‹ Maladies du systáeme nerveuxChapitre 16 sur 73 · Petitclerc, Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Petitclerc, Loc. cit., p

de suite. Ce phénomène s'observe parfois dans l'état normal, lorsque l'attitude qui est sa condition déterminante se prolonge au delà d'un certain temps.

Le tremblementcles membres fait aussi partie des symptômes des myélopathies spasmogènes : mais la sensibilité particulière des tendons ne joue ici aucun rôle.

Parfois ce tremblement a lieu uniquement sous l'influence d'une excitation telle que le pincement ou le simple contact de la peau, ou l'impression du froid sur ce tégument, ou la pression brusque des masses musculaires à l'aide de la main, etc., il est plus ou moins intense et plus ou moins durable ; mais, en général, il s'affaiblit peu à peu et cesse après quelques secondes ou quelques minutes. Chez certains malades, il se produit à l'occasion de mouvements volontaires \ ou bien même on le voit apparaître sans excitation apparente et il peut encore ne durer que quelques instants ou quelques minutes. Soit qu'il semble spontané, soit qu'il ait été provoqué, on peut voir exceptionnellement ce phénomène morbide persister pendant un temps beaucoup plus long, pendant une ou plusieurs heures. Pendant sa durée, il offre des exacerbations par moments, soit sans cause reconnaissable, soit sous des influences de nature variée : efforts volontaires, contacts, impressions morales, etc. Tantôt il n'est accompagné d'aucune souffrance ; tantôt des douleurs plus ou moins vives coïncident avec ce phénomène et présentent des exacerbations qui sont suivies aussitôt d'une augmentation du tremblement.

11 est difficile, pour ce tremblement spasmoclique, comme pour les autres troubles du même genre, de trouver une explication tout à fait satisfaisante. On peut toutefois supposer que la région souffrante de la substance grise médullaire offre, dans ces cas, un degré d'excitabilité morbide qui n'est point suffisant pour déterminer un état de contracture durable, mais qui est tel que les impressions parties de la peau ou de parties plus profondes, provoquent une contraction des muscles animés par

1. Je parle ici du tremblement spasmodique des membres inférieurs. On sait qu'un phénomène du même genre se manifeste parfois dans le membre supérieur chez des malades atteints d'hémiplégie ancienne avec contracture, lorsque ces malades cherchent à lever ce membre, à porter la main vers leur bouche ou le côté de la tête. On peut déterminer chez quelques-uns d'entre eux une trépidation de l'avant-bras, pendant quelques instants, en percutant avec les doigts la face dorsale de l'extrémité inférieure du cubitus.

cette région de la moelle épinière. Tous les muscles d'un segment de membre ou d'un membre se contractent et le membre est légèrement entraîné dans le sens des muscles les plus puissants, dans le sens des extenseurs, en général. La distension ainsi opérée sur les muscles fléchisseurs antagonistes y détermine une excitation qui, par mécanisme réflexe, augmente leur contraction, la rend pour un moment prédominante et entraîne le membre dans le sens de leur raccourcissement : de là, tiraillement des extenseurs dont la contraction s'exagère à son tour et ainsi de suite, tant que dure l'excitation particulière de la moelle donnant lieu au tremblement spasmodique.

Quanta ce qui concerne la contracture tonique permanente, il n'y a pas non plus à faire intervenir des réflexes tendineux. Elle a certainement pour cause, comme je l7ai rappelé, en parlant delà sclérose latérale amyotrophique, une irritation morbide delà région de la substance grise médullaire où s'opèrent les actions réflexes musculo-motrices. La permanence et l'intensité de cette irritation, sans la moindre variation de degré, entraîne la continuité de la contraction réflexe des muscles, c'est-à-dire la contracture.

On a vu quelquefois la flexion du gros orteil, opérée avec force par l'observateur, diminuer ou suspendre même la contraction tono-spasmodique des muscles du membre inférieur correspondant. Ce phénomène, découvert il y a longtemps déjà par M. Brown-Séquard, ne s'observe que rarement dans les myélopathies accompagnées de contracture musculaire \

Cet effet s'explique par l'influence inhibitoire (action d'arrêt) produite sur l'activité réflexe d'une région delà moelle épinière par une excitation vive des fibres sensitives en relation avec cette région. On peut rappeler, entre autres faits physiologiques propres à bien faire voir cette influence, l'expérience bien connue et souvent citée de M. Ilerzen : si l'on applique un fragment de potasse caustique sur la partie terminale de la moelle épinière, sur une grenouille décapitée, il est impossible, tant que dure l'action irritante de ce caustique, de provoquer des mouvements réflexes des membres antérieurs. De même, une violente faradisation portant sur un des membres poslé-

1. On a vu aussi le tremblement spasmodique d'un membre inférieur s'arrêter par le pincement de la peau du gros orteil ou de la peau de la face dorsale du pied du côte correspondant et, dans ces cas, il se peut que la flexion forcée du gros orteil soit sans action (Lewinslu) .

rieurs d'une grenouille décapitée, peut s'opposer aux effets excito- moteurs d'une irritation des extrémités digitales de l'autre membre postérieur.

C'est aussi parce mécanisme que l'on doit expliquer l'arrêt du phénomène du genou, qui se produit, comme Fa observé M. Nothnagel, quand on comprime le nerf sciatique. On ne voit guère d'autre explication possible, lorsqu'on se rappelle que la section du nerf sciatique, loin d'abolir le réflexe patellaire chez les animaux, l'exagère plutôt. 11 est clair d'ailleurs que ce dernier résultat serait obtenu si l'on faisait durerla compression, car l'engourdissement du nerf et sa paralysie même seraient les suites inévitables d'une compression prolongée.

Leucomyélites systématiques, secondaires ou consécutives. — Scléroses secondaires de la moelle : — Sclérose ascendante ou descendante — Scléroses combinées.

A. — Sclérose secondaire descendante.

Certaines lésions de l'encéphale ou de la moelle épinière elle-même donnent naissance à une altération consécutive du centre médullaire, altération qui se produit sous la forme de sclérose. Cette sclérose offre constamment le même siège et la même disposition, ou du moins les variations qu'elle présente sous ces rapports sont très restreintes.

Comme type de cette sclérose descendante, on peut prendre celle qui se produit, ainsi que l'a vu, le premier, Luclwig Tùrck, à la suite cle certaines lésions du corps strié, empiétant sur la capsule interne. Lorsqu'une hémorragie ou un ramollissement nécrobiotique affecte ce siège, — que nous aurons à préciser plus tard, — on trouve constamment, à l'autopsie, une sclérose de la partie postérieure du faisceau latéral cle la moelle épinière, du côté droit si la lésion encéphalique est située dans le côté gauche du cerveau, et vice versa. Dès 1862, nous avons, M. Charco! et moi, fait plusieurs communications à la Société de Biologie sur ces altérations de la moelle ! : elles ont été étudiées d'une façon approfondie par M. Bouchard, dans un mémoire publié en 1866\ Nous signalerons, chemin faisant, les travaux qui ont étendu ou fortifié nos connaissances sur les divers points de l'histoire de ces altérations.

