‹ Maladies du systáeme nerveuxChapitre 14 sur 73 · J.-L. Prévost, Loc. cit., p. lu et 1G · texte numérisé non relu

J.-L. Prévost, Loc. cit., p. lu et 1G

à 50 mètres, d'après M. A. Waller). M. A. Waller conclut donc que les phénomènes en question ne sont pas des actes réflexes : d'abord, parce que, suivant lui , le temps observé pour la production de ces phénomènes est trop court pour un mécanismemusculo-réflexe de ce genre et ensuite, parce qu'on n'observe pas la moindre différence entre la contraction du gastro-crémien provoquée par le choc du tendon d'Achille et celle du triceps crural déterminé par la percussion du tendon rotulien, sous le rapport du temps qui s'écoule entre le choc de chacun de ces tendons et la contraction musculaire consécutive.

Pour M. A. Waller, les phénomènes dont il s'agit seraientdes contractions provoquées directement dans les muscles dont les tendons reçoivent le choc ; mais ce qui constitue le trait caractéristique de son opinion, c'est qu'il fait intervenir, comme élément nécessaire, une augmentation du tonus musculaire déterminée par certains états morbides de la moelle épinière. Je ne comprends pas très bien, je l'avoue, comment l'exagération du tonus d'un muscle peut favoriser la production des contractions de ce muscle de telle sorte qu'elles s'effectuent plus facilement, plus violemment et plus brusquement, qu'elles se répètent même parfois, etc.

En résumé, ces expériences sur la durée de l'intervalle de temps qui s'écoule entre le moment du choc d'un tendon et celui de la contraction du muscle auquel appartient ce tendon nous ont fait connaître des particularités intéressantes; mais elles ne me paraissent pas avoir beaucoup éclairé la physiologie du phénomène du genou et des autres phénomènes analogues et, envisagées dans leur ensemble, elles ne sont pas en opposition avec l'opinion qui considère ces phénomènes comme des actes réflexes.

D'ailleurs, l'expérimentation sur les animaux, me semble démontrer aussi nettement, pour le moins, que l'étude del'homme sain et de l'homme malade, l'exactitude de cette opinion.

Les expériences les premières en date sont celles de MM. Schultze et Furbringer l. Ces expérimentateurs ont fait voir qu'après la section du nerf crural sur deslapins, le phénomène du genou ne peut plus être provoqué. Ce fait, qui a été confirmé de toutes parts, démontre nettement que la contraction du triceps n'est pas le résultat d'une mise en jeu directe des faisceaux de ce muscle par ébranlement mécanique, dans le phénomène

1. Schultze et Furbringer. Gentralblatt. f. d. m. W. , 1875, p. 929.

du genou et que l'innervation joue un rôle indispensable clans la production de ce phénomène. 11 ne me semble pas possible, en effet, de croire que Ton donnerait une explication suffisante de l'abolition du réflexe patellaire dans ces conditions expérimentales, en disant que l'on fait de cette façon cesser le tonus du muscle triceps fémoral et que l'on rend ainsi impossible l'effet de l'excitation directe de ce muscle, produite par l'ébranlement de son tendon. La contraction du triceps pourrait être affaiblie, très affaiblie même, si l'on veut, par la paralysie du tonus musculaire, et encore faudrait-il démontrer la réalité de celte conséquence ; mais on ne voit pas comment elle pourrait être ainsi supprimée.

MM. Schultze et Furbringer ont, en outre, montré que l'on peut encore obtenir la contraction du triceps fémoral sur des lapins, en percutant le tendon rotulien séparé de la rotule, à la condition de tendre assez le muscle pour qu'il puisse se contracter. C'est là encore un fait qui ne peut s'expliquer qu'en admettant la nature réflexe du phénomène, puisqu'il n'y a plus possibilité, dans les conditions indiquées, d'un tiraillement ou d'un ébranlement quelconque du triceps fémoral par le choc du tendon.

Ils ont vu encore que la percussion du tendon rotulien d'un côté peut, chez le lapin, provoquer une contraction des deux triceps, contraclion plus faible naturellement du côté opposé au tendon qui reçoit le choc. Cette particularité qui a étéconstatée, comme je l'ai dit, chez l'homme par M. Erb et par d'autres médecins, MM. Gowers et Byrom Bramwell1 par exemple, a été revue aussi chez les animaux par plusieurs expérimentateurs, par M. J.-L. Prévost entre autres ; elle constitue, ainsi que je l'ai fait remarquer, un des meilleurs arguments pour prouver que l'activité réflexe à la moelle épinière est mise enjeu parla percussion du tendon rotulien.

