MALADIES DE L’OREILLE INTERNE
La nosologie de l’oreille interne ou labyrinthe est formée d’un ensemble d’affections assez disparates, dont leclassement ne semble pas définitif. L’anatomie pathologique est loin d’avoir dit ici son dernier mot et nous sommes obligés de grouper par approximation seulement les types divers dont nous donnons la description.
Les affections du labyrinthe peuvent être réparties en 1° troubles circulatoires ; 2° affections inflammatoires; 3® maladies du nerf accoustique.
Les lésions traumatiques seront étudiées dans un chapitre d’ensemble sur les traumatismes de l’oreille.
1. TROUBLES CIRCULATOIRES. — 1" Axémiedu labyrinthe. — Causes. — Toutes les conditionsqui amoindrissent la circulation sanguine dans l’oreille interne peuvent déterminer des troubles spéciaux. Parmi les principales, figurent la chloro-anémie, l’affaiblissement qui survient après les maladies graves, la syncope, les hémorragies abondantes. Urbantschitsch a communiqué l’observation d’une cophose bilatérale à la suite d’une épistaxis prolongée. Des cécités ont été observées dans les mêmes circonstances.
Le sujet qui est dans ces conditions entend des bruits anormaux, a des vertiges et devient sourd. Mais il suffit qu’il congestionne son labyrinthe en se couchant ou en faisant un effort pour que l’ouïe revienne. Tel ce malade d’Abercrombie,qui n’était sourd que dans la station verticale. Lermoyez a communiqué, en 1896, à la Société française d’otologie, l’intéressante observation d’un malade chez lequel les troubles cessaient par l’inhalation de cinq ou six gouttes de nitrite d’amyle dont l’action est vaso-dilatatrice. Comme cet agent augmenterait au contraire les troubles similaires dus à l’hvperémie labyrinthique, Lermoyez propose, en cas de doute, de recourir à cette épreuve du nitrite d’amyle.
MALADIES DES OREILLES
Traitement. — On guérit les troubles labyrinthiques par le traitement de l’affection causale, par les ferrurineux, l’absorption de l’oxygène, les séjours d’altitude. Lermoyez a pu guérir son malade en ayant recours à l’action vaso-dilatatrice persistante delà trinitrine. Nous recommandons la formule deHuchard :
Solution alcoolique de trinitrine à
1 p. 100 . XXX gouttes
Eau distillée . 300 grammes.
le malade en prendra chaque jour de trois cuillerées à dessert à trois cuillerées à potage, pendant une vingtaine de jours tous les mois.
2“ Hyperémie du labyrinthe. — Les bruits d’oreille, les maux de tête, les vertiges et la surdité surviennent, comme dans l’anémie, mais il s’y ajoute cette particularité que la membrane tympanique se montre hypérémiée surtout au niveau du marteau. La douche d’air aggrave les symptômes auriculaires (Schwartze).
Causes. — Les causes en sont assez, nombreuses D’abord toutes les congestions céphaliques, celles delà scarlatine et de la fièvre typhoïde, puis les diverses otites, moyennes, les troubles vaso-moteurs des hystériques, lorsque, d’après Hartmann, l’action constrictive du grand sympathique s’affaiblit. Les troubles auditifs qui surviennent après l’emploi de la quinine ou du salicylate de soude, comme dans les ivresses alcoolique, chloroformique, sont bien attribuables à la congestion del’oreille interne, puisque Roosa et Kirchner, ayant administré à des animaux des doses excessives de quinine et d’acide salicylique, ontconstaté un état apoplectique de la membrane tympanique et des oreilles moyenne et interne.
Traitement. — Les principaux moyens thérapeutiques sont l’application de sangsues à la région mastoïdienne, la dérivation intestinale par les purgatifs salins, les courants électriques continus sur la portion cervicale du grand sympathique.
3“ Hémorr.agies du labyrinthe. — Causes. — Les traumatismes de l’oreille, et notamment les fractures du rocher, peuvent être cause d’un épanchement sanguin dans le labyrinthe, Une commotion céphalique ou sim-
M^ALADÏ'ES DE t-OREIÉLE IXTE'RNE
pïement un bruit violent peuvent produire le même résultat (Moos). Les diverses inflammations aiguës ou chroniques de l’oreille déterminent aussi parfois des hémorragies labyrinthiques. Hartmann cite Je cas d’un jeune sourd-muet qui avait été frappé d’hémorragie du labyrinthe dans un accès de toux de coqueluche. Enfin Moos a bien établi, par ses recherches microscopiques, que les troubles auditifs de la pachyméningite bémor^ ragique étaient attribuables à des épanchements de sang dans l’oreille interne qui y auraient pénétré par diapédèse. C’est le plus souvent par des hémorragies labyrinthiques que deviennent sourds les ouvriers travaillant dans l’air comprimé (cloches à plongeurs, etc.).
