‹ Maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 29 sur 49 · PARALYSIE SPINALE AIGLE DE L'ADULTE · texte numérisé non relu

PARALYSIE SPINALE AIGLE DE L'ADULTE

nale infantile, la réaction de dégénérescence se présente, à peu de chose près, avec les mêmes caractères que dans les cas de paralysies traumatiques graves, caractères que je ne croîs pas superflu de vous rappeler. Voici ce que Ton observe :

Une diminution rapide de Texcitabilité faradique des muscles frappés d'atrophie, et des nerfs qui les animent, allant jusqu'à Tabolition complète ; abolition définitive^ lorsque la paralysie et Fatrophie musculaire sont irréparables. En cas contraire, T excitabilité faradique est très longue à réapparaître, et, comme Duchenne Tavait fort bien observé, elle ne reparait souvent que lorsque déjà le mouvement est rétabli dans les muscles momentanément paralysés.

Diminution tout aussi rapide de Texcitabilité galvanique des nerfs qui se rendent aux muscles paralysés ; au contraire, Texcitabilité galvanique des muscles s'exagère quelque temps après le début de la paralysie, et cette exagération persiste pendant deux ou trois mois. En môme temps, on constate les modifications qualitatives qui font partie intégrante de la réaction de dégénérescence : les contractions provoquées par le courant de pile sont torpides, tétaniformes ; la contraction provoquée à la fermeture du courant au pôle positif égale ou dépasse en intensité les contractions produites à la fermeture au pôle négatif, contrairement à ce qui a lieu dans les circonstances normales. Ces modifications qualitatives persistent beaucoup plus longtemps que l'exagération de la contractilité faradique des muscles. Au fur et à mesure des progrès de l'atrophie, l'excitabilité galvanique va en diminuant dans . les muscles frappés de cet amaigrissement progressif. Il arrive un moment où il n'en reste plus de trace.

Distribution de la parahjsiQ et de Fatrophie musculaire, — Je vous ai cité plus haut une observation de Duchenne, où la paralysie, au début, atteignait les quatre membres. Cela parait être le cas habituel, dans la poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte, contrairement à ce qui a lieu dans la forme infantile ; cependant les exceptions à cette règle ne manquent pas. Je vous citerai, par exemple, une observation de Laveran {Progrès médical^ 1876, n*" 11), relative à un soldat qui, ayant couché sur le sol humide, avait contracté la maladie dont nous nous occupons présentement : la paralysie intéressait le bras droit et la jambe gauche.

Dans une observation de Weisz {Dissertation inaugurale, Breslau, 1873, analysée in Centralblattfûr die med. Wissensch., 1876, n° 23, p. 416), la paralysie et Tatrophie restèrent limitées aux muscles des membres supérieurs.

Etat de la peau au niveau des muscles atrophiés. — Comme dans les cas de paralysie infantile, on a noté un abaissement de la température locale, qui, d'après Hammond, n'atteindrait jamais la valeur qu'on lui trouve dans les cas de paralysie spinale de l'enfance.

On n'a pas signalé d'autres troubles cutanés.

Période des déformations secondaires. — Enfin, toujours comme dans la paralysie spinale infantile, on voit se produire au décours de la poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte, des déformations dans les membres atrophiés, conséquences de la paralysie de certains muscles et des contractions excessives des muscles antagonistes.

Je ne veux pas revenir sur le mécanisme de ces déformations ; je veux seulement vous faire remarquer, àTexemple d'Erb, que chez l'adulte, ces déformations n'atteignent jamais une intensité aussi , grande que chez les enfants, pour des raisons faciles à concevoir. A l'âge où se montre la poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte, la croissance des membres est achevée. Il ne peut donc y avoir raccourcissement d'un membre par arrêt de développement ou de croissance d'un os. L'appareil ligamenteux oppose une résistance plus grande aux contractions intempestives de certains muscles. Les malades se préoccupent davantage des difformités naissantes, et réclament l'intervention de l'art, en temps utile. Je crois inutile d'insister davantage sur cette question.

Symptômes insolites. — Pour en finir avec ce qui a trait à la poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte, il me reste à vous dire que, dans un certain nombre d'observations publiées sous ce titre, figurent des symptômes insolites à côté des caractères classiques que je viens de vous indiquer.

