‹ Maladies du larynx, du nez et des oreillesChapitre 26 sur 229 · I. — LARYNGITES AIGUES · texte numérisé non relu

I. — LARYNGITES AIGUES

Il y a plusieurs variétés de laryngite aiguë. Les principales sont la laryngite simple et la laryngite infectieuse.

I. LARYNGITE AIGUE SIMPLE. — On la désigne également sous les noms de laryngite catarrhale, muqueuse, [ congestive, car il ne s’agit guère que d’une congestion de la muqueuse laryngée.

Causes. — Ce sont les transitions brusques de température,. soit que l’on passe immédiatement d’une atmosphère surchauffée au froid de la rue, soit qu’on pénètre sans j transition dans une pièce de !

température élevée, en venant | du dehors. Certains larynx j sont très congestionnés par i les odeurs. Un de mes mala- j des se trouvait dans ce cas toutes les fois qu’il respirait l’o- Fig. 31.— Laryngite aiguë deur des vernis. Cette laryngite peut survenir comme propagation d’une rhino-pharyngite aiguë. Elle peut être une manifestation d’arthritisme, qu’elle annonce l’apparition d’un rhumatisme articulaire ou qu’elle apparaisse dans le décours d’une crise goutteuse (laryngite rhumatismale, goutteuse) (1).

Nous rapprocherons de cette variété l’urticaire du larynx, bien étudié par Delbrel (2), qui se traduit par

(1) Archambault, Manifestations laryngées aiguës du rhumatisme (Thèse de Paris, 1886).

(2) Delbrel, L’urticaire des voies respiratoires (Thèse de Bordeaux, 1896).

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de la tous coqueluchoïde et des sufFocations, symptômes plus effrayants que graves.

Symptômes. — Le malade accuse une sensation d’ardeur dans le larynx. La voix est rauque, pluritonale ; une toux sèche se déclare. On cite même quelques cas d’hémorragie transitoire, surtout à la suite d’excès vocaux. Pleskoff a observé cette complication chez un professeur surmené par son enseignement; Favitsky cite un cas analogue.

Au laryngoscope, toute la muqueuse se montre rouge ; du gonflement peut exister sur les bandes ventriculaires et la région interaryténoïdienne (fig. 31).

Fraenkel a vu des gouttelettes transparentes sourdre des orifices glandulaires. Parfois on voit des érosions simplement catarrhales.

Diagnostic. — Il ne présente guère de difficultés. Pourtant il ne faudrait pas s’en laisser imposer par une

Srippe qui débute. Les autres symptômes suffisent à la évoiler. Chez les enfants, le croup d'emblée peut faire penser à une simple laryngite (1), mais les troubles concomitants et l’aspect laryngoscopique font éviter l’erreur. On ne prendra pas pour une laryngite les congestions avec œdème que l’absorption des iodures, des bromures, du mercure, détermine parfois (Rosenberg, Avellis).

Pronostic. — Sans gravité. En une semaine au plus, tout rentre dans l’ordre. Il est assez sérieux chez les enfants qui peuvent être pris de spasme glottique et chez les chanteurs dont la voix est temporairement compromise, s’ils commettent l’imprudence de « chanter sur un rhume ».

Traitement. — Les moyens généraux sont : les sudations, réalisées au besoin par une piqûre de pilocarpine :

Chlorhydrate de pllocarpine. . 0 gramme 20.

Eau distillée . . . 10 —

(Injection hypodermique aseptique deV ou X gouttes).

(1) Hepp, Gazette des hôpüatix, 2 mars 1897.

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La teinture dè racines d’aconit (XXX gouttes), l’extrait d’opium (O'^OS) sont indiqués contre la toux.

Localement, on aura recours aux pulvérisations chaudes, six fois par jour, avec la solution :

Benzoate de soude . 4 grammes.

Eau distillée . 200 —

au moyen d’un pulvérisateur à chaudière.

Le repos vocal est alors de rigueur. Une pratique déploranle est celle qui consiste à prescrire aux artistes ou orateurs subitement enroués une potion quelconque qui est sensée leur rendre immédiatement l’usage de leur voix. Prenant confiance, ils n’hésitent pas à la faire fonctionner tant bien que mal, et le lendemain ils se trouvent aphones pour plusieurs jours. Ferait-on marcher un malade qui aurait de l’arthrite aiguë aux genoux?

