SYPHILIS PRIMAIRE, CHANCRE ÛÜ NEZ
ment, recouverte de mucosités blanchâtres. Cette tumeur, étalée en nappe, présente l’aspect d’un gros chamui^non largement pédiculé et implanté sur la cloison.
Il n’existe pas dans la science de cas de chancre des cornets ou de la paroi externe des fosses nasales.
Au toucher, les sensations sont variables : tantôt c’est une induration, qui semble se confondre avec celle du cartilage; tantôt c’est un ensemble de points durs. La tumeur est entourée par une muqueuse rouge et enflammée ; mais les bords de l’ulcération sont peu nets et la ligne de démarcation fort difficile à préciser.
Si, au lieu de siéger dans les fosses nasales proprement dites, le chancre siège dans le naso-pharynx, la rhinoscopie postérieure seule permettra de le reconnaître. C’est autour de l’orifice des trompes qu’il faudra le chercher, car c’est là qu’il siège le plus souvent. Ainsi s’expliquent les douleurs d’oreille accompagnées de surdité avec bourdonnements qui coïncident avec sa présence dans cette région.
L’évolution du chancre, nasal ne présente rien de spécial. Après une durée qui varie avec le degré des infections secondaires et la nature bénigne ou maligne de la maladie, mais qui ne diffère pas de celle des chancres génitaux, il disparaît sans laisser de trace appréciable.
Le chancre de la cloison peut-il amener une perte de substance et entraîner une perforation de la cloison? Jullien en rapporte un exemple. Les abcès de la cloison, les ethmoïdites partielles ou totales, et enfin les abcès des voies lacrymales, sont en outre les complications possibles des chancres intranasaux.
Le degré de gravité de la syphilis nasale ne présente rien de particulier. Peut-être cependant, comme tous les chancres extragénitaux, le chancre nasal a-t-il une virulence spéciale. C’est ce que soutiennent certains auteurs; En tout cas, la mort immédiate ne peut s’expliquer que par l’apparition d’infections secondaires très étendues ou par l’existence d’un terrain usé par l’âge ou les maladies antérieures.
Diagnostic. — Lorsque le chancre nasal siège sur les téguments externes, les divers caractères que nous lui avons reconnus permettent d’affirmer la syphilis
324 MALADIES DU NEZ
avant l’apparition de la roséole. Le ration, l’ulcération, l’adénopathie cervicale et préaurieu- P' laire, tels sont les principaux symptômes sur lesquels
devra s’édifier le diag-nostic du chancre.
Il sera facile de distinguer le chancre du nez du lupus : le gonflement, les ulcérations sont différentes dans le lupus et il n’y a pas de ganglions, ou, s’il y en a, ils ne sont pas douloureux et sont irrégulièrement répartis autour du cou. D’ailleurs, en cas de doute, l’évolution tranchera la question d’une façon définitive.
Il faudra, en cas de chancre du nez, se mettre surtout en garde contre la syphilis tertiaire et l’apparition d’une gomme. Parfois, en effet, l’aspect est le même, et dans ces cas ce seront les anamnésiques et surtout la marche de la maladie qui permettront de différencier nettement ces deux manifestations d’une même infection. Et pourtant l’ulcération dans la gomme sera plus profonde, les ’ pertes de substance plus marquées et les ganglions respectés.
Les tumeurs malignes, épithélioma, sarcome, ne seront pas facilement confondues avec le chancre. Leur évolution beaucoup plus lente permettrait seule de les éliminer; mais nous avons encore, pour les différencier, l’aspect de l’ulcération, superficielle dans le chancre, profonde dans l’épithéliomè, l’apparition des bourgeons généralement absents dans la syphilis. Enfin l’adénopathie tardive est plus en rapport avec l’hypothèse d’épithéliome qu’avec celle de syphilis.
Si la tumeur siège dans l’intérieur des fosses nasales ou dans le naso-pharynx, Cé ne sera guère qu’à l’apparition des accidents secondaires, plaques muqueuses ou roséole, que l’on sera en droit d’affirmer l’existence d’un chancre nasal. Ici les caractères de l’ulcération chancreuse sont trop peu nets pour qu’il soit possible, à leur seule inspection, d’émettre le diagnostic de syphilis. Elle est d’ailleurs souvent masquée par le gonflement de la muqueuse. Les tumeurs malignes pourraient prêter à confusion, mais leur évolution est beaucoup plus lente, leur adénopathie plus tardive et moins importante.
Contre le chancre, on a employé l’iodoforme et l’iodol à parties, égales, le calomel, les cautérisations avec di-
SYPHILIS SECONDAIRE
vers caustiques (nitrate d’argent, chlorure de zinc, acide lactique). Les lavages à l’aide d’un liquide antiseptique, les nettoyages fréquents de la plaie ayant pour but d’éviter les infections secondaires, devront toujours être conseillés. Enfin, au point de vue du traitement général ultérieur, le chancre nasal donne lieu aux mêmes indications que le chancre génital.