CHAPITRE XII
CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX ET DE LA TRACHÉE
On les a divisés en corps gazeux, liquides et solides. Mais nous n’étudierons que ces derniers, car la pénétration de gaz ou de vapeurs, de sang' ou de pus au cours d’une opération, de boissons ou de médicaments liquides, présente moins d’importance pour le spécialiste.
Variétés. — Les corps étrangers solides peuvent être vivants ou inanimés.
Parmi les premiers, figurentdesmouches, des insectes, des sangsues appliquées dans la cavité buccale ou avalées avec l’eau des marais, comme on Ta observé chez des soldats en campagne.
Des corps inanimés, les uns ne se modifieront pas dans les voies aériennes (pièces de monnaie, dents artificielles, sifflets, aiguilles, fragments d’os), d’autres gonfleront au contact des mucosités (graines diverses, pépins de fruits, pois, café, haricots, etc.), d’autres même pourront s’y dissoudre (fragments de sucre, crayon de nitrate d’argent).
Etiologie. — C’est surtout chez les jeunes enfants que l’accident se produit, avant la septième année (Aronssohn). On l’observe encore assez souvent chez le vieillard, par mauvaise déglutition.
Le mécanisme de la pénétration varie. Ayant été introduits dans la bouche, les corps étrangers s’insinueront dans le larynx par un mouvement d’inspiration brusque ou de surprise, dans un accès de rire subit, chez les enfants qui jettent une pièce en Tair pour l’attraper dans leur houche, chez une personne qui parle en mangeant.
Les pièces dentaires méconnues peuvent tomber dans les voies respiratoires au cours d’une chloroformisation, accident facile à éviter en questionnant le malade avant
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de l’endormir ; ou bien par suite d’une affection de l’épiglotte (ulcérations) ou par l’anesthésie du pharynx (paralytiques généraux).
Quelquefois, ce sont des corps étrangers qui montent des bronches ou des poumons. Ce sont aussi des corps étrangers du nez refoulés par le médecin, ou des matières de vomissement, surtout dans la chlorofoi'misation.
Plus rarement, l’introduction se fait par une plaie du cou (canules à trachéotomie détachées de leur plaque extérieure) (Billot), ou par une communication entre l’œsophage et la trachée (pièce de monnaie perforant la cloison musculo-membraneuse (Bégin), lombrics (Le Pelletier).
Anatomie pathologique. — Les statistiques diffèrent un peu sur la situation des corps étrangers dans le tube respiratoire. D’après Durham, sur 45 cas observés par lui, 7 fois c’était au larynx, 5 fois à la trachée, 2 fois dans la bi'onche droite et 1 fois dans la bronche gauche. La statistique de Bourdillat indiquait la trachée comme localisation la plus ordinaire : 80 fois sur 156 cas.
Les corps plats ou irréguliers seront plutôt arrêtés par les saillies de la cavité laryngée ; ils pénétreront dans les ventricules ou seront pincés entre les cordes vocales (fig. 81). J’ai vu une pièce de cinquante centimes arrêtée à plat au niveau de la glotte ; ses bords entraient dans les deux ventricules. Il s’agissait d’un conducteur d’omnibus qui avait placé la pièce entre ses lèvres et s’était mis à parler en même temps.
Un corps arrondi franchira la glotte et restera sans fixité dans la trachée, remontant et redescendant dans les crises de toux. Arrivé à la bifurcation, il s’insinue plus aisément dans la bronche droite que dans la gauche, parce que son calibre est plus fort et que sa direction continue plus exactement celle de la trachée. Ainsi, en général, dans le larynx, les corps étrangers sont fixés ; dans la trachée, ils sont mobiles.
Quelquefois les tissus tolèrent bien le parasite. Aucune lésion n’en résulte (Mondière), mais souvent la muqueuse rougit et s’ulcère, vaisseaux et cartilages sont lésés par les accès de toux qui secouent le corps étranger. Ayant pénétré dans le parenchyme pulmonaire,
il peut déterminer de l’emphysème, des abcès, de la ^ang-rène. Rokitansky a sig-nalé l’ulcération de l’artère innominéedans un accès de toux.
Symptômes. — On doit les distinguer en primitifs et consécutifs.
1° Symptômes primitifs. — Au moment même de l’accident : accès violents de suffocation et de toux.. Le malade peut expectorer du sang, vomir, avoir des évacuations involontaires d’urine et de matières fécales, puis, ces troubles s'apaiseront. Si le corps étranger, très volumineux, a obturé complètement le larynx, la mort est subite. Au contraire, les troubles initiaux peuvent être nuis ou si peu importants que l’accident reste méconnu.
2o Symptômes consécutifs. — Ils diffèrent selon que le corps étranger est fixé ou mobile. S’il est fixé, ce seront de la raucité vocale, de l’oppression, du tirage sus-sternal, de la toux avec expectoration sanguinolente et surtout une douleur localisée.
Le murmure respiratoire est amoindri du côté de la bronche occupée.
Quand il est mobile, la moindre secousse, un changement d’attitude, le rire, le ' ramènent au contact de la glotte qui se contracte convulsivement, d’où des cris d’étouffement. C’est alors qu’on peut percevoir, par la palpation ou l’auscultation, les bruits de grelot ou de soupape signalés par Dupuytren. S’il s’enclave dans la glotte, la mort peut être rapide.
La palpation, l’auscultation, le toucher laryngien même, peuvent donner des renseignements, mais ce dernier procédé risque de faire franchir la glotte à un corps étranger arrêté dans le larynx. La laryngoscopie est bien indiquée ici, mais en cocaïnisant d’abord le malade, pour éviter les reflexes qui secoueraient le sujet. La radiographie révélera la présence et le siège de- cei'tains corps étrangers (fi g. 82).
