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CHAPITRE VII

MYCOSIS DU PHARYNX

Le mycosis du pharynx, ou pharyng-o-mycose, est une affection caractérisée par des productions parasitaires qui, sous forme de piquants blancs et durs, hérissent les parois du pharynx principalement dans les cryptes des amygdales palatines et linguales.

Le Frankel (de Berlin) a le premier, en 1872, appelé l’attention sur cette affection particulière et signalé le leptotrix buccalis dans ces formations blanchâtres. Divers auteurs s’en sont occupés après lui. Leurs travaux sont consignés à la fin de ce chapitre.

Anatomie pathologique. — Le parasite, qui est souvent en forme de clou, se montre ordinairement sur les amygdales palatines; mais, avec les miroirs pour larynx et cavum, on peut en apercevoir sur l’amygdale linguale et sur celle de Luschka, à la voûte du cavum. J’ai eu l’occasion de voir deux clous mycosiques sur un aryténoïde.

Si ces productions sont rapprochées les unes des autres, elles affectent la forme de touffes ou de houpettes blanchâtres.

Le clou mycosique s’imlante dans une crypte ou ans une cavité glandulaire.

Au fond de ces réceptacles les tissus lymphoïde ou glandulaire ont disparu, remplacés par une gangue scléreuse dans laquelle les vaisseaux se montrent atrophiés. Au-dessus de cette couche scléreuse, le microscope montre un entassement de lamelles épithéliales cornées et c’est parmi ces lamelles qu’apparaissent les spores et les filaments de leptothrix. Ces détails histologiques sembleraient indi-

Fig. 13. — Leptothrix buccalis.

MYGOSIS DU PHARYNX

quer, d’après Garel (de Lyon) que l’altération des cryp. tes est le fait primitif et la mycose le résultat secondaire. Histolog-iquement le clou mycosique est formé de filaments incurvés, quelquefois en paraboles (Cornil), et souvent subdivisés en racines, à leùr attache profonde, d’où la difficulté de les arracher. Ces filaments de leptothrix sont d’ailleurs une alg’ue qui existe normalement dans la bouche, mais qui se développe en abondant dans certaines conditions favorables. A un stade plus avancé ces gerbes s’incrustent de calcaire d’où leur vient cet aspect caractéristique.

D’autres parasites ont été signalés dans les formations mycosiques, ce sont : le bacillus fasclculatus (Sadebeck, 1882), l’oïdium albicans, les nigrities linguæ, le mycosis sarciné, l’aspergillus fumigatus, enfin des actynomycètes.

Etiologie. — On est peu renseigné sur la cause réelle.

On sait que la mycose apparaît principalement de 10 à 25 ans (Chavas) et plus souvent chez la femme que chez l’homme.

Son développement est favorisé par un état pathologique local du pharynx : pharyngite chronique, catarrhe naso-pharynglen, hypertiopliie des amygdales, carie dentaire, acidité de la salive que Charles Robin considérait comme indispensable au développement du leptothrix. Ces maladies locales ne s’observent pourtant pas toujours avant l’apparition du pharyngo-mycosis.

Ôn a invoqué encore l’influence de conditions générales : influence du froid humide, affaiblissement de la santé par une dyspepsie. Une femme, citée par Colin, ne présentait de mycosis que dans le cours d’une grossesse.

L’affection ne semble pas contagieuse. Hemenway a transplanté dans son pharynx des excroissances mycosiques sans réussir l’inoculation.

Symptômes. — Les manifestations de la maladie sont peu marquées, à ce point qu’elle est souvent découvcrlo par le médecin qui explore l’arrière-bouche.

Le malade accuse une sensation vague de gêne, de piqûres, de chatouillement ou de sécheresse, particulièrement marquée pendant la déglutition. Parfois il a l’haleine fétide (Gautier), ou éprouve de l’asthme réflexe (Hemenway) .

MYCOSIS DU PHARYNX

Prenez un abaisse-lang-ue et vous verrez sur les amyg-dales de petits piguants faisant saillie, d’un blanc jaunâtre. Généralement ils ’

existent aussi en g-rand nombre sur l’amygdale linguale, visibles avec le miroir laryngoscopique.

Ils se groupent quelquefois en touffes. Comme ils sont très adhérents au fond des cryptes, leur éradication détermine un petit suintement de sang. On les volt se reproduire dans les deux ou trois jours qui suivent.

Diagnostic. — Il n’est point difficile de reconnaître cette affection car elle est très caractérisée. Avec quelles autres pourrait-on la confondre?

L’amygdalite lacunaire? mais celle-ci s’accompagne d’une tuméfaction de l’amygdale, est douloureuse et les points jaunâtres ne font pas saillie.

Les concrétions calcaires de l’amygdale? Elles sont très peu nombreuses et faciles à enlever, ce qui permet de les contrôler.

Le muguet? Il est particulier aux jeunes enfants, envahit plutôt les bords de la langue et coïncide avec un état cachectique du sujet.

L’angine herpétique? Mais elle siège surtout au voile du palais. Ses vésicules ont une aréole rouge caractéristique.

La tuberculose miliaire? Ici la lésion n’est pas dans les cryptes, et l’état général éclaire le diagnostic.

H, Walsham (1) a trouvé, dans les amygdales, des nodules cartilagineux et osseux qu’il croit d’origine fœtale, dépendant du deuxième arc branchial, mais l’aspect de ces nodules ne prête à aucune confusion avec le mycqsis.

Pronostic. — Il est sans gravité. Il y a même des cas de guérison spontanée. La facilité des récidives est la

(1) H. Walsham, The Lancet, 13 août 1898.

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seule condition fâcheuse, au point que certains malades en deviennent hypochondriaques.

Traitement. — Il faut d’abord prescrire des pulvérisations antiseptiques, au menthol ou à l’acide phénique, renouvelées matin ét soir.

On peut toqcher les amygdales avec une solution de chlorure de zinc où de percnlorure de fer. La fumée de tabac a été pi'éconisée sans succès certain.

Lé procédé de choix consiste dans l’éradication des clous mycosiques avec une pince courbe à mors fins et dans la g’alvano-cautérisation des cryptes évacuées. En quelques séances la guérison est souvent assurée.

Si l’affection est diffuse et récidivante, il est plus simple d’enlever les amygdales.

On ne négligera pas l’amélioration de l’état général et de la dyspepsie surtout.

BIBLIOGRAPHIE. — Fraenkel, Mycose bénigne du pharynx {Gazette médicale de Berlin, 1873). — Mendès-Bonito, Thèse de Bordeaux, 1888. -- Garel (de Lyon), Annales des maladies de l’oreille et du larynx, 1893, p. 621). — Albert Colin, Mycose leptothrixiquo pharyngée, Thèse de Paris, 1893. — Brown-Kelly, {Glascow medical Journal, 1896). — C. A. Prévost, Mycose du pharynx, Thèse de Paris, 1897. — Chados, Thèse de Lyon, 1898. — Max Toeplitz, Les mycoses pharyngées {New York medical Journal, 23 juin 1898). — Atwood Thorne. Pharyngomycose-, {Soc. laryngologique de Londres, 12 avril 1901).

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