‹ Maladies du larynx, du nez et des oreillesChapitre 190 sur 229 · AUDITION · texte numérisé non relu

AUDITION

ffulier que des malades entendent mieux dans le bruit que dans le silence. Elle a été sig-nalée pour la première fois par Willis; il avait remarqué qu’un homme ne pouvait se faire entendre de sa femme sourde que lorsqu’un roulement de tambour se produisait à côté d’elle. Le phénomène se montre dans des conditions diver.ses, ainsi les paracousiques entendront mieux dans un omnibus ou en chemin de fer, dans la rue, dans un appartement après qu’on aura ouvert les fenêtres, quand un vent violent souffle autour d’eux. On peut provoquer le phénomène en faisant vibrer, comme le recommande le professeur Politzer, un diapason sur le vertex du malade ; à ce moment, il entend plus distinctement.

Je donne des soins à une malade atteinte de sclérose tym panique qui présente très nettement de la paracousie. Êlle habite les environs de Paris et a remarqué qu’elle entend beaucoup mieux dans le train qui la conduit à la Capitale, mais ensuite elle constate que son audition est très affaissée.

Cette surdité paradoxale se rencontre dans toutes les affections g'raves de l’oreille : otorrées destructives, scléroses tympaniques avec ankylosé de l’étrier et scléroses labyrinthiques. Les notes aiguës la produisent plus sûrement que les notes graves. Ôn peut s’en assurer avec des diapasons de diverses hauteurs. L’amélioration qui en résulte pour l’ouïe peut se prolonger pendant un ou deux jours à la suite d’un long voyage en chemin de fer.

Comment expliquer ce paradoxe acoustique?

Je ne pense pas qu’il faille accepter l’explication que me donnait un de mes malades : « J’entends mieux dans le hruit, parce qu’on est obligé de me parler plus fort, » ou cette autre : « J’entends mieux dans le bruit, parce que ce bruit couvre mes bourdonnements qui généralement m’empêchent d’entendre. »

Politzer pense que les bruits extérieurs favorisent l’audition en ébranlant la chaîne des osselets devenue rigide.

La majorité des auristes se rallie à l’opinion formulée par Johannès Mûller que. dans les affections de l’oreille, il y a torpeur du nerf auditif et que seules de vives excitations sonores peuvent secouer cette torpeur.

MALADIES DES OREILLES

Mais voici une toute autre explication : Breintung (de Cobourg) émet l’hypothèse que des excitations fortes favorisent le contact des unités cellulaires entre elles; par unités cellulaires, il faut entendre les nèurones.

On peut bien admettre aussi que le nervosisme joue son rôle ici comme ailleurs; je n’en veux pour preuve que l’observation publiée par Arteaga. Il a vu une jeune femme de 28 ans, hystérique, frappée brusquement de surdité sans bourdonnements; elle entendait mieux dans le bruit que dans le silence, bien que ses oreilles moyennes fussent indemnes. Du reste, nous savons, grâce surtout aux travaux d’Urbantschitsch, que même pour des oreilles normales une influence sonore augmente l’audition. Le fait n’est pas moins certain chez les sourds; c’est pourquoi ces malades ne doivent pas laisser, s’endormir leurs nerfs auditifs, ils doivent, au contraire, dans une certaine mesure, fréquenter les concerts qui entretiennent ce qui reste de leur pouvoir auditif.

Quand l’amélioration ne se produit qu’au début des bruits, puis s’affaisse, on peut penser que c’est surtout le nerf acoustique qui est en cause, car il est d’observation que le labyrinthe résiste mieux que lui aux fatigues acoustiques.

Pronostic. — Il est grave. La paracousie indique que l’amélioration ne se produira guère et elle constitue une des contre-indications les plus certaines dans les tentatives chirurgicales dirigées contre la surdité. On donne le nom de paracousie simple à l’audition fausse lorsque l’impression sonore ne répond pas aux sons produits.

Il y a encore la paracousie de lieu. Une oreille étant sourde, le sujet fait erreur sur la direction d’où vient le son. A lâchasse, par exemple, il croira que les chiens sont à droite quand ils sont à gauche, parce que son oreille droite entend mieux que la gauche.

La contre -audition est encore une espèce de paracousie, elle consiste en ce que, lorsque vous appliquez le diapason sur la mastoïde d’un malade, il le perçoit mieux par l’oreille du côté opposé, parce que la caisse y est plus scléreuse.

