CHAPITRE V
HYPERTROPHIE DES AMYGDALES
Je n’étudie ici que l’hypertrophie des deux amygdales palatines, celle de la troisième amygdale (de Luschka) devant être examinée avec les maladies d.u nez, dans le chapitre sur les tumeurs adénoïdes, et celle de la quatrième (amygdale linguale) faisant partie d’un chapitre suivant.
Causes. — Elles se résument en un mot, « lymphatisme ».
Symptômes. — L’enfant qui a de grosses amygdales nous est conduit par ses parents, parce qu’il est « sujet aux maux de gorge », c’est-à-dire aux amygdalites à répétition, parce qu’il respire avec peine, ce qui lui donne des cauchemars la nuit, parce qu’il se développe mal.
Si vous l’examinez, vous i-emarquez, en fait de symptômes rationnels, qu’il a l’air hébété avec sa bouche entr'ouverte, que sa voix est sourde, gutturale, amygdalienne, que l’articulation des consonnes palatines est particulièrement gênée. Vous apprenez qu’il demande souvent à boirè aux repas afin d’entraîner les parcelles alimentaires que ses grosses amygdales arrêtent au passage. Vous vous rendez compte encore que le goût, l’odorat, l’ouïe sont atteints à des degrés variables.
Prenez l’abaisse-langue pour constater les signes phijsignes, et quand le pharynx sera détendu, vous jugerez du degré d’hypertrophie à la saillie que font les tonsilles en dedans du bord interne des piliers. Si vous demandez qu’on déshabille l’enfant, vous pourrez voir l’aplatissement transversal du thorax.
En fait de symptômes généraux, il y a lieu de signaler surtout la torpeur de la santé générale et le retard dudéveloppement sexuel, la puberté se faisant attendre.
Avec ces symptômes les plus importants, on est à même d’établir le diagnostic à ses divers points de vue.
Diagnostic. — 1“ Diagnostic différentiel. — Chez les.
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gens d’un certain âge, l’hypertrophie atnygdalienne doit être distinguée d’une jumeur maligne, épithéliome ou Ivmphadénome. L’unilatéralité de la lésion et l’existence d’adénopathies sont les deux caractères distinctifs majeurs. La syphilis secondaire peut déterminer dans les amygdales une tuméfaction transitoire (bubon amygdalien) qui se distingue par les autres signes de la syphilis, plaques muqueuses, etc.
2° Diagnostic de la variété. — Il faut voir si les amygdales sont : plongeantes ou sises plus bas que leur siège habituel ; ou erratiques, on en a vu qui s’égaraient jusque derrière la luette (Donelan); ou enchâtonnées, c’est-à-dire enfoncées entre les piliers, ce qui exige un mode spécial d’ablation; interstitielles, quand l’hyperplasie atteint principalement les cloisonnements conjonctifs; ou lacunaires, quand les cryptes surtout sont encombrées de sébum, dans lequel on a pu trouver le colibacille (Lermoyez et Helme) ; ou adhérentes aux piliers, à la base de la langue; ou polypoïdes (1) quand elles poussent des prolongements (fîg. 8).
3“ Diagnostic des complications. — Les plus importantes sont les abcès chroniques, les kystes, les périamygdalites, la coïncidence d’adénoïdes et d’hypertrophie de l’amygdale linguale, l’asthme d’origine amygdalienne signalé par Schmidt et par Rendu.
Pronostic. — Le pronostic est assez grave, d’abord parce que l’hypertrophie amygdalienne est une cause d’appel pour la diphtérie, une poi'te d’en-
(Ij Leiaiis, Â7'chiv8s de médecine, 1891. Castee. — • Mal. du larj’-nx. 2ft édit.
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trée pour la tuberculose (Dieulafoy) et pour nombre d’affections septiques, pneumonies, septicémies (Jessen). Les amyg'dalites qui la compliquent peuvent déterminer des adéno-phleg-mons, et produire des cicatrices au cou. Enfin l’obstacle que deux grosses amygdales apportent à l’émission du son entraîne des contractions excessives dans le pharynx et le larynx dont l’apparition de nodules vocaux peut être la conséquence.
Traitement. — La conduite à tenir dépend du degré de l’hypertrophie.
Quand elle est peu accentuée, des irrigations antiseptiques chaudes :
Résorcine . 5 grammes.
Eau distillée . 1000 —
Naphtol jS • . . . 0s'',20
Eau distillée . 1000 grammes.
pratiquées largement, matin et soir, peuvent suffire, surtout si l’on y joint le traitement général antistrumeux.
Quand l’hypertrophie est considérablë, ces moyens médicaux ne suffisent plus et on n’a le choix qu’entre les divers procédés suivants :
1° Le thermocautère. Le procédé estydoujoureux, effrayant pour les malades, exige un n o m br e~co îTsi dérable de séances et risque de produire des brûlures par rayonnement ou par contact, sur les parois du pharynx ou sur les lèvres. Il est admissible cependant pour les sujets hémophiliques;
2® Le galvanocautère n’est pas moins douloureux et agit plus lentement encore ;
3° h’ anse galvanique s’emploie avec un fil d’acier d’un tiers de millimètre et 10 ampères au plus. Un ampèremètre et un rhéostat sont nécessaires. Ce procédé est réservé aux malades qui craignent la vue du sang;
4° U électrolyse agit trop lentement;
5° La discision, imaginée par Schmidt, consiste à sectionner avec un petit bistouri boutonné et courbe le pont intermédiaire à deux cryptes voisines pour assurer l’évacuation de leur contenu ; mais la cicatrisation rapide détruit cet effet. Le disciseur sert encore à libérer les amygdales de leurs adhérences ;
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6° L’ablation de l’amygdale peut être pratiquée avec des ciseaux courbes, avec un bistouri boutonné, avec la guillotine de Fahnestok, mais actuellement aucun instrument ne me semble préférable à la pince à morcellement de Ruault (fig. 9), plus ou moins modifiée. Elle
Fig. 9. — Pince emporte-pièce de Ruault pour le morcellement des amygdales.
permet, selon l’expression de Garel, de « sculpter » l’amygdale, d’en laisser une partie pour éviter l’hémorrhagie. C’est du reste un appareil contondant qui écrase en coupant, et on sait que ce mode d’exérèse prévient les pertes de sang. On peut, avant de morceler, toucher les amygdales avec un tampon d’ouate hydrophile trempé dans la solution de cocaïne à 1/10.
Les hémorragies consécutives à l’amputation des amygdales sont devenues moins fréquentes depuis qu’on désinfecte préalablement les amygdales par des irrigations antiseptiques chaudes et depuis qu’on a soin de ne pas opérer sur une poussée d’amygdalite. Héryng (1) a relevé 59 cas d’hémorragies graves, dont deux mortelles.
Contre cette complication redoutable, on a les irriga- 1 tiens très chaudes, la compression digitale directe, la J ligature du moignon (Dawbarm), la suture des piliers (Baune).
(1) Héryng, Centralbl. fûr Laryng., 1892.
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On préviendra les parents que la plaie d’amygdale se couvre habituellement d’un exsudât blanchâtre qui n’a rien de diphtérique.
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