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IL - MALADIES DE LA VOIX CHANTANTE

Elles sont très différentes les unes des autres et fort complexes. Elles se répartissent d’après le trouble ou symptôme majeur, celui pour lequel on vient nous consulter. Ici encore la maladie atteint soit la quantité soit la qualité de la voix; mais je laisse ce classement pour suivre l’ordre de fréquence.

I. ALTÉRATIONS DU TIMBRE. — Ce sont sensiblement les plus nombreuses, dans la proportion de 40 p. lOQ, d’après mes observations. Voici à peu près ce que dit un artiste dont le timbre est malade :

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« Depuis quelque temps, ma voix est voilée, surtout j en parlant, elle se voile presque immédiatement quand je me mets à chanter. Cette raucité existe sur toute : l’étendue de la voix (grave, médium, aig-u). J’ai perdu deux (ou trois) de mes notes les plus élevées et je constate des trous dans mon registre aigu (ce qui signifie : que certaines notes ne se font plus entendre dans le déroulement des gammes montantes). J’ai conscience que mes sons baissent sans qu’il me soit possible de les maintenir à la hauteur voulue. Je ne peux plus chanter en demi-teinte (à demi-voix ou piano). Impossible de ; faire les sons filés (notes qu’on commence piano, qu’on \ enfle ensuite pour les terminer piano). »

Le tableau qui précède est forcément composé. Tous I les malades du timbre ne le reproduiront pas en entier; mais j’y ai mis la plupart des troubles qu’ils accuseront.

Au laryngoscope : peu ou pas de lésions. Parfois un peu de congestion des cordes ou des aryténoïdes, un peu de pachydermie interaryténoïdienne ou des nodules sur les cordes. Parfois rien. Il n’est pas douteux que, de toutes les parties du larynx, le bord libre des cordes est le plus utile à l’intégrité de la voix. J’ai vu des aphonies complètes chez des tuberculeux qui n’avaient d’autres lésions qu’une ulcération s’étendant à tout ce bord libre.

Causes. — Comme causes, l’altération du timbre reconnaît :

1“ Les laryngites légères, mais durables, de l’influenza, des fièvres éruptives, de la fièvre typhoïde, de la .syphilis secondaire, des séjours au bord de la mer.

2° Les propagations congestives inflammatoires ou trophiques venant des autres parties de l’appareil vocal : pharyngites granuleuses, hypertrophies amygdaliennes, tumeurs adénoïdes avec leurs poussées inflammatoires (adénoïdites), rhinites hypertrophiques ou atrophiques.

Trasher (de Cincinnati) (1) a étudié la fâcheuse influence des obstructions intranasales sur la voix chantée. Le timbre est surtout changé. On rend parfois tous leurs moyens aux artistes, en les débarrassant d’éperons, d’hypertrophie des cornets, etc.

(1) Trasher (de Cincinnati), Lancet, 8 octobre 1892,

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Les personnes atteintes de pharyngo-laryngite atrophique perdent jeunes leur voix.

3° La fatigue laryngée, qu’il y ait surmenage ou plus souvent malmenage. Le mauvais fonctionnement peut être attribué à l’élève ou au professeur. Une grande difficulté pour ce dernier est de classer la voix, d’en faire le diagnostic. Le timbre d’une voix peut faire méconnaître sa place naturelle sur l’échelle des sons. J’ai examiné une jeune fille de dix-sept ans qui, contralto par le timbre, était soprano par l’étendue de sa voix (de ïuf^ à Vut^). Un médecin avait cru à un début de tuberculose laryngée, à cause de cette raucité, mais l’organe était absolument sain. 11 faut dire qu’avec les années la hauteur et la tessiture (1) peuvent changer. L’artiste doit se soumettre à cette évolution naturelle, sous peine de fatiguer beaucoup son larynx.

Chez une dame de province, je n’ai pu m’expliquer la fatigue vocale caractérisée par un voile sur la voix qu’en apprenant qu^elle avait pris, dans le temps, des leçons à Paris, et n’avait rien changé depuis à ses exercices, ni à son répertoire habituel, bien qu’elle eût senti sa voix baisser notablement. J’ai vu des malades, qui avaient chanté, sans pouvoir me dire quelle était leur voix.

L’exercice de la tyrolienne, la mauvaise habitude de chanter « de la gorge », celle de toussoter avant de chanter, de fredonner, de respirer par saccades, l’abus de la voix sombrée chez l’homme, du timbre clair chez la femme, fatiguent encore beaucoup la voix. J’ai vu des femmes rester enrouées plusieurs jours quand elles chantaient le premier jour de leurs règles.

L’enseignement est encore une importante cause de fatigue vocale. Le professeur doit chanter sur tous les registres quelle que soit sa voix naturelle, soit pour montrer à l’élève, soit pour lui donner la réplique, sans compter la fatigue de parler beaucoup dans le courant de la leçon.

4° Je trouve encore dans mes observations certaines causes qui ne peuvent agir que par action réflexe (affec-

(1) La tessiture est cette partie de l’étendue d’une voix où elle se meut le plus aisément.

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tions de l’estomac, de l’utérus, ménopause, grossesse). La castration des femmes n’a pas d’influences fâcheuses sur la voix ; tout aü plus la masculinise-t-elle un peu dans quelques cas rares (1).

5° Enfin les. maladies du timbre peuvent tenir à un état constitutionnel. Le cas est même fréquent surtout chez les tuberculeux ou les candidats à la tuberculose.

II v a là un indice prémonitoire; quand l’examen de la poitrine et du larynx est nég’atif, le voile sur la voix peut donner l’alarme. Les arthritiques, les névropathes présentent aussi de ces enrouements de cause générale. Le timbre est ce qui disparaît d’abord quand vient la sénilité de la voix. L’agilité et toutes les autres qualités lui survivent un peu.

