CHAPITRE VI
MALADIES DE L’AMYGDALE LINGUALE
L’amyg-dale linguale {quatrième amygdale) est située sur la portion verticale du dos de la langue, entre le V des papilles caliciformes et les fossettes glosso-épiglottiques. Avec les deux amygdales palatines et l’amygdale pharyngienne (troisième amygdale), elle complète l’anneau lymphoïde de Waldeyer. Elle est surtout développée chez l’enfant. La base de la langue est pavée de follicules dont le nombre, d’après Ostmann, s’élève, en moyenne, à une soixantaine. A la puberté, son atrophie commence, principalement sur la ligne médiane, de sorte qu’elle paraît divisée en deux moitiés symétriques. Chez l’adulte, elle se trouve réduite à deux petits amas de follicules clos relégués dans les deux angles postéro-externes de la base de la langue.
La pathologie de la quatrième amygdale ressemble à celle des amygdales palatines, sans qu’il y ait identité. Elle a été bien étudiée par Escat(de Toulouse). C’est une règle d’examiner toujours cette amygdale lorsque les autres sont anormales.
1. AMYGDALITES LINGUALES. — Elles se présentent sous deux types :
a) U amygdalite catarrhale, qui peut exister dans les diverses angines secondaires de la grippe, de la rougeole, de la scarlatine, etc., mais qui prend plus d’importance lorsqu’elle est primitive. Elle s’observe surtout chez l’adulte. Ses principaux symptômes sont : une douleur à l’arrière-bouche, répondant extérieurement à l’os hyoïde et s’irradiant dans une oreille ou dans les deux ; une sensation de coi'ps étranger avec besoins de déglutir et odynophagie.
Au miroir, l’amygdale apparaît sous forme d’une masse rouge, tomenteuse.
L’affection peut être unilatérale (Ruault).
Elle se termine en général par résolution au bout de 7 ou 8 jours, mais ses récidives sont fréquentes et déter-
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minent l’hypertrophie de l’amyg-dale. On la combat par des pulvérisations antiseptiques (acide phénique, résorcine, thymol, phénosalyl, etc.), ou anesthésiques (cocaïne, holocaïne à 1 p. 100). La poudre d’orthoforme agit de même ;
h) U amygdalite 'phlegmoneuse, qui détermine la suppuration de l’amygdale seule ou encore celle du fascia lingual, décrit par Zaglas, sur lequel repose l’amygdale (péri-amygdalite). La présence du ligament glosso-épiglottique médian explique que rabcès reste latéral ; même quand les deux côtés sont atteints, les deux abcès évoluent et s’ouvrent séparément.
Dans leur étiologie, on signale des galvano-cautérisations (Cartaz, Marion), des plaies septiques par corps étrangers tels qu’un fragment d’os (Hélary).
Le malade éprouve une vive douleur exaspérée par les pressions sur les grandes cornes de l’os hyoïde et par les mouvements de déglutition. Cette douleur s’irradie à l’oreille. Apparaissent en même temps des phénomènes généraux. Température de 39° à 40° avec courbature, céphalalgie, petits frissons. La sensation de corps étranger est très accentuée. Une gêne respiratoire se déclare, de degré variable. Elle s’explique suivant les cas par le gonflement de la base de la langue, ou même par l’infiltration œdémateuse des replis aryténo-épiglottiques.
Parfois la voix est sourde, nasillarde (rhinolalie). L’articulation des mots est compromise, parce qué le malade ne peut remuer la partie postérieure de sa langue (anarthrie), le tissu adénoïde lingual étant en connexion intime avec les muscles de la langue (Lennox Browne). Au laryngoscope, on voit une tuméfaction rouge et tendue cachant partiellement l’épiglotte. Les fossettes glossoépiglottiques ou valecula sont effacées parle gonflement et quand l’abcès est formé, une coloration jaunâtre indique sa présence. Par le toucher, qui e.st très douloureux, on sent bien la tuméfaction, mais la fluctuation se perçoit malaisément. Il y a quelquefois de l’adénopathie (Hélary, Escat). Elle peut atteindre les ganglions sousmentaux ou ceux qui sont devant la jugulaii'e interne, sur les côtés du cartilage cricoïde. Exceptionnellement on a noté un peu d’œdème de la région sus-hyoïdienne.
