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III. OTITES EXTERNES

L’otite externe est l’infection du revêtement cutané qui tapisse le conduit auditif externe. La peau de ce conduit

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est riche en g’iandes sudoripares et en glandes sébacées. Chacun de ces éléments peut donner naissance à un petit abcès, à un furoncle, inflammation isolée du reste, qui restera localisée à l’appareil sudoripare ou sébacé dans lequel elle est développée. C’est l’otite externe circonscrite, l’abcès folliculaire du conduit.

Sous certaines influences, que nous passerons en revue, la peau elle-même et ses deux couches constituantes, épiderme et derme, s’enflamment. Les germes d’infection pénètrent les couches profondes de la peau et arrivent au périoste.

Toute la paroi est prise sur la longueur du canal auditif. L’otite externe est diffuse.

Otite circonscrite, otite diffuse, tels sont les deux chapitres dans lesquels rentreront tous les processus inflammatoires dont le conduit auditif peut être le siège.

1“ Otite externe circonscrite (furoncles). — Wilde est le premier qui ait signalé cette affection sous le nom d’abcès du coiiduit auditif.

Étiologie. — L’agent le plus fréquent des suppurations folliculaires du conduit est le staphylocoque sous ses trois variétés, eitreus, aureus, albus; beaucoup plus rarement c’est le streptocoque. C’est donc de la staphylococcie du conduit auditif. Ces éléments microbiens pénètrent dans les follicules de la peau, et, sous une in-, fluence souvent mal déterminée, deviennent virulents. Quelquefois c’est le traumatisme, l’introduction d’un corps étranger, soit involontairement, soit volontairement, pour satisfaire une démangeaison, qui vient excorier, déchirer la peau et fournir une porte d’entrée h l’infection.

La prédisposition aux abcès folliculaires peut être créée par un état général diathéslque : diabète, albuminurie, état de cachexie. Chez les gens atteints d’eczéma du conduit auditif, la peau présente une minceur extrême, ses éléments desquament sans cesse : c'est une nouvelle cause d’infection pour les éléments glandulaires.

Le furoncle du conduit auditif externe peut succéder à une infection descendante partant de là caisse dont les parois sécrètent du pus.

Symptômes. — Les symptômes subjectifs sont varia-

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bles suivant l’étendue et le siège du furoncle. Ils peuvent être une sensation de prurit, puis de chaleur, de tension une sensibilité douloureuse au contact qui incommodent le patient pendant deux ou trois jours.

Ou bien la douleur est plus vive, plus aiguë ; il v a des élancements qui s’irradient le long de la mâchoire. Les mouvements de mastication, de déglutition provoquent des exacerbations de la douleur parfois si intenses que le malade refuse toute nourriture solide.

Cette réaction douloureuse atteint son maximum lorsque le furoncle siège dans la moitié interne du conduit : il y a là adhérence solide entre le périoste et le fibro-cartilage qui double le derme. La congestion, l’œdème périfolliculaire étranglent les éléments nerveux si nombreux en cette région. Il peut y avoir de l’insomnie, de l’agitation. Chez certains sujets, le furoncle du conduit auditif peut s’accompagner le soir d’une réaction fébrile qui en impose pour une inflammation delà caisse ; enfin, sous l’influence de la tuméfaction de la peau, le conduit auditif se rétrécit plus ou moins et la fonction auditive tend à disparaître si la lumière est obstruée totalement.

En même temps tout choc, tout heurt portant sur le pavillon provoquent un retentissement douloureux dans le conduit : le malade protège de la main son pavillon et se couche sur le côté .sain.

Il y a tuméfaction des parois du conduit auditif, d’autant plus grande que l’abcès est plus proche de l’orifice e.xterne ; le gonflement, l’œdème peuvent aller jusqu’à l’oblitération complète. L’introduction du spéculum est très douloureuse ; si on peut apercevoir le furoncle, on distingue une petite saillie à son sommet.

