CHAPITRE X
TUMEURS BÉNIGNES (POLYPES
Les polypes représentent la presque totalité des tumeurs bénig-nes du larynx. A peine peut-on citer quelques cas , d’ecchondroses sans pédicule. Ce chapitre sera donc la description des tumeurs pédiculées ou polypes.
Ils ne sont bien connus que depuis l’emploi du laryngoscope. Avant cette période, on les considérait comme des cas de faux croup (Lieutaud, 1767). En 1850, Erhmann (de Strasbourg) en donnait pourtant une assez bonne description. Victor von Bruns se crut dès lors autorisé à pratiquer sur son propre frère la première extirpation endolaryngée.
La question a été complètement étudiée par Schwartz (1).
Fréquence. — L’affection se présente assez rarement. La , statistique de Krishaber indiquait 3 p. 100 des diverses laryngopathies, celle de Fauvel 1 p. 100. Ma statistique personnelle donne même un cniffre inférieur ; 0,73 p. 100.
Causes. — On les observe plus souvent chez l’homme que chez la femme, dans la proportion de 3 à 1. Ils succèdent principalement au surmenage laryngé. Morell- Mackenzie relève cette étiologieOl fois sur 100. Toutes les causes de laryngite chronique interviennent : variations de température, professions qui exigent le travail au milieu des poussières. Coyne (1874) a montré que la rougeole laissait dans les cordes des altérations qui peuvent favoriser l’apparition des polypes. Parfois ils ne sont que l’exagération de nodules vocaux.
Anatomie pathologique. — Leur siège est habituel-
(1) Schwartz, Des tumeurs du larynx {Thèse d’agrégation, Paris, 1886).
lement sur les cordes vocales, 250 fois sur 300 cas (Fauvel), et de préférence sur le tiers antérieur des cordes. A simple titre de curiosité, je rappellerai le cas d’un polype extralaryngé, vu par Tsakyroglous sur la partie latérale du cricoïde.
Leurs variétés histologiques sont assez nombreuses. Nous les passons en revue dans l’ordre de leur fréquence.
1“ Fibromes. — Ils se présentent sous l’aspect d’une
Fetite tumeur opaque, d’un gris rosé, implantés sur une ou l’autre des cordes vocales (fig. 64 et 65). Leur pédicule est plus ou moins large; quelques-uns sont même tout à fait sessiles. La corde opposée peut être déprimée par la tumeur de sa congénère. Il s’en rencontre de bilobés avec un lobe au-dessus et l’autre audessous de la corde [-Vagnier (de, Lille)]. Leur revêtement est fait d’épithélium pavimenteux en raison des frottements incessants qu’ils subissent. On a signalé la dégénérescence .kystique des fibromes (Labus, Garel,
Chiari) ; quelques-uns atteignent un volume considérable. Chiari en signale un qui mesurait 4 centimètres de diamètre.
2“ Myxomes. — Considérés d’abord comme assez rares et pris souvent pour des kystes, ils se sont montrés fréquents dans les examens microscopiques. On en voit jusque sur l’épiglotte (Van der Poel). Leur
TUMEURS BÉNIGNES
constitution histologique ne diffère pas de celle des polypes muqueux des fosses nasales. Leur volume peut atteindre de grandes dimensions. Dudefoy en a rencontré un qui avait le volume d’un abricot (1891). Ils sont hygrométriques et gonflent par les temps humides. Quelques-uns deviennent kystiques (fig. 66),
Fig. 66. — Myxome de Fig. 67. — Papillomes
la corde vocale droite. du larynx.
3® Papillomes. — Ils se rencontrent surtout dans l’enfance et sur la moitié antérieure des cordes, où l’anatomie a révélé la présence de papilles à l’état normal. Ils pullulent abondamment et récidivent volontiers. On en distingue deux types principaux : mûriforme et villeux : les premiers composés d’une multitude de petits lobules, comme des végétations génitales; les autres, en gerbe, avec d’assez longs filaments, comme on le voit dans les tumeurs de la vessie. Quelques-uns se recouvrent d’epithélium corné ; papillome kératimsant, cornu laryngeum (Jurasch), verruca dura (Bergergrun) (fig. 67).
Leur transformation en tumeur maligne est exceptionnelle.
4“ Kystes. — Ils ont été bien étudiés par Moure en 1881 (1). On les rencontre principalement sur l’épiglotte
(1) Moure, Thèse de 1881.