu’on a trouvé le pavillon attaché sur la joue.
D. Mollière eut à relever le haut du pavillon qui retombait comme dans les oreilles de porc. Il y parvint en le fixant à la tempe par deux points de suture. Cette malformation externe peut coïncider avec un état normal des parties profondes et l’ouïe n’être que fort peu compro-
mise. Nous savons en effet, d’après les travaux de Hyrtb
3ue le développement des oreilles moyenne et interne est istinct de celui de l’oreille externe.
Les plaies, brûlures et autres accidents peuvent réaliser
Fig. 206. — Malformation de l’oreille.
encore cette absence de pa/illon. Si la perte de substance n’est que partielle, Dieffenbach a conseillé la réfection par autoplastie (méthode italienne en empruntant le lambeau dans le voisinage de l’oreille, région temporale ou mastoïdienne).
Les adhérences du pavillon aux téguments sous-jacents s’obsei'vent à la suite de brûlures ou de traumatismes graves. La séparation peut être pratiquée avec ou sans autoplastie, suivant l’indication particulière aux divers cas.
MALFORMATIONS DE l’oREILLE 619
On sisrnale des malformations de la conque du pavillan, qui g-ênent l'entrée des ondes sonores ; telle l’adhérence du trag-us avec l’antitragus. Le mieux, en pareil cas. sera d’exciser largement ces deux éminences.
Nous devons à Vali (de Budapest) d’intéressantes constatations sur les altérations morphologiques du pavillon, à l'état normal, chez les aliénés et chez les idiots. Ses recherches ont porté sur 1000 individus sains, sur 397 aliénés et sur 90 idiots. Il en conclut que 20 p. 100 des individus sains n’ont pas le pavillon normal. Chez les aliénés et les idiots, l’anomalie existe dans la moitié des cas. Ce seront des pavillons très grands ou écartés de la tempe, un élargissement de la fossette scaphoïde, l’absence de l’hélix, etc. Ces anomalies sont le plus souvent nniques, unilatérales et sur le pavillon gauche. Gradenigo, sur 2300 examens, a trouvé le maximum à droite. Ces anomalies pourraient être utilisées en anthropométrie pour l’identité des criminels (Bertillon, Beulland).
Toutes ces malformations du pavillon trouvent leur explication dans l’embryologie de l'oreille externe, qui » été bien décrite par Kolliker et His, par Gradenigo.
Des fistules congénitales se rencontrent sur le pavillon. Betz (deHeilbronn) a l'apporté l’observation d’une fillette de dix ans qui présentait un orifice fistuleux sur le lobule gauche. Un fin stylet introduit dans le trajet s’enfonçait a 2 millimètres sous le cartilage de la conque. Ces anomalies s’expliquent par un défaut de coalescence entre les arcs branchiaux. Ici c’est la première fente branchiale qui persiste en partie. Heusinger, Albrecht ont vu surtout des fistules situées au-dessus du tragus. Il existait en ce point un petit cul-de-sac, d’où s’écoulait un liquide visqueux. Urbantschitsch, Hartmann ont remarqué le caractère héréditaire de la fistule otique. Ce dernier l’a trouvée sur onze membres d’une même famille. Sir J. Paget a communiqué, en 1878, à la Société royale de Londres, l’observation d’une famille dans laquelle le père, sa sœur et ses cinq enfants présentaient des fistules de l’hélix.
MALADIES DES OREILLES