‹ Maladies du larynx, du nez et des oreillesChapitre 59 sur 229 · FRACTURES, PLAIES, ETC · texte numérisé non relu

FRACTURES, PLAIES, ETC

Les traumatismes du larynx intéi'essent le spécialiste surtout par leurs conséquences. Nous les passerons donc en revue en commençant par ceux qui agissent le moins profondément.

I. CONTUSIONS. — Un chocviolentatteignant lelarynx, par le devant du cou, peut entraîner la mort immédiate par le mécanisme des actions reflexes ou des inhibitions. Brown-Séquard a pu tuer ainsi des chiens sans qu’il y eût ni convulsions, ni agonie. Les assassins connaissent cette façon de donner la mort, souvent ils surprennent leur victime par derrière et jetant un lien au-devant du cou, ils tirent vivement en arrière les deux extrémités. En Angleterre c’est le garrot te-robherie ; en France, c’est le coup du père François. Ce phénomène réflexe ou inhibitoire explique comment quelques pendus succombent sans que leurs pieds aient quitté le sol. C’était le cas du prince de Condé, en 1831. Pourtant l’inhibition n’est pas hors de contestation, car, chez des sujets morts de la sorte, üuterbœck, P. Koch ont trouvé des infiltrations sanguines dans les repris aryténo-épiglottiques et dans les cordes vocales supérieures et inférieures.

II. STRANGULATION. — Lors même que la constriction est modérée, la glotte se ferme. Langreuter l’a constaté avec le laryngoscope. Dans quelques cas, le larynx a été trouvé aplati transvérsalement sans qu’il y eût fracture des cartilages. Chez certains pendus, la corde a glissé au-dessus du larynx et serré au-dessus de l’os hyoïde. La mort survient alors par le refoulement de la base de la langue, qui, en rabattant l’épiglotte, ferme le larynx.

III. FRACTURES. — Le laryngologiste n’a que rarement à ti'aiter ces fractures qui l’intéressent, surtout par les lésions endolaryngées consécutives.

Une statistique de Fischer établit la fréquence relative des fractures dans les diverses pièces du larynx. Sur 105 cas, il a relevé :

29 fractures du thyroïde ;

11 du cricoïde ;

9 des thyroïde et cricoïde ;

3 des thyroïdes et des hyoïdes ;

C’est donc la fracture du thyroïde, qui est de beaueoup la plus fréquente.

Causes. — Les fractures du larynx se rencontrent surtout dans la deuxième moitié de la vie, à l’époque

Fig. 84. — Fracture du cartilage thyroïde (Roei.

OC, ligne de la fracture.

où les cartilages commencent à s’ossifier, mais elles sont rares chez les vieillards dont les cartilages sont entière-

TRAUMATISMES DU LARYNX

ment ossifiés. Plus fréquemment on les constate chez l’homme, exposé aux traumatismes par la profession. Elles résultent de violences bilatérales (pression entre les doigts) ou de chocs assénés d’avant en arrière (passage d’une roue de voiture). Les fractures sont rares dans la pendaison (Tardieu).

Anatomie pathologique. — La solution de continuité atteint généralement le thyroïde près de la ligne médiane, parce qu’elle résulte d’un effort qui tend à fermer ou à ouvrir l’angle dièdre de ce cartilage, parfois aussi au niveau de ses grandes cornes. Elle est surtout verticale (fig. 84). Le cricoïde se fracture en avant sur la ligne médiane ou bilatéralement.

Les aryténoïdes restent indemnes le plus souvent, mais les muscles et la muqueuse peuvent être déchirés, infiltrés de sang, d’où des déformations graves à la suite (fig. 85). En outre l’os hyoïde, le maxillaire inférieur, la trachée peuvent être fracturés simultanément, comme les vaisseaux carotidiens et jugulaires peuvent être déchirés .

Symptômes et complications. — Le blessé crache des mucosités sanguinolentes, a la voix voilée et présente de la dyspnée laryngée. En explorant, on trouve quelques points très douloureux où le squelette est déformé. On pourra constater delà mobilité anormale, de la crépitation, mais bientôt survient un emphysème qui gêne toute exploration minutieuse. Stôrk a signalé l’importance d’une ecchymose sous-cutanée tardive dans les cas où le diagnostic de fracture est resté douteux, car

f>arfois la peau est indemne et la fracture des cartiages rester latente. Le cas peut être très simple et guérir même sans incident, mais ordinairement le blessé subit des complications immédiates (infiltrations sanguines sous-muqueuses, œdèmes sous-glottiques) ou tardives (nécroses des fragments, cicatrisations vicieuses et rétrécissements irréductibles). J’ai vu, chez un palefrenier dont le cou avait été pris dans la mâchoire d’un cheval, la muqueuse du larynx tout entière infiltrée longtemps après et l’aryténoïde gauche immobilisée. On aurait dit d’une tuberculose laryngée. Koschiw a signalé un cas analogue (Société viennoise de larvngologie, o décembre 1895).

