III. TROUBLES SUR LA SOLIDITÉ. - Le mot ne me
convient pas entièrement, mais je n’en trouve pas de meilleur. Il s’agit de ces voix, intactes quant au timbre et aux registres, et qui ne peuvent plus chanter longtemps sans se troubler diversement. Elles ont perdu l’endurance. « Mon élève, m’écrivait un professeur de chant, donne l’effort, mais elle ne le soutient pas. » Un voile sur la'Vôix se monti’ê a bref délai, surtout si l’artiste
VOIX CHANTANTE
parle; quelquefois même le chant reste bon quand la parole est voilée. Qui veut lutter éprouve bientôt la crampe des chanteurs (sécheresse et contractures douloureuses à la gorg-e).
Causes. — Toutes celles invoquées déjà, mais plus particulièrement : Thypertrophie du système amygdalien (amygdales palatines, ou linguale), l’entraînement trop précipité des voix, si, le travail ayant été commencé trop tard, on veut rattraper le temps perdu. J’ai vu des hémoptysies déterminées par ces entraînements précipités. Enfin j’ai surtout trouvé ce manque d’endurance chez ceux qui abusent de la voix parlée, par mauvaise habitude ou par nécessité professionnelle, comme si la parole consommait largement les réserves de force laryngée que le chant aurait utilisées. Les bavards compromettent leur voix chantée. Il semble que « la parole tue le chant ».
Traitement. — Le médècin s’appliquera d’abord à remettre en état l’appareil vocal par des soins locaux et généraux. Le chanteur usera modérément de sa voix. C’est en parlant peu, en n’étant pas bavard qu’il fera des économies de voix.
IV. CHEVROTEMENT. — H y a des larynx qui chevrotent naturellement, dès le début de leur carrière, les uns par crainte et émotion, d’autres par imitation très consciente d’un artiste chevrotant; mais généralement ce trouble marque le dépérissement de la voix. Il est ordinairement le résultat des excès vocaux.
Un des derniers cas que j’ai rencontrés était celui d’un curé de campagne, dont le chevrotement s’étendait aux muscles du cou. Naturellement ténor, il avait cherché à se faire une voix de baryton pour conduire les chants de ses paroissiens. Les cordes vocales affaiblies ne luttent plus régulièrement contre la poussée pulmonaire, ou les muscles expirateurs ont perdu leur tenue nécessaire.
Traitement. — C’est affaire aux maîtres de chant.
V. TROUBLES DE L’INTENSITÉ. — Une catégorie de malades se plaignent que leur voix manque de force, de puissance, qu’dle s’entend peu, sans que le timbre en soit changé. « Quand j’ai chanté depuis un moment, me disait un artiste, je manque de souffle, je me sens la
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poitrine brisée et cependant je rie suis pas enroué. »
D’autres ne sont plus maîtres de leur émission. Ils ont la sensation que la voix se déplace du nez à l’arrière-bouche et vice versa. J’ai pu constater chez eux une parésie des tenseurs.
Ces malades' sont des lymphatiques, des tuberculeux, des adénoïdiens, des obèses, des chloro-anémiques, des scléreux de l’oreille qui n’ont plus conscience du degré de timbre nécessaire.
Ce sont surtout des affaiblis de la poitrine, pour des causes diverses, et qui n’ont pas assez de pression dans l’expiration thoracique pour faire vibrer fortement les cordes vocales. Il me semble donc y avoir une aphonie d’ordre thoracique; telle l’aphonie des gens essoufflés par une course rapide.
Traitement. — Le traitement tonique convient en général.
VI. ALTÉRATIONS DE L’ETENDUE. — Elles fontperdre deux ou trois notes à l’une ou l’autre extrémité du clavier. Et si l’artiste veut les faire sortir, il éprouve une douleur et elles craquent {canarder). Ces larynx sont
fénéralement atteints de chordites diverses qui se prouisent volontiers quand l’artiste « a chanté sur un rhume »,
Traitement. — Repos de l’organe, traitement direct (cautérisations) et indirect (massage, électricité).
VII. MALADIES DIVERSES. — Sous ce titre, je range quelques cas trop peu importants par le nombre pour mériter un chapitre à part. Mais ce groupe ne pourra que grossir, par les observations ultérieures. C’est le chapitre « a classer » qui doit rester ouvert.
1° Altération de l'agilité. — Quelques artistes sentent que leur voix devient lourde. Vocalises, passages vrais, et faux deviennent difficiles. Se méfier alors d’une tuberculose latente.
2“ D’autres se mettent à tousser quand ils chantent. Mêmes craintes, à moins qu’il ne s’agisse d’une luette trop longue.
' 3® Quelques-uns ont un trouble de résonnance, seu-' lement s’ils chantent sur des paroles. Le plus souvent c’est un nasillement attribuable à de l’obstruction nasale.
VOIX CHANTANTE
Parfois même cette lésion est tévélée par les premières leçons de chant. Ces voix ne sortent pas, ne portent pas.
4® Chats et Graillons. — Ce sont des mucosités sur les cordes ou, dans la trachée. Ils font craquer la voix et àccompao-nent les états catarrhéux des premières voies respiratoires (larynx, trachée, bronches).
Traitement — Il consiste dans les stations hydrominérales : La Bourboule, Mont-Dore, Cauterets et autres, dans les inhalations ou les injections intratrachéales mentholées. L’artiste s’exercera, pendant quelques mL nutes avant de paraître en public, pour débarrasser sonr appareil vocal, pour faire la « toilette de sa voix ».
Troubles d’ordre nerveux. — Une artiste avait une voix très régulière; mais, lorsque, montant la gamme, elle arrivait au ré de son médium (ré'®), tous les muscles de son cou se convulsaient et la note se dérobait vers le bas, baissant malgré elle. Dans les notes au-dessus, tout était normal, et ce phénomène ne se reproduisait pas quand la gamme redescendait. Aucune lésion dans le larynx ni ailleurs.
A mentionner aussi ce trouble moteur : l’impossibilité de chanter quand la parole existe indemne, comme il y a des aphonies hystériques avec conservation de la voix chantée.
Voici plus bizarre encore ; trois fois déjà j’ai rencontré des malades qui me disaient : « Entendre chanter les autres m’enroue. » Les enfants de l’une de ces malades disaient : « Ne crions pas si fort, nous allons enrouer maman ».
6“ Un autre trouble, peu fréquent, c’est celui que les artistes appellent la roulette. Une ou deux notes, généralement près du passage de la voix de poitrine à la voix de tête, font entendre une sorte de roulement, raclement ou grelottement qu’il suffit d’avoir entendu pour le reconnaître. Encore une petite misère des larynx surmenés. Je Eai vu coïncider avec la présence de nodules ou avec le prolapsus de la muqueuse du bord libre.
Il y a aussi la bobèche, la voix semblant accompagnée de la vibi'ation d’une bobèche, le « fil dans la voix », le
craquement, le couac, mais ce sont là plutôt des vices i de la voix dont l’étude n’entre pas dans mon sujet.
D’une manière g’énérale, les maladies de la voix sont bien souvent l’expression de la fatigue laryngée et de ces petits nodules qu’on voit sur le bord libre des cordes.
D’ailleurs si le sujet est exempt de maladies constitutionnelles, s’il est assez jeune encore et persévérant dans le traitement, il guérira de ses divers troubles vocaux.
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