V. POLYACOÜSIES. — Les polyacousies consistent généralement en dip(acoMsie. •

ANOMALIES VE l’aUDITION

Dans certains états morbides de l’oreille, d’ordres assez divers, il arrive que le sujet, au lieu de percevoir semblablement à droite et à g-auche un son unique qui résonne près de lui, entend deux sons distincts.

On peut distinguer deux variétés, selon qu’il v a consonance ou dissonance entre les deux notes perçues : diplacousies harmonique et anharmonique (ou dysharmonique).

Duplay, Gellé, Hartmann en touchent quelques mots; mais nous sommes loin d’avoir une étude complète, notamment sur les causes Ce desideratum tient sans doute à nos incertitudes sur le mécanisme réel de l’audition.

Voilà donc les faits. Gomment les expliquer? Pourquoi d’abord le phénomène est-il si rarement signalé? Parce qu’il est rare en lui-même et parce que, pour le constater, il faut être assez bon musicien. Des artistes, des chefs d’orchestre se sont déclarés très incommodés

f>ar ce trouble auditif Ils savaient pourtant laquelle de eurs deux oreilles entendait juste.

Les explications se sont modelées sur les théories de l’audition. Si l’on adopte celle d’Helmholtz, c’està-dire l’idée de 3,000 fibres de Corti accordées pour un son déterminé; ou, puisque ce système de Corti n’existe pas chez les oiseaux, l’idée de la membrane basilaire formant un .système de cordes juxtaposées, on doit admettre, pour expliquer la diplacousie, une perturbation labyrinthique quelconque.

Üne autre théorie, développée par P, Bonnier, admet pour l’audition une phase positive où le liquide flue vers la fenêtre ronde et une phase négative ou il reflue vers la fenêtre ovale. Dans la phase positive, la membrane de Reissener s’infléchit vers la papille, et, en fin de compte, un tiraillement s’exerce sur les cellules ciliées, tiraillement d’intensité et de durée variables selon celles de l’oscillation.

Cette théorie me paraît plus conciliable avec les faits que nous avons enregistrés. Je remarque que bien souvent la diplacousie se montre dans des lésions de l’oreille moyenne et surtout qu’elle se révèle par le diapason au méat (voie aérienne) et non par le diapason vertex (voie osseuse) et je me demande alors s’il ne faut C-iSTEV. — Mal. du Larynx. éd. 45.

MALADIES DES OREILLES

pas faire jouer un rôle à la chaîne des osselets ; il y aurait ralentissement, alourdissement de ses mouvements, d’où vibrations moins nombreuses, ébranlements labyrinthiques moins précipités, d’où en dernier lieu production d’un son un peu plus bas et un peu plus faible. Je ne suis pas le seul à penser ainsi, car Urbantschitsch admet que la diplacousie peut appartenir a l’oreille moyenne ou à l’oreille interne et qu’on en fait la distinction par la voie osseuse. Hartmann écrit que le plus souvent le phénomène est consécutif à une otite moyenne aiguë, mais on peut bien admettre pour quelques-unes l’origine labyrinthique ou centrale. Témoin un de mes malades qui a en même temps le sens auditif et le sens optique affaiblis.

Mes observations ne s’appliquent qu’à des cas de diplacousie binauriculaire, mais il y a aussi une diplacousie mono-auriculaire, bien étudiée par Etiévant (de Lyon). En ce cas, un même son est perçu deux fois (diplacousie échotique) et le sujet croit entendre deux interlocuteurs parlant presque simultanément. Cette étude est basée sur une observation de Bressler, deux de Gradenigo et deux inédites de Lannois. L’explication patbogénique n’est pas plus aisée que pour la diplacousie ni auriculaire.

BIBLIOGRAPHIE. — Landouzy, Compte rendu de V Acad, des Sc., 1830, p. 717. — PoLiTZER, Congrès d’olologie de Milan, 1880. — Arteaga, Mivista de Laringologia, tome VII. n“ 9, p. 132, mars 1892. — Gellé, Soc. de biologie, 1897, p. 183. — Etiévant (de Lyon), Diplacousie mono-auriculaire,, {Mwn. /naZ. t oreille, 1897, tome II. p. 408). — Breintong, Ass. des naturalistes et médecins allemands, Dusseldorf, 19 au 27 sept. 1898. — Gastex, Soc. d’otologie de Paris, 14 avril 1899. — P. Bonnier, rOreille (collection Léauté).

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