Lorsqu'on examine les centres nerveux, dans un cas de sclérose descendante, consécutive à une lésion du corps strié et de

* . J'ai donné quelques indications sur cette sclérose dans mes Leçons sur la physiologie du système nerveux, faites au Muséum d'histoire naturelle, en 1864. Paris, 1866.

2. Bouchard. Déaénéralions secondaires de la moelle épinière. Archives de rnéd. 1866, 1, 272 et suiv.

la capsule interne, on constate facilement qu'il s'agit d'une altération s'étendant depuis le foyer d'hémorragie ou de ramollissement jusqu'à la région inférieure de la moelle épinière. On reconnaît, en effet, à la surface antéro-inférieure du pédoncule cérébral, du côté du foyer, une bande triangulaire de sclérose, plus ou moins étroite, allongée dans le sens des fibres du pédoncule, ayant son sommet tronqué vers laprotubérance annulaire et sa base vers l'hémisphère cérébral . Impossible de ne pas être convaincu, à première vue, qu'il s'agit deFatrophie, avec transformation scléreuse, d'une partie des faisceaux de l'étage inférieur ou du pied du pédoncule cérébral. La lésion disparaît, en même temps que le pédoncule lui-même, sous la couche superficielle de la protubérance annulaire ; mais on ne saurait avoir de doutes sur l'existence d'une atrophie de la moitié correspondante de ce renflement : cette moitié delà protubérance est plus petite dans tous les sens que l'autre moitié. L'asymétrie des deux moitiés du Pont de Yarole,qui est si manifeste lorsqu'on examine la base de l'encéphale dans un cas de ce genre, apparaît plus nettement encore lorsque l'on compare ces deux moitiés sur une coupe transversale passant par le milieu de ce renflement. Audessous de la protubérance, la lésion redevient extérieure, superficielle, reconhaissable non seulement par la diminution de volume, mais encore par le changement de coloration. La pyramide antérieure du bulbe, du côté delà lésion cérébrale, présente tous les caractères dé l'atrophie avec sclérose : elle est notablement plus étroite et moins saillante que l'autre pyramide ; elle se fait remarquer, en outre, par sa teinte grisâtre, un peu ambrée et assez souvent par son aspect à demi transparent. L'olive de ce côté, par suite del'atfaissement de la pyramide atrophiée, semble faire une saillie plus forte que celle du côté opposé. La lésion disparaîtde nouveau au-dessous de l'entre-croisementcles pyramides, en ce sens qu'elle cesse d'être superficielle: il convient pourtant de dire que l'on peut en soupçonner l'existence et le siège par une légère teinte grisâtre qui se laisse apercevoir par transparence dans presque toute la longueur de lamoelle, grâce àla minceur de la couche de substance blanche qui la recouvre.

Pour bien voir la lésion de la moelle épinière, dans le cas dont il s'agit, il convient de l'étudier par laméthode des coupes, d'abord sur la moelle fraîche, puis après macération suffisamment prolongée dans les liquides qui doivent lui donner la con-

sistance convenable : dans une faible solution d'acide ehromique ou de bichromate d'ammoniaque, par exemple.

A l'état frais, si l'on fait des coupes transversales en divers points de la longueur de la moelle épinière, on reconnaît assez facilement qu'une moitié de la moelle, celle du côté opposé au côté de la lésion encéphalique, a subi une légère réduction de volume ; d'autre part, on constate, sur les surfaces de section, que la partie postérieure du faisceau latéral de cette moitié de la moelle offre une teinte grisâtre, analogue à la teinte de la substance grise médullaire. Le tissu devenu grisâtre dans ce faisceau blanc forme un îlot plus ou moins arrondi, paraissant conligu au faisceau postérieur correspondant : cet îlot est séparé, le plus souvent, de la pie-mère par nue mince couche de tissu blanc. De même, il peut ne pas être en contact avec la corne postérieure et il en est séparé aussi, dans ce cas, par une couche du faisceau latéral restée plus ou moins intacte. Cet îlot grisâtre se voit sur toutes les coupes de la moelle jusqu'à la partie inférieure du renflement dorso-lombaire. Ses dimensions sont très évidemment plus considérables dans la région cervicale que dans les autres régions ; elles vont en diminuant progressivement de haut en bas et la teinte s'affaiblit aussi dans le même sens. Vers la partie inférieure du renflement dorsolombaire, cet îlot de substance blanche, devenue grisâtre, ne constitue plus sur les coupes qu'une tache très petite et peu distincte.

Les caractères de la configuration et de la localisation de la lésion apparaissent bien plus nettement encore sur les coupes qui sont pratiquées après durcissement de la moelle épinière dans les liquides appropriés. Si l'on examine, par exemple, la moelle, dans un des cas dont il s'agit, après macération convenable dans une faible solution aqueuse d'acide chromique, on distingue, plus facilement encore qu'à l'état frais, l'îlot de sclérose sur toutes les sections transversales de ce centre nerveux. Cet îlot, dans ces conditions, tranche par sa coloration blanc jaunâtre, analogue encore à celle qu'a prise la substance grise, sur la teinte vert olive delà substance blanche saine. L'étude à l'œil nu est rendue plus facile si l'on prend soin, comme l'a conseillé M. Boucbard, de passer sur les surfaces de section que l'on examine, un pinceau imbibé de solution ammoniacale de carmin. La matière colorante se fixe sur la substance grise normale él sur la substance blanche sclérosée ou du moins v

produit une intensité déteinte rouge qui détache avec netteté, par contraste, l'îlot de sclérose de la substance blanche normale environnante \ Beaucoup d'autres substances colorantes peuvent d'ailleurs servir à obtenir un contraste du même genre. Les quelques indications que j'ai données, à propos de l'examen des surfaces de section transversale de la moelle, à l'état frais, me dispensent de toute nouvelle description topographique.

