II. - SYPHILIS SECONDAIRE
La syphilis secondaire du nez est moins connue que celle de la période suivante. Les documents publiés à son sujet sont cependant assez nombreux pour qu’on en puisse écrire l’histoire.
Symptômes. — « La première manifestation de la syphilis constitutionnelle, dit Schech, est très souvent le catarrhe nasal. Chez l’adulte, en raison du peu de’ troubles qu’il provoque et de la largeur des fosses nasales, il passe souvent inaperçu... Il n’est pas rare d’observer des papules squameuses, suintantes et ulcéreuses dans le sillon naso-labial. — La question de savoir s'il existe aussi des ulcérations superficielles de la muqueuse nasale doit être tranchée par l’affirmative. » ■
D’après Moldenhauer, a la syphilis à la période secondaire se traduit avant tout dans les fosses nasales, par un catarrhe qui ne se distingue pas du rhume de cerveau ordinaire. S’agit-il là, comme dans l’angine syphilitique ou dans la laryngite syphilitique catarrhale, seulement d’une hypérémie avec sécrétion plus ou moins abondante, ou bien y a-t-il formation de plaques muqueuses? C’est là un point qui n’est pas encore suffisamment élucidé. En tout cas, l’affection se limite à la surface de la muqueuse. Aussi le coryza syphilitique chez l’adulte passet-il souvent inaperçu » .
Bresgen signale Vérytlième et les papules qui « paraissent siéger le plus souvent sur la cloison et sur le plancher ».
Davasse et Deville sont à peu près les seuls qui signalent les plaques muqueuses (8 fois sur 186 femmes à la période. secondaire).
CiSTEx. — Mal. du Larynx. 2® édit.
C’est à Paul Tissier (1) surtout que nous devons de bien connaître les manifestations secondaires des cavités nasales. Son étude est basée sur 25 observations, prises sur des femmes de l’bôpital deLourcine qui présentaient toutes des accidents secondaires sur la peau ou les muqueuses. Les principaux points de ce travail sont les suivants :
Fréquence. — Sur 25 cas, 17 fois il existait des lésions nasales; — 12 fois ces lésions étaient unilatérales et 4 fois bilatérales.
Dans les narines, les lésions secondaires rappellent beaucoup celles du tégument externe. Le vestibule du nez est en effet comme revêtu d’une peau rentrée. Les syphilides secondaires y sont suintantes et revêtent souvent le type de papules saillantes. — A l’orifice extérieur se voit souvent la forme fissuraire, comme à la commissure des lèvres. — Chez quelques malades peu soigneux de leur personne, des syphilides fongueuses surchargées de muco-pus arrivent à oblitérer complètement l’orifice narinaire. Quand des infections se produisent, un écoulement purulent suinte sur la lèvre supérieure.
Dans les fosses nasales, on peut observer au début un érythème circonscrit ou diffus. Le siège de prédilection est la partie antéro-inférieure de la cloison. Il n’a pas en général de limites nettes; sa teinte rouge foncée, vermillon, disparaît graduellement. La muqueuse est en ces points légèrement tuméfiée, couverte d’un mucopus adhérent.
Ce coryza spécifique secondaire se différencie du coryza simple par son siège unilatéral ou par sa prédominance marquée dans une des fosses nasales.
Vient ensuite une phase érosive.
Les plaques érosives siègent oiïdinairement sur le septum, et de préférence dans sa partie antéro-infériéure. S’il existe une déviation ou un éperon de la cloison, l’ulcération secondaire se montre volontiers sur leur partie culminante. — Elles sont peu nombreuses, uui-
(1) P. Tissier, Des accidents secondaires des fosses nasales dans la syphilis acquise chez l’adulte {Annales des maladies de l’oreille, dularynx, du nés et du pharyr^x, 1893, p. 97).
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ques même d’habitude, assez irrégulières dans leur forme, quelquefois serpigineuses.
Elles ne font pas saillie, mais semblent comme enchâssées dans la muqueuse.
Leur surface est rosée et couverte d’une couche opaline. En d’autres cas, elle est blanchâtre, diphtéroïde, par formation d’un exsudât adhérent au-dessous duquel on trouve une surface saignante.
L’ulcération, qui est d’ordinaire superficielle, peut quelquefois intéresser le chorion muqueux et les veinules qui le sillonnent; elle détermine alors des épistaxis plus ou moins rebelles.
La muqueuse est rouge et même livide parfois autour des ulcérations.
H. Ripault (1), dans une intéressante observation, montre que des syphilides nasales végétantes peuvent être la première manifestation du stade secondaire. Il s’agit d’une jeune femme, venue à la consultation de l’hôpital Lariboisière pour une obstruction complète de la fosse nasale gauche, datant d’un mois. Le spéculum permettait d’y voir des masses grisâtres, très végétantes, peu douloureuses, se laissant focilement pénétrer par le stylet sans presque saigner. Cependant ces masses insérées un peu partout s’accumulaient surtout sur le plancher et le septum. Il n’en existait pas dans la fosse nasale droite, mais la cloison y était rouge, bombée, sensible au contact, tous caractères qui faisaient penser à une périchondrite. L’examen histologique n’indiquait qu’un tissu de néoformation sans caractères particuliers. Comme Ripault s’apprêtait à pratiquer l’opération de Rouge à cause du caractère récidivant de ces végétations, une roséole typique se montra sur le thorax et l’abdomen.
Ces syphilides végétantes de la période secondaire sont rares néanmoins ; car si elles ont été signalées antérieurement par Lacoarret, elles ne sont pas mentionnées par Moldènhauer et Bosworth.
(I) H. Rip.ault, Annales des maladies de l'oreille et du nes, 1895, p. 244.
