‹ Maladies du larynx, du nez et des oreillesChapitre 83 sur 229 · II. RHINITE ATROPHIQUE FÉTIDE (OZÈNE). — Le · texte numérisé non relu

II. RHINITE ATROPHIQUE FÉTIDE (OZÈNE). — Le

terme ozène (de (sentir), a d'abord servi à désigner un symptôme commun à plusieurs affections des fosses nasales. Ce symptôme, c’est la mauvaise odeur qu’exhalent par le nez certains individus. Aussi, dans cette acception, y avait-il des ozènes de causes diverses : un corps étranger, une sinusite, la syphilis, la tuberculose, les tumeurs des fosses nasales pouvaient se révéler par de l’ozène.

Actuellement, le mot ozène a une signification plus restreinte et plus précise. L’ozène est devenu une entité anatomo-clinique, dont les lésions histologiques, les symptômes et l’évolution sont toujours les mêmes.

Cette affection est caractérisée : cliniquement, par la fétidité de l’expiration nasale, par sa ténacité et sa longue durée; anatomiquement, par l’atrophie des cornets et par un symptôme négatif non moins important, l’absence d’ulcérations muqueuses, de nécroses osseuses; hactériologiquement, par la présence d’un microorganisme, dont la connaissance est due surtout aux recherches de Lœwenberg. C’est une maladie toute spéciale.

L’affection qui présente ces caractères mérite seule le nom d’ ozène ; on l’appelle encore rhinite atrophique fétide et punaisie.

Etiologie et pathogénie. — Elles ont été élucidées depuis les découvertes bactériologiques.

Causes prédispos.antes. — L’ozène apparaît de

firéférence chez les sujets jeunes, de 20 à 25 ans (Cozzoino) ; plus rarement il débute dans l’enfance ou à l’âge adulte. Presque tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître sa plus grande fréquence chez là femme que chez l’homme, dans la proportion de 3 à 1. L’hérédité paraît exercer une certaine influence sur le développement de l’ozène, car on voit quelquefois, dans une même famille, plusieurs enfants atteints. Rosenfeld cite le cas d’une mère et de ses neuf enfants. La syphilis ne peut pas créer l’ozène d’emblée, sans qu’il y ait préalablement des lésions nasales spécifiques. D’autre part, les lésions syphilitiques, secondaires, tertiaires et héréditaires des fosses nasales sont bien distinctes de l’ozène

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vrai, mais elles prédisposent les fosses nasales à contracter l’ozène vrai. L’ozène qui survient dans ces conditions n’est pas un ozène de nature syphilitique, mais un ozène c< post-syphilitique » (Ruault). Souvent aussi l’ozène ést fonction de scrofulose. La rhinite purulente des enfants et la rhinite hypertrophique précèdent quelquefois, Parfois l’ozène survient après une rougeole, une variole. Ici encore, il faut admettre qu’il ne s’agit pas d’un ozène de nature rubéolique ou variolique, mais que les lésions’ nasales de la roug-eole et de la variole ont favorisé l’éclosion de l’ozène. Certains cas viennent compliquer des végétations adénoïdes ou des sinusites.

2° Causes déterminantes. — Avant les travaux de Lœwenberg et d’autres bactériologistes, la cause immédiate de l’ozène avait été diversement comprise.

Vieussens, Rouge, Michel font dépendre l’ozène d’une maladie des cavités annexées aux fosses nasales : sinusites ethmoïdales, frontales, sphénoïdales, maxillaires.

Pour Berliner, l’ozène se développe quand le cornet moyen, en s’appliquant contre la cloison, empêche les sécrétions des régions supérieures des fosses nasales de s’écouler librement.

La théorie de Zaufal est analogue ; pour ce dernier, c’est la largeur exagérée des fosses nasales, disposition primitive préexistant à l’ozène, qui, en facilitant la sortie de la colonne d’air, empêche l’expulsion du mucus.