Toutefois il y a une particularité qui peut échapper lorsqu'on examine les coupes transversales de la moelle à l'état frais et qui devient très apparente sur la moelle durcie par le séjour prolongé dans la solution aqueuse d'acide chromique. Sur les surfaces de section de la moelle épinière ainsi préparée, et après coloration parle carmin ammoniacal, on voit, dans certains cas, qu'une petite partie d'un des faisceaux antérieurs a pris une teinte rouge, très analogue à celle de la région sclérosée du faisceau latéral, et à l'œil nu même on ne peut pas douter qu'il ne s'agisse de la même lésion dans les deux faisceaux : seulement, le faisceau antérieur altéré est du même côté que la pyramide antérieure atteinte de sclérose et, par conséquent, du côté opposé à celui du faisceau latéral lésé. Cette altération du faisceau antérieur est visible surtout dans la région cervicale ; elle s'affaiblit dans la partie supérieure de la région dorsale et disparaît, en général, vers le milieu de cette région. La partie du faisceau antérieur qui se colore en rouge par le contact avec la solution ammoniacale de carmin, forme, sur les coupes, un petit triangle allongé, conligu au sillon antérieur, à base sous la pie-mère, à sommet dirigé vers la commissure antérieure; il comprend tout au plus la moitié de l'épaisseur du cordon antérieur proprement dit.

L'examen microscopique permet de se rendre compte des modifications subies par les îlots de substance blanche qui sont atteints de sclérose : ces modifications sont les mêmes, à bien peu de chose près, quelle que soit la région où l'on examine le tissu sclérosé : pédoncule cérébral, pyramide antérieure, faisceau latéral ou faisceau antérieur.

1. On sait que Ja solution ammoniacale de carmin colore avec intensité le tissu connectif et la névroglie, ainsi que les filaments axiles des tubes nerveux et les cellules nerveuses. Elle n'agit pas, au contraire, sur la gaine de myéline de ces tubes. C'est pour cela que la substance grise et la substance blanche sclérosée se teignent seules en rouge, lorsqu'on met toute la surface rie section de la moelle en contact avec la solution ammoniacale de carmin.

A l'état frais, en excisant à l'aide cle ciseaux une petite parcelle clu tissu sclérosé et en examinant, sans aucun réactif, cette parcelle, on voit qu'elle est formée d'un tissu connectif fibrillaire, parsemé de granulations de diverses natures et contenant^ côté de quelques fibres nerveuses le plus souvent très grêles, devenues moniliformes par la préparation, et de quelques cylindraxes nus, des noyaux de tissu connectif, des vaisseaux dont les parois sont saines, ou bien offrent des granulations graisseuses, ou bien encore sont plus ou moins épaissies: parfois il y a, en outre, de véritables corps granuleux ; mais on en trouve surtout lorsque la lésion est encore récente. Le tissu altéré peut contenir aussi, surtout s'il a été pris clans le faisceau latéral de la moelle, à une faible distance du faisceau postérieur, des corps amyloïdes. La proportion relative de ces divers éléments varie suivant le point examiné et suivant la date de la lésion : le nombre de fibres nerveuses normales ou ne présentant qu'un plus faible diamètre que dans l'état ordinaire, varie aussi suivant le siège de la lésion encéphalique qui adonné naissance au processus de sclérose descendante, c'est-à-dire suivant que cette lésion a détruit un nombre plus ou moins grand soit des fibres de la région de la capsule interne qui font suite aux faisceaux pyramidaux, soit des prolongements de ces fibres dans leur trajet vers l'écorce cérébrale, au travers du centre ovale de Yieussens.

La dissociation du tissu excisé, avec ou sans coloration au moyen de la solution de carmin dans l'ammoniaque ou delà solution de picro-carmin ammoniacal, rend plus apparents quelques-uns des éléments du tissu altéré, particulièrement les noyaux ou les cellules de la névroglie et les cylindraxes nus qui peuvent se trouver dans ce tissu, ainsi que les vaisseaux capillaires dont les noyaux se sont parfois multipliés.

Si l'on examine des tranches transversales minces de la moelle épinière, après les avoir colorées par le carmin ou le picro-carmin et après les avoir rendues transparentes par les procédés ordinaires (par exemple au moyen du traitement successif par l'alcool, l'essence de térébenthine un peu résinifiée ou l'essence de girofles et finalement le baume de Canada), on reconnaît immédiatement au microscope, comme à l'œil nu, les parties atteintes de sclérose, par la teinte rouge qu'elles présentent. Dans ces parties, beaucoup de fibres nerveuses ont disparu: le tissu est formé par la névroglie hypertrophiée,

offrant encore un aspect alvéolaire, comme si les cavités tabulaires occupées, avant la lésion, par des fibres nerveuses existaient encore, simplement réduites par l'épaississement de leurs parois. Les noyaux cellulaires de ce tissu ne sont pas très nombreux ; il est probable qu'après s'être multipliés, au début du processus morbide, ils sont devenus plus rares par suite de la disparition d'un grand nombre d'entre eux. Dans la plupart des cas les alvéoles de lanévroglie hypertrophiée ne renferment qu'une matière probablement à demi liquide qui s'en écoule ou se détruit pendant la préparation : quelquefois on trouve un petit nombre de filaments axiles disséminés çà et là, dans ces alvéoles; mais la persistance de ces filaments, d'après mes observations, est un fait tout à fait exceptionnel. Il est beaucoup moins rare de voir, au milieu du tissu sclérosé, quelques fibres nerveuses complètes, c'est-à-dire munies de leur gaine de myéline, qui ont échappé au travail d'atrophie : ces fibres sont tantôt isolées, une à une, tantôt assemblées en petits groupes. A la périphérie de l'îlot de sclérose, ces fibres normales se montrent constamment dans le tissu altéré et deviennent de plus en plus nombreuses à mesure que l'on se rapproche des points où le tissu des faisceaux blancs reprend les caractères de l'état sain. Il n'y a pas, par conséquent, un passage brusque du tissu altéré au tissu normal; au contraire, ce passage se fait, en général, d'une façon graduelle : les cloisons de névroglie deviennent de moins en moins épaisses à mesure que les fibres nerveuses sont de plus en plus nombreuses ; quelques-unes d'entre ces cloisons peuvent pourtant présenter encore un certain degré d'épaississement dans le tissu normal, jusqu'à une assez grande distance clu pourtour de l'îlot de sclérose1.

Les limites du tissu sclérosé sont donc moins nettement tracéesqu'elles semblent 1 être, lorsqu'on se contente de l'examen à l'œil nu. L'étude microscopique de la lésion ne fait d'.ailleurs que confirmer ce qu'on avait constaté par ce mode d'examen, à savoir que la partie du faisceau antérieur qui a subi l'atrophie sclérosique est contiguë au sillon antérieur de la moelle et que, dans le faisceau latéral, la sclérose est entièrement circonscrite par du tissu resté plus ou moins normal. La forme de l'îlot de sclérose, vue au microscope, n'est pas aussi arrondie

1. Le tissu de la névroglie subit môme peut-être, dan* tous les cas de sclérose médullaire, un changement de constitution chimiq ie : la quantité de neurokératine qu'il contient a l'état normal (Ewald et Kiihne) diminuerait d'après MM. Friedrich, Schultze et Th. Rumpf (Gentralblatt f. die med. Wissensch. 1S78. p. Go7).

qu'elle peut le paraître par l'examen à l'œil nu. Cet îlot offre d'ordinaire des prolongements dans tous les sens et sa forme peut affecter une configuration irrégulièrement triangulaire ou polygonale.