Symptomatologie. — Elle est en rapport avecla quantité de sang épanché. Le labyrinthe est-il rempli? Des bruits d’oreille et des vertiges intenses éclatent, lais.sant après eux une surdité prononcée ou même une cophose absolue et souvent définitive. Les désordres sont moins graves si l’épanchement de sang est peu abondant.
Traitement. — Le traitement de l’affection causale, le repos absolu, l’application de vessies de glace sur la région sont les movens les plus utiles.
11. INFLAMMATIONS DU LABYRINTHE. — 1° Laby- RiNTHiTES AIGUES. — Ou a cité quelques cas d’inflammation primitive de l'oreille interne, mais le plus souvent il s’agit d’infections propagées des méninges ou de l’oreille moyenne. Deux autopsies (Politzer, Schwartze) se rapportent à ces labj'rinthites aiguës primitives. Voltolini expliquait par une inflammation aiguë et primitive du labyrinthe ces cophoses qui se montrent rapidement chez des enfants avec l’appareil symptomatique d’une méningite (otite labyrinthique de Voltolini).
Unenfant, bien portant jusqu’alors, tombe brusquement malade vers l’âge de deux ou trois ans. 11 y a de la fièvre, des convulsions, du délire, ou du coma. Ces symptômes rétrocèdent rapidement, mais l’enfant conserve une cophose bilatérale incurable, avec des vertisres et delà titubation qui finissent par disparaître. Quelquesuns restent aphasiques ou idiots. L’épilepsie a été notée à la suite de ces otites. En somme, phénomènes de méningite, puis cophose, telle est l’otite de Voltolini. Or,
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aujourd’hui, la plupart des auteurs admettent qu’il s’agit plutôt, en ces cas, de labyrinthites consécutives à des méningites simples ou cérébro-spinales. On pourrait dire méningo-labyrinthites de Voltolini. Sur quarantetrois cas de méningite cérébro-spinale épidémique, Moos a vu la surdité se produire tôt ou tard. Il est vraisemblable que l’inflammation se pi'opage le long du périnèvre du nerf acoustique (névrite descendante). L’infection peut encore arriver au labyrinthe par les aqueducs. Une autopsie de Lucæ donne à penser que l’inflammation peut suivre les tractus vasculaires qui, de la dure-mère, se rendent au tissu spongieux entourant la capsule labyrinthique.
Les divers exanthèmes, la fièvre typhoïde, les oreillons se compliquent quelquefois d’otites internes aiguës secondaires.
La labyrinthite aiguë peut encore être secondaire à une otite tnoyenne. Le pus passe par les fenêtres ou à travers une carie de la paroi labyrinthique.
Pronostic. — Il est des plus graves, surtout au point de vue de l’ouïe. Dansl’otite de voltolini, la cophose est bilatérale.
Traitement. — Il consiste dans l’application de vessies de glace, les émissions sanguines locales, les préparations mercurielles, la dérivation intestinale. En cas d’insuccès, on aura recours aux injections sous-cutanées de pilocarpine, préconisées par Politzer. Chaque jour, on pratique une injection de cinq gouttes d’une solution à2 p. 100. La dose nécessaire pour amener la sudation varie avec les divers malades. La pilocarpine est contreindiquée dans les affections du myocarde.
2° Labyrinthites chroniques. — Les autopsies d’oreille ont signalé dans le labjminthe des altérations assez diverses, mais il est logique de les rattacher à un processus inflammatoire chronique : épaississements du labyrinthe membraneux, transformation fibro-scléreuse, dégénérescence graisseuse ou amyloïde, développement excessif des vaisseaux, accumulations de calcaire ou de dépôts pigmentaires, enfin modifications du liquide labyrinthique. Moos et Steinbrügge ont rencontré l’atrophie scléreuse du premier tour de spire du limaçon. . Chez les