L. Vignes, hoc. cit
3. Le rhumatisme périarthritique, tel qu'on l'observe assez souvent dans l'épaule, ne paraît avoir d'ordinaire qu'une faible influence pathogénique sur la production de l'atrophie musculaire.
jambe ait disparu. Les phénomènes sont les mêmes, quel que soit le siège de l'entorse, que celle-ci se produise dans le genou, le poignet ou le coude : la région musculaire qui s'atrophie est naturellement différente suivant la jointure violentée.
Lorsqu'il s'agit d'une arthrite traumatique ayant par exemple le genou pour siège, l'atrophie des muscles se montre tout aussi rapidement que dans les cas d'entorse : il en est de même dans les cas d'arthrite rhumatismale uniarticulaire, qu'il s'agisse d'une arthrite blennorrhagique ou d'une arthrite de toute autre cause.
D'une façon générale, ce sont les muscles situés au-dessus de la jointure lésée qui diminuent de volume. Dans un cas d'arthrite traumatique du genou, par exemple, c'est dans la cuisse qu'on observe cette atrophie. Au bout de quelques jours, on constate, le malade étant au lit, que la cuisse, du côté de Farthrite, est pour ainsi dire affaissée; elle est relativement aplatie; les masses musculaires sont sans résistance; leur tonicité est évidemment affaiblie et, en outre, elles ne se contractent plus que faiblement: la mensuration circulaire donne, vers le milieu de ce segment du membre inférieur, deux ou trois centimètres de moins que celle de l'autre cuisse, faite au même niveau. Si l'arthrite est coxo-fémorale, ce sont surtout les muscles fessiers qui deviennent moins fermes, moins épais et plus faibles.
De même, pour le membre supérieur, les lésions articulaires du poignet donnent lieu à une diminution de la saillie des muscles de l'avant-bras; l'arthrite du coude retentit principalement sur les muscles du bras proprement dit ; celle de l'épaule, sur le muscle deltoïde et les muscles scapulaires; l'arthrite temporo-maxillaire, sur les muscles temporaux, les ptérygoïdiens et le masséter.
Cette règle souffre des exceptions. L'arthrite d'une des jointures d'un membre peut déterminer l'atrophie des muscles de tous les segments de ce membre : mais l'atrophie reste alors, en général, plus prononcée dans les muscles situés au-dessus de l'articulation malade. Il convient de faire remarquer que l'atrophie se produit plus spécialement dans certains de ces muscles que dans les autres. Ainsi, pour la hanche, l'atrophie se manifeste principalement dans les fessiers !. Pour le genou, ce sont surtout les muscles extenseurs
1. D'après MM. F. Guyon et Ch. Féré, le droit antérieur de la cuisse serait sou-
mal. SYSTEME NERVEUX.
qui s'affaiblissent et dont le volume diminue : parmi ces muscles, il en est qui sont plus affectés que les autres ; ainsi le droit antérieur de la cuisse et le vaste interne s'atrophient plus que le vaste externe ; le couturier s'atrophie aussi à un très notable degré. Les arthrites du poignet provoquent plus spécialement l'atrophie des muscles extenseurs de la main et des doigts que celle des fléchisseurs. Le triceps brachial, dans les arthrites du coude, se réduit plus que le biceps et le coraco-brachial. Pour l'épaule, l'atrophie est marquée surtout dans le muscle deltoïde ; elle est encore assez accusée dans les muscles sus et sous-épineux, dans le grand rond et le petit rond; elle est moins manifeste, bien que souvent elle ne fasse pas complètement défaut, dans les muscles pectoraux.
Cette distribution de l'atrophie trouve probablement son explication dans ce fait que les muscles les plus atteints reçoivent leurs nerfs des troncs nerveux qui innervent l'articulation souffrante ».
L'atrophie des muscles est souvent précédée d'un affaiblissement notable des mouvements qu'ils sont chargés d'exécuter. Quelques jours après un traumatisme d'une jointure, alors que les phénomènes inflammatoires et douloureux ont beaucoup perdu de leur intensité, soit spontanément, soit sous l'influence du traitement, il n'est pas rare de constater que le malade peut à peine faire contracter ses muscles; il est incapable, par exemple, d'étendre la jambe sur la cuisse, s'il s'agit d'une arthrite du genou ; ou bien, ce qui est plus fréquent, il ne peut effectuer qu'un mouvement débile et incomplet d'extension; si c'est le poignet qui est le siège de l'arthrite, il ne peut pas relever la main fléchie ; si c'est l'épaule, il peut à peine effectuer un léger mouvement d'abduction du bras, etc.