Les lésions de la moelle épinière, dans la plupart des cas de sclérose descendante, se bornent aux altérations que je viens d'indiquer: la substance grise reste tout à fait normale. C'est seulement dans certains cas que cette substance offre aussi des modifications morbides : je fais allusion aux faits dans lesquels la sclérose descendante se complique d'atrophie musculaire progressive. On trouve alors, en même temps que cette sclérose, les lésions de la corne antérieure de substance grise qui caractérisent la forme ordinaire de cette atrophie '.

Lorsque la sclérose descendante est ancienne et que, par suite, les membres du coté paralysé ont été pendant longtemps en état de contracture, les muscles peuvent avoir subi une diminution assez notable de volume ; leur couleur est un peu moins rouge, en général, que celle des muscles du côté opposé ; mais elle est très différente de la teinte pâle, feuille morte, qu'offrent les muscles dans les cas de véritable atrophie musculaire. L'examen microscopique ne fait voir aucune altération histologique importante des faisceaux musculaires : cependant, on ne peut pas dire que le tissu du muscle soit entièrement normal; le diamètre moyen des faisceaux musculaires primitifs est un peu inférieurà celui de l'état physiologique ; quelquesuns de ces faisceaux sont plus transparents; peut-être certains d'entre eux n'ont-ils pas une striation transversale aussi nette que d'ordinaire ; d'autre part, on trouve çà et là des faisceaux primitifs offrant sous leur sarcolemme un nombre de noyaux plus grand que le nombre normal ; enfin, les cloisons du périmysium interne sont un peu épaissies dans quelques points. En somme, je répète que les altérations histologiques des muscles sont très peu marquées.

Les nerfs, au contraire, présentent des modifications morbides considérables. MM. Charcot et Cornil ont faitvoir que, dans les cas de sclérose descendante accompagnée de contracture, les nerfs mixtes des membres contractures sont plus volumineux que ceux du côté sain. C'est là un fait des plus faciles à

\. Pitres. Atrophie musculaire consécutive à la sclérose latérale secondaire de la moelle épinière. (Anal, in revue d'Hayem, X, p. 122). — nrissaud. De l'atrophie mU6cutaire dans l'hémiplégie . Revue mensuelle, 187S, p. 606.

vérifier et que j'ai constaté, pour ma part, maintes et maintes fois, à la Salpêtrière. Ces médecins ont montré que cette hypertrophie des nerfs est due àunépaississement du tissu connectif interstitiel qui continue à les former : il y a, dans ces cas, une inflammation interstitielle proliférante. Le processus d'hypergénèse se produit surtout dans le tissu interfasciculaire et circumfasciculaire et il se propage au névrilème. Les fibres nerveuses ne sont pas atteintes ; elles restent intactes au milieu du tissu interstitiel en travail de prolifération.

La sclérose descendante de la moelle épinière s'observe à la suite de diverses lésions du cerveau, des pédoncules cérébraux, de la protubérance annulaire, du bulbe rachidien ou de la moelle elle-même.

a) Nous nous occuperons d'abord des lésions qui sont les points de dépari les plus habituels de la sclérose descendante, c'est-à-dire de celles qui détruisent une région particulière du mur de substance blanche que l'on désigne sous le nom de capmie interne. Jusque dans ces derniers temps, on n'avait pas précisé avec netteté la région delà capsule interne dont les lésions déterminent constamment une sclérose descendante de la moelle épinière. Celle détermination n'a été faite que très récemment par M. Charcot, d'après les études de M. Flechsig, sur le trajet des prolongements des fibres pyramidales au travers de la capsule interne et d'après ses propres recherches cliniques.

La capsule interne, suivant M. Flechsig, se composerait de deux parties réunies à angle obtus ouvert en dehors : une partie antérieure, à direction oblique de dedans en dehors et d'arrière en avant, située entre le bord antérieur du noyau lenticulaire du corps strié et la tête du noyau caudé de ce même corps, et une partie postérieure, à direction antéro-postérieure, située entre la face interne du noyau lenticulaire et la face externe de la couche optique. L'angle d'union de ces deux parties est désigné par M. Flechsig sous le nom de genou de la capsule. C'est la partie postérieure que l'on désignait seule, avant les recherches de cet auteur, sous le nom décapsule interne. M. Charcot a reconnu qu'il ne se produit une sclérose descendante de la moelle dans les cas de lésions de la capsule interne, que lorsque ces lésions détruisent une étendue plus ou moins grande du tiers moyen de la partie postérieure de la capsule in-

terne. Les lésions du tiers postérieur de cette partie de la capsule ne donnent pas naissance au travail de sclérose secondaire de la moelle.

Ces dernières lésions, comme l'avait déjà reconnu Ludwig Tûrck, ont pour conséquence une hémianesthésie croisée, mais sans que la moelle offre la moindre lésion reconnaissante. Quant à la partie antérieure delà capsule interne, ses lésions pourraient, d'après M. Charcot, déterminer une sclérose descendante du pédoncule cérébral : cette sclérose siégerait dans la région interne de l'étage inférieur de ce pédoncule; mais elle ne se propagerait pas au-dessous de la protubérance annulaire ; on n'en retrouverait de vestiges ni dans le bulbe rachidien, ni dans la moelle épinière.

De là découlent des conséquences importantes au point de vue de l'anatomie et la physiologie des centres nerveux. On peut en conclure que les fibres des pyramides antérieures, dans leur marche vers le cerveau, passent toutes, ou presque toutes, par le tiers moyen de la partie postérieure de la capsule interne. C'est dans cette région de la capsule que se trouvent tous ou presque tous les conducteurs des incitations cérébrales motrices, destinées à la moelle épinière.

Mais avant de retrouver dans la capsule interne les fibres des pyramides, on les suit, en partant de ces faisceaux bulbaires, d'abord au travers de la protubérance annulaire, puis, plus en avant, dans les pédoncules cérébraux.