Analogue encore l’opinion de Guy Patin, Boyer, Percy, Laurent : l’aplatissement des os propres du nez (autrement dit le nez camard, assez fréquent chez les ozéneux) entretient la rétention du mucus nasal, et favorise sa décomposition putride.

A toutes ces hypothèses, on peut faire une même objection : la cause qu’elles assignent à l’ozène n’est pas con.stante.

L’insuffisance des théories précédentes a fait chercher par d’autres auteurs la cause de l’ozène dans des modifications histologiques des épithéliums glandulaires, ou de l’épithélium de revêtement de la muqueuse pituitaire.

Volkmann ayant observé que l’épithélium normal est

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transformé chez les ozéneuxen épithélium pavimenteux, on en conclut que la fétidité de l’ozène était due à cette transformation, et on ne manqua pas de comparer l’ozène aux sueurs fétides des pieds et des aisselles, régions dans lesquelles l’épithélium normal se change en ^ épithélium pavimenteux. •

Krause et Habermann trouvèrent dans l’épithélium glandulairé des granulations graisseuses en grand nombre ; on en conclut que leur décomposition produisait la fétidité de l’ozène.

Ces théories histo chimiques de l’ozène, qui ont remplacé les théories anatomiques précédemment citées, ont le défaut d’expliquer seulement un des symptômes de l’ozène, la fétidité ; de plus, elles prennent un effet, ufle conséquence de l’ozène pour sa cause; aussi ont-elles cédé le pas à la théorie microbienne. Parmi les dernières théories proposées, mentionnons celle de Tissier qui voit dans l’ozène le résultat d’une ostéite localisée et celle de Cozzolino qui le considère comme une dystrophie d’origine scrofuleuse. Lautmann y voit une trophonévrose compliquée de rhinite chonique.

3° Bactériologie de l’ozène. — a. Microbe de Lœwenherg. — De tous les microbes qu’on a trouvés dans les sécrétions nasales des ozéneux, celui qu’a décrit Lœwenberg dès 1884 est le plus constant, et paraît jouer le principal, sinon l’unique rôle pathogène. Il présente les caractères morphologiques et biologiques suivants. C’est un coccus un peu allongé, ayant dans son plus grand diamètre de 1 p à 1 p 5, souvent associé en diplocoque, quelquefois en chaînes. Il est encapsulé. Les couleurs d’aniline le colorent parfaitement, surtout la fuchsine et le violet de gentiane, mais il ne se colore pas par la méthode de Gram. Dans le bouillon peptonisé, il forme lentement au fond un petit dépôt, composé souvent de grumeaux et de filaments, au-dessus duquel le liquide paraît clair. Sur plaques de gélatine, il forme à la surface des colonies ovoïdes ou piriformes d’un blanc plus ou moins laiteux, et dans l’épaisseur de la gélatine de petites colonies rondes jaunâtres. Sur gélose, ainsique sur le sérum humain ou animal, le microbe forme une couche unie d’un blanc sale tirant sur le gris. Il est sem-

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blable au pneumocoque de Friedlaendei', mais celui-ci seul prospère dans le lait et le rend acide. Il ne résiste pas à une température de 60°. La lumière qui est nuisible aux autres microbes semble exalter sa virulence (Cozzolino) (fig-. 123 et 124).

Fig. 123. — Mucus nasal ozénique simplement étalé et coloré à la solution de Ziehl (fuchsine phéniquée). On'remarque de nombreux échantillons du cocco-bacille caractéristique entourés de leurs Capsules restées blanches (Lœwenberg).