IL LARYNGITE AIGUE INFECTIEUSE. — Onia nomme aussi : phlegmoneuse ou septique, et cette désignation comprend l’ensemble des infections laryngées dans les maladies microbiennes.

Symptômes. — La voix est complètement éteinte, la toux douloureuse, la dyspnée laryngienne très accusée surtout à l’inspiration. Au laryngoscope, la muqueuse est rouge, tendue, couverte parfois de pseudo-membranes streptococciques et pneumococciques. Fraenkel appelle l’attention sur les trois replis superposés que dessinent la bande ventriculaire, la corde vocale et la région sous-glottique tu- Fig. 32. — Laryngite sep- méfiée (fig. 32). Chiari a vu tique avec tuméfaction l’infection circonscrite réaliser de la région sous-glotti- phlegmon septique de l’éque et superposition de pi^iotte.. D’ailleurs, le malade rois rep is. présente une température éle¬

vée, 39®, 390,5, 40®, avec l’état général infectieux. Le larynx participe plus ou moins aux diverses infec-

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tions microbiennes. Passons en revue ces diverses déterminations :

1° Dans la grippe, il existe souvent une laryng-o-bronchite légère survenant après le coryza. Le malade éprouve du prurit laryngien, de la dysphonie, une toux quinteuse et l’examen des expectorations montre qu’elles renferment l’élément spécifique. On a cité d’autre part des cas assez divers. Par exemple le D' Koch (1) (de Luxembourg) a vu sur un homme robuste atteint d’influenza survenir subitement un accès de dyspnée laryngée. Les cordes vocales étaient à peine rouges. L’apparition rapide et les intermittences de cette dyspnée lui firent admettre qu’il s’agissait d’une crampe des muscles phonateurs suivant la conception de Krause (de Berlin). Moll (d’Arnbeim) (2) cite de son côté le cas d’une épiglottite antérieure qui aboutit à deux points de suppuration à la base de cet opercule. Paul Tissier (3) a vu une laryn-

fite sous-glottique aiguë chez une femme de 31 ans avec yspnée intense et tirage sus-sternal. Gompaired (de Madrid) (4) mentionne le cas d’une laryngite hémorragique grippale. Toute la muqueuse était congestionnée avec des transsudations sanguines, les cordes vocales étaient colorées en rouge incarnat, contrastant avec la pâleur de la trachée.

Dans la coqueluche, il y a fréquemment laryngite catarrhale légère à la période d’état. Il est exceptionnel d’observer l’infiltration œdémateuse qu’a signalée Blache.

Dans les oreillons, on a vu rarement des œdèmes glottiques suivis de mort (Tourtel, Guelliot) ou nécessitant la trachéotomie (Pilatte, 1890).

Dans la blennorrhagie, on peut voir des arthrites crico-aryténoïdiennes, particulièrement signalées par Lieberman et Birkett. Le malade a de la douleur, de la

(1) P. Koch (de Luxembourg), Société des sciences médicales du grand duché de Luxembourg , 2 avril 1898.

(2) Moll (d’Arnheim), Société française de laryngologie, O mai 1898.

(3) P. Tissier, Annales des maladies de l’oreille et du larynx, mai 1898, p. 449.

(4) Gompaired, Ibid., 1896, p. 468.

Gastex, --- Mal. du Larynx. 2® édit. 3

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dysphonie, de la dyspnée inspiratoire, mais ces jphéno. 1 mènes disparaissent an bout de quelques jours sans complications graves.

L’ érysipèle s’accompagne parfois de complications graves du côté du larynx. Le Massei (de Naples) déclarait en.l884 que tout oedème essentiel du larynx pouvait être considéré comme un érysipèle. Quoi qu’il en soit, c’est d’abord une tuméfaction de la base de la langue suivie d’épiglottite antérieure avec dysphagie. Le vestibule du larynx se prend, d’où dyspnée intense. Si ace moment on peut faire l’examen laryngoscopique on voit une muqueuse d’un rouge foncé, brillante et parfois exulcérée. L’érysipèle au larynx est particulièrenient ; grave par l’occlusion qu’il peut y produire, sans compter i qu’il peut se diriger vers la trachée et les poumons.