Enfin, MM. Schultze et Furbringer n'ont pas pu obtenir des contractions du triceps fémoral sur des animaux curarisés. L'argument que l'on peut tirer de cette expérience, àl'appui de l'opinion qui regarde ces contractions comme réflexes, est moins nettement démonstratif que les précédents, parce qu'on pourrait objecter à cet argument, sans y être bien autorisé suivant moi, que les muscles, sur un animal curarisé, ne sont plus

1. Byrom Bramwell. The Patellar Tendon Reflex (The med. Times and Gazette, 1870. — Tirage à part).

clans des conditions favorables à une excitation efficace par tiraillement ou par ébranlement.

Ces auteurs ont donc été en droit, ce me semble, de conclure que la contraction du triceps provoquée par le choc du tendon rotulien est un phénomène réflexe. Comme cette contraction a encore lieu après la section de la moelle épinière, ils ont admis avec raison que le centre réflexe de ce mouvement a pour siège la partie postérieure (ou inférieure) de la moelle.

La question aurait été définitivement jugée si des expériences en contradiction avec celle de MM. Schultze et Furbringer n'avaient pas été introduites dans le débat et n'étaient pas venues jeter un certain doute sur une des conclusions de ces auteurs. Je fais allusion aux expériences de M. Burckhardt. Cet expérimentateur a bien constaté que la section du nerf crural abolit le phénomène du genou et il n'hésite pas à considérer ce phénomène comme réflexe ; mais il dit avoir vu que la dilacération de la moelle lombaire et la section des racines postérieures des nerfs lombaires laissent persister le réflexe rotulien ; de telle sorte qu'il est conduit, — et c'est sur ce point qu'il s'éloigne de ses devanciers — à placer le siège du centre de réflexion motrice de l'impression produite par le choc du tendon rotulien, non dans la moelle épinière, mais dans les ganglions des racines postérieures des nerfs lombaires.

11 est bien difficile de se représenter comment une action réflexe motrice pourrait s'exécuter par la médiation de ces ganglions, lorsque l'on sait qu'ils ne reçoivent et n'émettent aucune fibre motrice. En excitant le bout périphérique d'une de ces racines coupées entre le ganglion et la moelle, on ne détermine, en effet, aucun mouvement ; l'excitation mécanique du ganglion lui-même, après la section de la racine correspondante, faite au point que nous venons d'indiquer, n'a pas non plus d'action motrice sur les muscles innervés par le nerf correspondant à cette racine. D'ailleurs les faits expérimentaux sur lesquels s'appuie M. Burckhardt pour proposer cette manière de voir n'ont pas été vérifiés par les auteurs qui se sont livrés aux mêmes recherches.

M. Tschiriew constata plus tard un fait intéressant : c'est que si la section du nerf crural abolit la possibilité du réflexe rotulien, la section du nerf sciatique vers la partie supérieure de la cuisse exagère au contraire ce réflexe. Il serait impossible de se rendre compte de cette influence de la section du nerf

sciatique, si la moelle ne jouait pas un rôle important dans la production de ce phénomène, car le sciatique est absolument étranger à l'innervation du muscle triceps fémoral. Les lésions qu'on lui fait subir ne peuvent donc agir sur le triceps que par l'influence qu'elles exercent sur le mécanisme médullaire des contractions de ce muscle. On peut supposer que l'irritation du bout supérieur du nerf sciatique, produite par la section de ce nerf, se propage jusqu'à la région lombaire de la moelle et produit une certaine exaltation des propriétés de la substance grise de ce centre, dans le côté correspondant au nerf coupé. Quelque spécieuse que puisse être cette hypothèse, elle ne me paraît pas admissible. L'exagération du réflexe rotulien, produite par la section du nerf sciatique, persiste pendant assez longtemps ; or, les irritations traumatiques, expérimentales, des nerfs, occasionnées par la section, la contusion, la brûlure, de ces cordons, ne sont pas durables : leurs effets physiologiques cessent dès que la cause du traumatisme n'agit plus. On pourrait supposer que l'interruption des relations entre les extrémités périphériques du nerf sciatique et la moelle épinière diminue la dépense d'influx nerveux dans la moitié correspondante de la région lombaire delà substance grise médullaire et y détermine une accumulation de cet influx : d'où la vivacité plus grande des actions réflexes s'exécutant par l'intermédiaire du nerf crural du même côté. Mais on peut encore imaginer une autre interprétation. La section du nerf sciatique paralyse les muscles antagonistes du triceps crural ; ce dernier muscle, n'ayant plus ses freins normaux, ne doit-il pas, dans de telles conditions, se raccourcir, sous l'influence des excitations réflexes ou autres, plus brusquement et plus fortement que dans l'état ordinaire des choses ?

