ÉTI0L06IE GÉNÉRALE ET CLASSIFICATION
DES ATROPHIES MUSCULAIRES
Rapports anatomiques et physiologiques du muscle avec le système nerveux. Centres nerveux trophiques et nerfs trophiques; rôle du système nerveux dans le développement de l'atrophie musculaire. Classification des atrophies, basée sur le siège primitif des lésions de l'appareil neuro-musculaire. Atrophies musculaires protopathiques et deutéropalhiques. Equivalence fonctionnelle de la substance grise de la moelle et de la substance grise du bulbe. Atrophies d'origine bulbaire. Existe-t-il des atrophies musculaires d'origine cérébrale ?
Différents modes de distribution des atrophies musculaires. Atrophies circonscrites. Atrophies progressives. Atrophies diffuses.
Etiologie générale des atrophies musculaires. — Résumé. Classiflcations des atrophies musculaires.
Ma précédente leçon a été consacrée à V étude des altérations musculaires susceptibles d'aboutir à l'atrophie^ considérées dans leurs rapports avec les éléments constituants du muscle. Je vous ai fait voir qu en se plaçant à ce point de vue, il y a lieu de distinguer ces altérations en deux groupes :
1^ Altérations inte?'stitielles, 2^ altérations parenchymateuses. — Vous vous rappelez aussi qu'en fait d'altérations interstitielles, nous avons distingué celles qui consistent dans une production exubérante de tissu conjonctif, avec rétraction ultérieure de ce môme tissu {inyosite scléreuse interstitielle) ^ et celles qui consistent dans une production exubérante de tissu graisseux [lipomatose o\x adipose musculaire), l'une et Tautre s associant dans des proportions variables ou se succédant, Tune et l'autre ayant pour conséquence l'atrophie des éléments propres du muscle, des faisceaux primitifs ou fibres musculaires.
Quant aax altérations parenchymateuses, nous les avons distinguées en altérations passives, résultant d'une insuffisance ou d'un vice de nutrition : telle l'atrophie simple et les différentes formes
PATHOGÉXfE. — MODE DK DISTRIBUTION, ETC. 49
de dégénérescence, granuleuse, graisseuse, granulo-graisseuse, cireuse, amyloïde, etc., et en altérations d'ordre inflammatoire, qui ont pour point de départ une suractivité nutritive des éléments embryonnaires (corpuscules musculaires) des faisceaux primitifs.
II s'agit maintenant de vous faire comprendre sous quelles influences se développent ces altérations musculaires, dont le terme ultime sera, au point de vue où nous nous plaçons dans cette étude, Tatrophie des éléments propres du muscle. Mais d abord, il est indispensable que je vous rappelle sommairement quels sont les rapports anatomiques et physiologiques du muscle avec le système nerveux. Nous aurons ainsi une base solide pour nos classifications.
Le système neuro-musculaire comprend, vous le savez sans doute, trois parties distinctes : i"" la cellule multipolaire des cornes grises antérieures de la moelle; 2'' le nerf quilixi fait suite ; 3*^ la fibre musculaire àLldiqneWeshoutii ce nerf. Si les trois segments de cet appareil ont des propriétés physiologiques très différentes, ils n'en offrent pas moins, au point de vue anatomiquc, les connexions les plus étroites, qui justifient leur groupement sous le nom de système neuro-musculaire.
La propriété fondamentale, spécifique, du tissu musculaire, c'est la contractilité, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire. En vertu de cette propriété, tout élément constituant d'un muscle, c'est-à-dire toute fibre musculaire, réagit contre les excitants qui lui parviennent, en modifiant sa forme. Cette modification de forme consiste, vous le savez, dans un raccourcissement de la fibre musculaire, raccourcissement qui coïncide avec une augmentation d'épaisseur. La fibre musculaire qui, à l'état de repos, a la forme d'un fuseau très allongé, prend, en se contractant, une forme ellipsoïde.
Je n'ai pas à revenir sur le détail de ce qui se passe du côté des fibrilles musculaires, pendant la phase de contraction d'une fibre. Je me borne à vous rappeler que dans les circonstances physiologiques, les muscles se contractent en réponse à des incitations dites motrices^ qui leur viennent des centres nerveux. Pour ne parler que de ce qui se passe dans les muscles du tronc et des membres, les fibres nerveuses chargées de conduire ces incitations motrices sortent, toutes, de la moelle par le sillon antérieur où elles constituent les racines antérieures ou motrices.
Dans la moelle, les fibres nerveuses qui composent ces racines antérieures se continuent avec les terminaisons des cellules multipolaires que Ton trouve dans la substance grise. C'est surtout avec les cellules multipolaires contenues dans la substance grise des cornes antérieures, que ces libres nerveuses motrices paraissent se continuer en ligne droite ; nous reviendrons tout à Theure sur ce point. Puis, sortant de la moelle par la zone radiculaire antérieure, ces fibres motrices se mélangent un peu plus loin avec les fibres sensitives. pour former des troncs mixtes. Quand les branches de ces troncs mixtes sont arrivées à leur destination, les fibres sensitives et les fibres motrices qui les composent se séparent de nouveau, les fibres motrices pour se rendre aax muscles. Après avoir pénétré, sous forme de ramuscules nerveux de plus en plus grêles, dans les interstices qui séparent les faisceaux secondaires et tertiaires d'un muscle, ces fibres motrices s'isolent, se rendent chacune à un faisceau primitif ou fibre musculaire.
St7'ucture de la fibre nerveuse, — Je vous rappelle de quoi se compose grosso modo une fibre nerveuse. Vous savez que l'élément essentiel est représenté par un filament grêle, le cylindrecure, enveloppé d une sorte de manchon ou çaine de tnyéline, le tout contenu dans un véritable fourreau, la gaine de Schwann. Or voici comment s'effectue l'abouchement de la fibre nerveuse avec la fibre musculaire : la gaine de Schwann se continue avec le sarcolemme ou enveloppe de la fibre musculaire ; la gaine de myéline s'effile et s'arrête à une légère distance de la fibre musculaire ; enfin le cylindre-axe se ramifie en fibrilles qui s'anastomosent entre elles, et de cette espèce de plexus partent des terminaisons, qui s'appliquent sur la fibre musculaire, sans que l'on sache d'une façon précise quels sont au juste les rapports de continuité ou de contiguïté entre ces terminaisons et les éléments constituants de la fibre musculaire. Je vous rappelle seulement que ce réseau terminal, formé par les ramifications du cylindre-axe, et Tenveloppc que lui fournit la terminaison (évasée) de la gaine de Schwann, constituent, parleur ensemble, ce qu'on appelle la plaque terminale de la fibre nerveuse motrice destinée à une fibre musculaire.
Cela dit, vous allez comprendre ce qui se passe, au moment où un muscle se contracte. Une incitation motrice part de la substance grise des centres nerveux, cerveau ou moelle ; cette incita-