La rougeole emprunte sa gravité aux infections secondaires par les streptocoques et les pneumocoques qui | grouillent dans le nez et le pharynx des enfants mal | tenus. G’est en ces cas que peuvent surtout apparaître les complications laryngées de cet exanthème. Les variétés que l’on observe ordinairement sont ; ” '

1“ Une laryngite simple, dü début, qui peut être strlduleuse (faux croup), mais cette laryngite est rare.

2“ Plus souvent on observe une laryngite ulcérèuse a début insidieux s’accusant par de la dysphonie et une toux douloureuse avec des mucosités sanguinolentes. Le larynx est sensible au toucher sur ces enfants, surtout lorsque l’on explore vers le bord supérieur des cartilages | thyroïdes et au niveau de la membrane crico-thyroï- i dienne. Si le cas se complique, il peut y avoir des péri^ j cbôndrites et des nécrosés de cartilages. La diphtérie | peut s’installer secondairement sur les larynx en consti- ; tuant le croup morbilleux, c’est ce qui rend fort embar- ! rassant le diagnostic et l’on se demande en pareille , occurrence s’il y a lieu, ou non, de considérer l’enfant i comme diphtéritique. L’examen, laryngoscopique n’est pas possible., Pourtrancher la question, le P"" Grancher propose d’étudier attentivement le murmure respiratoire au niveau du thorax. -S’il se fait bien, on pourra sup-

f)oser qu’il n’y a pas de fausses membranes dans le arynx, si au contraire il est très diminué, on pourra

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penser que la cavité laryng-ienne est très rétrécie par la présence d’une fausse membrane. La difficulté s’aug’mente encore de ce fait que MM. Barbier et Veillon ont vu dans la rougeole des laryngites pseudo-membraneuses qui n’avaient rien de diphtéritique. La trachéotomie est souvent inévitable ; souvent aussi elle est impuissante en raison de la broncho-pneumonie.

Dans quelques rubéoles graves, on a signalé des laryngites intenses.

Dans la varicelle, MM. Roger et Bayeux (1) ont observé un cas de laryngite intense chez un enfant rachitique de 16 mois qui mourut rapidement malgré le tubage. A l’autopsie, ils trouvèrent l’épiglotte infiltrée, dure, les cordes inférieures tuméfiées et sur l’une d’elles une érosion cratériforme. Par les cultures, ils ne trouvèrent que quelques coccis non spécifiques.

Dans la variole, le larynx est presque toujours touché. Au début, il n’y a qu’un peu de catarrhe laryngé, mais à la phase de suppuration ce peuvent être des œdèmes, des replis aryténo-épiglottiques, des lambeaux de muqueuse détachés, des hémorragies sous-muqueuses, à la période de -dessiccation, des abcès sous-muqueux qu’a signalés Trousseau, des péri chondri tes, chondrites; nécroses, rétrécissements consécutifs, conduisant à la trachéotomie et à la canule à perpétuité.

Dans la scarlatine, les complications laryngées sont graves et l’aphorisme de Trousseau « la scarlatine n’aime pas le larynx » reste très vraie malgré quelçjues exceptions, ainsi dans certaines épidémies les infiltrations œdémateuses ont été signalées.

Laryngo-tyyhus. — C’est surtout la fièvre typhoïde qui se fait remarquer par la fréquence et la gravité de ses complications laryngées. On les rencontre aussi bien dans le typhus exanthématique des camps et des prisons que dans la fièvre typhoïde ordinaire.

Le laryhgo -typhus est fréquent surtout chez les hommes et à la période de convalescence. 11 sévit ?ur les armées en campagne et - d’après Brandt,

(1) Roger et Baveux, Bull, de la Soc. anatomique de Paris, 9 avril 1897.

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beaucoup de soldats allemands en seraient morts dans | la guerre de 1870.

Plusieurs formes sont à noter :

1" La laryngite catarrhale simple ; elle est rare.