Lœwenberg n’a pu reproduire l’odeur caractéristique de l’ozène avec les cultures, même avec celles faites sur du mucus nasal stérilisé. Toutefois les cultures sur de la viande (Lœwenberg et Marano) exhalent une mauvaise odeur se rapprochant de celle de l’ozène. De ces faits négatifs, on ne peut tii'er aucune conclusion, car k si l’on passe en revue les maladies qui s’accompagnent de la production d’une odeur particulière et de la présence d’un microbe spécial, on constate qu’aucune des cultures du microorganisme propre à chacune de ces affections

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ne donne Todeur créée par celles-ci, si ce n’est celui de la bronchite putride » (Lœwenberg-). Les inoculations aux animaux n’ont pas davantage donné de résultats positifs. L’affection n’existe pas du reste en pathologie vétérinaire. Malgré ces lacunes dans la démonstration de

Fig. 124. — Sang d’une souris, tuée par l’injection souscutanée du microbe de l’ozène ; le sang est coloré avec la solution de Ribbert (Dahlia additionne d’acide acétique). Les microbes et les capsules sont teintés; celles-ci forment un halo coloré entourant les microbes et affectent autour des diplo-bacilles la forme d’un biscuit. La pré-

f)aration ne contient pas de globules sanguins (D’après es préparations du D' Lœwenberg, Le microbe de Vozène,

son rôle pathogène, le microbe décrit par Lœwenberg est généralement considéré comme le microbe de l’ozène. Il a été trouvé d’une façon constante chez les ozéneux, non seulement par l’auteur précédent, mais par bien d’autres, notamment par Marano. Il faut le chercher non pas à la surface des croûtes, mais sur leur face profonde, dans les filaments qui se produisent par leur arrache-

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ment. Il est bien admis qu'il s’ag-it d’un microbe spécial, qui ne doit pas être confondu avec le pneumobacille encapsulé de Friedlaender et autres bactéries analogues.

b. Autres microbes trouvés dans Vozène. — Ils n’ont pas l’importance du précédent.

Hajek a décrit un bacille court {Bacillus fœtidm ozenæ) qu’il considère comme la cause de l’odeur sui generis de l’ozène, et G. Gradenigo incrimine un bacille petit, mince, se cultivant facilement sur les divers milieux, difficilement, colorable, ne résistant ni' au gram ni au gram-weigert.

A signaler encore le bacille pseudo -diphtérique de Belfanti et Délia Vedova, le bacillus mucosis d’Abel, Cozzolino a vü un pyocyanique qui explique la couleur verdâtre des croûtes.

Pathogénie. — Malgré les découvertes bactériologiques, la pathogénie de l’ozène n’est pas encore complètement élucidée.

Néanmoins on peut, à notre sens, la comprendre de la façon suivante. Dans l’ozène, il y a deux éléments essentiels à considérer : un élément anatomique, qui est l’atrophie de la muqueuse et la résorption du tissu osseux, et un élément clinique, qui est la fétidité. C’est la réunion de ces deux éléments qui caractérise l’ozène, et que la pathogénie doit expliquer. Il faut admettre que l’ozène est une rhinite spéciale dans laquelle lè processus inflammatoire dû à des microorganismes peut passer, mais ne passe pas forcément, par un premier stade hy-

Êertrophique. Puis, tandis que les rninites banales ou ien en restent là, ou bien aboutissent à la transformation myxomateuse, l’ozène, au contraire, aboutit à l’atrophie de la muqueuse, et cette sclérose atrophique du chorion muqueux et du tissu érectile amène, par un processus ischémique, la résorption du tissu osseux et l’atrophie des cornets caractéristiques de l’ozène. La fétidité de l’haleine, que Zaufal et Gottstein expliquaient par le dessèchement et la putréfaction des mucosités nasales, est le résultat d’une fermentation microbienne; mais est-ce un même microbe qui produit l’inflammation et la fétidité? Son action est-elle intraglandulaire, ou

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bien n'attaque-t-il les sécrétions nasales qu’a la surface de la muqueuse? Il est probable que son action est intraglandulaire.

Pour Cozzolino (de Naples), il s’ag'it d’une dystrophie d’origine scrofuleuse ; d’autres ont parlé de trophonévrose.