Fig. 81. — Pièce de monnaie enclavée dans les ventricules du larynx (Graz'zi).
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Terminaison. — La mort peut survenir à la longue, après plusieurs années (Guyon), par des complications pulmonaires ou pleurétiques. Ou bien il y aura expulsion tardive. Le malade est pris d’un accès de toux et expectore son corps étranger dans un flot de pus et de sang, sans que la guérison soit acquise. L’expulsion
Fig. 82. — Radiographie d’une épingle introduite dans un larynx d’enfant.
peut aussi se faire à travers la paroi thoracique ; elle est précédée par un abcès (Duplay) et ce genre d’issue semble particulier à des graminées : épis de blé, d’avoine.
Diagnostic. — 1° Y a-t-il un corps étranger dans les voies aériennes "? Les commémoratifs sont importants chez l’adulte, qui a bien le souvenir de l’accident, mais Castex. — Mal. du Lai-ynx. 2e édit. 10.
ils sont souvent sans utilité chez les aliénés ; de même chez les enfants, qui quelquefois, en outre, nient dans la crainte d’être grondés.
L’alternance de suffocations et d’accalmies a une grande portée diagnostique. L’examen attentif des symptômes et de la marche aidera à discerner uné laryngite stridaleuse, un spasme de la glotte, un ictus laryngé, l’existence d’un polype visible d’ailleurs au laryngoscope, un corps étranger de l’œsophage révélé par le cathétérisme ou la radiographie, et surtout une pseudotuherculose pulmonaire, car les accidents consécutifs simulent parfois une lésion bacillaire des sommets.
2» Où siège la corps étranger ? Dans le larynx, si la voix est altérée et si la .douleur y est localisée.
Dans la trachée, si les crises d’oppression sont intermittentes et si on entend le bruit de grelot.
Dans une des bronches, s’il y a asphyxie grave, suppression unilatérale du murmure respiratoire avec conservation de la sonorité.
Pronostic. — Sauf quelques exceptions rares, il est grave, puique le malade est exposé à des accidents mortels, immédiats ou consécutifs, même après l’expulsion du parasite. Anacréon serait mort d’un grain de blé tombé dans son larynx. Il est particulièrement grave chez l’enfant, dont la glotte est irritable et étroite, dans les cas de corps caustiques, irréguliei'S ou susceptibles de se gonfler par l’humidité des voies aériennes.
Traitement. — Pour les cas rares où le corps étranger, fixé dans la trachée ou les bronches, ne détermine pas d’accidents, on peut temporiser. En toute autre circonstance, il faut intervenir.
On n’aura pas recours aux moyens qui peuvent provoquer la toux, aux vomitifs, à l’inversion du sujet aidée de la percussion sur le thorax. Ils sont inutiles ou dan-
Kereux, car ils peuvent amener du spasme glottique par î heurt contre la glotte. Si on employait ces moyens, il faudrait du moins avoir sous la main les instruments pour la trachéotomie.
Le corps étranger est dans le larynx, au-dessus de la glotte. — On cherchera à l’extraire par les voies naturelles, sous le contrôle du miroir, avec le type de pince
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larvng-ienne le mieux approprié au cas et après cocaïnisation. Voltolini a donné le conseil d’employer des aimants quand il s’ag-it de corps métalliques ; assez souvent les aiguilles ne peuvent être amenées que par fragments. Au besoin, on chercherait à amener le corps avec l’index droit. Sur un ensemble de 1000 cas, 93 fois on a pu avoir le corps étranger par cette voie.
En cas d’insuccès, on aura recours à la pharyngotomie sous-hyoïdienne de Malgaigne ou à la laryngotomie susthyroïdienne de Follin.
2“ Le corps étranger est dans la glotte ou dans la région sous-glotlique. — On a recours à la thyrotomie verticale, avec trachéotomie préalable, car celle-ci peut
suffire pour refouler de bas en haut le corps étranger au moyen d’une tige courbe passant par l’incision trachéale (Annandale, Krishaber). Leseigneur a fait ressortir l’innocuité de la thyrotomie pour la vie et la voix, en cas de corps étranger.
3“ Le cohps étranger est dans la trachée. — On recourt à la trachéotomie, sans mettre de canule, mais en laissant entr’ouverte l’incision trachéale, à l’aide d’écarteurs. Dans un accès de toux, le corps du délit peut sortir; sinon, on met l’opéré la tête en bas et on agace sa muqueuse trachéale ou même on va fouiller avec des pinces (fig. 83) le fond de la trachée et l’entrée des bronches. Baildon a réussi à avoir ainsi un bout de crayon entré dans une bronche, à l’aide d’une longue pince à cholécystotomie.
En cas d’insuccès, on s’arrête, laissant entr’ouverte la
{)laie trachéale par où le corps étranger pourra sortir de ui-même ultérieurement.
On pourrait même s’aider de la trachéoscopie,avec un
Setit miroir introduit dans l’incision. Voltolini réussit e la sorte à extraire un fragment de coquille de noix. Le corps étranger sorti, on prescrira des inhalations antiseptiques, pour éviter les accidents consécutifs.
Les résultats opératoires pour les corps étrangers des voies aériennes sont indiqués dans la statistique de Weist portant sur 1674 cas. Il en conclut que, sans opération, la mortalité est de 1 p. 3,5 et avec l’opération elle n’est que de 1 p. 4.
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