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CHAPiTRE V

MALADIES DE LA MEMBRANE DU TYMPAN

I. TRAUMATISMES. — Ils consistent presque exclusivement en piqûres et en ruptures.

Étiologie. — Les piqûres résultent de l’introduction de cure-oreilles ou d’épingles dans le conduit, pour son nettoyage.

Les ruptures sont plus fréquemment observées. On les rencontre après les tentatives maladroites pour extraire un corps étranger, si on l’a refoulé vers la profondeur, jusque dans la caisse, comme il arrive parfois.

La rupture peut être la conséquence d’un soufflet appliqué violemment sur le pavillon et refoulant brusquement l’air dans le conduit. Ce genre de déchirure se rencontre surtout dans l’oreille gauche, puisque c’est habituellement la main droite qui envoie le soufflet.

Les détonations d’artillerie, l’explosion de la foudre (Clarck) agissent de même, comme les quintes de coqueluche qui refoulent brusquement l’air du nasopharynx dans la caisse.

Les contusions violentes du crâne, qu’elles soient ou non compliquées de fractures, déterminent souvent la rupture de la membrane.

Symptômes. — Le malade ressent une vive douleur dans l’oreille. Il a bien l’impression d’une sorte d’éclatement, et, pour peu qu’il soit de tempérament nerveux, il tombe en syncope.

Peu après se montre un écoulement de sang (otorragie). n est de faible importance, à moins que l’artère de la membrane et ses deux veines satellites qui descendent derrière le manche du marteu ne soient ouvertes. Le sujet n’entend plus, mais cette surdité n’est que temporaire.

Si l’on examine alors avec un spéculum de Toynbee, on trouvera des déchirui'es de siège et de forme variés. On cherchera surtout dans le quadrant postéi'o-supérieur où elles sont plus habituelles, parce que la membrane y

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est moins résistante. On les trouvera linéaires, étoilées, triangulaires. La membrane se composant dans sa couche moyenne de fibres conjonctives circulaires et radiées, on s’explique que les déchirures soient souvent une combinaison de lignes circulaires ou radiées. C'est la forme que j’ai constatée sur les oreilles des victimes qu’ont faites à Paris les attentats parla dynamite (1). Les lèvres de la plaie sont infiltrées de sang et cette infiltration peut se propager à toute la membrane qui apparaît noirâtre, ürnantschitsch a vu que les ébranlements de l’oreille

f)euvent déterminer de simples bulles sanguines entre es couches delà membrane, sans rupture du revêtement épidermique externe.

Diagnostic. — 11 esta établir entre une simple rupture de la membrane,- la fracture du rocher, et l’enfoncement delà paroi antérieure du conduit externe.

Si, en cas d’otorragie prolongée, les signes caractéristiques de la fracture du rocher (écoulement de liquide'^ céphalo-rachidien, paralysie du facial) font défaut, si d’ailleurs on voit sur la membrane les déchirures que je viens de décrire, on peut s’arrêter au diagnostic de rupture simple.

La fracture du conduit auditif, produite par le heurt du condyle du maxillaire, se reconnaît à l’absence d’ecchymoses sur la membrane et à la coïncidence d’une petite plaie ou contusion sur les téguments du menton qui ont touché le sol dans l’accident (Morvan, Voltolini).

■ Pronostic. — Il doit être réservé, en raison des troubles profonds qui peuvent coexister (dislocation de la chaîne des osselets, commotion labyiûnthique, etc.).

Traitement. — On remplit le conduit de gaze iodoformée pour prévenir la suppuration. On recommande en outre au malade de ne pas chanter et de se moucher doucement. Grâce à ces précautions, la rupture se cicatrise sans complications.

IL MYRINGITES. — La myringite se montre rarement à l’état d’isolement. Elle coïncide le plus souvent avec les états inflammatoires de la cavité tympanique ou du

tl) Castex, La médecine légale dans les affections de l’oreille, du nez, du larynx 1897, t.XXXVllI,p.i8j.

MALADIES DES OREILLES

conduit auditif externe. Si nous l’isolons dans cette des- ] cription, c’est pour mieux mettre en relief ses caractères I propi-es.