Anatomie pathologique. — La caractéristique anatomique de l’ozène, c’est l’état atrophiqu e de la muqueuse nasale, et, dans les cas plus avancés, du squelette osseux des cornets (fig. 125). Ainsi que nous l’avons déjà

Fig. 125, — Rhinite atrophique (paroi externe).

O, cornet inférieur; b, fossette de Rosenmüller; c. Trompe d’Eustache ; d, méat moyen.

dit, les ulcérations de la muqueuse et les nécroses osseuses manquent toujours dans l’ozène vrai non compliqué, et ce caractère négatif a une grande importance.

Les lésions histologiques, étudiées par Krause, Gottstein, Chatellier, Volkmann, Zuckerkandl, sont les suivantes : transformation de l’épithélium vibratile en épithélium plat pavimenteux à une seule couche ; infiltration de la couche sous-épithéliale par des cellules rondes ; raréfaction et même disparition par places des glandes, avec dégénérescence graisseuse de leur épithélium. Quant aux os des cornets, ils peuvent ne pas Castes. — Mal. du Larynx, 2e édit. 17

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présenter d’altérations histologiques ; toutefois, certains examens ont révélé de l’ostéite.

Symptômes. — 1° Symptômes fonctionnels. — Les deux principaux sont la fétidité de Vlialeine et les modifications des sécrétions nasales.

h’haleine a. une odeur fétide, sui generis, douceâtre et nauséeuse, se rapprochant de celle de la punaise écrasée (d’où le nom de punaisie). Ces caractères particuliers permettent à un rhinologiste un peu exercé de la distinguer de la mauvaise odeur qui accompagne les lésions ulcéreuses des fosses nasales et les suppurations fétides des sinus. L’intensité de ce symptôme est en général d’autant plus marquée qu’il y a une plus grande quantité de croûtes accumulées dans les fosses nasales.

Toutefois la relation n’est pas absolue, et au moment où les malades, par un lavage soigneux, viennent de débarrasser complètement leur nez des croûtes qui y séjournaient, la mauvaise odeur, bien qu’atténuée, n’en persiste pas moins.

Chez un même individu, cette mauvaise odeur peut varier suivant certaines circonstances : ainsi elle est plus forte le matin que dans la journée, et chez les femmes elle s’accentue au moment de leurs règles.

Au début de leur affection, les malades sentent euxmêmes la mauvaise odeur qu’ils répandent; mais petit à petit Tanosmie survient et ils ne perçoivent plus cette odeur. Mais ils ne s’aperçoivent que trop, par la répulsion qu’ils inspirent, que leur punaisie ne fait qu’augmenter. La perte de l’odorat nuit, dans une certaine mesure, à l’exercice de la gustation.

Les sécrétions nasales, dans l’ozène, sont peu variables. Au début, elles sont visqueuses, puis bientôt deviennent muco-purulentes ; mais elles ne sont pas abondantes, sauf chez certains individus à tempérament lymphatique. Jusqu’alors elles ne présentent de caractéristique que leur odeur, qui, faible d’abord, va en augmentant peu à peu.

Enfin, dans les cas plus avancés, les caractères des sécrétions sont absolument particuliers à l’ozène. De temps en temps, tous les deux ou trois jours, le malade expulse avec peine des croûtes sèches, jaunâtres ou ver-

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dâtres, qui Teproduisent la forme des cavités où elles se sont formées. Ces croûtes présentent une odeur infecte, qui adhère aux mouchoirs des malades, et Lmwenberg a cité l’observation d’une jeune fille, dont les blanchisseuses refusaient les mouchoirs, et qui, se voyait dans l’obligation de les brûler.

Ces croûtes, qui s’accumulent et se dessèchent dans le nez, produisent de l’obstruction nasale avec toutes ses conséquences : irritation du pharynx et du larynx, céphalalgie frontale, etc.

