VOIX PARLANTE
Les diverses altérations pulmonaires font aussi faiblir l’intensité de la voix. Les orateurs s’en gareront le plus possible, surtout s’ils pensent, comme je l’ai lu, que « l’éloquence de nos jours réside surtout dans les poumons ».
Gardons-nous bien, suivant le conseil de Cari Michel, de traiter directement les cordes vocales; nous les épuiserions encore plus. Agissons sur le larynx, sans agir dans sa cavité. Repos complet de la voix pendant quelques semaines, puis reprise avec ménagements, par des exercices courts et rares. Avec ces précautions, une voix, qui faiblit vers la cinquantaine, durera tout autant que la vie. Les massages et électrisations extérieures, les stations hydro-minérales seront un adjuvant utile pour cette conservation.
D’autres altérations (la raucité, la voix eunuchoïde, les dysphonies) portent sur la qualité de la voix, sur son timbre.
11. RAUCITÉ VOCALE (1). — Chez certains sujets jeunes, enfants ou adultes, la voix se fait entendre plus ou moins voilée. Elle se fatigue après quelques minutes. L’examen laryngoscopique m’a montré sur un ensemble de 25 observations :
8 fois : larynx normal.
5 fois : tuberculisation commençante des régions aryténoïdiennes.
5 fois : chordites chroniques simples.
2 fols : des nodules.
2 fois : une flaccidité de la muqueuse du bord libre des cordes.
3 fois : un état variqueux des cordes. Krause (de Berlin) a aussi rencontré ces dilatations variqueuses des vaisseaux des cordes.
Causes. — Les causes sont l’hérédité, les excès de voix — il y a des enfants qui jouent à qui criera le plus fort, — la grossesse parfois, mais surtout la constitution scrofuleuse ou la tuberculose menaçante.
Le tabac est, pour quelques personnes, une cause très
(1) Castex, La raucité vocale {Bull. etMém. de la Soc. franc, de laryngologie, t. XI, 1893, et t. XII, 1896.
MALADIES DE LA VOIX
influente de raucité. Les confidences des malades me 1 font surtout admettre la nocivité de la cigarette. Beaucoup fumeront pipes et cigares sans inconvénients; mais la cigarette les enroue et les fait tousser; c’est donc le papier qu’il faut incriminer. •
Diagnostic. — La raucité ne doit pas être confondue avec la fatigue vocale, dysphonie transitoire, ni avec la voix naturdlement grave des basses ou des contralti, ni avec la voix faible des emphysémateux ou des tuberculeux.
Pour en apprécier l’importance, j’ai pris l’habitude de faire essayer la voix du sujet sur ses trois registres : grave, médium, aigu. C’est le registre grave qui se défend le mieux contre là raucité.
Traitement. — L’indication principale est de s’adresser à la cause. Combattre les excès de voix; donner des antiscrofuleux et des antituberculeux.
III. VOIX EUNUCHOIDE. — Elle se particularise par une grande hauteur avec une petite intensité (1).
Causes. — Quelques cas sont dus à dés troubles de Pinnervation centrale ou périphérique du larynx, à des altérations anatomo-pathologiques provenant de la mue, à une persistance de l’état infantile du larynx dans son fonctionnement.
• Je l’ai rencontrée souvent chez des tuberculeux ou tuberculeuses du larynx et j’ai pensé qu’on pouvait l’expliquer par une contracture symptomatique des tenseurs des cordes vocales.
Traitement. — Il doit comprendre, entre autres moyens, la thérapeutique générale antibacillaire. Des exercices de diction et de chant corrigent bien les voix restées infantiles api'ès la cure.
IV. NASILLEMENT. — Le caractère nasillard ou nasonné de la voix peut tenir à deux conditions opposées; soit que les fosses nasales aient leur capacité diminuée (coryza, polypes); c’est la rhinolalie fermée; soit que les voies nasales deviennent trop spacieuses (paralysie
(1) Trifiletti, Arch. italiani di laryng . , 1887, p. 129.
Beausoleil, Gaz. hebd. des sciences méd.^ de~ Bordeaux, 3 février 189S. — Castbx, Soc, franç, de laryngologie, 1896).
VOIX CHANTANTE
du voile du palais), c’est la rhinolalie ouverte. Cette dernière condition est encore réalisée par la brièveté congénitale de la voûte palatine. Parfois enfin le nasillement tient à une conformation des résonateurs et seule l’orthophonie peut l’atténuer.
V. DYSPHONIES. — Plus accentuées que les raucités elles- sont assez variables :
fo Voix sèche (laryngite chronique simple, polypes du larynx, syphilis du larynx produisant la raucedo syphilitica).
2“ Voix humide (laryngites tuberculeuses ulcérées, cancers ramollis).
3“ Voix bi-, tri-, pluritonale (polypes du larynx). Une de mes malades, qui portait un petit fibrome sur une corde, émettait manifestement trois notes simultanées. Un vieillard atteint de paralysie d’une corde vocale faisait entendre, outre sa voix sénile ordinaire, une note grave de contrebasse. Je l’attribuai aux vibrations de cette corde détendue.
4» L’intégrité des fonctions vocales peut être compromise par les diverses maladies du système nerveux. Dans la sclérose en plaques, la voix est monotone, scandée, change brusquement de ton, ne peut tenir une note longuement, parce que les cordes tremblent. La voix est assez spéciale dans chaque genre de folie : rauque chez le maniaque, éteinte chez le mélancolique, etc.
Traitement — Le traitement de ces diverses phonopathies est celui de l’affection causale.