M. Tschiriew est arrivé, par ses expériences sur la moelle épinière et les racines postérieures des nerfs, à des résultats qui sont très différents de ceux qu'avait obtenus M. Burckhardt et qui confirment nettement l'opinion émise par MM. Schultze et Furbringer \

Le nerf crural du lapin est formé, comme l'a constaté M. Tschiriew, par deux branches nerveuses qui proviennent ; lune du cinquième nerf lombaire ; l'autre, du sixième nerf lombaire : quant au nerf sciatique,, il est constitué par des branches provenant du sixième et du septième nerf lombaire

l. Voir J.-L. Prévost. Loc. cit. p. 47 et suiv.

et du premier nerf sacré. Ceci bien établi, il soumet la moelle, sur des lapins, à des sections transversales successives, soit d'avant en arrière, soit d'arrière en avant. Dans ce dernier cas, les premières sections sont faites sur la région sacrée. On voit le phénomène du genou devenir plus étendu et plus rapide lors des premières sections ; il diminue ensuite et il devient impossible lorsque l'on coupe la moelle au niveau de la sixième paire lombaire. Si les sections sont faites d'avant en arrière, le phénomène du genou commence aussi par s'exagérer 1 : il ne peut plus être provoqué, lorsque la moelle se trouve coupée entre la cinquième et la sixième paire lombaire. D'autre part, une dilacération de la moelle, faite avant toute autre lésion de ce centre, au niveau de cette sixième paire des nerfs lombaires, abolit ausitôt le réflexe rotulien. Donc le centre réflexe de ce phénomène siège dans la moelle vers la sixième paire lombaire.

Nous voyons qu'entre les mains de M. Tschiriew les lésions delà moelle ont donné des résultats opposés à ceux qu'avait obtenus M. Burckhardt. Il en a été de môme pour les sections des racines des nerfs. M. Tschiriew a coupé, sur des lapins, la racine postérieure du sixième nerf lombaire d'un côté. Cette opération a été suivie d'une abolition complète des réflexes rotuliens du même côté. Il s'agit donc bien, en somme, d'actes réflexes, tout à fait ordinaires comme mécanisme, c'est-à-dire s'effectuant par l'intermédiaire de la substance grise de la moelle épinière.

M. Senator a publié un travail intéressant dans lequel il cherche à compléter les connaissances que nous devons à M. Tschiriew sur le rôle de la moelle épinière dans la production des réflexes tendineux. 11 a vu que la section d'une moitié de la moelle épinière, chez le chien et le lapin, pratiquée entre la cinquième et la sixième vertèbre lombaire, abolit le réflexe rotulien seulement dans le membre postérieur correspondant. Ce résultat n'était certes pas inattendu, puisque l'on sait par M. Tschiriew que l'on détruit ainsi le centre de ce réflexe. 11 est probable qu'une hémisection de la moelle faite un peu

1. On voit que le réflexe du genou s'exagère lorsque la section de la moelle est pratiquée un peu en avant de la sixième paire lombaire, tout comme il le fait, lorsque cette section porte sur la région sacrée. Cette exagération des réflexes rotuliens tient dans les deux cas à l'exaltation de la réflectivité médullaire: dans le premier cas, celte exaltation se produit dans toute la longueur de la partie de la moelle située en arrière (au-dessous) de la section; dans le second, elle ne remonte sans doute que usqu'à une certaine dislance en avant de la lésion.

au dessus de ce point produirait une exagération du phém>mène dn ^enou du même côté et un affaiblissement de ce phe- ZLe lu côté opposé. C'est du ^^^Tll Va fait voir M. Brown-Séquard, pour les autres rétlexes La secUonlrànsversale des faisceaux postérieurs on la destruction de leur partfe lombaire dans une grande étendue longitudinale, SS d'après M. Senator, aucune influence sur le réflexe eu aueston Au contraire, la section transversale d'un cordon làtéS entre la cinquième et la sixième vertèbre lombaire otlaïle réflexe Julien du côté ^^^J^ tion des cornes postérieures grises n agirait pas sur ce rèllexe d en serait de même de la section transversale des cornes antéripnrps et des faisceaux antérieurs.