Il est assez difficile d'indiquer nettement le siège des fibres pyramidales dans la protubérance, parce qu'elles se séparent en plusieurs faisceaux et se mêlent à d'autres éléments fibreux et longitudinaux de cette partie de l'isthme cérébral. Cependant on reconnaît bien que la moitié de la protubérance, du côté delà pyramide sclérosée, subit une réduction notable de volume et il est facile, par un examen des coupes transversales de ce centre, soit à l'état frais, soit après durcissement dans des liquides appropriés, de constater que l'atrophie dont il s'agit tient à la sclérose d'un certain nombre de groupes de fibres longitudinales.

Les fibres des pyramides antérieures se rassemblent de nouveau dans les pédoncules cérébraux. Elles occupent là, comme le montrent les recherches de M. Flechsig sur le développement des centres nerveux, et comme on le savait déjà très nettement par les études cliniques, la partie moyenne delà couche infé-

Heure de chaque pédoncule. Cette couche inférieure, que certains anatomistes désignent sous le nom défectueux de pied du pédoncule cérébral, est formée de faisceaux multiples, à direction longitudinale et un peu contournée d'arrière eu avant et de dedans en dehors . Ces faisceaux resserrés à l'endroi t où le pédoncule sort de la protubérance, s'écartent un peu d'arrière en avant. Comme tous les analomo-pathologistes Font vu, depuis Ludwig Tùrck, c'est surtout la partie moyenne de cette couche fasciculée du pédoncule cérébral qui subit l'atrophie sclérosique, clans le cas de lésions encéphaliqnes, suivies de sclérose descendante. L'atrophie, ainsi que je l'ai dit plus haut, affecte la forme triangulaire à cause de la disposition des faisceaux pédonculaires. L'îlot triangulaire de sclérose est allongé dans le sens du pédoncule ; il a son sommet tronqué au niveau du bord antérieur de la protubérance : sa base est vers la bandelette optique. M. Charcot — je l'ai déjà dit aussi — n'a vu le tiers interne des faisceaux superficiels du pédoncule cérébral s'atrophier que dans quelques cas exceptionnels où la partie antérieure de la capsule interne, celle qui est située en avant du genou, était détruite par une lésion. Quant au tiers externe du pédoncule, il n'y a jamais trouvé d'atrophie.

Ces données ont une grande importance au point de vue de la clinique comme au point de vue de l'anatomie physiologique de l'encéphale. Nous voyons que les fibres des pyramides, c'est-à-dire les fibres qui conduisent aux cornes antérieures de la moelle les incitations motrices, venues de l'encéphale, se trouvent rassemblées en faisceaux dans le pied ou dans la couche antéro-inférieure superficielle du pédoncule cérébral ; qu'elles occupent là une place constante, en formant le tiers moyen de cette couche superficielle.

D'autre part,commele fait remarquer M. Charcot, on peut déduire de ces recherches que les fibres qui s'altèrent dans le tiers interne de la couche superficielle inférieure du pédoncule antérieur, passent, dans leur trajet vers le cerveau (ou du cerveau vers le pédoncule), par la partie de la capsule interne située en avant du genou de cette capsule, c'est-à-dire entre la partie antérieure du noyau lenticulaire du corps strié et la tête du noyau caudé.

Enfin, le tiers externe de la couche inférieure du pédoncule ne serait pas en rapport avec des fibres provenant du cerveau, et les fibres fasciculées de cette partie du pédoncule ne seraient vrai-

semblablement pas chargées de transmettre à la moelle épinière des incitations motrices, provenant des couches corticales du cerveau, ou des ganglions intra-cérébraux (couches optiques, corps striés) : ce seraient peut-être des conducteurs d'impressions sensitives. M. Gharcot rappelle que cette détermination a déjà été proposée par M. Meynert. Cet anatomiste aurait pu suivre les faisceaux sensitifs de la moelle épiniere jusque dans cette partie du pédoncule et de là dans les régions postérieures du cerveau, c'est-à-dire dans les régions qui, suivant divers auteurs, M. Ferrier entre autres, seraient le siège des centres perceptifs. Quelque confiance que l'on puisse accorder aux recherches de M. Meynert, il est permis, croyonsnous, pour en admettre définitivement les résultats, d'attendre le contrôle des faits cliniques. Lorsque l'on aura constaté nettement qu'une lésion morbide de la partie externe de la couche fasciculée inférieure d'un des pédoncules cérébraux, produit uneanesthésieplusou moins prononcée du côté opposé du. corps, le rôle attribué par M. Meynert à cette région du pédoncule cérébral sera mis hors de contestation.

On voit que l'anatomie et la physiologie des centres nerveux se sont enrichies, comme la clinique, de données précieuses, par suite de ces investigations. Bien que ce ne soit pas le heu d'insister sur ces faits intéressants, puisque notre attention doit être concentrée sur la moelle épiniere, je ne puis m'empêcher de présenter quelques remarques à propos des interprétations qu'ont reçues les résultats de ces recherches.

Si l'on acceptait sans réserves les déductions anatomiques et physiologiques qui ont été tirées de l'étude des scléroses secondaires descendantes, consécutives aux lésions du tiers moyen de la partie postérieure de la capsule interne, on serait conduit à admettre que ces lésions ne font subir d'atrophie qu'aux fibres de la pyramide antérieure du même côté, soit dans la région du bulbe qu'elle occupe, soit dans la moitié correspondante de la protubérance annulaire, soit dans le pédoncule cérébral correspondant. Or, il me paraît incontestable qu'il n'en est pas ainsi . Que l'on compare le volume des parties alrophiées dans la couche antéro-inféneure du pédoncule cérébral à celui de la pyramide antérieure atteinte aussi d'atrophie et l'on ne pourra pas douter que la partie atrophiée du pédoncule ne représente un plus grand nombre de fibres détruites qu'il n'y en a dans la pyramide sclérosée. Recon-

naître cette disproportion, c'est constater du même coup que les lésions de la capsule interne, lorsqu'elles détruisent le tiers moyen de la partie postérieure de cette expansion, font disparaître là des fibres qui proviennent, soit del'écorce cérébrale, soit des ganglions intra-cérébraux eux-mêmes et qui ne vont pas se rendre à la pyramide antérieure du même côté. Ces fibres s'arrêtent bien certainement, pour la plupart au moins, dans la protubérance; car, dans le bulbe rachidien, la pyramide antérieure est la seule partie qui soit manifestement atrophiée. On ne voit ni dans les faisceaux sous-olivaires ni dans les autres points de l'épaisseur de ce centre nerveux, des indices évidents d'atrophie. Ce qui montre bien qu'un assez grand nombre des fibres atrophiées de l'écorce inférieure du pédoncule cérébral s'arrêtent dans la protubérance annulaire, c'est que la moitié de ce centre nerveux, du côté de la sclérose descendante, offre une diminution de volume hors de toute proportion aussi avec celle du faisceau pyramidal du bulbe rachidien. L'aspect extérieur révèle en effet, au premier coup d'œil, une réduction considérable, dans tous les sens, des diamètres delà moitié altérée de la protubérance annulaire et Ton voit bien, en examinant, à l'œil nu, une coupe transversale de cette partie de l'encéphale, qu'il est impossible d'expliquer un tel amoindrissement par le simple fait de la sclérose des fascicules de fibres pyramidales qui la traversent.

