Loc. cit., p
commencent à se déformer, des muscles paralysés dans d'autres régions recouvrent peu à peu leurcontractilité et leur fonctionnement. J'ai déjà dit que Ton ne pouvait pas assigner une durée déterminée à cette quatrième période. Il faut savoir pourtant que l'atrophie se fait avec une certaine rapidité, chez les jeunes enfants, dans les muscles dont les nerfs subissent la dégénération granuleuse. Il est indubitable que le tissu musculaire est déjà atteint dans sa nutrition intime, dix à quinze jours après le début de la maladie. C'est ce qu'on voit de la façon la plus nette, chez les animaux sur lesquels on a sectionné un nerf mixte, le nerf sciatique par exemple, dans les muscles correspondants, et il est impossible qu'il en soit autrement chez Thomme, surtout chez déjeunes enfants, à la suite des lésions de la substance grise médullaire qui produisent la paralysie atrophique. Au bout de quelques semaines, un grand nombre d'éléments musculaires ont disparu : c'est ce que MM. Roger et Damaschino avaient constaté chez un jeune enfant mort deux mois environ après le début de la maladie (obs. I de leur premier mémoire). Le travail d'atrophie dans les parties les plus complètement atteintes, est probablement terminé ou à peu près, au bout de quatre à cinq mois. Les modifications qui l'effectuent ultérieurement dans les muscles ne consistent plus qu'enun développement plus oumoins abondant du tissuadipeux.
Ce sont les déformations articulaires qui prolongent cette dernière période ; car, ainsi que je l'ai fait remarquer, si elles peuvent faire défaut clans certains cas, elles sont très accusées dans d'autres et n'arrivent souvent à leur degré extrême qu'après une ou plusieurs années. Ces déformations peuvent d'ailleurs commencera se produire peu de semaines après les accidents initiaux : on a observé des pieds bots qui étaient déjà bien accusés deux ou trois mois après le début.
Une remarque qu'il importe de faire, c'est que l'affection de la moelle qui produit la paralysie atrophique peut offrir des récidives. Dans l'observation I du premier mémoire de MM. Roger et Damaschino, on voit une paraplégie se produire, avec prédominance à droite, chez un enfant atteint, six semaines auparavant, de paralysie atrophique, d'abord hémiplégique, puis bientôt restreinte au membre supérieur. M. Duchenne, de Boulogne, cite des cas dans lesquels des récidives ont eu lieu après un intervalle de temps plus long K J'ai mentionné plus
i. Duchenne, de Boulogne, loc, cit, p. 396.
31 i MALADIES DU SYSTEME NERVEUX.
haut des faits relatés par M. Laborcle et qui sont aussi des exemples de récidive.
Étiologie. — L'étiologie de la paralysie atropliique de l'enfance est très obscure.
On sait que la maladie est surtout fréquente entre un an et deux ans. Voici les dernières statistiques que Duchenne de Boulogne fils a tirées de la pratique particulière de son père. Sur 72 cas, la paralysie atropliique s'est produite : 1 fois douze jours après la naissance ; 1 fois à l'âge d'un mois ; 2 fois à l'âge de deux mois ; 6 fois, à l'âge de quatre à six mois ; 6 fois à l'âge de six mois à un an ; 20 fois d'un an à dix-huit mois ; 1 1 fois de dix-huit mois à deux ans ; 5 fois de deux à trois ans ; 2 fois de trois à quatre ans, 1 fois à sept ans et 1 fois à dix ans.
Dans la statistique établie par M. A. Seeligmùller, on voit que sur 71 cas, la maladie s'est produite 19 fois dans la première année, 26 fois dans la seconde, 19 fois dans la troisième et 7 fois seulement de 3 à 6 ans.
D'après cette même statistique, la maladie semblerait plus fréquente chez les enfants du sexe mâle que dans ceux du sexe féminin : sur 75 cas, on compte 44 du premier sexe et 31 de l'autre1.
L'hérédité ne paraît jouer aucun rôle dans l'étiologie de cette maladie.
On n'a trouvé non plus aucun élément étiologique bien net dans l'examen de l'état antérieur de la santé des enfants. Lorsqu'on n'envisage, sous ce rapport, que ceux chez lesquels la maladie s'est déclarée sans être précédée d'exanthème fébrile ou de fièvre typhoïde, etc., on reconnaît que les enfants atteints de paralysie atropliique sont frappés en général au milieu d'une bonne santé habituelle et que certains d'entre eux sont, en apparence, de vigoureuse constitution.