Ce résultats, suivant M. Senator, ne feraient que confirmer ceux qù avait obtenus déjà M. Woroschiloff, dans ses recherches sur la voie que suivent les impressions dans la moelle ép.niere . 1s ne me paraissent pas avoir tonte la valeur que 1 auteur leur attribue II est évident qu'il ne détruit pas les faisceaux posterieurs dans la partie de la région lombaire qu, répond aux Leb s postérieures cle la cinquième et de la sixième paire car IdéTufra t en même temps ces racines et le réflexe patellaire serait forcément aboli. Que signifie alors l'expérience don il S? La même réflexion peut être faite à propos de la desmc ion des cornes postérieures de la substance gr.se. Quant a à seZn transversale des faisceaux postérieurs, s, elle est pratiquée au-dessus de la cinquième paire lombaire, non seulement elle ne doit pas abolir les réflexes patella.res mais elle doTt au contraire, les exagérer. D'autre part, les résultats observés à la suite de la section d'un des faisceaux latéraux, dans 'intervalle du cinquième et du sixième nerf lombaire ne me parai sent avoir aucune signification, au point de vue des données quT M. Woroschiloff croit avoir établies et qui sont bien "on Sables. La section transversale des cornes antérieures et deffaSceaux antérieurs ne pouvait pas à pnon, conduire a d'autres résultats que ceux qui ont été obtenus. •

M J -L. Prévost dans le mémoire auquel j'ai emprunte la plupart des renseignements qui précèdent, publie ses propres n'eherches. Ses expériences ont été faites aussi, en général, sur

, . H. Sonate, Mr *»"««* £ ^S T SSÏÏKf S

lîois-Reymond's Archiv f. Physiol., 1880, p. 1W.

med. Wiss., 18S0, p. 830.

des lapins ; mais il les a répétées sur d'autres animaux ; principalement sur des chats et des cochons d'Inde. Elles concordent tout à fait, comme conséquences, avec celles de M. Tschiriew. A l'exemple de ce physiologiste, il pratiquait d'abord une section préalable de la moelle épinière dans la région dorsolombaire. Cette opération, faite sur l'animal anesthésié, a l'avantage considérable de supprimer toute douleur dans les expérimentations auxquelles on soumet ensuite l'animal ; elle est déplus très utile, en ce qu'elle exagère le pouvoir réflexe de la région médullaire d'où naissent les nerfs des membres postérieurs.

M. Prévost ne s'est pas borné d'ailleurs à répéter les expériences de ce physiologiste. Il a étudié l'influence de l'anémie médullaire sur le phénomène clu genou. En comprimant l'aorte abdominale sur des lapins, il a vu le phénomène du genou s'exagérer pendant une première période de quelques secondes, puis devenir impossible au bout de 40 à 45 secondes. En faisant varier la durée delà compression de l'aorte, on voit que le temps nécessaire au retour du phénomène du genou est d'autant plus long que la compression a duré plus longtemps. Ces effets *de l'interruption de la circulation dans les parties qui reçoivent leur circulation artérielle de la région abdominale de l'aorte ne peuvent s'expliquer, dans les conditions où on les a observés, qu'en admettant que le phénomène du genou est un acte réflexe médullaire.

M. Prévost a répété les expériences de MM. Schultze et Furbringer, sur l'influence qu'exerce le curare par rapport aux réflexes tendineux et il a vu, comme ces auteurs, que la curarisation empêche la production du phénomène du genou. Il a constaté sur des chats, que la chloroformisation et l'éthérisation, lorsqu'elles déterminent une anesthésié profonde, font disparaître ce réflexe, mais qu'il ne cesse qu'après l'abolition des réflexes cutanés. Le chloroforme agit plus puissamment que l'éther : nous voyons, en effet, dans une expérience de M. Prévost, sur une chatte, que le chloroforme a paralysé le réflexe rotulien (après que la cornée a perdu sa sensibilité), tandis que l'ethérisation, pratiquée sur le même animal quelques instants auparavant, avait laissé persister ce réflexe, bien qu'elle eût été poussée aussi loin et continuée aussi longtemps qu'on pouvait le faire sans amener la mort. Quant au chloral hydraté, M. Prévost a vu que l'injection intra-veineuse