11 y a deux formes de la myring’ite : la forme aipë et la forme chronique. ,

1° Myringite aigue. — Etiologie. — Elle se rencontre j surtout après les changements brusques de température extérieure, à la suite d’un bain de mer par exemple. i

Symptômes. — Le malade ressent des douleurs vives dans l’oreille. 11 s’y joint ordinairement des pulsations, des bourdonnements, parfois même de la fièvre. Le spéculum mis en place montre une membrane hypérémiée par places, ou opaque en d’autres. Le relief du manche du marteau est effacé. . La suppuration se fait parfois entre les diverses couches de la membrane (abcès interlamellaires) et s’évacue par de petites perforations qui n’intéressent pas toute l’épaisseur, mais qui laissent après elles de, petites taches blanchâtres, taies comparables à celles de la cornée. Quelques veinules de la couche muqueuse vont se perdre dans les sinus de la dure-mère (Poirier), d’où quelque danger d’infection veineuse ayant la membrane pour point de départ.

On a signalé des cas de zonas tympaniques. Bonnier en a vu un coïncider avec un zona ophtalmique.

Traitement. — Contre l’inflammation aiguë de la membrane tympanique, il faut agir par des injections antiseptiques et chaudes. L’application d’une ou deux sangsues devant le tragus reste un bon moyen de calmer les douleurs. Si l’infiltration purulente s’est produite, la paracentèse est indiquée. De toute manière, les recommandations faites pour les ruptures (ne pas crier, ne pas se moucher fort) sont encoi'e applicables.

2“ Myringite chronique. — Les formes chroniques sont représentées par divers états dlathésiques (scrofulose, syphilis, herpétisme).

Symptômes. — La membrane est alors rouge et grise par places ; elle a dans son ensemble l’aspect sale. Elle peut être exulcérée, ou villeuse, ou même tomenteuse.Ses parois sécrètent une humeur d’odeur fétide. En cas de syphilis héréditaire, Pomeroy (de New-York) a vu des éruptions papulo-tuberculeuses sur la membrane, etBa-

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ratoux y a observé des petites gommes opalescentes qui disparaissent sans laisser de perforation.

Traitement. — Il faut instituer un traitement général

Sii vise la cause diathésique. Il agit très efficacement.

n sera surpris de voir s’éclaircir en quelques jours l’ouïe d’un enfant strumeux, porteur de myringite, après un court traitement spécial. Les lavages seront faits à l’eau bouillie chaude ou à l’eau naphtolée (0g'',20

&. 1000). Quelques attouchements sont un adjuvant utile.

n peut les pratiquer à la teinture d’iode, mais la solution de chlorure de zinc à 1 p. 30 nous paraît préférable, car elle est moins douloureuse et ne tache pas le linge.

III. DÉGÉNÉRESCENCES. — Nous désignons sous ce nom les altérations variées du tissu de la membrane. La plus fréquemment observée est la dégénérescence fibreuse. Au fond du conduit se montre une sorte d’écran pisâtre, opaque. S’est-il fait entre les divers plans une infiltration adipeuse, l’aspect est jaunâtre. Chez les arthritiques, des plaq^ues calcaires se forment qui affectent le plus souvent la figure de croissants dont la concavité est tournée vers la spatule du marteau. On a trouvé dans ces dépôts calcaires quelques commencements d’organisation osseuse. Les ostéoplastes y figuraient, mais non les canaux de Havers (J. Habermann) (fig. 216).

Ces altérations ne compromettent pas, autant qu’on l’avait cru d’abord, la fonction auditive. Une membrane peut être scléreuse, calcaire même par places ; si la chaîne des osselets et les cavités labyrinthiques sont relativement indemnes, l’ouïe sera satisfaisante.

IV. ANOMALIES DE TENSION. — Certaines membranes sont insuffisamment tendues et c’est le plus souvent au niveau de leur quart postéro-supérieur. J’ai vu un malade atteint de cette anomalie, chez lequel l’audition étaitsuspendue quand un effort simple, le fait de chanter par exemple, bombait en dehors sa membrane. Pour retrouver l’audition, il déglutissait, narines et bouche closes. Par la raréfaction d’air produite ainsi dans les trompes, la membrane se détendait et l’ouïe reparaissait.