Marche. — Terminaison. — Le furoncle peut se terminer par résolution : au bout de deux ou trois jours, les signes s’amendent et tout rentre en ordre. Le plus souvent, après une période aiguë qui dure ti'ois ou quatre jours, les symptômes douloureux s’apaisent ; en même temps on voit un point jaunâtre apparaître sur la saillie furonculaire, la peau s’amincit et l’ouverture se fait spontanément. Une petite quantité de pus s’écoule, mais le plus souvent ce n’est que sous l’influence de

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lavages répétés ou d’une pression que le bourbillon s’échappe. Souvent les phénomènes de tension, de prurit douloureux persistent. C’est qu’un appareil glandulaire voisin s’est infecté. Des infections de voisinage peuvent se produire (érysipèles, adénites, parotidites).

Diagnostic. — Il ne présente pas de difficultés ; les symptômes subjectifs attirent assez nettement l’attention du côté de l’oreille pour que l’on examine le conduit auditif. Avec ou sans spéculum, on constate en un point une tuméfaction couronnée elle-même par une petite saillie acuminée, qui est le furoncle.

D’après Duplay, on peut arriver à faire le diagnostic différentiel entre le furoncle et l’hydrosadénite, du moins à la période de suppuration : le furoncle provoque une réaction inflammatoire plus vive, la marche est plus rapide. L’abcès sudoripare présente des limites précises, une saillie arrondie, non acuminée, la pression avec le stylet est peu douloureuse.

L’abcès furonculeux pourrait être confondu avec une variété d’abcès du conduit auditif, dont le siège est à la partie supérieure du conduit, près du tympan; la caisse envoie au-dessus de cette membrane, en plein massif osseux, un diverticule, qui surplombe le conduit. Une collection occupant ce diverticule peut carier la mince lame osseuse qui le sépare de la peau et venir former un abcès, que l’on prendra pour une otite externe primitive, si on méconnaît l’otite moyenne préexistante. C’est en somme un abcès par congestion. On ne prendra pas pour un furoncle la saillie qu’accuse la paroi postérosupérieure du conduit dans certaines mastoïdites.

Pronostic. — L’affection est douloureuse, mais guérit toujours. Les récidives sont à craindre, et il faut en prévenir lé malade ; elles sont expliquées par la nature infectieuse du mal. Il est difficile souvent d’arriver à désinfecter complètement le conduit.

Traitement. — Wilde et Trôltsch conseillent d’essayer, au début, la thérapeutique abortive, à l’aide de cautérisations énergiques, soit avec le nitrate d’argent, soit avec une solution forte de sulfate de zinc.

Il est préférable, à cette période, de s’adresser aux antiseptiques, aux instillations d’eau stérilisée chaude

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[au de liquides émollients et narcotiques, à des applica- Isons de compresses chaudes, renouvelées sans cesse.

1 En cas de réaction intense, recourir à l’application de [sang-sues, en avant du trapus.

; Mais, règle générale, inciser le furoncle, dès qu’on ; le pourra : si le pus n’est pas formé, l’incision préviendra la tension douloureuse des tissus ; si le pus est collecté, la sortie du bourbillon sera facilitée. La peau du segment ^cartilagineux est dure, épaisse, le siège île l’abcès est profond ; l’incision, faite avec un bistouri droit et pointu, doit elle aussi être profonde.

11 faut faire suivre cette incision de fréquents lavages à l’eau pbéniquée faible ou au sublimé à 1/2000. 11 sera bon de conseiller au malade de faire examiner de temps en temps son oreille, afin de prévenir la formation de nouveaux furoncles.

