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CHAPITRE IV

NODULES VOCAUX

Cette affection, signalée par Türck en 1866, sous le nom de chorditis tuberosa, est encore connue sous les noms de nodules des chanteurs, nodules des instituteurs, nodules d'attrilion (Gurtis). Nous séparons sa description de celle de la laryngite chronique, parce que cette lésion a une physionomie bien particulière et qu’il importe au diagnostic comme à la thérapeutique de la mettre à part.

Elle consiste en un petit épaississement, du volume d’un grain de mil au plus, blanchâtre, conoïde, qui apparaît sur le bord libre d’une ou des deux cordes vocales, environ à l’union du tiers antérieur et du tiers moyen (fig. 34). Exceptionnellement on voit plusieurs nodules sur une même corde vocale.

D’après Sabrazès et Prêche, ces nodules sont constitués histologiquement par des hyperplasies limitées de l’épithélium et du chorion muqueux.

Le premier est remarquable par la kératinisation ou la multiplication des cellules polyédriques. Le chorion réagit surtout sous forme de saillies papillaires.

Causes. — La cause réside dans les excès vocaux, qu’il y ait surmenage ou malmenage de la voix. C’est pourquoi on observe surtout les nodules chez tous les professionnels de la voix, instituteurs, orateurs, chanteurs smilitaires qui se fatiguent dans le commandement. On les rencontre assez souvent chez les enfants qui ont la mauvaise habitude de crier trop fort dans leurs jeux, C.4STEX. — Mal. du Larynx. 2e édit. fi

vocaux.

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OU qui imitent les cris d’animaux, le phonographe, etc. | Krause fait remarquer qu’on les observe plus souvent j chez les femmes que chez les hommes ; deux fois plus, dit Chiari. C’est que leur larynx est moins résistant à la fatigue et qu’elles s’inquiètent plus vite que les hommes de leurs altérations vocales. Certaines conditions phjr siques favorisent leur apparition : l’existence de grosses amygdales, palatines ou linguale, de tumeurs adénoïdes, [ d’hypertrophie des cornets inférieurs qui, gênantl’émis^j : sion vocale, obligent, les sujets à forcer leur voix, à i pousser selon l’expression technique. |

L’affection peut se développer rapidement et insidieu- ; sement. Je. connais une lectrice qui avait, contracté uu nodule pour avoir lu à haute voix, pendant plusieurs i jours de suite, quatre heures durant. J’ai même vu des . nodules chez des dames qui fatiguaient leur voix exclusivement à leur jour de réception.

Les personnes bavardes sont naturellement les plus exposées et surtout délies qui parlent vite.

Par l’accolement forcé des bords libres des cordes, * qui se fait surtout vers leur milieu, les divers tissus, j épithélium et derme muqueux, s’épais.sisseut au point de former le nodule. C’est en réalité un durillon de là corde.

Symptômes. — Les sujets qui en sont porteurs éprou-' vent d’abord de l’enrouement, de la difficulté à parler ; ou à chanter longtemps; puis les divers registres de leur clavier vocal périclitent, surtout le médium qui manque de sonorité et l-’aigu qui perd ses deux ou trois notes les plus élevées. Au degré le plus accentué, l’air fuit entre les cordes- pendant l’émission phonétique, parce que leur accolement exact est empêché. La note est alors accompagnée d’un petit sifflemeht et l’artiste, est très gêné par cette déperdition de vént {coulage vocaiy ; Àulàryngoscope, l'organe paraît indemne tout d’abord, et, si on 'n’ayâit l’œil exercé, oh méconnaîtrait cette saillie blanchâtre, rarement rougedtre, quelquefois très

S' etite, qui soulève en un point le bord libre d’une où es deux cordes, symé.triquement, Le volume des deux nodules peut d’ailleurs être très inégal. Parfois on les deviné plus qu’bn ne les voit, parce qu’ils arrêtent un

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peu de mucosité qui fait filament entre les deux cordes quand elles s’éloignent l’une de l’autre:

■ Diagnostic. — Leur diagnostic présente quelques légères difficultés. D’abord on ne prendra pas pour un nodule une petite mucosité arrêtée momentanément sur le bord de la corde. Il suffit de faire tousser le sujet plusieurs fois et violemment pour la déloger.

On distinguera également le nodule vocal du nodule tuberculeux (1). Celui-ci. qui vient aux sujets scrofuleux, est une forme du début de la tuberculose laryngée. Il est plus gros, rougeâtre, siège indifféremment sur les divers poins de la corde qui est rougeâtre aussi; sa forme est sphéroïde. Il n’est pas symétrique comme l’autre. En outre, le sujet est suspect de bacillose. Il n’est pas rare de voir chez des strumeux des nodules qui présentent des caractères intermédiaires à ces deux types, faisant craindre la tuberculisation de nodules primitivement simples.

Pronostic. — Il est grave au point de vue fonctionnel. Quelques artistes arrivent néanmoins à très bien chanter, malgré la nodulation de leurs cordes. Mais il faut craindre notamment leur transformation ultérieure en polype et surtout leur tuberculisation secondaire chez les sujets prédisposés.

Les personnes qui s’adonnent à l’enseignement doivent se méfier d’autant plus de ces nodules que les parents redoutent de confier leurs enfants à des maîtres dont la voix est enrouée. Ils craignent qu’il s’agisse de tuberculose laryngée et le professeur se voit congédié sans autre motif, ün objecte encore qu’un professeur à voix enrouée doit mal enseigner puisque lui-même n’a pas su préserver sa propre voix.

Traitement. — Avant tout, c’est le repos vocal complet pendant plusieurs semaines, s’il est possible de l’obtenir. Puis l’artiste ou l’orateur modifieront leur manière, évitant de forcer leur voix, de recourir par trop au coup de glotte qui serre les cordes l’une contre l’autre, ménageant des pauses dans leur débit, retenant

(1) Castex, Tuberculose laryngée nodulaire {Bull, de la Soc. fr. de laryng., 1897).

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leur voix dans le médium sans la laisser insensiblement I s’égarer dans l’aigu. |

On emploie sans grande efficacité les cautérisations [ au chlorure de zinc à 1 p. 30 ou à l’acide lactique à 20 p. 20. Les pulvérisations avec ce dernier sont préfé- i râbles. On peut encore les toucher au galvanocautère.

Au besoin, on enlève ces nodules, sous cocaïne, avec ' la pince coupant transversalement, mais ce ne sera pas j sans prévenir l’artiste que son, organe restei'a quand | même un organe fatigué, afin qu’il n’^attribue pas à notre ! intervention directe la perte de sa voix. Règle générale; on sera très sobre de ces interventions dans les larynx des chanteurs, car le repos vocal suffit souvent à les remettre en état. Je viens de revoir un jeune homme de 20 ans que j’avais laissé il y a 5 ans avec deux nodules. Ils ont spontanément disparu et la voix a retrouvé son timbre naturel.

BIBLIOGRAPHIE. — Sabrazès et Prêche, Sur l’anatomie' des nodules des chanteurs {Ann. des mal. de l’oreille et du larynx, sept. 1892). — Knight, Sur le nodule des chanteurs {Associatm laryngologique américaine, 1894). - — Poyet, Traitement des nodules vocaux {Soc. franç. de lavyngologie, 1893). — Boteï, Journal la Voix, août 1897 et Maladies de la voix chez les chanteurs, 1899. — CoMP.AiRED, Multiplicité des nodules vocaux {Académie de Madrid, 6 mars 1899). — Chiari, Gapart, Rrause, Rapports sur les nodules vocaux {Congrès international de Paris, 1900).

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