MALADIES DU NEZ
Morell-Mackenzie, Molclenhauer, Réthi, Michelson (1)^ Tissier, n’ont jamais vu la plaque muqueuse typique telle qu’on la rencontre sur le voile du palais. Pour lua
f)art, je n’ai jamais observé que des ulcérations irréguières, profondes et étendues sur le septum. Deux fois j’ai vu sur la cloison des ulcérations jaunâtres assez profondes, ne présentant pas les caractères des autres affections du nez et coïncidant avec des plaques muqueuses du gland et de l’arrière-bouche.
Une obsei’vation très nette de lésions secondaires nasales nous a été offerte par une malade de ma clinique, sur laquelle on constatait au même moment : 1“ des syphilides secondaires du visage et de la poitrine; 2° des érosions sur la corde vocale gauche et la corne droite de l’épiglotte ; et 3° dans le nez : à l’entrée de la narine gauche, une petite ulcération ; sur la partie antérieure de la cloison et du même côté des exulcérations irrégulières d’un gris rosé ; et, sur le côté droit de la cloison une plaque diphtéroïde allongée d’avant en arrière et mesurant environ un centimètre et demi dans le sens de sa longueur. Depuis quelques jours, cette femme souffrait d’un coryza bien accentué avec céphalalgie frontale.
Il faut un examen fait de propos délibéré, sans quoi de telles lésions passeraient inaperçues, car elles n ont guère de sy^mptômes subjectifs.
Il y a un stade de cicatrisation. Peu à peu, sous l’influence du traitement, la lésion s’efface. Mais une altération définitive peut se produire lorsqu’un des cornets, moyen ou inférieur, s’est trouvé en contact avec la cloison ulcérée. Une adhérence s’établit entre le septum et l’un des cornets. Elle est connue sous le nom de synéchie. Le plus souvent elle se voit entre le cornet moyen et la cloison ; elle est cylindroïde, un peu rétrécie à sa partie moyenne et dirigée horizontalement. — Cette adhérence peut être, chez les sujets nerveux, l’origine de réflexes divers, éternuements, migraines; mais, dans
(Il Michelson, Ueber Nasensyphllis. Volkmann’s Sammlung {Klin. Vortr., n<> 326).
SYPHILIS SECONDAIRE
les conditions ordinaires, elle ne g’êne guère la respiration par les fosses nasales.
L’ûypertrophie de l’extrémité antérieure du cornet inférieur (tête du cornet), signalée quelquefois, est une altération si souvent observée chez beaucoup de sujets qn’on ne peut en faire un caractère particulier.
Ripault (1) a pourtant observé, tout au début de la
Ïériode secondaire, un cas de tuméfaction considérable es parties molles du cornet inférieur gauche, qui étaient d’un rouge vif, sans ulcération, et venaient au contact du septum. Des céphalées nocturnes coïncidaient avec l’ohstruction nasale. La roséole et des plaques du pharynx se montrèrent à la suite. Un traitement spécifique énergique eut rapidement raison de ces divers accidents.
A côté de cette forme de syphilis secondaire que nous venons de décrire, et qui comprend tous les cas de localisation du mal sur la muqueuse pituitaire proprement dite, il existe une variété spéciale d’ulcérations tenant à leur localisation. Lorsque la région vestibulaire est frappée par la syphilis secondaire, on assiste là à l’éclosion de syphilides un peu particulières. Quand elles siègent dans l’angle naso-labial, ces syphilides affectent la forme fissuraire, mais ces fissures sont généralement indolores. Lorsqu’elles se localisent plus loin, sur le pourtour du vestibule, ce sont de toutes petites ulcérations du volume d’une tête d’épingle, recouvertes chacune d’une croûte dure et jaunâtre ; ces croûtes forment, par leur agglomération à ce niveau, un bourrelet qui rétrécit l’entrée de la narine. Ces ulcérations laisseraient même, d’après Deville et Davaine, une petite tache indélébile.
Cette forme de la syphilis nasale est assez difficile à distinguer des ulcérations traumatiques ou scrofuleuses de la même région. C’est surtout par les antécédents, l’évolution, et l’examen complet du malade qu’on arrivera à formuler un diagnostic certain.
(1) H. Ripault, Un cas de syphilis secondaire du nez [Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1897, p. 24).
MALADIES DU NEZ
Diagnostic. — Il ne présente pas de difficultés, à cause du caractère des lésions (érythème vermillon, érosions superficielles, bien différentes des ulcérations plus profondes de la tuberculose ou de la syphilis tertiaire). L’histoire du malade, l’examen des rég-ions le plus ordinairement touchées par la syphilis, telles que l’arrièrebouche, et le traitement spécifique au besoin, trancheraient les difficultés.
Pronostic. — Il n’est pas grave, puisque même les synéchies n’apportent que peu de gêne. Mais cette localisation doit faire craindre que plus tard le tertiarisme s’installe, bien autrement redoutable.
Traitement. — Le traitement local viendra en aide à la thérapeutique spécifique. Les moyens les plus recommandables sont : les injections antiseptiques chaudes, pratiquées, matin et soir, au moyen d’une petite poire en caoutchouc, sous pression faible et dans une direction horizontale, pendant que le sujet respire par la bouche.
Les solutions suivantes peuvent être employées :
Résorcine . 10 grammes
Eau bouillie . 1,000 —
ou ;
Naphtoip . . . Ogr.20
Eau bouillie ...... 1 litre
Les ulcérations seront touchées deux ou trois fois par semaine, avec une solution de 1/20 de chlorure de zinc au moyen d’un porte-ouate coudé.
Quand des synéchies viennent à se produire, on les sectionne avec le galvanocautère et on prévient leur reproduction par des pansements isolateurs soigneusenient faits avec de la gaze naphtolée.