2® Otite externe diffuse. — Trop nombreuses sont les divisions admises par les auteurs dans la description de cette otite externe : les termes ont été multipliés sans raison et la question n’a fait qu’y perdre en clarté. On a décrit des otites traumatiques, rhumatismales, dartreuses, exanthématiques, blennorragiques, parasitaires, variétés basées sur l’étiologie ; catarrhales, purulentes, suivant la nature de l’écoulement ; cutanées, périostiques, d’après le point de départ de la lésion. Cette dernière classification, d’ailleurs, repose sur une erreur. 11 est bien établi aujourd’hui que le processus débute toujours par la couche cutanée pour envahir secondairement le périoste. Peau et périoste forment, dans la moitié interne du conduit, une seule et même membrane, et le périoste se détache plutôt de l’os sousjacent que de la peau quand on veut disséquer celle-ci. Toute inflammation portant sur la couche cutanée retentira bien vite sur le périoste, et l’otite sera cutanéopériostique. Quant aux dénominations d’otites catarrhale, purulente, elles ne visent que les degrés de l’affection.

Etiologie. — C’est une affection de tous les âges, fré- (|uente chez l’enfant et même chez le nouveau-né. Chez l’enfant, nous trouvons l’influence prédisposante de la dentition; parfois chaque éruption provoque une poussée d’otite externe.

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Nous reti’ouvons l’influence des traumatismes; introduction de corps étrang-ers, tentatives maladroites et bru- î taies pour les extraire, instillation de liquides irri- ? tants soit par leur température, soit par leur causticité. t Toute fièvre éruptive peut envahir le conduit: variole, ? scarlatine, roug'eole, érysipèle ; l’épiderme desquame; f

Elus de barrière défensive vis-à-vis des éléments micro- f iens qui vivent à la surface de la peau. ;

Même rôle prédisposant joué par l’eczéma du conduit * auditif : les fièvres graves comptent l’otite externe parmi * leurs complications. Bordier en a signalé un cas dans le cours du choléra. , 'i

On a même décrit une otite externe blennorragique, * développée à la suite du transport du pus sur la peau du conduit. Des exemples en ont été rapportés par Hunter et Vigoureux, puis par Itard et Triquet, mais ces observations prêtent à discussion et l’otite blennorragique est loin d’être démontrée.

Une dernière variété étiologique intéressante, c’est l’otite parasitaire (la .mycomyringite, le myringomycosis), décrite par Mayer, Pachini, Schwartze, Weber. L’élément parasitaire appartient au genre Aspergillus, dont les différentes variétés auraient été rencontrées (penicillatus, glaucus, flaveseens). Trôltscb insiste sur cette variété d’otite (1), et en relate un cas personnel. On discute pour savoir quel est l’élément primordial en jeu ; est-ce le parasite qui, installé le premier, provoque toute la série des lésions de l’otite diffuse? ou bien préexisteil des troubles de nutrition de la peau, desquamation intense, troubles de sécrétion, obstruction du conduit, qui serviraient de point d’appel au parasite ?Siebenmann déclare que V Aspergillus ne devient pathogène que sur une peau déjà malade, altéi’ée dans sa nutrition, à surface ulcérée, et le meilleur terrain de culture serait le sérum.

Le parasite repose sur la couche de Malpighi, où il forme des taches noirâtres, plus ou moins étendues, comparées à du papier de journal mouillé : le tympan est souvent envahi.

(1) Trôlïsch, Traité des maladies de l’oreille.

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Symptômes. — Les symptômes du début sont constitués par une sensation de démangeaison dans l’oreille, de sécheresse, de chaleur; le malade souffre d’un besoin impérieux de se gratter, et bien souvent la satisfaction de ce besoin est douloureuse.

Cette sensation augmente d’intensité ; elle devient douleur véritable, analogue à une brûlure, qui se manifeste sous forme d’élancements, gagne en profondeur, devient pongitive, térébrante et s’irradie dans la moitié correspondante de la tête, le long de la mâchoire; il y a des bourdonnements d’oreille; le patient perd le sommeil, il a de l’agitation, de la fièvre.

Ces symptômes douloureux augmentent d’acuité au moindre choc subi par le pavillon. Tout mouvement du maxillaire inférieur, la déglutition, le bâillement, la toux, l’éternuement, provoquent une exacerbation et ces phénomènes douloureux seront d’autant plus vifs que l’inflammation aura envahi le cartilage du conduit.

Le pavillon de l’oreille et les lèvres du méat peuvent conserver leur aspect normal, mais le plus souvent il y a tuméfaction.