d'un gramme de cette substance ne modifie pas le réflexe patellaire, bien qu'elle paralyse complètement la sensibilité cutanée et presque complètement la sensibilité des conjonctives. La disparition des réflexes tendineux, sous l'influence des aneslhésiques, indique, d'après M. Prévost, l'imminence du collapsus. M. Prévost cite en note, à la fin de son mémoire, le résumé des expériences que venait de publier M. Eulenburg, au moment où ce travail était sous presse. Les résultats obtenus par M. Eulenburg ne diffèrent pas essentiellement de ceux que M. Prévost a observés. 11 a constaté toutefois que le chloroforme produit, au début, une augmentation remarquable du réflexe patellaire. D'après lui ce phénomène disparaît avant le réflexe cornéen. L'éther sulfurique et d'autres combinaisons d'éthyle et d'éthylène donnent lieu souvent, par inhalation, à une remarquable augmentation des réflexes (principalement des réflexes tendineux et périostiques chez le lapin) : ces réflexes peuvent persister lorsque l'anesthésie est complète. Le chlorure d'éthylène, le chlorure d'éthylidène et le chlorure de méthylène ne déterminent pas d'exagération initiale des réflexes : le réflexe tendineux n'est aboli qu'après le réflexe delà cornée. Le bromure d'éthyle agit de même au début, mais il ne fait qu'affaiblir les réflexes. Le bromure d'éthylène agit comme l'éther. Le chloral hydraté ne produit pas d'exagération des réflexes au début de son action (lapin) : le réflexe patellaire disparaît avant le réflexe cornéen. Le bromure de potassium, en injections sous-cutanées sur le lapin, agit dans le même sens que le chloroforme. Dans la mort par asphyxie, le réflexe patellaire n'est paralysé qu'après le réflexe de la cornée \

Les expériences de MM. Tschiriew, Eulenburg, Prévost, nous apprennent que les injonctions hypodermiques de sels de morphine ne modifient pas le réflexe patellaire. On avait déjà d'ailleurs observéle même fait pour les autres phénomènes réflexes.

Le phénomène du genou est exagéré comme les autres actes réflexes chez les animaux soumis à l'influence delà strychnine (Burckhardt et autres expérimentateurs).

J'ai répété, soit dans mon laboratoire, soit dans mon cours, la plupart des expériences de MM. Schultze et Furbringer,

1. Eulenburg Ueber différente Wirkwigen der Anasthetica auf verschiedene Reflexphiinomene, namentlich Sehnenreflexe. (Gentralblatt f. d. med. Wiss., 1881, n°6).

DIX-NEUVIÈME LEÇON. igf

Barckharclt, Tschiriew, J.-L. Prévost, Eulenburg et autres, et j'ai pu reconnaître en général, l'exactitude des résultats qu'ils ont publiés1. Un fait que j'ai bien constaté, c'est celui quia été vu par plusieurs de ces auteurs, à savoir que la percussion d'un des tendons rotuliens, surtout lorsque l'excitabilité delà moelle lombaire est augmentée par suite d'une section transversale de la moelle, portant sur la région dorsale, au niveau des dernières vertèbres de cette région, détermine souvent, en même temps qu'un violent mouvement du membre correspondant, un mouvement très net, bien que beaucoup plus faible, de l'autre membre. J'ai pu même, dans mon cours, montrer cette particularité sur un jeune enfant atteint d'une lésion chronique et diffuse de la moelle épinière. En percutant un des tendons d'Achille sur cet enfant, on provoquait un assez fort mouvement d'extension du pied correspondant, avec légère flexion des orteils et l'on voyait se produire en même temps, un mouvement analogue, mais plus limité, dans le pied du côté opposé. L'enfant était mis à genoux sur une table, le corps penché en avant et les mains appuyées sur cette table ; les pieds en dépassaient le bord. Dans cette attitude, le mouvement provoqué dans le pied gauche par une percussion brusque, mais de force modérée, du tendon d'Achille du côté droit, ne pouvait pas être considéré autrement que comme un phénomène réflexe et il en était bien certainement aussi de même pour le mouvement du pied droit 2.

