F. Jubineau, loc. cit
4. Samuel Gee, Spastic Paraplegia in Infants. S. Bartholomew's, Hosp. Reports, XVI, p. 27; 1880.
parâtes qui n'avaient comme traits communs que le mode d'évolution et l'ensemble des phénomènes spasmodiques par lesquels se traduisait l'état morbide des centres nerveux. D'autre part, la terminaison par la mort est survenue dans un trop petit nombre de cas pour que l'on puisse savoir quels sont les accidents intercurrents, ou produits par l'aggravation progressive de l'affection, qui peuvent menacer la vie du malade. On est en droit pourtant de dire, avec M. Erb et avec M. Charcot, que le pronostic de la paralysie spinale spasmodique est relativement moins grave que celui des autres affections de la moelle épinière. C'est aussi l'opinion de M. 0. Berger et de tous les auteurs qui ont eu à parler de cette maladie.
Traitement. — 11 y a bien peu de chose à dire du traitement. On a essayé d'affaiblir l'excitabilité de la moelle épinière à l'aide du bromure de potassium ou du chloral hydraté à toutes doses: on a réussi à diminuer l'intensité des spasmes, mais d'une façon passagère et dès qu'on supprimait ces médicaments ou qu'on en réduisait les doses, les accidents convulsifs se montraient de nouveau, tout aussi violents qu'auparavant. Les préparations de seigle ergoté paraissent indiquées pour essayer d'obtenir un resserrement des vaisseaux de la moelle épinière et d'agir ainsi indirectement sur l'excitabilité réflexe exagérée de ce centre nerveux. Il en est de même des ventouses sèches appliquées chaque jour sur toute la région vertébrale. Ce moyen peut produire aussi d'assez bons résultats. Je ne sache pas que les préparations d'argent ou d'or aient été employées avec des résultats encourageants. On peut faire des essais à l'aide des bains tièdes, des douches froides ou écossaises, des applications alternatives d'eau chaude et de glace sur la région rachidienne, de la pulvérisation d'élher sulfurique ou de chlorure de méthyle sur cette même région. Le médecin peut faire usage aussi de badigeonnages de teinture d'iode, d'applications de pointes de feu, etc., sur la région vertébrale. On a employé la belladone, l'opium; mais les effets ont été peu marqués. Il faut avoir recours aussi à l'iodure de potassium et aux préparations arsenicales comme à des modificateurs des processus irritatifs chroniques.
M. Erb a recommandé la galvanisation de la colonne vertébrale. Il aurait ainsi amélioré l'état de certains de ses malades.
Ce moyen a été mis en pratique par M. Reinhard v.cl. Yelclen qui dit avoir obtenu la guérison complète dans un cas qu'il considère comme un fait de paralysie spinale spasmodique. Mais le diagnostic est bien discutable.
Il s'agit d'un malade de M. Kussmaul, âgé de 27 ans, chez lequel la maladie débuta à la suite d'une tentative de suicide (Il s'était jeté dans le Rhin). Les premiers phénomènes furent, dès les premiers jours, des douleurs de la vessie et des testicules. Six jours après la tentative de suicide, le malade éprouve une raideur inaccoutumée dans les jambes. Le lendemain, il y a une impossibilité presque complète de la marche à cause de la contracture des membres inférieurs, en extension. Il n'y a aucune altération de la sensibilité, aucun trouble soit vaso-moteur, soit trophique ; la mixtion et la défécation s'exécutent bien : urines normales. Fonctions du cerveau intactes ; pas de modifications morbides des sens spéciaux ; pas de vertiges.
La contracture des membres inférieurs n'est pas continue, mais elle a lieu par accès, 2 ou 3 fois par jour, soit d'une façon spontanée, soit sous l'influence d'excitations. Pendant les essais de marche, les spasmes augmentent considérablement.
L'état du malade empire progressivement pendant six semaines ; puis un peu plus tard survient une amélioration qui permet au malade de marcher de nouveau à l'aide de deux cannes et en oscillant comme dans la première période. Cette amélioration dure deux à trois mois, au bout desquels les crises reprennent une grande intensité et forcent le malade à garder le lit, et enfin, après une nouvelle crise d'une durée d'un mois, l'état s'amende de nouveau et si favorablement que le malade peut être considéré comme guéri un mois plus tard. Il y avait, en somme, 13 mois que l'affection avait commencé ; il ne restait qu'un peu d'exagération du réflexe rotulien.