La sensibilité est très vive à tout contact ; aussi l’examen de l’oreille, la traction du pavillon arrachent des cris au malade. Le tympan participe souvent à l’inflammation, et cet envahissement se ti'aduit par une abolition plus ou moins complète de l’ouïe.

Si Ton parvient à examiner le fond de l’oreille, on constate une forte injection, unehypérémie manifeste du tyinpanetdu revêtement cutané de la portion profonde du conduit ; la minceur de l’épiderme permet à ce niveau de constater la vascularisation du derme ; dans les autres segments du conduit, il y a tuméfaction, infiltration de la peau.

Telle est la période de réaction inflammatoire, qui dure deux ou trois jours età laquelle succède la période d’écoulement ; en même temps qu’une détente dans les symptômes douloureux, un écoulement se produit, d’abord séreux, puis muqueux, quelquefois purulent.

Le tympan, les parties profondes du revêtement cutané sont le siège d’une desquamation abondante. Le conduit auditif se remplit de lamelles blanchâtres, humides, et Castex. — Mal. du Larynx. 2e éd. 3T

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Trôltsch raconte que pai'fois il a retiré du conduit des lames blanchâtres, humides, de la forme et de la grandeur de la membrane du tympan, pourvues d’un prolongement tubuliforme, détaché du fond du conduit. En général, plus la réaction douloureuse a été vive, plus les lames de desquamation sont épaisses.

L’écoulement établi persiste un cei'tain temps, pour disparaître complètement; plus souvent, il tend à la chronicité, surtout si on néglige de le traiter ; il peut durer même toute la vie avec des alternatives d’aggravation et de rémission.

Complications. — L’otite externe n’avait envahi, jusqu’alors, que la couche cutanée, mais l’inflammation peut gagner en profondeur. Le périoste, les couches superficielles de l’os sont attaqués. L’otite est cutanéo-périostique, alors la réaction douloureuse présente une acuité particulière.

Toutefois, d’après Duplay, l’otite externe périostique e.st rare, au moins comme affection isolée. Presque toujours il y a catarrhe purulent de la caisse, perforation ou destruction de la membrane tympanique.

Le tympan, au cours de violentes inflammations de l’oreille externe, peut se perforer : il y a myringite, et myringite destructive. Ou bien le tympan, se sclérose en partie, il s’épaissit ; un certain degré de surdité en est la conséquence.

Pronostic. — L’otite externe aiguë, dans sa forme légère, comporte un pronostic bénin. Mais dèsqu’ellese montre violente, il faut penser aux complications du côté du tympan ou de l’oreille moyenne, à la perte plus ou moins totale de la fonction auditive. Enfin il ne faudra pas oublier qu’elle passe souvent à l’état d’otite chronique.

Diagnostic. — En présence des phénomènes douloureux dont le conduit auditif est le siège, il est souvent difficile de se prononcer entre : furoncle simple et otite externe diffuse. Le rétrécissement du conduit, la sensibilité douloureuse rendent l’examen presqueimpossible.

Cependant, dans un cas, la localisation de la tuméfaction et de la douleur, la possibilité d’apercevoir la saillie furonculeuse, de la toucher avec le stylet, sont autant

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(Féléments qui imposeront le diagnostic : abcès folliculaire du conduit.

Dans l’autre, la tuméfaction généralisée, la participation de tout le conduit, de la membrane tympanique même plaident pour 1,’otite diffuse. Avec celle-ci, la suppuration est plus rapide, la lésion superficielle. Le furoncle est profond, en plein derme, et le pus apparaît plus tard.

11 serait avantageux de pouvoir diagnostiquer les complications apparaissant en pleine période aiguë, du côté du tympan. On poui-rait, en connaissance de cause, réserver son pronostic, mais on ne voit pas l’état du tympan, et ce n’est qu’en tenant compte de l’intensité des phénomènes locaux et généi’aux que l’on peut présumer des désordres graves survenus dans le fond du conduit.