Toutes ces démonstrations paraîtraient superflues et le seraient en effet, si l'opinion qui considère le phénomène du genou et les phénomènes analogues comme des actes réflexes,

1. Quand on a mis attentivement ànuletendonrotuliensur un chien non cuiariséetnon anesh'sié, on peut passer au dessous de ce cordon fibreux un manche de scalpel et soumettre le tendon ainsi iso1^ à des percussions. Chaque percussion provoque un mouvement réflexe de la jambe, tout semblable à celui qui se produit lorsque le tendon mis à nu estlaissé dans ses rapports normaux. Si l'on coupe transversalement le tendon, on voit que la percussion de l'un ou de l'autre de ses deux bouts donne lieu encore à des réflexes très nets. Si on a brûlé le tendon ou si on Ta excisé, on peut déterminer des mouvements brusques et considérables d'extension de la jambe sur la cuisse en frappant les parties situées en dehors ou en dedans des points qu'occupait le tendon. L'analyse des phénomènes démontre bientôt que l'on frappe alors sur la capsule fibreuse de l'articulation. Tant qu il reste une petite partie des régions antéro-'atérales, interne ou externe, de cette capsule, la percussion de cette partie peut provoquer un réflexe semblable en tout au réflexe patellaire. Il m'a paru en être encore ainsi, même lorsqu'on percutait les ligaments interne et externe, après avoir coupé les parties antéro-latérales de la capsule fibreuse.

2. Cet enfant provenait du service de mon collègue, M. le professeur Hardy, à l'hôpital de la Charité, et il avait été amené à mon cours par M. Dejerine, alors chef de clinique de la Faculté, qui avait déjà observé ces particularités avec M. Hardy, ;i l'hôpital.

ne trouvait plus en face d'elle aucun dissident. Mais il n'en est pas ainsi, et des physiologistes de mérite nient encore la nature réflexe de ces phénomènes:

M. A. Waller, comme je l'ai dit plus haut, se refuse à admettre que le réflexe patellaire soit un acte réflexe, et M. J.-L. Prévost qui, dans son premier mémoire, réfutait, en termes très réservés, il est vrai, l'avis de cet expérimentateur, me paraît, dans un mémoire publié plus récemment, moins disposé à le combattre1. Il fait connaître, dans ce travail, fait en collaboration avec M. A. Waller, des expériences qui lui paraissent démontrer que les contractions observées dans le membre du côté gauche lorsqu'on percute le tendon patellaire du côté droit ne sont pas de nature réflexe. Par conséquent, dit-il « le phénomène de transmission que je signa- » lais comme étant une des principales objeclions qui pût être » opposée à la théorie très analogue à celle de M. Westphal » qu'exposait M. Waller, n'offre pas toute la valeur que j'étais » tenté de lui opposer. »

MM. J.-L. Prévost et A. Waller relatent quatre expériences faites sur des lapins. Ils ont constaté que la compression de l'aorte abolit en 30 à 45 secondes le réflexe rotulien du côté où l'on percute le tendon patellaire et le mouvement qui se manifeste en même temps dans le membre du côté opposé. La section des nerfs (crural et sciatique) fait disparaître le réflexe provoqué par le choc du tendon rotulien du côté correspondant ; mais on voit persister le mouvement déterminé par cette percussion dans le membre du côté opposé. Dans une de leurs expériences, ils ont constaté les mêmes faits, après avoir sectionné les racines postérieures des cinquième, sixième, septième nerfs lombaires et celles du premier nerf sacré du côté gauche ainsi que les nerfs sciatique, crural, obturateur et fémoro-cutané du même côté : c'est-à-dire que la percussion du tendon rotulien du côté gauche, faite dans ces conditions, n'avait aucune action sur le membre postérieur gauche, mais était suivie tout aussitôt d'un mouvement du membre postérieur droit. Dans cette expérience et tout au moins dans les deux premières, la moelle épinière "avait été préalablement coupée transversalement dans la région sous-lombaire.

1. J.-L. Prévost et A. Waller. Nouvelles expériences sur les phénomènes nommés réflexes tendineux. (Revue médicale de la Suisse Romande, lrc année n° 6, 15 juin

18 si. Tirage à pari).

DIX-NEUVIEME LEGON. 153

MM. J.-L. Prévost et A. Waller disent avoir pris toutes les précautions pour qu'il n'y eût pas de mouvement communiqué par l'ébranlement de l'animal au membre non percuté. Ils font remarquer que le mouvement qu'ils observaient dans le membre opposé à celui sur lequel on frappait le tendon rotulien ne consistait pas dans une contraction du triceps, mais dans un mouvement dépendant d'une contraction d'ensemble de tous les muscles de la partie supérieure du membre. Dans une de leurs expériences, ils ont fracturé le fémur droit de l'animal, après avoir coupé le nerf sciatique et le nerf crural du même côté et ils ont constaté, après cette fracture, une diminution de l'intensité du mouvement transmis à l'autre membre par suite du choc du tendon rotulien du côté droit.

