R. Boddaert, loc. cit
nés circonstances données, à des phénomènes de congestion et d'irritation de la moelle épinière l.
D'ailleurs, dans tous ces cas, on est promptement remis dans la bonne voie, puisque, soit très peu d'heures après le début, soit un ou quelques jours plus tard, une paralysie plus où moins étendue se déclare. Le champ des erreurs possibles de diagnostic devient alors très restreint. La maladie, dans ce moment de son évolution, pourrait être prise pour une myélite diffuse aiguë. Ce n'est pas dans l'état des muscles que l'on trouverait de bons éléments de diagnostic ; car, dans la myélite aiguë diffuse, lorsque la substance grise est atteinte dans une certaine étendue, les muscles innervés par cette région de la moelle perdent rapidement leur contractilité farado-musculaire ; si on les soumet à des excitations galvaniques, on constate l'existence de la réaction de degénération ; enfin ils s'atrophient au bout de peu de temps. Sous tous ces rapports, la myélite diffuse aiguë peut offrir les mêmes caractères que la paralysie atrophique (poliomyélite antérieure aiguë) de l'adulte. Mais ce qui différencie les deux maladies, c'est que, clans la paralysie atrophique de l'adulte, la sensibilité cutanée demeure intacte (ou n'est que très légèrement touchée), tandis qu'elle est abolie ou très diminuée dans une étendue plus ou moins considérable des parties paralysées, lorsqu'il s'agit de la myélite diffuse aiguë. En outre, la production d'escarres, surtout à la région sacrée, s'observe très souvent, presque toujours, et à une époque rapprochée du début de la maladie, clans le cours de la myélite dont il s'agit, tandis que pareil accident n'a pas lieu chez les malades affectés de poliomyélite antérieure aiguë. De même, la paralysie de la vessie et du rectum est à peu près constante, à un degré variable, clans les cas de myélite diffuse, pour peu que les lésions soient étendues, tandis que la miction et la défécation s'exécutent d'une façon normale clans les cas de paralysie atrophique. Il faut ajouter que l'erreur du diagnostic, si elle était commise, serait dissipée au bout de peu de temps, car la marche de la maladie est bien différente dans les deux cas. Le début peut être brusque clans la myélite diffuse
1. On peut observer chez des femmes, surtout aux approches de l'âge critique, ou pendant la période de la ménopause, des douleurs extrêmement vives de la région rachidienne, avec des irradiations dans les membres ou dans le tronc. Ces douleurs qui saccompagnent de fièvre et d'un état plus ou moins marqué d'embarras gastrointestinal sont exacerbantes et se déplacent avec une certaine rapidité. Elles cèdent d'ordinaire aux applications de ventouses scarifiées sur la région rachidienne.
vulgaire, comme il l'est souvent dans la paralysie atrophique ; mais la paralysie et l'atrophie musculaire ne rétrocèdent pas en général dans les cas de myélite ordinaire et la maladie, avec le temps, s'aggrave plutôt qu'elle ne s'amende favorablement. Au contraire, le retour du mouvement et la disparition des premiers effets de l'atrophie dans un certain nombre des parties affectées primitivement sont de règle dans tous les cas de poliomyélite antérieure aiguë ; de telle sorte que l'état du patient, à partir d'un certain moment, va progressivement en s'améliorant, jusqu'au moment où il ne reste plus que des lésions incurables, déterminant des infirmités permanentes.
Il arrive souvent que l'on n'examine les malades atteints de poliomyélite antérieure aiguë que quelques mois après le début de l'affection. L'affection ne pourrait guère être confondue, dans cette période, qu'avec l'atrophie musculaire progressive; mais, comme il s'agit d'adultes qui peuvent presque toujours donner les détails les plus circonstanciés et les plus précis sur les phénomènes initiaux de la maladie, on peut déjà poser le diagnostic, à l'aide des renseignements qu'ils fournissent. Il suffît pour cela d'apprendre qu'au lieu de commencer d'une façon lente, graduelle et de n'être reconnaissable qu'après un temps plus ou moins long, ce qui est le propre de l'atrophie musculaire progressive, la maladie a débuté brusquement, le plus souvent au milieu ou à la suite de phénomènes fébriles, par une paralysie plus ou moins étendue. Le retour du mouvement dans un certain nombre des parties primitivement paralysées, la marche spéciale de l'atrophie, sont des traits distinctifs qui n'appartiennent qu'à la paralysie atrophique. On devrait, pour fixer le diagnostic, rechercher s'il existe, ou non, des contractions fasciculaires spontanées dans les muscles atteints. Ces contractions ne font, en effet, presque jamais défaut dans les cas d'atrophie musculaire progressive, tandis qu'on ne les observe pas dans les cas de spodiomyélite antérieure aiguë. Il faudrait aussi soumettre les muscles à l'action des courants faradiques : cet examen, pratiqué dans un cas de paralysie atrophique de l'adulte, montrerait d'ordinaire que la contractilité est abolie dans les muscles atrophiés ou en voie d'atrophie et lèverait ainsi tous les doutes, puisqu'on sait qu'une exploration du même genre faite sur les muscles altérés chez un malade atteint d'atrophie musculaire progressive, révélerait la persistance de la contractilité dans ceux de ces
organes où l'atrophie n'est pas arrivée à un degré extrême. 11 me semble inutile d'indiquer les caractères distinctifs à l'aide desquels on établirait le diagnostic entre la spodiomyélite antérieure aiguë de l'adulte et d'autres affections de la moelle épinière, telles que : lhématomyélie, la sclérose latérale amyotrophique, la sclérose transverse et les paralysies toxiques. En réalité, les analogies symptomatiques entre la spodiomyélite antérieure aiguë et ces diverses affections médullaires sont si restreintes qu'une confusion me paraît impossible.