Traitement. — L’application de sangsues au-devant du tragus exerce une influence sédative sur la douleur.

Beaucoup d’auteurs préconisent l’instillation de quelques goutte d’huile additionnée d’un antiseptique. Il est préférable de recourir aux bains d’oreille : on fait incliner la tête du malade du côté sain et on lui verse dans l’oreille malade del’eau boriquée chaude ou delà liqueur de Van S’wieten coupée d’eau bouillie par moitié. On laisse en contact pendant une dizaine de minutes.

On renouvelle les bains d’oreille toutes les heures. Dans l’intervalle, on appliquera les compresses d’eau bouillie chaude, maintenues toujours humides.

La période aiguë terminée, l’écoulement se produit. Il faut assurer l’antisepsie relative du conduit par des injections. Il faut agir avec douceur et bien recommander de redresser la courbure du conduit, en portant le pavillon en haut et en arrière.

Si le conduit reste encombré de lames de desquamation, on fera bien de les enlever avec des pinces.

. Enfin, si le microscope révèle l’existence de parasites de mucédinées, on doit recourir aux instillations d’alcool pur ou additionné de 2 à 4 p. 100 d’acide salicylique.

30 Otite externe chronique. — Étiologie. — Elle peut être le résultat d’une otite externe aiguë, mal soignée, ou peut évoluer comme telle d’emblée, chez les sujets

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entachés d’une diathèse, chez les scrofuleux, les arthritiques, les eczémateux.

On a décrit une otite externe chronique consécutive au développement de plaques muqueuses à l’entrée du conduit.

Symptômes. — Quand l’otite externe chronique s’installe, précédée d’une phase àiguë, on assiste à la disparition de tous les signes de réaction inflammatoire. Il ne persiste qu’un état légèrement douloureux duMiîonduit, avec un écoulement plus ou moins abondant.

Dans la forme chronique d’emblée, le début est insidieux. L’affection se crée lentement, sans que le malade puisse préciser à quel moment l’oreille a été prise.

Cette forme s’observe le plus souvent chez les enfants, et quand on la constate chez les adultes, bien souvent il s’agit du réveil d’une otite datant des premières années de l’existence. Le seul symptôme traduisant ce trouble morbide est une sensation d’agacement, de tension dans l’oreille, avec surdité plus ou moins accentuée.

Quelquefois même il n’existe aucun phénomène subjectif; le seul signe de l’otite chronique est l’écoulement. Cette otorrhée est très variable quant à sa nature et à son abondance.

Elle peut ne se manifester que par quelques gouttes de sérosité claire ou muco-purulente qui humectent le méat. C’est plutôt alors à une forme douloureuse que l’on a affaire. Les malades se plaignent de bourdonnements, de cuisson, de tension pénible. A l’examen au spéculum, gêné souvent par un rétrécissement du conduit, on aperçoit une surface cutanée, recouverte de lames épidermiques blanchâtres, humides, imbibées de sécrétions purulentes ; ces lames de desquamation, parfois peu adhérentes, se détachent, encombrent la lumière du conduit et forment corps étranger, ou bien elles adhèrent solidement à la paroi ; leur extraction est douloureuse, le derme est ulcéré et saigne.

Le tympan est caché par les mêmes lamelles, nombreuses, épaisses. Si on parvient à les détacher, on aperçoit une membrane rouge injectée, épaissie, laissant à peine voir le manche du marteau.

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Dans une seconde forme (forme humide), l’otorrhée est presque continuelle, variable aussi dans ses caractères; ou bien c’est un pus épais, bien lié ; ou bien un liquide séreux, clair. Quelquefois il exhale une odeur repoussante.

L’examen montre la surface interne du conduit, cachée par un enduit purulent ; par places, des croûtes brunâtres, après leur chute, laissent voir un derme ulcéré, fong-ueux. Le tympan est injecté, épaissi. Le conduit est parfois uniformément l'ouge et ressemble à la muqueuse conjonctivale atteinte de granulations.