Ces expériences, quelque intéressantes qu'elles soient, ne me paraissent pas devoir modifier l'opinion générale sur la nature du phénomène du genou et des phénomènes du même genre. MM. Prévost et A. Waller sont obligés d'admettre que l'intégrité physiologique de la région de la moelle qui donne naissance aux nerfs des membres postérieurs est nécessaire pour que le phénomène du genou se produise et pour que le mouvement transmis ait lieu dans le membre du côté non percuté: l'interruption de la circulation dans la moelle épinière supprime en effet ces deux mouvements à la fois. Il est impossible de ne pas être de leur avis sur ce point; mais il est permis d'hésiter à les suivre lorsqu'ils disent, en parlant de la communication de l'excitation du membre percuté à l'autre membre : « cette transmission... n'est pas directement provoquée par l'excitation des nerfs du tendon percuté, puisque le membre percuté a été préalablement énervé ».

Si le mouvement transmis ne s'explique pas par un ébranlement du train postérieur, produit malgré les précautions prises par ces physiologistes, il me semble impossible qu'il n'y ait pas une voie nerveuse servant à la transmission de l'excitation du tendon percuté au membre du côté opposé, voie nerveuse qui aura été épargnée en dépit de l'apparente rigueur des expé-. riences. Quant au caractère du mouvement transmis, il n'est pas toujours tel que Font indiqué M. J.-L. Prévost et A. Waller. Ce mouvement, chez le chien et chez le lapin, est bien souvent très analogue sinon semblable à celui qui a lieu dans le membre percuté, Je rappellerai, à ce propos, ce fait que je citais il n'y a qu'un instant et qui concerne un jeune garçon montré à

mon cours. Le mouvement produit dans le pied et les orteils, parle choc du tendon d'Achille du même côté, se reproduisait affaibli, mais tout semblable dans le pied du côté non frappé. Comment celte transmission pourrait-elle s'expliquer autrement que parla médiation des nerfs des deux membres et de la partie de la moelle qui leur donne naissance ?

La conclusion de ces études sur le phénomène du genou, c'est que ce phénomène est un acte réllexe, une contraction réflexe du triceps fémoral provoquée par le choc du tendon rotulien \ Cette interprétation s'applique à toutes les contractions musculaires, provoquées de la même façon : au réflexe du tendon d'Achille, à ceux des tendons du poignet, etc.

Le réflexe rotulien s'exagère toutes les fois que la réflectivité médullaire devient plus vive. Nous avons vu qu'il en est ainsi chez les animaux, sous l'influence des lésions des faisceaux postérieurs de la moelle épinière dans la région dorsale ; il en est de même à la suite des piqûres, des sections transversales du centre médullaire, dans cette même région. L'inhalation du chloroforme, au début de son action, la compression de l'aorte dans les premiers instants de son influence sur la substance grise de la moelle épinière, la strychnine, la morphine, etc., rendent ce réflexe plus énergique et plus brusque. 11 y a parfois 2 et 3 mouvements, ou même plus encore, pour une seule percussion du tendon.

J'ai indiqué aussi les lésions soit des nerfs, soit de la moelle épinière, qui abolissent ces réflexes chez les animaux. En outre de ces lésions, on doit rappeler, comme causes d'affaiblissement et de disparition de ce phénomène, la compression de l'aorte continuée pendant 30 à 50 secondes 2, l'anesthésie

\. C'est de cette façon que les travaux les plus récents envisagent le mécanisme des phénomènes de ce genre. Voir: Mommsen, Recherches expérimentales sur les réflexes tendineux (Anal . in Archives de Neurologie, T. IX, janvier 1 88 3, p. 108). 11 y a cependant encore des expérimentateurs qui considèrent le réflexe patellaire comme dépendant d'un état particulier des muscles et non comme un pur réflexe nerveux (Orchansky. Influence du travail neruo-musculaire et de la fatigue sur les réflexes tendineux et sur V excitabilité électrique des muscles et des nerfs chez V homme. Même Recueil, même numéro, p. 137).

2. 11 faut tenir compte du temps nécessaire pour que la compression de l'aorte fasse disparaître la possibilité des réflexes tendineux. Après trente à cinquante secondes, l'interruption du cours du sang dans la partie postérieure du corps ne peut paralyser que la substance grise médullaire. Si l'on ne cherchait le phénomène du genou qu'après un temps plus long, on pourrait se demander si l'abolition de ce phénomène n'est pas due à des modifications physiologiques déterminées dans les muscles par cette suppression de l'irrigation sanguine artérielle.

complète produite par le chloroforme, l'éther etc., la curarisation, etc.