Les lésions de l'encéphale qui détruisent la région capsulaire à laquelle on a donné le nom de région pyramidale de la capsule, parce qu'elle contient la plupart des fibres destinées à former la pyramide antérieure, ces lésions, dis-je, atteignent et sectionnent encore là d'autres fibres nerveuses qui se terminent, soit dans le pédoncule cérébral correspondant, soit — et surtout — dans la moitié correspondante de la protubérance annulaire. Quel peut être le rôle de ces fibres nerveuses ? La marche centrifuge de leur atrophie indique évidemment qu'elles proviennent des ganglions intra-cérébraux et de l'écorce cérébrale et qu'elles vont de centres de cérébration supérieure à des centres de cérébration inférieure et subordonnée sous certains rapports. Sont-elles destinées à transmettre des incitations à ces derniers centres? On est entraîné à le supposer. S'agit-il d'incitations afférentes à la motilité ? On peut le présumer, mais sous toutes réserves et sans pouvoir imaginer de quelle sorte peut être la coopération

de ces éléments au fonctionnement moteur de l'encéphale.

Ces fibres ne sont pas d'ailleurs les seules fibres qui, provenant du cerveau proprement dit et suivant une direction descendante, centrifuge, s'arrêtent dans la protubérance annulaire. Nous venons de voir que, d'après M. Gharcot, il en est de même de groupes d'autres fibres qui passent par la région antérieure de la capsule interne, puis par les faisceaux du tiers interne de la couche superficielle antéro-inférieure du pédoncule. L'atrophie sclérosique de ces groupes de fibres ne donnant jamais lieu à une sclérose descendante du bulbe rachidien et de la moelle, il faut bien en conclure qu'ils s'arrêtent dans la protubérance annulaire. Ce sont encore des fibres qui, selon toute vraisemblance, ont pour rôle de transmettre à certains amas de substance grise de la protubérance des ordres d'action émanés de l'écorce grise cérébrale.

Je ferai encore une remarque, c'est qu'il n'est pas absolument certain, comme on serait tenté de le croire, d'après les résultats des examens nécroscopiques et d'après les études d'évolution, que toutes les fibres destinées à former les pyramides antérieures du bulbe radichien passent par le tiers moyen de la région postérieure de la capsule et par le tiers moyen du pied du pédoncule cérébral. La plupart de ces fibres passent par ces régions ; cela est incontestable : mais il se peut que des fibres ayant la même destination se mêlent, isolées et dispersées, aux autres régions tant delà couche inférieure du pédoncule cérébral que de la capsule interne. L'atrophie de ces fibres, si cette supposition est fondée, ne pourrait point se constater à l'œil nu, à cause de leur dissémination, et même, à l'aide du microscope, il serait tout au moins très difficile delà reconnaître, du moins lorsqu'elle serait d'ancienne date. Des recherches faites dans des cas relativement récents permettraient, par l'étude de la distribution des corps granuleux, de déterminer si les parties du pédoncule qui semblent saines ne contiennent pas des libres disséminées en voie d'atrophie.

b) Ludwig Tlirck avait vu que les lésions du cerveau proprement dit peuvent elles-mêmes déterminer une sclérose descendante de l'isthme de l'encéphale, de la moelle allongée et de la moelle épinière, quand elles ont une certaine étendue : il n'avait pas pu indiquer net tcmentlcs conditions de siègeauxquelles elles doivent satisfaire pour produire ces altérations secon-

claires. Nous avions vu aussi, M. Gharcot et moi, que des foyers de ramollissement ou d'hémorragie siégeant dans le centre ovale de Yieussens peuvent avoir pour suite une sclérose descendante ; mais nous n'étions pas allés plus loin que L. Tiïrck. C'est seulement à la suite des travaux de MM. Fritsch et Hitzig et de tous les expérimentateurs qui ont confirmé les découvertes de ces physiologistes qu'il a été possible de procéder à une recherche clinique de cette sorte.

C'est à M. Charcot que l'on doit les intéressantes données que la pathologie cérébrale a enregistrées dans cet ordre de faits. Jl a constaté que les lésions de l'écorce cérébrale ellemême peuvent être le point de départ d'une sclérose descendante, si elles siègent au niveau des parties supérieures des circonvolutions marginales, antérieure et postérieure (circonvolution frontale ascendante et circonvolution pariétale ascendante), ou du lobe paracentral qui les unit l'une à l'autre au niveau de la face interne de l'hémisphère cérébral 1.

M. Charcot ajoute qu'il est nécessaire que la lésion dépasse l'épaisseur de la couche grise superficielle et empiète sur la substance blanche sous-jacente. Il n'a jamais vu de sclérose descendante clans le bulbe rachiciien et clans la moelle épinière, lorsque des plaques jaunes superficielles siégeaient dans les points que nous venons d'indiquer. C'est là un fait assez difficile à expliquer, car la transformation de la couche grise des circonvolutions rolandiques en plaque jaune entraîne nécessairement l'altération des fibres de la substance blanche qui pénètrent clans cette couche 2.

Les lésions de la paralysie générale, qui atteignent à la fois, comme on le sait, la substance blanche sous-jacente, peuvent donner lieu à des dégénérations secondaires de la moelle épinière, ainsi que l'a montré M. Westphal.

Quant à la première condition énoncée par M. Charcot, elle a été vérifiée par tant d'observateurs qu'elle n'est pas discu-

1. J.-M. Charcot. Cours d'anatomie pathologique, professé Ma Faculté de médecine de Paris ; Progrès médical janvier 187o . — Voir aussi : A. Pitres. Des dégénêrations secondaires de la moelle épinière dans les cas de Usions corticales du cerveau (même journal, 17 février 1877).