Marche. — Durée. — L’otite externe chronique est désespérante par sa ténacité ; le malade passe par des alternatives d’aggravation et de rémission ; le froid, l’humidité provoquent une accentuation des symptômes.

Les malades négligent souvent les soins nécessaires à la guérison, conseillés même par quelques médecins qui partagent ce préjugé que la suppression d’un écoulement peut être nuisible pour la santé, ou que, s’il s’agit d’un enfant, la guérison se fera d’elle-même, par les progrès de l’âge.

L’affection devient alors presque incurable, et suit le malade jusqu’à la mort; si même il ne survient pas quelques complications pouvant mettre sa vie en danger.

Complications. — Au cours d’une poussée aiguë, le tympan peut s’ulcérer, se perforer même, l’infection gagne la caisse et l’otite moyenne est constituée avec toutes ses conséquences. La perforation du tympan peut se faire peu à peu ; le pus, séjournant dans le fond du conduit, macère la membrane et détermine sa fonte purulente. Sur les parois enflammées du conduit, des bourgeons charnus se développent ; ils partent quelquefois de la surface cutanée du tympan. Ces masses polypeuses augmentent de volume, ferment le conduit et déterminent de la surdité, en même temps qu’elles provoquent des hémorragies et un écoulement plus abondant.

Nous savons que le périoste et la couche cutanée sont intimement unis à la partie profonde du conduit ; aussi la participation du périoste et de l’os au processus inflammatoire n’a rien qui doive surprendre. Cette ostéopériostite complique souvent le catarrhe purulent de la

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caisse ; toutefois elle existe parfois seule et s’ajoute à l’otite externe. Dès que le périoste est envahi, le symptôme douleur s’accuse avec des caractères particuliers ; d’abord sourdes au début, profondes^ les douleurs deviennent vives et térébrantes avec exacerbations nocturnes. Le conduit se tuméfie davantage, son calibre se rétrécit. Cette tuméfaction du conduit est œdémateuse ; la peau est rosée plutôt que rouge ; le contact du stylet ne réveille de douleurs que si l’on appuie fortement.

Ainsi installée, cette ostéopériostite peut s’arrêter et guérir sans suppuration, ne laissant comme trace qu’un épaississement de la paroi supérieure du conduit, ou bien il se fait des poussées aiguës avec formation de pus, la peau s’ulcère, des parcelles d’os se nécrosent, des | séquestres tendent à s’éliminer et le spéculum montre ' le conduit rempli de fongosités baignant dans le pus. L'ostéopériostite peut ne pas pousser aussi loin ses lésions destructives, mais s’étaler, gagner en superficie.

Le périoste de la mastoïde se prend, la région devient douloureuse, tuméfiée et rouge. Plus rarement, l’écaille du temporal se laisse envahir. Tous les degrés peuvent s’observer dans l’intensité de l’inflammation, depuis la tuméfaction douloureuse guérissant vite jusqu’à la formation d’abcès périostiques.

Si la périostite descend, elle envahit Tarticulation temporo-maxillaire, qui devient le siège d’une arthrite purulente.

Enfin il est une complication, redoutable au premier chef et qui assombrit le pronostic de l’ostéopériostite du conduit, c’est la propagation possible aux méninges et au cerveau. La paroi supérieure du conduit auditif osseux répond à la fosse cérébrale moyenne. Chez l’enfant, cette lame est très mince et, déplus, creusée, comme chez l’adulte, de canaux qui permettent aux vaisseaux veineux et lymphatiques de transporter dans le crâne les germes infectieux venus du conduit.

Sans lésion aucune du tympan et de la caisse, il peut donc se développer une complication encéphalique ou méningée, à la suite d’une simple otite externe chronique. Trôltsch dit même que cette complication est plus fréquente qu’on ne le pense. A Tautopsie, on trouve les

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lésions habituelles : abcès du cerveau, méning’ite purulente, thrombose du sinus latéral, du sinus transversal.

Pronostic. — Une affection qui comporte de tels dénouements est d’un pronostic sombre. Cependant un traitement bien dirigé et persévérant peut prévenir ces accidents.

