Liouville. Lococitato
Les membres supérieurs, dans cette période de l'affection, ne sont pas, en général, atteints d'un véritable affaiblissement comme les membres inférieurs, ou du moins l'affaiblissement n'y est pas aussi prononcé. On le constate aisément, soit en disant au malade de serrer le plus fortement possible dans sa main les doigts qu'on lui fait saisir, soit en mesurant sa vigueur à l'aide d'un dynamomètre à main.
Les membres inférieurs peuvent être pris d'un tremblement du même genre, moins net pourtant, dans certaines conditions : une trépidation analogue à celle dont nous venons de parler se produit quelquefois, par exemple, dans le membre mis en mouvement, lorsqu'on invite le malade couclié à toucher de la pointe du pied la main que l'on place à une certaine hauteur au-dessus du plan du lit.
Si le malade est debout, on constate parfois, dans celte période de l'affection, des oscillations verticales du corps, oscillations qui deviennent plus prononcées dans les mouvements* de locomotion: la marche, déjà plus ou moins difficile par suite de l'affaiblissement des membres inférieurs, devient saccadée et peut même être ainsi rendue impossible.
Le tremblement, comme celui des membres supérieurs, est, pendant longtemps, chez la plupart des malades, plus prononcé dans un des membres inférieurs que dans l'autre : il peut même, pendant un grand nombre de mois, n'exister que d'un côté ; mais plus tard, il devient toujours bilatéral et finit par atteindre à peu près ou tout à fait le même degré d'intensité des deux côtés.
La tête offre aussi des oscillations rythmées qui ne se produisent que dans certaines occasions. Elles ont lieu, par exemple, lorsque le malade, dans son lit, fléchit le tronc sur les membres inférieurs, pour s'asseoir : elles peuvent alors ou continuer assez longtemps ou, ce qui est plus ordinaire, s'arrêter au bout de quelques instants. Dans ce dernier cas, si l'on interroge le malade, dès qu'il commence à répondre, les oscillations peuvent recommencer, plus ou moins fortes, et, en général, dans le sens antéro- postérieur : ces oscillations, bien que peu étendues, peuvent être assez énergiques. 11 suffit d'ailleurs souvent, pour que la tête se mette en branle, que l'on dise au malade d'étendre le bras ou de porter un objet à sa bouche. Lorsqu il cherche à exécuter ce mouvement, la tête oscille dès que la main se lève et se dirige vers la face et ses oscillations
augmentent souvent, comme force, en même temps que celles de la main, de telle sorte que la trépidation de la tête et celle delà main sont à leur maximum, au moment où l'objet porté à la bouche atteint son but. Les oscillations de la tête se produisent aussi chez les malades qui peuvent se lever, dès qu'ils se mettent debout et surtout lorsqu'ils marchent ou essaient de marcher.
La parole est modifiée, elle est scandée, chaque syllabe étant lancée brusquement et séparée de la précédente par un court intervalle. Il y a souvent une pause entre les mots successivement articulés et il peut y avoir une oscillation de la tête à chaque émission vocale. D'ailleurs, c'est surtout lorsque la tête participe aux phénomènes du tremblement que l'on observe ces modifications de la parole. J'ajoute que la voix est fréquemment affaiblie et que toute modulation de la parole peut avoir disparu.
La langue peut ne pas présenter de tremblement. Dans certains cas, elle est agitée de petits mouvements saccadés au moment où elle est tirée hors de la bouche et pendant quelques instants seulement: il n'est pas rare qu'elle offre des tremblements fibrillaires vers sa pointe et ses bords. Parfois les mouvements des lèvres semblent paresseux, difficiles.
11 est des malades chez lesquels on observe du nystagmus horizontal, parfois très accentué. Lespupilles peuventêtre modifiées et l'une d'elles peut être plus large que l'autre.
Les muscles de la face peuvent aussi, mais cela est rare, être agités, pendant un temps plus ou moins long, de mouvements spasmodiques irréguliers, plus ou moins fréquents1. On a constaté, d'autre part, dans quelques cas, une hémiplégie faciale plus ou moins complète. Cette paralysie faciale avait ordinairement les caractères de la paralysie d'origine cérébrale; mais parfois elle offrait ceux de la paralysie d'origine bulboprotubérantielle 2.
Tous les phénomènes de tremblement cessent absolument pendant le sommeil profond.
La réflectivité médullaire est exagérée clans une assez forte proportion qui varie d'ailleurs non seulement suivant la période de la maladie, mais encore suivant les malades. Si l'on chatouille la plante du pied, le malade étant au lit, il y a un retrait
\ . H. Liouville, hoc. cit., p. 253.