2. Cependant, si les plaques jaunes superficielles, dans les cas observés parM. Charcot, n'occupaient pas toute l'épaisseur de l'écorce grise, on se rendrait aisément compte du fait en question, car les fibres qui pénètrent dans cette écorce ne la traversent vraisemblablement pas dans toute son épaisseur et il est même présumable qu'elles ne se trouvent que dans la couche corticale la plus voisine de la substance blanche.

table. Elle est d'abord absolument d'accord avec les données de la physiologie expérimentale et avec celles de l'anatom.e. MM. Frilsch et Hilzig ont découvert que l'excitation galvanique de certains points de l'écorce cérébrale provoque, contrairement aux enseignements anciens de la physiologie, des mouvements dans la moitié du corps opposée au côté sur lequel porte l'excitation. Parmi ces points se trouvent au premier rang, chez le singe, les régions supérieures des circonvolutions frontale ascendante et pariétale ascendante ; chez le chien, la région postérieure du gyrm sigmoide. L'excitation galvanique de certains points de ces régions détermine, suivant les points, des mouvements très nets, soit du membre antérieur, soit du membre postérieur du côté opposé. Ces faits, confirmés par M. Ferrier \ par MM. Carville et Duret et — on pourrait presque le dire — par tous les expérimentateurs, ont pris place parmi les vérités les mieux démontrées de la physiologie. Il en est de même des résultats de l'excision ou de la destruction, attntion, cautérisation de ces régions de l'écorce cérébrale. Ces vivisections ont pour conséquence une paralysie plus ou moins prononcée des membres du côté opposé.

On sait que ces régions de l'écorce grise cérébrale ont été, par suite de ces expériences, considérées comme des centres moteurs, et même, par certains auteurs, comme des centres psycho-moteurs, c'est-à-dire comme les points où les opérations psychiques se transformeraient en incitations motrices destinées à aller, directement ou indirectement, mettre en action les centres médullaires moteurs. Nous ne discuterons pas <ci la légitimité de cette interprétation, car elle n'est pas en cause actuellement. Quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur le caractère des manifestations motrices produites par les excitations des circonvolutions rolandiques , qu'elles soient psychiques ou non, peu importe pour le moment; ce qui est indéniable, c'est que l'excitation de ces régions de l'écorce cérébrale, quelque soit le mécanisme des effets produits, détermine des mouvements dans la moitié opposée du corps ; c'est encore que la destruction de ces régions a pour conséquence des phénomènes de paralysie dans ces mêmes parties du corps. On a déduit très naturellement, et à très bon droit, de

i. M. Ferrier a montré que les excitations [éradiques ont, comme les excitations galvaniques, le pouvoir de provoquer des mouvements des membres, lorsqu'elles sont pratiquées sur les mêmes régions de l'écorce cérébrale.

ces faits expérimentaux que la région supérieure des deux circonvolutions marginales et le lobe paracentral devaient être, chez l'homme, comme chez les quadrumanes, des parties douées d'excito-motricité ; que les lésions irritatives, unilatérales, de ces parties de l'écorce, devaient provoquer des troubles spasmodiques, des mouvements dans les membres du côté opposé du corps et que la destruction de ces parties devait avoir pour conséquence la paralysie de ces mêmes membres.

Ces présomptions ont trouvé leur vérification dans la clinique. M. Charcot et ses élèves ont, les premiers, publié des faits qui ne sauraient laisser de doutes sur leur exactitude. J'aurai plus tard à insister sur ces faits, je ne puis ici que les rappeler. Nous avons appris ainsi que les lésions de certaines régions des circonvolutions rolandiques ou du lobe paracentral peuvent déterminer, chez l'homme, suivant leur nature, soit des convulsions, soit des paralysies ; que ces phénomènes morbides, selon les points de ces régions qui sont atteints, peuvent se manifester dans les deux membres et la moitié de la face du côté opposé, ou clans un seul membre, ou dans la face seulement, etc.

L'anatomie, de son côté, a fait voir que, dans ces régions de l'écorce cérébrale, se trouvent des cellules nerveuses rappelant par leurs dimensions et leurs différents caractères, les cellules des cornes antérieures de substance grise de la moelle épinière. D'autre part, elle a contribué à rendre compte de la donnée très importante dont nous devons aussi la connaissance à M. Charcot, et que nous rappelions tout à l'heure : à savoir que les seules lésions de l'écorce grise du cerveau qui donnent naissance à une sclérose descendante du bulbe rachidien sont celles qui ont pour siège les régions supérieures des circonvolutions rolandiques. M. Meynert avait déjà présumé que des fibres provenant de pédoncules cérébraux se rendent directement à ces régions ; mais M. Flechsig a montré, par ses recherches sur l'évolution des centres nerveux, que des trousseaux de fibres provenant de la région pyramidale de la capsule interne vont se rendre directement à ces régions de l'écorce cérébrale. Il convient de dire que l'expérimentation avait déjà permis de reconnaître qu'il en est ainsi. J'ai fait voir, dans un de mes cours, que le centre ovale de Vieussens est traversé, chez le chien, par un faisceau très peu volumineux de fibres excitables par les courants électriques ; ce faisceau se rend manifeste-

ment au girus sigmoïde et il paraît provenir de la capsule interne. Ce fait a été revu par MM. Pitres et Franck 1.

Ainsi s'explique la sclérose descendante du bulbe rachidien et de la moelle épinière dans les cas de lésions du cerveau proprement dit. Il y a des fibres qui vont directement de certains départements de Pécorce cérébrale non seulement jusqu'à la capsule interne, mais probablement jusque dans les faisceaux latéraux cle la moelle, en passant par les pédoncules cérébraux, la protubérance annulaire et les pyramides antérieures du bulbe : elles ont leurs centres trophiques dans l'écorce grise du cerveau. En quelque point que ces fibres subissent une solution de continuité, elles s'altèrent dans toute leur longueur à partir de ce point dans la direction centrifuge. Certaines lésions de l'écorce cérébrale ou du centre ovale de Vieussens peuvent donc, tout comme celles d'une région déterminée de la capsule interne, donner lieu aune sclérose descendante du bulbe rachidien et de la moelle épinière. La sclérose descendante, dans ces cas, se propage jusque vers les parties inférieures delà moelle épinière. M. Pitres a constaté que l'atrophie du faisceau latéral offre des variétés d'étendue longitudinale, suivant les régions où siègent les lésions de l'écorce cérébrale. Lorsque ces lésions occupent le lobule paracentral, la sclérose descendante se propage jusqu'au bas de la moelle ; si les lésions portent sur la partie inférieure d'une des régions motrices, la sclérose peut s'arrêter au-dessous du renflement cervical et ne dépasse pas, en tout cas, le renflement dorso-lombaire 2.

D'après M. Féré 3 on observe aussi une dégénération descendante dans les cas d'altération de larégion'corticale de Broca (partie postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche). Cette atrophie descendante occupe le faisceau interne du pied du pédoncule cérébral : c'est sans doute celle qui avait déjà été constatée dans cette partie du pédoncule et dans la région antérieure de la capsule interne par M. Charcot '.