2® Signes physiques. — L’aspect extérieur du nez est variable chez les ozéneux ; il en est ’ chez qui rien ne révèle l’infirmité dont ils sont atteints : d’autres présentent la déformation dite : nez camard, nez en selle, èn trompette ; d’autres enfin ont le nez petit, comme atrophié.

La rhinoscopie antérieure, sans toilette préalable dxi nez, montre les fosses nasales pleines de muco-pus ou de croûtes sèches verdâtres et jaunâtres, qui empêchent de voir l’état des cornets ou de la muqueuse. Mais si l’on a soin de débarrasser les fosses nasales des sécrétions qui les obstruent, l’aspect devient caractéristique.

L’observateur est immédiatement frappé par la diminution du volume des cornets, qui fait paraître les fosses nasales plus larges qu’elles ne le sont' normalement. C’est surtout le cornet inférieur qui paraît petit ; il est diminué à la fois dans ses dimensions horizontales et verticales. Le cornet moyen est moins atrophié que le cornet inférieur. Cette atrophié des cornets est en général d’autant plus prononcée que l’afEection est plus ancienne ; très rarement, elle est localisée à un seul côté.

La petitesse des cornets permet d’apercevoir la cloison des fosses nasales dans presque toute son étendue. Il est même des ozéneux chez lesquels on aperçoit la paroi antérieure des sinus sphénoïdaux et les bourrelets des trompes d’Eustache.

L’aspect de la muqueuse est le suivant. Elle àpparaît pâle, dépolie-, parfois saignante dans les points où l’on vient d’enlever des croûtes adhérentes. Mais nulle part il n’existe d’ulcérations, de pertes de substances.

h’ examen rhinoscopique postérieur raontve que les

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croûtes peuvent envahir le phai'ynx nasal. L’aspect de la muqueuse en ce point est le même que dans le nez. Sur la paroi postérieure du phai-ynx buccal, il existe des croûtes analogues à celles du nez, ou la muqueuse a un aspect desséché.

L’ozène évolue sans fièvre, et, sauf complications, sans retentissement sur la santé générale. Toutefois les malades atteints d’ozène, voyant la répulsion qu’ils inspirent, sont enclins aux idées tristes. Pour peu qu’il y ait une prédisposition héréditaire, ils peuvent tomber dans l’hypocondrie. Le médecin doit s’efforcer de relever le moral des malades trop disposés à se décourager à cause de l’insuccès ou de la lenteur d’action des différents traitements.

Complications. — Ce sont avant tout des complications de voisinage.

‘ Du côté des voies digestives, nous avons déjà signalé la gêne que l’absence d’odorat apporte à l’exercice delà gustation ; il peut en résulter du dégoût des aliments, et même de l’anorexie complète. De plus, quand le pharynx est envahi par l’ozène, les croûtes fétides peuvent kre avalées par les malades, et il en résultera des troubles digestifs inquiétants, au point de vue de la santé générale.

Du côté des voies respiratoires, la propagation de l’ozène au larynx et à la trachée a été bien étudiée par Luc; il doit être distingué de la laryngite sèche banale, qui peut exister dans l’ozène, comme dans toutes les affections qui obstruent les fosses nasales, et qui est due à la suppression de la respiration nasale. Dans Tozène laryngo-trachéal, l’examen laryngoscopique montre l’existence de croûtes verdâtres dans le vestibule du larynx, sur les cordes vocales, et dans la trachée. Les cordes vocales ont perdu leur aspect normal ; elles sont grisâtres, épaissies, et comme soudées l’une à l’autre au niveau de leur partie antérieure. On comprend les troubles qui en résultent.

L’ozène peut se compliquer, du côté de Yappareil auditif, de catarrhe tubaire, d’otite moyenne chronique catarrhale, d’otite moyenne aiguë suppurée, dont le pus a l’odeur caractéristique.