On conseille, en pareil cas, de toucher avec une fine pointe de galvanocautère le centre du relâchement. La

cicatrisation aurait chance de retendre. Ce moyen ne' m’a pas réussi.

On a encore conseillé d’appliquer sur cette espèce de

Fig. 216. — Dégénérescences Fig. 217. — Rétraction de calcaires de la membrane la membrane tympanique tympanique. avec transport du manche

du marteau en dedans.

prolapsus la convexité d’une anse de caoutchouc. J. Blake a utilisé ce moyen, non sans succès, chez des musiciens qui présentaient un relâchement de l’articulation du marteau et de l’enclume. '

Lannois(de Lyon) recommande pour ces cas l’emploi du collodion. Une simple boule de ouate a pu quelquefois suffire.

Nous sommes mieux à même d’agir sur les hypertensions (fig. 217). Une section sur les plis antérieur ou postérieur (plicotomies antérieure ou postérieure) rend à la membrane le degré de laxité voulue.

Si les plicotomies n’ont pas suffi, on a recours à la ténotomie du muscle du marteau ou tenseur de la membrane. ,

La ténotomie du muscle se pratique au moyen d’un petit bistouri courbé sur le plat qu’on introduit par une incision menée devant le manche du marteau. On sait que la section est faite lorsqu’on a eu la sensation d’une résistance vaincue.

V. ADHÉRENCES OU SYNÉCHIES. - Elles se font entre la face profonde de la membrane et un point quelconque delà cavité tympanique (osselets, promontoire, etc.). On les voit bien après la douche d’air -per tubam, parce qu’elles fixent par autant de petits cordages la membrane gonflée vers le dehors, en d’autres points. On les détache

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alors avec le petit bistouri courbé qui pivote de bas en haut, comme pour sectionner le tendon du muscle du marteau. Si l’adhérence aveclaparoi profonde de la caisse est trop étendue pour qu’une-svnéchotomie simple réussisse, on trace autour d’elle une incision circulaire qui permet à la membrane de revenir en dehors, en laissant attachée profondémentradhérenceinciséecirculairement. J. Blake (de Boston) a vu une de ces adhérences, comblant une ancienne perforation, qui oscillait suivant la pression intratympanique dans la respiration et la phonation, produisant alors des sensations pénibles (cicatrice manométrique). J’ai observé un cas analogue.

VI. DIFFORMITÉS. — Quelques-unes sont à signaler : par exemple, le coloboma (fente verticale) que Trôltsch a rencontré, ou le non-redressement de la membrane qui s’observe chez les dégénérés (idiots ou autres). Bonnafont, Schwartze, Tiïl.aux ont remarqué que la membrane est presque verticale chez les musiciens. Cette disposition en effet est plus favorable à la transmission qu’à la réflexion des sons au dehors.

Vil. TUMEURS. — Quelques cas rares sont mentionnés dans les auteurs. Tel ce cholestéatome trouvé par Wendt (de Leipzig) dans le quart antéro-postérieur de la membrane.

BIBLIOGRAPHIE. — Blake (J.), Transactions of the American Otological Society , 1875. — Wendt (H.) (de Leipzig), Arch. fur Heilkunde von. Wagner, Bd XV. — Clark (S.) (de San Francisco), Arch. of Otol., vol. XXI, n“ 1. — Blake (J.), Arch. of OtoL, vol. XXI, no 2. — Baratoüx, Les gommes du tympan {Soc. franc, d’otol. et laryng., avril 1885). — Lannois (de Lyon), Ann. des mal. de l’or, et du lar., janvier 1890. — Treitel (de Breslau), Les ruptures du tympan; leur importance médico-légale {Arch. fûr Ohrenh., 1890, n^^ 2-3). — Habermann, Prager med. Wochenschr., no 39, 24 septembre 1890. — Bon.nier, Pull, de la Soc. d’otol. de Paris, 6 janvier 1893. — Ozcn, Perforation du tympan traitée par l’acide trichloracétique {Bulletin de laryngologie, 1900, p. 390).

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