2° La laryngite ulcéreuse qui l’ésulte de la mortification de follicules infiltrés tout à fait semblables à ceux de l’intestin grêle. On les rencontre surtout à la région interaryténoïdienne, ou sur les cordes vocales. Leur évolution rappelle exactement celle des folliculites intestinales. Lucatello a trouvé sur ces ulcérations, par le mi- ' croscope etles cultures, le bacille caractéristique d’Eberth. Ce sont donc des ulcérations spécifiques. En forme de godet sur une base indurée, elles peuvent s’étendre an , squelette cartilagineux, ce sont alors des périchondrites et des nécroses avec expectoration du cartilage nécrosé (Hérard). Schrôtter et Kobler ont vu que l’épiglotte était prise dans un dixième des cas, sans troubles fonctionnels, mais avec infiltration du bord libre èt ulcérations à l’emporte-pièce. Ils considèrent ces lésions comme pathognomoniques. La nécrose des cartilages atteint le plus souvent le cricoïde, puis viennent les aryténoïdes et le thyroïde en dernier lieu ; de là des fusées purulentes, quelquefois des emphysèmes sous-cutanés, et, comme c’est surtout le cricoïde qui est nécrosé, les rétrécissements consécutifs siègent dans la région sous-glottique.

Il en était ainsi dans deux cas de rétrécissement typhoïdique que j’ai observés. L’espace compris entre les cordes vocales et la canule de la trachéotomie était comblé de tissus cicatriciels. Le dilatateur laryngien de Schrôtter ne parvenait pas à forcer la glotte car les deux cartilages aryténoïdes paraissaient ankylosés sur le cricoïde, et il fut impossible de décanuler définitivement ces malades.

3“ Il y a un laryngo- typhus pseudo-membraneux non diphtéri tique. Il a été signalé par Louis et bien décrit par Cornil et Ranvier. Il y a aussi des pseudo-membranes diphtéri tiques secondaires.

4® On signale des cas de laryngite hypertrophique. Tel celui q^ue Saint-Clair Thomson a communiqué à la Société laryngologique de Londres (9 juin 1897).

5® Enfin, il est une forme myopathique caractérisée

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par des altérations diverses des muscles laryngiens : contractures ou paralysies. Si la paralysie porte sur les dilatateurs, l’asphyxie peut en résulter. MM. Mallard et Bernoud ont observé un cas de paralysie laryngée avec symptômes alarmants d'asphyxie, mais qui aboutirent à la guérison spontanée. Ils admettent qu’il s’agissait d’une névrite produite par la typhotoxine.

Cliniquement, le laryngo-typhus s’observe surtout dans les formes graves de la fièvre typhoïde. On le reconnaît à la raucité vocale, à la sensibilité du larynx, à la pression. Si l’endo-larynx est par trop infiltré et les nécroses accentuées, il y aura suffocations, phlegmon péri-laryngé, fusées purulentes dans les médiastins ou emphysème par perforation laryngée.

Mentionnons pour finir quelques cas de laryngopathie rencontrée exceptionnellement dans d’autres infections microbiennes, coqueluche, lèpre. Dans le choléra asiatique on a vu des infiltrations séro-purulentes et des ulcérations, dans la 'pneumonie même il peut y avoir des ulcérations de l’épiglotte (Manchot, Soc. de médec. intern. de Berlin, 1894). Il ne saurait être ici question de la laryngite diphtéritique étudiée dans une autre partie de ce traité.

On doit différencier d’avec les laryngites aiguës les œdèmes brusques qui surviennent le plus souvent à frigore, par exemple chez les mécaniciens des locomotives. Ils sont ordinairement circonscrits à une région limitée du larynx et disparaissent spontanément en 3 ou 4 jours (fig. 33).

Pronostic. — Grave. Il faut craindre la formation d’abcès dans la région des aryténoïdes ou du cartilage cricoïde.

Les lai'yngites sous-glottiques.

sont redoutables, parce que la tuméfaction facile des parties molles menace d’asphyxie.

Le pronostic est particulièrement grave chez les enfants, où la laryngite aiguë peut être suffocante.

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Traitement. — On aura recours aux pulvérisations ■ antiseptiques (solution phéniquée à 1 p. 100, tandis qu’on tonifiera le malade (champagne, potion de Todd).

Les abcès arjdénoïdiens et cricoïdiens seront évacués par la voie la plus commode : endolaryngée ou extérieure.

Si la dyspnée rendait nécessaire la trachéotomie, il faudrait la pratiquer assez bas pour être au-dessous de la région sous-glottique souvent très infiltrée. En réu- • nissant les statistiques de Charcot et Dechambre, Kühn, i Obédénare, on trouve que sur 68 trachéotomies, il y j a eu 29 guérisons, soit 42 pour 100. !

Comme complication tardive, peut apparaître un ré- • trécissement glottique ou sous-glottique. |

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