‹ Maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 39 sur 49 · MALADIES DE LA MOELLE SE COMPLIQUANT D'ATROPHIE MUSCULAIUE · texte numérisé non relu

MALADIES DE LA MOELLE SE COMPLIQUANT D'ATROPHIE MUSCULAIUE

question est seulement de savoir si Tatrophie musculaire qui peut survenir dans le cours du tabès dorsalis est toujours en rapport avec Textension du processus spinal aux cornes antérieures. Jusque dans ces derniers temps, il n'y avait aucune raison de douter qu'il en fût autrement, à en juger par les faits connus. Ainsi, dès 1871, M. Cliarcot avait communiqué à la Société de biologie (séance du 22 avril) le cas d'une femme ataxique, chez laquelle il avait vu survenir une atrophie musculaire de l'extrémité supérieure d'abord, puis de l'extrémité inférieure et enfin de tout le corps du côté droit. Cette atrophie, à marche assez rapide, intéressait plus spécialement certains groupes de muscles, notamment ceux des éminences thénar et hypothénar aux membres supérieurs. M. Charcot avait prévu que le développement de cette atrophie musculaire était l'indice de l'extension de la sclérose des cordons postérieurs aux cornes antérieures de la moelle. L'autopsie de cette femme, faite par Pierret, justifia plus tard l'exactitude de ces prévisions.

Plus récemment (1877), Leyden apublié un cas de tabesdorsalis compliqué d'atrophie musculaire, où l'autopsie a fait découvrir la coexistence d'une poliomyélite antérieure avec le tabès dorsalis. Le malade, un homme de quarante-neuf ans, présentait, en fait de symptômes du tabès, des douleurs fulgurantes, de l'incoordination motrice dans les quatre membres, du ptosis à droite. La maladie durait depuis une dizaine d'années, lorsque se développa une atrophie musculaire, qui envahit les quatre membres et le tronc, avec une intensité variable d'une région à l'autre.

Elle était prononcée surtout aux éminences thénar et hypothénar des membres supérieurs, et aux muscles du thorax. A l'autopsie du sujet, on trouva une sclérose des cordons postérieurs, et une atrophie des cellules ganglionnaires des cornes antérieures qui atteignait son maximum au renflement cervical, et qui se continuait jusqu'à la région lombaire.

A l'autopsie d'un malade de Cuffer, un ataxique avec atrophie des éminences thénar, l'examen histologique de la moelle, que j'ai pratiqué en collaboration de M. Artaud, a fait constater la dégénérescence d'un certain nombre de cellules des cornes antérieures dans la région de la moelle qui est considérée comme le centre d'innervation des muscles de la main.

Enfin, l'année dernière (1887) M. Condoléon a publié, dans sa^

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thèse inaugurale, une observation de M. Joffroy, autre exemple de tabès dorsalis compliqué d'atrophie musculaire de la main gauche, avec diminution du nombre des cellules ganglionnaires des cornes antérieures, au niveau des septième et huitième vertèbres cervicales du côté gauche, constatée à Tautopsie.

Je rappellerai que, moi-même, j'ai publié (Gazette médicale de Parisy 1882, p. 114) un cas de paralysie spinale aiguë de Tadulte, développée dans le cours du tabès dorsalis; mais dans ce cas, chose curieuse, les symptômes du tabès dorsalis se sont dissipés lors de Tapparition de la paralysie spinale.

Donc, jusque-là, les faits connus démontraient ce que je vous disais à Tinstant, à savoir que Tatrophie musculaire progressive, quand elle apparaît dans le cours du tabès dorsalis, dénote Textension du processus spinal aux cornes antérieures. Mais voici que, il y a quelques semaines, M. Déjerine a communiqué à la Société de biologie (25 février 1888) quatre cas d atrophie musculaire chez des tabétiques, où Tautopsie a démontré Tintégrité des cornes antérieures et des cellules motrices de la moelle. M. Déjerine s'est appuyé sur ces faits pour soutenir « que, dans l'immense majorité des cas, l'amyotrophie des ataxiques relève d'une altération des nerfs moteurs périphériques, sans participation aucune de la substance grise des cornes antérieures et des cellules motrices au processus ». M. Déjerine ne nie pas que, d'autres fois, Tatrophie musculaire des tabétiques puisse être l'expression d'une téphromyélite antérieure, mais il s'agirait alors, selon lui, « d'une coïncidence fortuite ». Pour M. Déjerine, la véritable atrophie musculaire diis tabéliques est d'origine périphérique* .

En somme, si Ton tient compte de celte nouvelle catégorie de faits, force est de reconnaître que l'atrophie musculaire des tabétiques est tantôt l'expression d'une téphromyélite antérieure, tantôt celle d'une névrite périphérique, sans altération apparente des cornes antérieures. Reste à savoir s'il s'agit là de deux caté-

* Dans un travail paru postèrieuremeni à ces leçons [Revue de médecine y n"* 2,3 et 4, 1889),M. Déjerine a longuement étudié l'atrophie musculaire des ataxiques. n est arrivé à cette conclusion que : l'atrophie musculaire est relativement fréquente dans le cours du tabès (20 p. iOO), qu'elle fait partie intégrante de la symptomatologie de cette maladie, qu'elle se montre en général, à une période avancée du tabès, qu'elle marche symétriquement, avec une grande lenteur, débutant par les muscles des extrémités, et donnant lieu à des déformations caractéristiques des pieds et des orteils ; enfin, qu'elle dépend d'une altération des nerfs musculaires, dont Tintensité diminue de la périphérie vers le centre.

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