Or, les faits de ce genre m'inspirent beaucoup de méfiance, quant à la validité du diagnostic. J'insisterai tout à l'heure, à propos du diagnostic, sur les difficultés qu'on éprouve souvent, du vivant des malades, à distinguer l'une de l'autre la poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte, la paralysie ascendante aiguë de Landry et certaine forme de polynévrite aiguë. Donc, quand on

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VOUS donnera pour un exemple de poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte une observation oîi, à côté de la paralysie et de Tatrophie musculaire à évolution rapide, vous trouverez notés des troubles saillants et persistants de la motilité ou des fonctions génito-urinaires, des troubles trophiques, etc., vous conclurez simplement à une erreur de diagnostic. C'est la conclusion que m'a suggérée, entre autres, la lecture du résumé d'une observation de M. Carie, de Copenhague. Le sujet de cette observation présenta, indépendamment de la paralysie et de l'atrophie, du délire nocturne, des fourmillements, une sensation de constrictîon et de pesanteur dans les bras; plus tard, une certaine gêne de la parole, des douleurs spontanées dans la nuque; plus tard encore, une vaste ulcération au siège, qui s'étendit jusqu'aux cuisses et au scrotum, un herpès zoster, àdisposition symétrique, desphénomènes de paresthésie, de la contracture aux membres supérieurs, aux pieds. Je vous le répète, toutes ces manifestations sont étrangères à la symptomatologie de la poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte, qui se réduit aux éléments que je vous ai indiqués plus haut.

Etiologie. — Ce que nous savons de l'étiologîe de la poliomyé lite antérieure aiguë de l'adulte se réduit à fort peu de chose.

Chez un certain nombre de malades, on a incriminé l'influence du froid humide, etiologie banale.

Chez deux ou trois, on avait noté la syphilis parmi les antécédents pathologiques, mais l'emploi de la médication spécifique n'a pas donné des résultats bien brillants.

Enfin, à titre de curiosité, je mentionnerai une observation que j'ai publiée, en collaboration avec M. Oulmont:

Les symptômes d'une poliomyélite antérieure aiguë se sont développés chez un sujet qui présentait depuis quelque temps déjà les symptômes du tabès. Cette seconde maladie s*est en quelque sorte dissipée devant l'invasion de la poliomyélite.

Dans un cas, j'ai vu une paralysie spinale aiguë se développer chez un étudiant qui, à la suite de copieuses libations, avait couché dans la neige. L'influence du froid a été également signalée dans des observations publiées par M. Féré et par M. Laveran.

Marche, durée, pronostic. — La qualification d'aiguë, donnée à la maladie, dit assez que celle-ci suit une marche rapide ; je vous

ai indiqué à Tinstant les étapes successives par lesquelles elle passe. J'ajoute que la durée de la phase aiguë est limitée à quelques semaines, deux mois, trois mois, au plus. Au sortir de cette phase aiguë, les malades peuvent guérir complètement. D'après les observations connues, ce mode de terminaison parait être le plus fréquent (Erb).

D'autres fois, la maladie proprement dite, ou, si vous voulez, le processus spinal dont elle est l'expression, ayant terminé son évolution sans se résoudre, il reste des traces plus ou moins irréparables, comme dans les cas de paralysie infantile, sous forme de paralysies et d'atrophies, qui entraînent des déformations secondaires.

On ne connaît jusqu'ici qu'un très petit nombre de cas où la maladie s'est terminée par la mort à une époque peu éloignée du début. Encore la terminaison fatale a-t-elle été causée, dans quelques-uns de ces cas, par une maladie intercurrente : pneumonie, fièvre typhoïde.

Quand la mort est la conséquence directe de la paralysie spinale antérieure aiguë, elle est due à la gêne respiratoire résultant de Textension de la paralysie au diaphragme.

Je vais maintenant vous exposer, dans des chapitres communs, ce qu'il me reste à vous dire du diagnostic et de l'anatomie pathologique de la paralysie spinale infantile et de la paralysie spinale antérieure aiguë de l'adulte.

POLIOMYÉLITES ANTÉRIEURES

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