Le traitement avait consisté dans l'emploi du bromure de potassium à doses prolongées et considérables, de l'extrait de belladone, des bains tièdes, de la galvanisation rachidienne, de la morphine, moyens dont aucun ne parut exercer d'influence sur la maladie. Le chloral hydraté en lavements atténuait les accès. Vers la fin de la maladie on employa le chlorure d'or et de sodium, à la dose de 0 gr. 30 dans 15 grammes d'eau distillée : 15 gouttes, 3 fois par jour '.
Cette observation diffère, à certains égards, de celles qui ont été rapportées par M. Erb, par M. Rétous et par d'autres auteurs. Il est vrai que les observations relatées par ces divers auteurs ne laissent pas que d'être au fond assez disparates. L'état spasmodique, chez le malade de M. V. cl. Yelde, n'était
\. Reinhard von der Velden — Fall von spastischen Spinal paralyse. Berlin. Klin. Wochensch., no 33, p. 563, 1878. Revue des sciences médicales, 15juillet 1880,p. 138. L'observation de R. v. d. Velden contient diverses particularités intéressantes, citées dans la Revue et que nous ne pouvons pas reproduire ici.
pas continu ei, par ce caractère surtout, il me paraît différer de celui de la plupart des autres malades dont les observations ont été publiées. C'est un cas à ranger sous la rubrique irritation spinale à frigore, au moins à titre provisoire, en attendant que de nouvelles données fournies par les efforts de F observation clinique nous permettent de proposer une interprétation plus scientifique.
Un autre cas de guérison a été publié par M. Heuck.
Il s'agit aussi d'un homme âgé de 27 ans, chez lequel on observa une contracture des membres inférieurs, en extension, avec impossibilité presque complète de la marche : lorsqu'il essayait de se tenir debout, les membres inférieurs étaient pris d'un violent tremblement. La raideur des membres s'était produite, en même temps que de la faiblesse et que des douleurs rachidiennes intenses remontant jusqu'aux épaules. Chaque mouvement imprimé à la colonne vertébrale exaspérait les douleurs partant du rachis ; elles irradiaient alors jusque dans les cuisses et les mollets. Aucun trouble de la sensibilité ; mixtion et défécation normales. L'affection s'était développée sous l'influence d'un refroidissement récent, le malade ayant travaillé, les pieds nus et en sueur, sur des dalles humides et froides. Contractions fibrillaires continuelles dans les muscles, surtout dans ceux des cuisses, et parfois secousses convulsives des membres. Réflexes tendineux extrêmement exagérés, réflexes cutanés plutôt diminués. Les membres supérieurs n'offrent aucun trouble morbide. Excitabilité galvanique et faradique des nerfs un peu affaiblie. La maladie ne dure que 26 jours jusqu'à la guérison complète l.
Ce fait ne peut évidemment pas servir à l'histoire du tabès dorsal spasmodique. 11 est clair que M. Heuck a eu sous les yeux un cas de légère méningo-my élite a frigore.
En résumé, si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur les documents relatifs à l'histoire du tabès dorsal spasmodique, nous voyons que cette histoire n'est pas encore établie sur des bases solides. Il n'est guère douteux qu'il n'existe un ensemble de symptômes qui, lorsqu'il se présente à l'observateur sans aucun mélange de phénomènes surajoutés, peut être considéré comme constituant un type morbide à part et peut être désigné sous un des noms proposés par M. W. Erb ou par M. Charcot. Très probablement cet ensemble de symptômes correspond à une sclérose des faisceaux latéraux de la moelle
1 .Heuck. Ein Fait von acuter spastischer Spinal paralyse. (Berlin. Klin. Wochensch., n° 3, p. 29, 1879. — Revue des sciences médicales, 15 juillet 1880, p. 141).
épinière. Mais le nombre de faits confirmatifs, c'est-à-dire présentant, d'une part, le tableau symptomatique du tabès dorsal spasmodique et, de l'autre, la lésion symétrique des parties postérieures des faisceaux latéraux sans autre altération des centres nerveux, est trop peu considérable pour entraîner la conviction.