Il est clair que, chez l'homme, des conditions analogues ou semblables à plusieurs de celles qui viennent d'être éimmérées entraînent les mêmes conséquences : nous avons eu soin de signaler, dès le début de cette étude, les circonstances principales dans lesquelles les réflexes tendineux présentent une augmentation ou une diminution d'intensité. Au risque de nous laisser aller à quelques répétitions, nous croyons devoir revenir sur cette partie du sujet, pour lui donner un complément nécessaire. Un traumatisme de la moelle peut, suivant son siège, affaiblir ou exagérer les réflexes rotuliens. Si le nerf crural d'un côté se trouvait sectionné, le phénomène du genou, du côté correspondant, deviendrait impossible. Le chloroforme, l'éther, la strychnine, exercent chez l'homme la même influence sur ce phénomène que chez les animaux.

Les lésions médullaires d'origine morbide peuvent augmenter ou diminuer la vivacité et l'étendue du réflexe rotulien.

On a constaté l'exagération de ce réflexe dans la sclérose des faisceaux latéraux, dans certains cas de sclérose transverse, de sclérose en plaques disséminées, dans l'affection encore mal connue que M. Charcot a désignée sous le nom de tabès spasmodique et que nous désignons sous un nom d'attente : myélopathie spasmodique ou spasmogène. Ce réflexe est encore exagéré dans certains cas de mal vertébral de Pott, de tumeurs des vertèbres ou des membranes de la moelle ou de la moelle elle-même, dans certains cas de méningo-myélite ; toutes les fois aussi qu'il y a sclérose secondaire descendante des faisceaux latéraux, à la suite d'une lésion encéphalique, etc.1

Dans ces circonstances diverses, il y a presque constamment une altération commune, à savoir une sclérose de la partie postérieure des faisceaux latéraux. On a même voulu faire de cette altération une condition sine qua non de l'exagération des réflexes tendineux dans les cas de lésion de la moelle; mais c'est là un point très discutable et il me paraît au moins vraisemblable qu'une altération étendue de la sub-

1. J'ai vu le réflexe roUilien exagéré chez un malade atteint de paralysie agitante -, mais j'ai cru devoir rapporter cette exagération à une complication de lésion médullaire, d'autant plus que ce symptôme était unilatéral et s'accompagnait de douleurs assez vives dans le membre inférieur correspondant.

stance grise médullaire dans la région cervicale ou la région dorsale supérieure, ou une compression limitée de la moelle, produisant, dans ces mêmes régions, une incapacité fonctionnelle plus ou moins prononcée de cette substance, suffît pour donner lieu à une exagération du phénomène du genou, parce que la substance grise de la partie inférieure de la région dorsale et de la région dorso-lombaire, dans de tels cas, acquiert une réflectivité plus grande que dans l'état normal. 11 suffit que cette réflectivité soit exaltée dans la région qui, chez l'homme, donne naissance aux nerfs des membres inférieurs, ou même dans celle où le nerf crural prend origine, c'est-à-dire d'après M. Tschiriew, dans la région d'où proviennent la troisième et la quatrième paire des nerfs lombaires.

En tout cas, il est bien admis par tous les médecins physiologistes que si les altérations des faisceaux pyramidaux de la moelle épinière déterminent une exagération des réflexes tendineux, c'est qu'elles ont pour conséquence constante une exaltation du pouvoir réflexe de la substance grise, quel que soit le mécanisme par lequel se produit cette exaltation morbide.

Les réflexes rotuliens sont parfois exagérés dans des affections considérées comme des névroses; par exemple, dans l'hystérie (Charcot), dans la chorée (Straus).

Les lésions de la moelle épinière, celles de l'encéphale et certaines névroses ne sont pas les seules conditions possibles de l'exagération des réflexes tendineux. De même que l'introduction de certaines substances toxiques — la strychnine au premier rang — peuvent déterminer une exaltation du pouvoir réflexe de la moelle et, comme conséquence, une augmentation d'intensité de ces réflexes, de même certains états morbides, toxémiques, peuvent produire, dans une mesure faible relativement, des effets du même genre. Il en est ainsi, par exemple, de la fièvre typhoïde, dans le cours de laquelle, d'après M. Strumpell1, M. G. Ballet2, M. Pluyaud 3, les réflexes tendineux seraient, en général, plus accusés que dans l'état normal. Mais ce n'est point là un fait constant, car M. Petitclerc4 a trouvé, dans la convalescence de cette maladie, que ces réflexes sont

Page 1