•1. Ce faitde l'existence de fibresnerveuses excitables par l'électricité, allant de l'écorce grise du cerveau vers la capsule interne, avait déjà été constaté par de nombreux expérimentateurs, par MM. II. Braun, Burdon-Sanderson, Carville et Duret Ferrier, Putnam, etc.

2. A. Pitres (Comptes rendus de la Société de Biologie, 7 février 1880).

'■>>. Ch. Féré. — Note pour servir à ! histoire des dtujénérations secondaires du pédoncule ^ cére oral (Bull, de la Soc. de Biol., 1883, p. 822) et in Thèse inaug. de M. Désiré Bernard (De l'aphasie et de ses diverses /armes. Paris, 1885, p. 67).

4. Les données relatives à la sclérose descendante des faisceaux latérauxpermettent

A l'aide de l'expérimentation on peut provoquer la production d'une sclérose descendante de la moelle épinière, en détruisant certaines parties de l'écorce cérébrale et de la substance blanche sous-jacente. J'ai publié un fait expérimental de ce genre. Sur un chien j'avais enlevé la partie superficielle du cerveau du côté droit dans toute l'étendue du gyrus sygmoïde. Ce chien avait présenté, à la suite de l'opération, divers phénomènes morbides, entre autres des crises épileptiformes. Sept mois après l'opération, on trouva, outre les cicatrices d'une encéphalite assez étendue dans les parties antérieures du lobe cérébral droit, une atrophie descendante de la moelle épinière, ayant pour siège la région postérieure du faisceau latéral du côté gauche \ Des faits analogues ont été publiés par MM. Pitres et Franck2. M. Pitres a constaté que les lésions des parties du cerveau dites centres moteurs déterminent aussi chez les singes une sclérose descendante du faisceau latéral du côté opposé au siège de la lésion encéphalique. Chez le lapin, on n'observe, d'après lui, rien de semblable et il cherche à expliquer la dissemblance des résultats d'une même opération faite sur des animaux de divers ordres par la différence des relations, chez les uns et chez les autres, entre les fibres des pyramides antérieures et la couche corticale des lobes cérébraux 3.

de comprendre comment on peut l'observer dans certains cas d'hydrocéphalie. M. Friedr. Schultze a publié un fait de ce genre. Chez un enfant de deux ans et trois mois qui avait été atteint d'hydrocéphalie, trois mois après sa naissance, il a constaté, par l'examen à l'œil nu et au microscope, une dégénération des faisceaux latéraux, semblable à celle que provoquent les lésions des parties du cerveau dites centres moteurs. Les faisceaux antérieurs offraient aussi un certain degré de dégénération dans les régions cervicale et dorsale. Les faisceaux postérieurs et la substince grise étaient dans l'état normal ; le canal central était oblitéré. Les pyramides antérieures offraient une atrophie comparable à celle des faisceaux latéraux et on retrouvait cette atrophie dans le pont de Varole et dans les pédoncules cérébraux. L'enfant avait eu de la contracture des membres inférieurs et des accès fréquents de tremblement de ces mêmes membres Zur Lehre von der secondâren Degeneration dis liùckenmarks [Centralblult. . . 1876, p. 169),

1. A. Vulpian. — Destruction de la substance grise du gyrus sigmoïde du côté droit sur un chien... (Archives de physiologie normale et pathologique, 1876, p. 814).

2. Fr. Franck et A. Pitres. — Des Dégénérations secondaires de la moelle épinière consécutives à P ablation du gyrus sigmoïde chez le chien (Le Progrès médical, 880, p. 145). La première expérience est très analogue à celle dont j'ai donné la relation. La seconde en diffère sous ce rapport que la lésion expérimentale était restée plus exclusivement limitée à la zone motrice et qu'il n'y avait pas eu d'encéphalite consécutive aussi étendue. —Voir aussi R. Issartier et A. Pitres. Note sur les dégénérations secondaires de la moelle épinière chez le chien et. le lapin (Gaz. llebdom. des Sciences Médicales de Bordeaux, 26 avril 1882).

3. Comptes rendus de la Société de Biologie, séance du 26 nov. 1881. (anal, in La Tribune médicale, 4 déc. 1881, p. 587).

La sclérose descendante du pédoncule cérébral, de la protubérance annulaire et de la moelle épinière avait déjà été observée par M. Ferrier ' chez le singe, à la suite de lésions expérimentales portant sur les points dits moteurs de l'écorce cérébrale. MM. Pitres et Franck 2 ont vu, à la suite delà lésion des zones motrices, faite d'un seul côté du cerveau, chez un chien, la sclérose descendante se produire dans les deux faisceaux latéraux de la moelle épinière. Ils citent MM. Binswanger et Moeli3 comme ayant observé des cas du même genre, et ils ajoutent, avec raison, qu'en somme il s'agit là de faits exceptionnels. M. Schàfer qui a étudié les centres nerveux chez un singe sur lequel MM. Ferrier et Yeo avaient enlevé l'écorce grise des circonvolutions rolandiques, dans une certaine étendue, d'un seul côté, a constaté une particularité remarquable. La sclérose médullaire descendante existait dans les deux faisceaux latéraux dans la région cervicale, tandis qu'elle devenait et restait unilatérale dans les régions dorsale et lombaire, n'occupant, dans ces régions, que le faisceau latéral du côté opposé à la lésion cérébrale 4.

D'après MM. Schàfer et Horsley, on constaterait aussi une dégénéralion descendante dans le pédoncule cérébral, le bulbe rachidien et la moelle, à la suite de l'extirpation de certains points des circonvolutions de la face interne du cerveau, points qu'ils considèrent comme les centres moteurs du tronc et des parties basilaires des membres3.

On peut citer encore d'autres investigateurs qui ont étudié avec soin la dégénération descendante de la moelle, produite par les lésions expérimentales des régions motrices de l'écorce cérébrale; nous mentionnerons, entres autres, M. Singer, dont les expériences ont porté sur quatre chiens et qui a vu des altérations consécutives de la moelle, très analogues à celles que j'avais fait connaître0. 11 en est de même de M. Lôwenthal7 et

1. Congrès international de Londres, (Compte rendu publié dans le Progrès Médical, 1881, p. 787).

2. François Franck et A. Pitres, llecherches expérimentales et critiques sur l'excitabilité des hémisphères cérébraux (Archives de physiologique normale et pathologique. 1885, janvier, p. 37, note).

3. Biswanger et Moeli. Zur Frage der secundâren Degeneration (Neurol. Centralblatt, janvier 1883, p. 9. — Indication donnée par MM. François-Franck et Pitres).

4. E. A. Hchafer. (Journal of Physîôlogy, t. IV, p. 316, 1883).

5. Schàfer et Horsley. On the Functions ofthe Marginal Convolution. (Anal. in Brain, avril ISS.',).

Page 1