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Les voies lacrymales sont également menacées par l'ozène. Il paraît probable que le microbe de Lœwenberg peut remonterle canal et infecter l’œil ; en effet, Cuénod, Terson, Gabriélidès ont retrouvé le microbe de l’ozène dans les dacryocystites pblegmoneuses, les ulcères cornéens et les conjonctivites que peuvent présenter les sujets atteints d’ozène. Dans 11 cas d’ozène, Terson et Gabriélidès ont trouvé six fois le rhino-bacille dans les conjonctives. Aussi les oculistes sont-ils sobres d’interventions opératoires chez les ozéneux, à cause des complications suppuratives possibles ; en tout cas, il faudra toujours, avant d’opérer, faire une désinfection soigneuse du nez.

Les sinusites diverses, considérées autrefois par certains auteurs comme la cause de l’ozène, n’en sont qu’une complication.

Marche. — Durée. — Pronostic. — L’ozène est une affection essentiellement chronique, à début insidieux, à marche lentement progre.ssive.

Abandonné à lui-même, il dure dix, vingt, trente ans et même davantage ; puis, à un moment donné, l’exagération même de l’atrophie amène la dispaiûtion des glandes, la cessation des sécrétions nasales, et comme corollaire la diminution ou l’abolition de la fétidité. Il existe donc une guérison spontanée, non pas des lésions de l’ozène, mais du symptôme le plus pénible de cette affection. Mais comme cette guérison se fait attendre longtemps, le pronostic de l’ozène non traité est mauvais ; les relations sociales sont difficiles, et l’air inspiré peut déterminer des toxémies.

Diagnostic. — L’ozène est essentiellement caractérisé par la coexistence de deux symptômes capitaux : la fétidité et l’atrophie delà muqueuse. Dans l’ozène confirmé,

3uand ces deux signes sont nettement constatables, le iagnostic ne saurait s’égarer.

Mais dans les cas d’ozène au début, quand l’atrophie n’existe pas encore, quand la fétidité est peu prononcée, et que les sécrétions nasales ne constituent pas encore les croûtes verdâtres ou jaunâtres que nous avons décrites, le diagnostic est plus délicat, et c’est dans ces cas que l’examen bactériologique peut être de quelque utilité.

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On choisira de préférence, pour l’ensemencement des milieux de culture, oupour la préparation d’une lamelle, les -filaments qui unissent les cornets inférieur et moyeu à la cloison, filaments qui, d’après les , recherches de Lcewenherg-, représentent souvent une culture pure du microbe qu’il a décrit.

D’autre part, dans les cas où l’ozèné est plus prononcé d’un côté que de l’autre, où le "malade expulse du rauco- •pus par une seule narine, il faut, avant de poser le diagnostic de rhinite atrophique fétide, songer à la possibilité d’un certain nombre d’àffections qui donnent lieu à la fétidité nasalë. Ce sont : la tuberculose nasale, les séquestres syphilitiques nécrosés, les tumeurs hénig'nes ou malignes, les corps étrangers et les rhinolithes, le coryza caséeux et surtout les sinusites. Nous renvoyons le lecteur aux chapitres consacrés à ces affections ; il y trouvera la description des signes qui permettent de les diagnostiquer et -de, les distinguer de l’ozène vrai.

Le rhinosclérome et la rhinite lépreuse, qui ne s’observent guère dans notre pays, né sauraient être confondus avec l’ozène, car la première: de ces affections est caractérisée par l’hypertrophie de la pituitaire, et, dans la seconde, l’atrophie ne s’accompagne pas de fétidité nasale.

Rhinite atrophique sans ozène, coryza sec des adultes. — Ces rhinites atrophiques scléreuses, localisées ou généralisées, reconnaissent des causes diverses. : lasénilité, l’herpétisme, l’artério-sclérose ; la cicatrisation d’une plaie, quand il s’agit d’atrophie localisée.