Quant aux causes déterminantes qui ont été indiquées dans un assez grand nombre de cas, leur influence ne paraît pas avoir été solidement établie. La dentition, une des causes le plus souvent alléguées, devrait figurer parmi les conditions prédisposantes ou tout au plus parmi les causes occasionnelles, plutôt que parmi les causes vraiment déterminantes. L'état de souffrance provoqué par la dentition, lorsque celle-ci est difficile, produit sans doute une tendance à des affections des ap-
1. A.. Seeligmùller, Ueber Liihmungen im Kindesalter . Anal, in Centralblatt f. m. Wiss., 1879, p. 435'.
pareils organiques les moins résistants chez tels ou tels sujets. Chez certains enfants, ce seront les poumons ou les voies respiratoires supérieures qui seront exposés à devenir le siège de maladies plus ou moins graves, chez d'autres, la prédisposition existera dans les voies digestives ou bien dans les centres nerveux et leurs membranes. Si la moelle épinière est le point faible chez un enfant, par suite de conditions originelles ou acquises qui nous échappent, ce sera cette partie des centres nerveux qui, pendant les orages de la dentition, pourra être mise en état d'opportunité morbide, ou même ébranlée au point d'être atteinte d'irritation phlegmasique.
Les pyrexies exanthématiques peuvent, au même titre, être considérées comme des causes occasionnelles. Parfois, comme pendant la dentition, tous les centres nerveux paraissent pris à la fois ; il y a du délire, des convulsions, des douleurs ; puis au moment où cessent ces phénomènes, les troubles morbides médullaires se dégagent sous forme de paralysie plus ou moins étendue ; parfois, c'est la moelle seule qui est atteinte et l'on n'observe aucune perturbation cérébrale. Toutefois il est bon de dire qu'au total le nombre des cas qui se sont manifestés soit à suite de la dentition, soit après une fièvre éruptive, est relativement restreint. On a vu, dans quelques cas, la paralysie atrophique de l'enfance se manifester à la suite de la fièvre typhoïde. Cette pyrexie, on le sait, peut déterminer chez l'adulte, des myélites siégeant principalement dans la substance grise et ayant pour effet de produire des atrophies musculaires limitées à telle ou telle partie, surtout à telle ou telle région des membres inférieurs '. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la fièvre typhoïde puisse provoquer chez des enfants une paralysie atrophique plus ou moins étendue. Mais les cas sont très rares et, en somme, le plus souvent, le début de la maladie de la moelle n'est précédé par aucune autre affection qui puisse être regardée comme l'ayant provoquée. Duchenne a déjà réfuté l'opinion des médecins qui ont cru pouvoir placer parmi les causes de la paralysie atrophique de l'enfance toutes les indispositions banales, si fréquentes à cet âge, telles que la diarrhée, les vomissements, les vers intestinaux, etc.
Kennedy regardait les refroidissements comme une des cau-
1. Parfois l'atrophie musculaire partielle, qui s'observe dans le cours ou le décours de la fièvre typhoïde, est due, non à une myélite localisée, mais à une névrite périphérique.
ses de cette maladie. ïl se peut, en effet, que des coups de froid, agissant sur des enfants prédisposés, déterminent l'apparition de la paralysie atrophique et il faut bien dire que la plupart des auteurs admettent aussi la possibilité de l'intervention du froid comme cause déterminante. M. Onimus est disposé même à donner aux refroidissements la première place dans l'étiologie de la maladie l .
M. Wharton Sinkler a publié un résultat statistique qui semble, au contraire, de nature à faire admettre que la chaleur atmosphérique pourrait exercer une certaine influence sur la production de la maladie. Sur 57 cas, il a vu que 47 fois la poliomyélite antérieure aiguë s'était déclarée dans la période de mai à septembre2.
Kennedy attribuait encore une influence étiologique aux irritations gastro-intestinales. Il est vraisemblable que, dans la plupart des cas où le début de la paralysie atrophique de l'enfance a été précédé d'irritations de ce genre, il y a eu simple coïncidence. Il n'en est probablement pas de même des traumatismes que le même auteur considère comme pouvant provoquer l'invasion de la maladie. Divers auteurs s'accordent avec Kennedy sur ce point. Une chute violente à terre, soit sur les pieds, soit sur le dos, un coup reçu dans cette dernière région, paraissent avoir eu, dans certains cas, pour suite plus ou moins prochaine, une attaque de paralysie atrophique. On a mis en cause quelquefois une fausse position longtemps gardée dans le lit, etc. Mais il ne faut pas s'engager trop loin clans cette recherche zélée des causes, car on risque fort de transformer inconsidérément des coïncidences en conditions étiologiques.
Diagnostic. — On peut être appelé à faire le diagnostic delà paralysie atrophique de l'enfance soit au début de la maladie, soit au bout de plusieurs semaines, de plusieurs mois ou de plusieurs années.
a). Lorsque la maladie a évolué longtemps avant le moment où l'on examine le malade, le diagnostic a comme éléments les commémoratifs et l'élude de l'état actuel. Les commémoratifs méritent d'autant plus de confiance que la maladie est moins ancienne et qu'ils sont donnés, non par le malade lui-même, mais parles parents ou les personnes qui ont assisté au début.
1. Onimus, Considérations sur l'étiologie et le diagnostic de la paralysie atrophique de l'enfance. (L'Union médicale, 2i déc. 1879).