De plus, à côté de complications graves, mortelles, l’otite externe peut amener des rétrécissements du conduit, des lésions de l’oreille moyenne qui provoquent la surdité.

Diagnostic. — Le tableau clinique est assez net pour permettre un diagnostic facile : otorrhée plus ou moins abondante, symptômes douloureux vagues, augmentant de temps en temps, longue durée de l’affection, constatations des lésions au spéculum.

L’ostéopériostite, point de départ des complications graves, a des caractères propres qui permettent de la reconnaître.

Traitement. — Le traitement général est des plus importants, car l’otite est souvent sous l’influence d’une diathèse. L’huile de foie de moi'ue, les préparations iodées seront prescrites aux lymphatiques, aux enfants surtout. Les eczémateux se trouveront bien de l’usage des préparations arsenicales. Un traitement spécifique sera donné aux syphilitiques.

Le traitement local se résume dans l’antisepsie persévérante du conduit, sous forme de lavages, d’instillations.

En première ligne, on devra recourir aux grands lavages de l’oreille, faits plusieurs fois par jour, avec une solution chaude antiseptique. Ces lavages de l’oreille seront faits sans violence, de crainte de blesser le tympan souvent ramolli, et de propager ainsi l’infection à la caisse.

Après avoir ainsi nettoyé le conduit au moyen de quatre ou cinq lavages par jour, on cherchei'a à modifier l’état des parois par des instillations de liquides légèrement caustiques.

Les insufflations de poudres sont un moyen peu recommandable ; elles forment, avec le pus qui séjourne dans le conduit, des magmas difficiles à enlever et vont à l’encontre du but que l’on se propose.

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Si, malgré ce traitement rationnel, des complications périostiqucs ou osseuses surviennent, il ne faut pas trop s’attarder aux moyens résolutifs, souvent recommandés, mais plutôt chercher, par une intei'vention chirurgicale, à limiter le pi'ocessus, à donner au pus une issue à l’extérieur après avoir nettoyé et curettéle foyer osseux.

IV. EXOSTOSES DU CONDUIT AUDITIF. — Ces tumeurs osseuses du conduit auditif ont été étudiées par Toynbee, Triquet, Wecker, Bonnafont.

Etiologie. — L’étiolog'ie est pleine d’obscurités.

Toynbee rattache ces exostoses à la diathèse goutteuse, Triquet à la syphilis. Duplay et Urbantschitsch' rejettent cette origine et les attribuent à un vice de développement; ce dernier auteur appuie son opinion sur la constatation | suivante : sur la paroi supé- j rieure du conduit, immédia- j tement en avant du tympan, on trouve chez quelques sujets, deux renflements osseux, situés l’un en haut et en avant, l’autre en haut et en arrière, et cela des deux cô- Fig. 215. - Exostose du ^^s, symétriquement; ces conduit auditif. Une pe- deux saillies repondent aux lite tache vasculaire se points de soudure primitifs montre sur le centre de l’anneau tympanique avec (d’après Collinet). le temporal et se développe¬

raient sous l’influence d’une irritation quelconque, pendant l’enfance, peut-être par la sécrétion purulente de l’oreille moyenne.

Ces tumeurs se rencontrent fréquemment sur certains crânes américains dolichocéphales.

Anatomie pathologique. — C’est à la partie profonde du conduit qu’elles se développent, et à la paroi postéro-supérieure surtout.

On en trouve parfois une seule, assez volumineuse pour obstruer tout ou partie de la lumière (fig. 215), ou

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bien le conduit est hérissé en divers points d’exostoses de grosseur variable.

Valide et Bonnafont les décrivent unilatérales, Trôltsch bilatérales. Elles sont sphériques, sessilesou pédiculées; elles peuvent encore se développer sous la forme planconvexe, pouvant atteindre une grande surface.

Quand à la structure histologique, il s’agit de tissu compact et rarement de tissu aréolaire.

Symptômes. — La symptomatologie fonctionnelle, la seule qui attire l’attention du malade, est tardive. C’est la diminution de l’acuité auditive, quelquefois la douleur du fond de l’oreille, qui engage le malade à consulter.