Traitement. — L’ozène, avons-nous dit, peut guérir spontanément, mais cette guérison spontanée se fait attendre longtemps, et en pratique il ne faut pas y compter.

La thérapeutique est impuissante â réaliser la guérisoncomplète de l’ozène:, mais elle peut faire disparaître le symptôme le plus pénible de la maladie, c’est-à-dire la fétidité de l’expiration nasale.

Pour atteindre ce but, le malade doit se soumettre à un traitement méthodique, régulièrement continué pendant des années.

Ce traitement consiste dans des irrigations nasales.

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^ .survies d’insufflations de poudres ou de badigeonnages de la muqueuse. Le premier nettoyage du nez devra être fait par .le médecin avec la pince et le stylet ; les nettoyages ultérieurs seront faits par le malade lui-même, qui fera passer dans ses narines, à l’aide du siphon de Weber ou d’une seringue anglaise, un à deux litres de liquide chaud; le lavage détache mécaniquement les croûtes, et exerce une action antiseptique.

Ces lavages peuvent être faits sous forme de bain

Fig. 126. — Vase de Fraënkel pour bain nasal.

nasal, avec le vase de Fraënkel (fig. 126). ou avec le procédé du verre, préconisé par le D‘‘ Derecq.

Les meilleures solutions sont :

Eau formolée . 5 p. 1000

Eau naphtolée . 0,20 — •

Eau phéniquée . 5 —

Eau résorcinée . 5 —

Après chaque lavage (qui sera répété une, deux ou trois fois par jour), le malade insufflera dans son nez un peu d’acide borique, d’acide citrique (Hamen), d’aristol, d’europhène, ou d’acéto-tartrate d’alumine ; il pourra faire un badigeonnage de la muqueuse nasale, avec un pinceau imbibé de naphtol sulforiciné ou de glycérine iodée. Pour ramollir et détacher plus facilement les

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croûtes, Musehold (de Berlin) conseille des pulvéris tiens avec :

Borate de soude 25 grammes

Glycérine neutre . î 50 —

Fig. 127. — Pulvérisateur pour le pharynx.

Ces pulvérisations sont faciles avec le pulvérisateur présenté figure 127.

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On a voulu faire plus qu’un traitement palliatif, et on a tenté la g-uérison radicale de l’ozène par V électrolyse cuprique (1), et par le massage vibratoire. Il nous est impossible de nous prononcer sur le premier de ces moyens; quant au second, il paraît avoir donné des résultats encourag'eants.

Gozzolino a proposé le curetage.

Belfanti et Délia Vedova, se fondant sur les analogies de leur bacille avec celui de la diphtérie, ont proposé les injections de sérum antidiphtérique. La méthode n’est pas. supérieure aux autres. Gradenigo (de Turin)

§ réfère les injections intramusculaires iodiques à la ose de I à 3 centigrammes.

L’iodure de potassium agit toujours favorablement. 11 détache les croûtes par l’hypersécrétion quTl détermine.

La photothérapie figure parmi les moyens les plus récemment employés contre l’ozène. Dionisio a communiqué à l’Académie de Médecine de Turin les bons résultats qu’il en a obtenus dans six cas. La production des croûtes avait sensiblement diminué et la punaisie disparaissait sans recourir aux injections intra-nasales. La technique consiste à projeter dans les fosses nasales la lumière solaire ou électrique au moyen de réflecteurs à travers des spéculums qui maintiennent les narines largement béantes. On peut encore utiliser l’arc voltaïque et introduire dans le nez des petites lampes à incandescence rafraîchies par un courant d’eau.

Enfin, il faudra traiter l’état général du sujet : donner de l’huile de foie de morue aux enfants scrofuleux, du fer et des douches aux jeunes femmes anémiques ; envoyer les malades à la mer, à Salies de Béarn, àChalles, à Cauterets.

Quel que soit le moyen employé, il faüt prolonger le traitement et persuader le malade que l’amélioration, sinon la guérison, est à ce prix.

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