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La suppuration se déclare dans la deuxième semaine. Elle peut laisser des trajets fîstuleux (Colin).
Le diagnostic doit être établi : 1° avec les angines épiglottiques qui peuvent être antérieures ou postérieures selon le siège de l’infiltration; 2“ avec les phlegmons de la région sus-hyoïdienne (angine de Ludwig) caractérisés par un gonflement ligneux de tout le plancher de la bouche.
Le miroir permet de localiser le phlegmon sur la région de l’amygdale. Quand les pulvérisations antiseptiques n’auront pas suffi, il faudra pratiquer l’incision, en s’aidant du miroir.
II. HYPERTROPHIE. — C’est Lennox-Browne qui, en 1880, a appelé l’attention sur cette affection. Ultérieurement, Swain et Schœde ont constaté que les lésions histologiques étaient analogues à celles des amygdales palatines hypertrophiées.
Causes. — Cette hyperplasie a pour causes : les infections diverses de la région, angines grippale, scarlatineuse, etc., la syphilis secondaire, l’abus du tabac et de l’alcool, les congestions de la grossesse et de la méno¬
pause.
Symptômes. — Les symptômes sont peu accusés chez l’enfant. Néanmoins quelques laryngites, certaines toux rebelles ne trouvent pas d’autre
Chez l'adulte, on constate
a) une forme" massive (Sal- ^
lard) caractérisée par deux petites tumeurs latérales séparées s"
par les veines médianes de la
étalée devant l’épiglotte dont
elle peut dépasser le bord ^ ^ '
libre; c’est l’enchâtonnement de l’épiglotte (Escat).
Chez quelques sujets, cette hypertrophie peut n’avoir pas de signes fonctionnels ; on la découvre par hasard dans un examen lai’yngoscopique. Mais le plus ordinal-
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rement c’est d’abord une sensation de corps étranger que le malade localise en désignant avec son index la grande corne de l’os hyoïde. Il lui semble qu’une boule, une bouchée de pain réside dans son arrière-bouche, et il en résulte un besoin fréquent d’avaler à vide. C’est le [ ténesme pharyngé, suivant l’expression de Lennox- Browne. Cette sensation disparaît par les déglutitions réitéi'ées dans les repas. Elle peut s’expliquer par l’irritation des filets du nerf glosso-pharyngien qui préside aux mouvements de déglutition.
Pai'fois elle est remplacée par un état nauséeux. Chez quelques malades existe une douleur constante, une toux pharyngienne sèche, quinteuse et opiniâtre, explicable par l’irritation du nerf lai'yngé supérieur. Le besoin d’expulser des mucosités détei'mine un hemmage d’une tonalité grave et ressemblant à une éructation. Il y a encore des troubles de la phonation. Chez les orateurs c’est l’enrouement facile; chez les chanteurs, c’est l’affaiblissement du registre aigu qui demande le soulèvement de l’épiglotte; les ténors et les soprani sont tout particulièrement gênés.
Enfin il est des troubles réflexes constituant des formes frustes de l’affection : ce sont des névralgies diverses (.sternales, épigastriques), de l’asthme (Heymann etSeifert), de l’ictus laryngé (Cartaz), de l’œsophagismè (Joal), des syncopes (Chauveau), des convulsijpns rappelant des accès jacksonniens. Dans une observation de Sapelier et Villecourt, il y avait parésie du membre •supérieur di'oit; de même dans une autre observation de Sapelier.
Le miroir a pu parfois montrer la cause de ces divers troubles que rien n’expliquait, mais ils ne font pas toujoui's partie du tableau symptomatique. Leur existence se lie plutôt à la nature hystérique ou neurasthénique du malade.
Pour traiter l’hypertrophie de cette quatrième amygdale, on peut employer des badigeonnages avec un mélange de teinture d’iode et de glycérine à 1/2, mais les meilleurs moyens consistent dans les gai va no-cautérisations ou l’abîation.
Le galvano-cautèx’e est indiqué dans les hypertrophies
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de dimensions moyennes. Après quelques attouchements avec une solution aqueuse de cocaïne à 1 10, un applique à plusieurs reprises le galvano-cautère plat sur la partie saillante.