Le traitement de la paralysie atrophique est le même chez l'adulte que dans l'enfance. Je n'ai rien d'important à ajouter ici à ce que j'ai dit à propos de la poliomyélite antérieure aiguë de l'enfant. Au début, c'est ici, comme dans l'enfance, aux révulsifs appliqués sur la région vertébrale qu'il faut recourir ; les préparations d'ergot, recommandées par divers auteurs (Hammond, Althaus, Seguin, etc.), devront être employées à assez hautes doses pour qu'on puisse obtenir, — si cela se peut, — un resserrement des vaisseaux médullaires et, par suite, une diminution de la congestion des parties irritées de la moelle épinière. Lorsque la période d'irritation sera terminée, on fera usage des préparations iodurées. La strychnine devra être prescrite aussi, au moins à titre d'essai. On commencera à électriser les parties paralysées le plus tôt possible et on persévérera dans l'emploi de ce moyen pendant très longtemps. 11 faut soumettre les malades à l'action de l'électricité, même alors que les lésions ne sont plus de date toute récente. Chez l'adulte, en effet, de même que chez l'enfaut, on peut, à l'aide de cette médication, favoriser le travail de régénération qui s'opère, à un certain moment, dans quelques-uns des muscles ou des groupes musculaires primitivement altérés; on peut même faire naître un travail de ce genre dans des muscles qui n'offrent aucune tendance apparente à une reconstitution anatomo-physiologique ou dans lesquels une tendance de ce genre s'est manifestée d'abord et a semblé ensuite s'arrêter l. En un mot, l'efficacité des courants faradiques ou galvaniques paraît
1. L'amélioration, môme dans les cas où un traitement méthodique est institué, peut se faire attendre très longtemps. Ainsi, dans le cas relaté par M. R. Boddaert, elle ne commença qu'au bout de seize mois au moins. Dans le fait publié par M. Gombault, le mouvement ne reparut d'une façon progressive, d'abord dans les mains, puis dans les membres inférieurs, qu'après deux ans passés dans l'immobilité absolue.
être tout aussi puissante chez l'adulte que chez l'enfant, dans le traitement delà poliomyélite antérieure aiguë.
L'étiologie delà paralysie atrophique est la même chez l'adulte que chez l'enfant \ Cette maladie est plus fréquente chez Thomme que chez la femme dans la proportion de 34 à 13 sur 47 cas 2. Elle ne paraît pas être héréditaire et l'on n'a qu'exceptionnellement constaté deux cas dans une même famille. On n'a observé aussi que très rarement des accidents traumatiques dans les antécédents. M. Sauze cite un cas de Remak où la maladie se serait développée à la suite d'une chute sur le dos, de la hauteur de deux étages 3. Les fatigues exagérées ont paru dans quelques cas avoir exercé une influence sur la production de la maladie. Parfois le début a eu lieu à la suite d'une atteinte de rougeole, de variole, de fièvre typhoïde. Dans un certain nombre de cas, on n'a pu découvrir aucune cause occasionnelle. Tous les auteurs s'accordent à considérer le froid comme la cause déterminante la plus ordinaire chez l'adulte (25 fois sur 47}. Du moins, la plupart des malades sont portés à attribuer leur affection à un refroidissement subit, plus ou moins considérable ou plus ou moins prolongé.
La myélite qui donne lieu à la paralysie atrophique offre, dans l'âge adulte et dans l'enfance, les mêmes caractères. Elle n'est diffuse que dans une certaine mesure et elle affecte toujours, d'une façon prédominante, les cornes antérieures. Il convient de répéter ici que cette localisation, bien qu'un peu moins étroite que celle des lésions systématiques des faisceaux blancs de la moelle épinière, ou même que celle des
1 . M. Franz Mùller adressé un tableau relatif à l'âge auquel la maladie a débuté. Sur 47 cas, cet âge a été :
De 14
ins dans
4 cas.
L'âge n'est pas indiqué dans 2 cas. De ce tableau il résulte que la prédisposition à cette maladie est surtout prononcée de 16 à 20 ans.