Pronostic. — Il est grave et la mort peut survenir vite, faute d’intervention. Sur 52 cas, Hénocque a relevé 43 morts. Même si elles paraissent bénig-nes au début elles peuvent, sur le tard, se compliquer d’accidents graves. Un malade, cité parP. Heymann, n’avait présenté

Fig. 85. — Fracture du larynx (Roe).

A, rupture de la membrane muqueuse par où s’est faite l’hémorragie. — B, corne supérieure tournée én dedans.

presque pas de troubles, au point de reprendre immédiatement son travail, mais dix mois après il mourait d’une sténose progressive.

Si, au contraire, la respiration est menacée, il faut pratiquer l’intubation ou la trachéotomie suivant les cas. Le mieux serait de mettre immédiatement la canuletampon pour pratiquer la thyrotomie verticale médiane

TRAUMATISMES DU LARYNX

(Fischer, Panas, Caterinoçoulos, Wagner), qui permet de réparer les diverses lésions produites et d’assurer au blessé un avenir moins inquiétant.

IV. PLAIES. — On les observe rarement comme plaies de guerre, mais elles sont assez fréquentes dans la pratique civile, qu’il s’agisse de suicides ou d’homicides. Elles sont produites par des rasoirs, des couteaux. Les fous aiguisent des manches de cuillère pour se donner la mort (Legouest). Plus souvent encore les plaies atteignent la trachée ou le larynx même.

La section est généralement oblique en bas et à droite, s’il s’agit d’un suicide; elle est oblique en bas et à gauche, en cas d’homicide. Ces directions s’expliquent par le mouvement de la main meurtrière (Fischer).

Lichtwitz a observé la division longitudinale de la corde vocale droite chez un enfant de cinq ans qui avait fait pénétrer dans son larynx un jouet tranchant en plomb. Il fallut pratiquer, à trois reprises, la thyrotomie.

Les -plaies du larynx se divisent naturellement en étroites et larges (Heurteloup), mais il faut noter la disproportion qui existe souvent entre l’étendue de la plaie cutanée et celle de la plaie cartilagineuse. La plaie estelle large, l’écartement des deux tronçons peut être considérable, tandis que les gros vaisseaux du cou reportés en arrière par l’extension exagérée de la tête au moment du meurtre, échappent souvent au couteau et se voient presque à nu dans le fond de la plaie. Si la plaie est étroite, il faut craindre la chute du sang ou de l’épiglotte sectionnée dans la trachée, l’emphysème superficiel et profond.

Ces plaies sont particulièrement dangereuses par les complications broncho-pulmonaires, les rétrécissements et les fistules aériennes qui peuvent en résulter.

Le traitement consiste à parer d’abord aux divers accidents et si l’asphyxie menace à mettre une canule dans la trachée pour pouvoir ensuite pratiquer la laryngotomie qui permet de remettre en état l’intérieur du larynx.

La suture immédiate de ces plaies, autrefois recommandée par Paré, a été repoussée par M. Panas (1878) et la plupart des traités de chirurgie. M. Morestin a

Castex. — Mal. du Larynx. 2' édit. 1 1

M.U.ADIES DU LARYNX

réussi néanmoins à fermer en huit jours une plaie transversale qu’un aliéné s’était faite au niveau de l’espace crico-thATOïdien, g’râce à une suture hermétique du larynx, du plan musculo-aponévrotique et de la peau qui refaisait, pour ainsi dire, la région.

V. BRULURES. — Elles sont produites par l’injection de liquides trop chauds, dans les explosions de machines à vapeur, de grisou, dans des incendies. On trouve alors dans le larynx, selon la gravité du cas, des infiltrations, des phlyctènes, voire même des ulcérations superficielles (Brouardel).

Les pulvérisations d’eau sont indiquées dans les cas simples, et la trachéotomie dans les cas graves.

VI. RUPTURES. — Elles sont partielles ou totales. Partielles, s’il s’agit de la ruptui'e d’une corde vocale, accident qui a pu être observé chez des enfants ou des chanteurs qui forçaient leur voix; totales, dans un eboulement violent ou une chute d’un lieu élevé. Mais presque toujours, dans ce dernier cas, il y a coïncidence de ruptures du foie, des poumons, du cœur, qui entraînent la mort.

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