Si l’hyperplasie est considérable, il vaut mieux recourir à la pince coupante, toujours a'près cocaïnisation. Escat (de Toulouse) a imaginé une pince spéciale, qui sert à cette ablation (fig. 11). Pour appliquer exacte-
Fig. 11 .
ment les mors de la pince sur la base de la langue, Escat conseille de la tenir avec la main droite placée en supination. On peut encore employer le tonsillotome de Lennox Browne (fig. 12).
Fig. 12. — Tonsillotome de Lennox BroAvne pour l’hypertrophie de l’amygdale linguale.
Castes. — Mal. du Larynx. 2' édit. 3
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III. VARICES. — Fréquentes chez les arthritiques et très développées sur la base de la langue ou la face antérieure de l’épiglotte, elles peuvent donner lieu à divers troubles réflexes (ténesme, œsophagisme, toux) et surtout à des hémorragies qui font croire à des hémoptysies tuberculeuses. Leurs effets se font sentir surtout à l’époque de la ménopause.
Le traitement consiste dans les galvanocautérisations, mais il est parfois difficile de trouver le point qui saigne (Garel). On voit mieux les varices à toucher si on s’abstient de cocaïniser.
IV. NEVROSES. — Ce sont des erreurs de sensation : corps étrangers, boule qui semble monter de l’estomac, strangulation, sensation de fil arrêté au fond de la bouche, ou des glossodynies pouvant conduire le malade à l’hypochondrie.
Ces perversions sensorielles se manifestent par crises et cessent en général au moment des repas.
Causes. — Les causes principales sont : l’existence de végétations adénoïdes, la ménopause, la neurasthénie générale, les névrites du lingual qui se rencontrent dans le tabès, l’alcoolisme, les varicosités des veines satellites du nerf, enfin les psychoses diverses. Il faut dire qu’une névralgie de cette région peut être le prodromç d’une tumeur maligne encore latente, d’une paralysie générale ou du tabes.
Traitement. — Il consistera d’abord dans la destruction des lésions locales, puis dans une médication appropriée à l’état général du sujet.
y. SYPHILIS, TUBERCULOSE. — Un chancre bien visible au laryngoscope a été signalé par Schiffers. Le malade éprouvait de vives douleurs dans la déglutition. Un ■ gros ganglion existait sous le sterno-cléido-mastoïdien.
A la période secondaire se montrent des plaques muqueuses (Zeissl, 1877, Jullien, 1886) ou des rhagades, ou encore de l’hypertrophie spécifique rappelant celle des amygdales palatines. Dans un cas de Michael (de Hambourg) cette hypertrophie était développée au point de refouler l’épiglotte et de déterminer du cornage.
A la période tertiaire ce sont des gommes, le plus
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souvent superficielles. J’en ai observé un cas où l’ulcération peu profonde, très douloureuse, affectait une fig-ure réniforme et mesurait 2 centimètres de haut en bas, dans son plus grand diamètre.
La tuberculose y est surtout consécutive à la phtisie laryngée.
La mycose leptothrixique complique presque toujours celle du pharynx et des gmygdales palatines.
Le muguet y a été signalé par Otto Seifert.
VI. TUMEURS. — Les tumeurs bénignes sont surtout des papillomes rares, des fibromes assez fréquents, sessiles ou pédiculés selon leur période, des lipomes très rares, des angiomes très communs, des kystes par rétention glandulaire ou congénitaux, formés aux dépens du canal thyréo-glosse de Bochdaleck. A signaler encore les goitres de la base de la langue étudiés par de Boncourt, développés dans une glande thyroïde accessoire et pouvant atteindre les dimensions d’un œuf de poule. Teweles a vu un goitre aberrant de la base de la langue.
Comme tumeurs malignes, des sarcomes rares et des épithéliomes fréquents qui restent longtemps latents. Je donne en ce moment des soins à un malade qui est atteint d’un lymphome de l'amygdale linguale avec adénopathies dans la région carotidienne.
Traitement. — Quand il n’est pas possible de les enlever par la voie naturelle, on pratique la pharyngotomie sous-hyoïdienne de Malgaigne ou mieux la pharyngotomie transhyoïdienne de Vallas, qui consiste dans une incision médiane et verticale, à travers l’os hyoïde sectionné.
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