Diverses sùbstan.ces toxiques sont susceptibles de provoquer des troubles de la voix (poisons de la voix). Ce sont en particulier : le brome, l’iode, l’acide carbonique, le mercure, l’antipyrine, la belladone, le curare, le seigle ergoté, etc.,

Je ne m’arrête pas à l’effet des odeurs sur la voix, car il est transitoire et ne détermine pas de maladies.

Il n’est pas difficile de reconnaître cette maladie du timbre. Il suffit d’entendre chanter le sujet. Encore ne faudrait-il pas penser qu’il y a voile sur la voix lorsqu’il s’agit simplement d’un timbr§, naturellement grave. En outre, il faut parfois déceler cette raucité qui ne se fait pas entendre constamment; on aura alors recours au procédé des trois registres que j’ai indiqué pour la voix parlée. . . ,

Traitement. — Cette question est implicitement ex;

E osée à l’article Causes. Trouver cette cause, c’est guérir î malade, quand il, est guérissable. ,

Je me borne à signaler les procédés thérapeutiques. 1° Contre les laryngitès-: repos absolu de la voix, révulsions sur le devant du cou, diverses pulvérisations chaudes intralaryngées.

2“ Contre les propagations morbides venant du voisinage, traiter le point de départ, détruire les granulations

. (1). Caste.v, Effets sur la voix de l’abiatioa des ovaires ^Soc. fr. de laryngologie, 1896). , ^

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au g-alvano-cautère, diminuer les amyg-dales par le morcellement, opérer les tumeurs adénoïdes, traiter les rhinites, etc.

3® Contre la fatig-ue laryng-ée, repos vocal de quelques semaines et chang-ement de méthode. J’ai vu des voix se dévoiler en quelques semaines, après des années d’état maladif, lorsqu’un fonctionnement rationnel se substituait à un système défectueux.

Les massag-es, simples ou vibratoires, les électrisations extérieures sont ici , des plus utiles pour redonner de la vig-ueur à l’appareil musculaire du larynx.

Un ou deux mois de vacances par an ne sont pas moins utiles à la santé vocale de l’artiste qu’à sa santé g-énérale.

40 Que l’on soig'ne l’estomac, l’utérus ou tout autre viscère, s’il est. en cause.

5“ Enfin, qu’on s’adresse surtout à l’état g'énéral, s’il tient sous sa dépendance cette raucité vocale ; à la tuberculose, si elle est menaçante : huile de foie de morue, phosphates, arsenic, gaïacol, créosote, etc., suralimentation, air des champs, pas de sulfureux, pas de saison à la mer. Surtout mettre le larynx au repos ; ne pas chanter, parler le moins possible. N’agit-on pas de même par l’immobilisation pour toutes les tuberculoses locales ? L’avantage qu’offre le chant de ventiler les poumons ne compense pas la fatigue d’un larynx guetté par la bacillose.

11. ALTÉRATIONS DU MÉDIUM. — J’ai donné quelque développement aux maladies du timbre parce qu’elles sont les plus habituelles; je serai bref sur celles qu’il me reste à mentionner.

Le médium est malade, et le cas n’est pas rare, lorsque les troubles s’accusent sur la partie moyenne de l’étendue vocale, l’altération existe principalement sur la voix parlée et lorsque l’artiste a parlé longtemps. Dans le chant, ce ti'ouble est plus sensible sur deux ou trois notes du médium, toujours les mêmes pour chaque sujet. Elles manquent surtout d’intensité et de sonorité. L’artiste dit qu’elles se sont détimbrées. On a nettement l’impression de manquer de souffle, de force ou de tenue dans l’expiration phonatrice. La note baisse de tonalité en dépit des efforts, je dirai même en proportion des

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efforts. La demi-teinte est impossible ou difficile, la ter- ? minaison des sons filés vacille. Une de mes clientes avait, au cours d’un son posé, des forte et des piano involon- ; taires et cju’elle ne pouvait éviter. Au fur et à mesure que la voix s’échauffe par le chant, quelques-uns de ces ' empêchements s’atténuent, mais le lendemain il y a ag-g-ravation. Ces suspensions de fonction, qu’on retrouve dans l’odorat, dans l’ouïe, méritent le nom de laryngocopose (épuisement laryngé temporaire). Le changement qui a paru d’abord sur le médium s’étend peu à peu aux registres aigu et grave.

Causes. — Nous retrouvons ici les causes principales , des maladies du timbre. Cependant, en se pénétrant de ■ l’enseignement qui découle des observations, on arrive à penser que la cause de ce trouble spécial gît dans la i poitrine, cette soufflerie de l’appareil vocal (emphysème pulmonaire). La capacité respiratoire, prise au spiromètre, emmagasine à peine 1 ou 2 litres, au lieu de 2 et 3, comme à l’état normal.

En ce qui concerne plus spécialement la demi-teinte, | je l’ai vue compromise, surtout quand la lésion était laryngée. Alors, au.contraire, la pleine voix est possible.

Si l’altération est thoracique, la demi-voix est possible, mais la pleine voix impossible. j

En somme, le diagnostic maladie sur le médium i pourra être porté toutes les fois que l’artiste se plaindra | de divers troubles sur cette partie de son clavier vocal, coïncidant avec un manque de souffle.

Traitement. — S’adresser à la cause et imposer un repos vocal de deux ou trois mois. Je me suis bien trouvé des diverses pratiques de la gymnastique respiratoire pour donner à la soufflerie la force ou l’amp 1 ur qui lui font défaut.

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