Celte parésie, qui offre des degrés très variés, disparaît d'ordinaire au bout de peu de temps, mais les mouvements ne tardent guère à s'affaiblir de nouveau, progressivement, au fur et h mesure qu'évolue le travail d'atrophie qui s'opère dans les muscles : cet affaiblissement secondaire peut allerpeu à peu jusqu'à une impuissance complète des muscles affectés, car l'atrophie de ces organespeut devenir si considérable qu'ils perdent toute possibilité d'action. Ainsi l'atrophie du triceps crural peut
vent aussi atteint d'atrophie dans ces cas. Note sur l'atrophie musculaire consécutive à quelques traumatisme* <l". la hanche. (Le Progrès Médical, 2 avril 1881 . 1. P. Descosse, loc. cit., pp. 38 et suiv.
aller jusqu'à réduire ce muscle —particulièrement le droit antérieur et le vaste interne, à un tel degré d'amincissement, que l'on sent pour ainsi dire le fémur sous la peau. Le muscle deltoïde, dans les cas d'arthrite scapulo-humérale, peut s'amincir aussi à un te! point que la tête de l'humérus soit facilement accessible à la palpation. L'acromion fait une saillie notable ; l'apophyse coracoïde se sent presque sous les téguments; l'épaule est tout à fait déformée. Par suite de la diminution ou de la disparition de toute tonicité dans le muscle deltoïde, la tête de l'humérus, sous l'influence du poids du membre, s'écarte de la cavilé glénoïde, etl'on peut, pour ainsi dire, enfoncer les doigts dans l'écartement qui sépare les surfaces articulaires.
La contractilité des muscles en voie d'atrophie n'est pas abolie dans la plupart des cas, mais elle est diminuée. Les muscles peuvent même ne répondre qu'à peine aux excitations électriques. M. Le Fort a constaté, chez un malade atteint d'entorse du poignet et des articulations carpo-métacarpiennes, que les muscles extenseurs de la main et des doigts, qui ne se contractaient presque pas lorsque les rhéophores d'un appareil à induction étaient placés sur l'avantbras, relevaient un peu la main et les doigts, lorsque les excitateurs étaient appliqués, l'un surl'avant-bras, l'autre sur le nerf radial ou le cubital ou le médian !. On ne constate pas, d'ordinaire, dans ces cas, les modifications qualitatives de la contractilité auxquelles M. Erb a donné le nom de réaction de dégénération et qui existent dans tous les cas où l'atrophie dépend d'une altération des nerfs moteurs.
On ne distingue pas, en général, de contractions fibrillaires ou fasciculaires dans les muscles en voie d'atrophie: cependant on a observé ce phénomène morbide avec la plus grande netteté dans quelques cas.
La sensibilité farado-musculaire est habituellement affaiblie lorsqu'il y a une diminution notable de la contractilité électrique. Cependant, cette sensibilité aux courants faradiques peut paraître intacte ou même supérieure à celle des mêmes muscles du côté opposé. Il est vrai qu'il y a, dans ces cas, une cause d'erreur dont on doit être prévenu pour ne pas porter un jugement inexact sur l'état réel de la sensibilité musculaire; c'est que.parsuitede l'amincissement des muscles, les nerfs profonds
1. Valtat. (Cbs. XXI, tirée du mémoire de M. Le Fort. Sur le traitement des atrophies produites par des affections des jointures).
delà région, ceux même de ces muscles, sont plus facilement et plus vigoureusement atteints que dans les conditions normales par les courants électriques, d'où il résulte que ces courants peuvent provoquer, lorsqu'ils sont appliqués au niveau des tissus musculaires atrophiés, une douleur plus vive que sur les régions correspondantes de l'autre côté. Je crois que si l'on ne veut tenir compte que de la sensibilité musculaire proprement dite, on la trouvera toujours atténuée dans les muscles atteints d'atrophie, et, en fait, les malades chez lesquels, en électrisant ces muscles, on provoque des vives douleurs, n'hésitent pas à reconnaître que la sensation qu'ils éprouvent alors est d'autre sorte que celle que détermine l'électrisalion des muscles homologues du côté opposé.
On peut, au lieu d'une atrophie, observer, dans les cas d'arthrite, de la contracture permanente des muscles. C'est ce qui avait lieu chez un des malades de M. Le Fort : il présentait, à la suite d'une entorse du pied, de la contracture des muscles du mollet. Dans une des observations de M. Descosse (Obs. II), le malade, atteint d'arthrite du genou et de la hanche du côté gauche, ressentait dans le mollet, de temps en temps, surtout pendant la nuit, une douleur qui s'accompagnait de crampe du gastrocnémien.
La contracture réflexe produite par les affections des jointures est d'ailleurs bien connue. Duchenne (de Boulogne) a publié des cas de ce genre en les distinguant sous le nom de cas de contracture réflexe d'origine articulaire. M. Verneuil en a exposé spécialement les caractères et l'importance clinique, en ce qui concerne les affections de la hanche, dans une communication à la Société de chirurgie, communication qui a fait l'objet d'une intéressante étude critique publiée par M. Masse '.
Le tissu cellulaire sous-cutané, chez un certain nombre de malades, se charge d'une plus grande quantité de graisse que dans l'état normal. Ce fait signalé par MM. Béziel et Collette 2 et qui leur avait été probablement indiqué par leur maître Gubler, a été revu depuis lors nombre de fois. Il se trouve notédans des observations publiées par M. Descosse \ Je l'ai
1. Masse. Des lésions réflexes du système musculaire dans les arthropathies [Gazette hebdomadaire des sciences Médicales de Bordeaux, 26 nov. et 31 déc. 1881). Voir aussi Charcoi. {Leçons sur les maladies du syst. nerveux, t. III, 1*"' fasc. 1883).