L’exostose seule ou l’exostose doublée d’une couche de cérumen et de squames épidermiques obstrue le conduit.

Duplay raconte l’observation d’un jeune homme, porteur d’une exostose oblitérant complètement le conduit auditif, et dont les premiers symptômes avaient été de vives douleurs, irradiant à tout le côté de la tête, et revêtant l’aspect d’accès névralgiques.

Le siège de l’exostose paraîtrait jouer un rôle dans la réaction douloureuse : plus elle est profonde, plus la douleur serait vive.

A l’examen de l’oreille, on voit l’une des parois du conduit auditif, en général la postéro-supérieure, hérissée d’une, de plusieurs saillies mamelonnées, recouverte d’une peau saine, sans injection, quelquefois un peu rouge.

Le stylet renseigne sur la consistance de cette tumeur qui est dure, d’une dureté ligneuse, peu sensible ; il peut y avoir en même temps otite externe concomitante par rétention du cérumen, et infection par saprophytes venus du dehors, trouvant dans cette rétention cérumineuse un milieu de culture.

Marche. — L’exostose peut s’arrêter dans son développement. Mais jamais elle ne rétrocède ; elle se caractérise par sa tendance à envahir toute la lumière du conduit.

Diagnostic. — Il est facile, en général. Le malade se plaint de surdité, de bourdonnements, On constate aisément, dans le fond du conduit, la petite tumeur mamelonnée.

Castex. — MaL du Larynx. 2e éd.

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S’il y a accumulation de cérumen, si l’exostose est i i recouverte de débris épidermiques, on peut hésiter. A ce simple examen, on croit à un furoncle, à une hydrosadénite. Mais le stylet renseigne sur la consistance, sur 1 l’état de sensibilité. Le lavage de l’oreille permet de i constater qu’on se trouve bien en présence d’une tumeur ' ligneuse, indolore et recouverte de peau saine. '

Traitement. — Tant que l’exostose, par ses petites dimensions, ne gêne pas la fonction auditive, s’abstenir de tout traitement : il faudra simplement assurer la propreté du conduit par les lavages quotidiens qui préviendront l’accumulation de cérumen.

Mais dès que la lumière est oblitérée de telle façon que la fonction est compromise, dès que l’exostose s’accompagne d’irradiations douloureuses, dès que l’onredoute l’inflammation del’oreille moyenne, ilfautintervenir chirurgicalement, enlever ou diminuer la tumeur.

Toynbee avait recours au traitement iodé : teinture d’iode ou glycérine iodée, en badigeonnages. Quelques résultats heureux, obtenus par Wreden, plaident en faveur de l’efficacité de ce moyen. ■ ',

On a préconisé l’emploi des tiges de laminarià, de bâtonnets d’ivoire, qui dilatent le conduit en èxcerçant une compression assez forte sur l’exostose pour causer la nécrose et l’élimination des parties superficielles de l’os. \

Ces procédés sont douloureux et ouvrent la porte à l’infection. -

Le procédé le plus sûr, le plus rapide,; c’est l’ablation avec la gouge fine et le maillet. ■

Les exostoses limitées se détachent facilement avec quelques coups de marteau.

Pour celles qui ont une large base; à l’entrée du méat, il est bon de détacher d’abord la peau et le périoste ; dans le cas d’exostose plus profonde,, on décolle le pavillon.

Si le conduit est totalement oblitéré, il est préférable de creuser un véritable tunnel dans le massif osseux, et de rétablir un nouveau conduit. On s’est servi, dans ce but, du perforateur des dentistes américains.

D’autres opérateurs se sont adressés à l’électrolyse, au

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ffâlvanocautère. L’opération terminée, tamponner le méat avec de la gaze et appliquer un pansement occlusif, qui sera laissé en place quatre à cinq jours, s’il n’y a pas d’otorrhée. S’il y a otite moyenne avec sécrétion, retirer le pansement chaque jour.

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